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REVUE
REVUE REVUE
de Bretagne et de Vendée ^ Historique de tOuest
RÉUNIBS
RBTBE MENSUCU&
M 1 * de l’ESTOURBEILLON, Directeur
' C~ Riné di LAÏQUE, HUsetmr tn a k/-,
MM. Le V“ Chaklc* PC CALAN, Sotntd» légumal pour l'Ile-et-Vilaine. — René
BLANCHARD pour la Loire lnfcrieurr.—L« Chanoine PEYRON,pour le Finiitcar. N
.— ÀVENEÀU üè la GRANClcRE, pour le Morbihan. — Alain RAISON 0*1
GJJEUZIOU,pôur les Côtes-du-Nord. — Olivier ds GOURCUFF, pour Paris.
VAMNCS
's & “ PARIS
. Il , ' HONORE CHAMPION
LAFOLYJE . FRERES
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Éditeurs'
LlftJMljrÊ-BDITEUR
^ "^Q^-V«[*quais
NANTERÎUj '
^M. LE DAULfIV
" îiSÇRAJRIE BRETONNE -^
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f f ai#-dî4tea^*44 Baïhjrel,''par Redon ^pour I’Administratio^, >1^, drères "" \y/ \
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SOMMAIRE
I. — Association Bretonne. Congrès de Fougères . 5
II. — Combour et ses Seigneurs (suite). — Paul de la Bignb. 9
III. — Mélanges historiques (suite). — XIII. La Succession du duc
Jeofroi . — XIV. Les Abbés Félix de Buis et Teudon de
Redon . -- V te Ch. de la Lande de Calan .28
IV. — Un Voyage en Bretagne [1782). — F. Uzureaü. ... 37
V. — Devant VAtre. — Ad. Orain .42
CONDITIONS D’ABONNEMENT
France, un an.12 fr.
Etranger, —.15 —
On s’abonne soit chez M le comte le Laigue, château de
Bahurel, par Redon, soit chez M. Lafolye, imprimeur à Vannes.
Les abonnements partent du 1 er janvier ou du l»* juillet de
l’année en cours. — Il n’est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont offerts aux auteurs.
Nota. — La Direction et la Rédaction de la Revue de Bretagne
ne sauraient être nullement responsables des théories ou opinions
émises dans les articles qui y sont insérés, cette responsabilité,
incombant tout entière à leurs seuls auteurs.
H sera rendu compte de tout ouvrage (fauteur bieton ou i ntê-
ressent la Bretagne , dont un exemplaire aura été adnssé au Rédacteur
en chef de (a Revue.
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REVUE
de Bretagne
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4' Série. — 7 * Année
JUILLET 1908. Tome XL
REVUE
de Bretagne
REVUE 4 * REVUE
4t Bretagne et de Vendée ^ Historique de t Ouest
RÉUNIES
RBTBE MBwaaxt
M" de l'ESTOURBEILLON, Directeur
C” René DI LAÏQUE. Hédacltmr tn cbtf
MM. Le V" Charles de CALAN, Secrétaire régional pour l'Ile-et-Vilaine. — René
BLANCHARD pour la Loire-Inférieure.—Le Chanoine PEYRON.pour le Finistère.
— AVENEAU de la GRANC 1 ÈRE, pour le Morbihan. — Alain RAISON du
CLEUZIOU, pour les Côtes-du-Nord. — Olivier de GOURCUFF, pour Paris.
VANNES
LAFOLYE FRERES
PARIS
HONORE CHAMPION
LIBRAIRE-EDITEUR
5 , Quai Malaquais
EDITEURS
a. Place des Lices
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MDCCCVIll
NANTERRE
M. LE DAULT
LIBRAIRIE BRETONNE
76, Rue Saint-Germain
S’adresser pour la Rédaction et l’envoi des manuscrits i M. le O* Ri né de LAIGUE*
au château de Bahurel, par Redyn ; pour I’Adnenistration, MM. LAFOLYE, frères
places des Lices, Vannes.
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ASSOCIATION BRETONNE
CONGRÈS DE FOUGÈRES
Du 6 au 12 septembre 1008 aura lieu la 49* session de l'Asso¬
ciation Bretonne dont voici le programme :
Dimanche 6 septembre. — A 2 h. 1/2, séance publique d'ouver¬
ture.. Nomination du Bureau de l’Association Bretonne. Nomina¬
tion du Bureau du Congrès. Réunion dans chaque section pour la
fixation de l’ordre des travaux pendant la durée du Congrès.
Lundi 7 septembre. — A 8 heures, mosse du Saint-Esprit. —
A 9 heures, conférences d’archéologie et d'histoire. — A 3 heures,
séance publique. "
Mardi 8 septembre. —A 8 h. 1/2 du matin, conférences d’ar¬
chéologie et d’agriculture. —A3 heures, séance publique.
Mercredi 9 septembre. — A 8 h. 1/2 du matin, conférences
d’archéologie et d’agriculture. — A l’issue de la séance d’archéolo¬
gie, réunion des Bibliophiles Bretons. — A 3 heures, séance
publique.
Jeudi 10 septembre. — Excursion au Mont-Saint-Michel.
Vendredi 11 septembre. — A 8 heures du matin, messe pour
les défunts de l'Association Bretonne. — A Oheures, conférences
d’archéologie et d’agriculture. — A3 heures, séance publique.
Samedi 12 septembre. — A8 h. 1/2 du matin, séance de clôture.
Voici le programme des diverses sections.
Section d’Archéologie et d’Histoirs
1. — ÀrcMotoÿlè.
1. Monuments mégalithiques et antiquités préhistoriques qui
peuvent exister aüx environs de Fougères. — S’il en existe, ont-
ils été fouillés 7 Description et détails sur ces fouilles.
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c
REVUE DE BRETAGNE
2. Monuments anciens, ruines gallo-romaines de la région. —
Fouilles et découvertes récentes faites au pays de Cog|ès. # —
Etudes des voies romaines du pays.
3. Croix anciennes élevées au bords des chemins ; signaler et
décrire celles que l'on connaît dans les pays de Fougères et
de Vitré.
4. Description des églises de style roman qui ont pu encore être
conservées dans cette même région, malgré leurs reconstructions.
5. Histoire des monuments de Fougères, et, en particulier, de
ses églises et de son château. — Leurs souvenirs, leur impor¬
tance.
II. — Histoire
6. De l'évangélisation de la Bretagne par les saints et moines
bretons, et par les saints et moines d’origine latine ou gallo-
romaine. — Etat des paroisses situées sur les bords de la Vilaine
et de l’ille au X* siècle, d’après le cartulaire de Redon et les
autres car^ulaires de la région. Etymologie des noms de ces
diverses localités.
7. Etude de la part respective des éléments Bretons, Francs et
Normands, dans la fondation des grandes seigneuries des pays
de Saint-Malo, Fougères, Rennes et Vitré, et la colonisation de
ces territoires.
8. Le Protestantisme aux pays de Fougères et de Vitré. — Ses
conséquences; Principales familles protestantes; leur rôle et
leur action depuis la Réforme.
9. Etudier les principales industries du pays de Coglès avant
la Révolution et ses rapports commerciaux avec les régions
voisines.
10. Signaler et décrire les principaux châteaux et les maisons
curieuses du pays. — Principaux personnages ayant séjourné
dans ces diverses demeures.
Bibliographie. Folklore.
11. Personnages illustres, écrivains connus, auteurs oubliés
d’Ille-et-Vilaine, et spécialement du pays de Fougères. — Livres
rares. — Œuvres inconnues des éerivains bretons.
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CONGRÈS DE FOUGÈRES
7
12. Résultats de la campagne encouragée par l'Association
Bretonne pour la conservation de la langue bretonne dans l’en¬
seignement et dans les familles. — La démoralisation de la
Bretagne par la débretonisation.
13. Mœurs, usages, contes, légendes et chansons populaires
d'Ille-et-Vilaine.
Toute autre question historique ou archéologique, relative à la
Bretagne, peut être traitée dans le Congrès, avec l’autorisation
du Bureau.
Toute discussion politique ou religieuse est interdite.
Une des journées du Congrès sera consacrée à une excursion
archéologique.
Les mémoires qui n’auront pas été déposés avant la fin du
Congrès, entre les mains du Secrétaire de la classe d’Archéo¬
logie, ne pourront être imprimés dans le volume du compte¬
rendu.
Le Directeur de la Section d Archéologie par intérim,
M u Régis de l’Estourbeillon.
Le Secrétaire di la Section tTArchéologie,
LOUIS DE VlLLERS.
Vu BT APPROUVÉ :
Le Directeur général.
Comte Lanjuinais, Député.
Section d’Aoriculturr
1. — Situation agricole dans les cinq départements de la Bre¬
tagne et, en particulier, dans l'Ille-et-Vilaine.
2. — Amélioration de l’espèce bovine, au point de vue de la
viande et du lait; races bretonnes; races de Jersey; sociétés
d'élevage ; livre généalogique; espèces porcine et ovine ; animaux
de basse-cour.
3. — Fabrication du beurre et du fromage. Laiteries coopé¬
ratives.
4. — Elevage du cheval dans les départements bretons, au
point de vue militaire, industriel et agricole.
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REVUE DE BRETAGNE
5. — Viticulture. La vigne dans les départements bretons.
Fabrication du vin et de l’eau-de-vie.
6. — Pomologie agricole. Culture des arbres à cidre. Pommiers
rt poiriers. Fabrication du cidre et du poiré.
7. — Apiculture.
8. — Engrais marins. Engrais de ferme et engrais chimiques.
Etude des engrais appliqués aux différentes culture?.
9. — Prairies naturelles et artificielles. Culture des céréales,
cultures diverses, culture des légumes de primeur pour l’expor¬
tation.
10. — Pisciculture. Par.is et réservoirs à poissons. Ostréi¬
culture.
11. — Le bois. Plantation. Exploitation. Scieries. Défrichement
des landes.
12. — L’enseignement agricole.
13. — Le dépeuplement des campagnes et les moyens d'y
remédier. -
14. — Le crédit agricole. Les caisses d’assurances contre la
mortalité du bétail.
15. — Les différents systèmes d’exploitation de la propriété,
rurale. Exploitation directe. Métayage à bail à prix d’argent.
Les mémoires qui n'auraient pas été déposés avant la fin du
Congrès entre les mains du Secrétaire de la classe d’Agriculture,
ne. pourront être imprimés dans le volume du compte-rendu.
Le Directeur de la Section d Agriculture.
A. Boby db la Chapelle.
Le Secrétaire Général de la Section d'Agriculture.
L. Houitte de la Chbsnais.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
(Suite) (1)
LES MONTRJAN SEIGNEURS DE COMBOUR.
JEANNE DU CHASTEL.
Jeanne du Ch&stel dame de la Bellière et de Combour, du
Commet et de la Villequeno, par sa mère, et de Renac par son
p§i*e, était la seconde fllle de Tangui du Chastel et de Jeanne
Raguenel de Malestroit. Elle fut mariée en 1506 à noble et puis¬
sant Louis de Montejan, dis de messire Jean de Montejan et
d'Anne Sillé*, il était seigneur de Montejan, de Sillé Je Guillaume,
de Cholet, de Becon, du Loroux Bottereau.
Ils laissèrent cinq enfants dont les trois premiers furent sei¬
gneurs et dame de Combour : Jacques, René et Anne ; Gillone,
qui épousa Jean le Venneur seigneur de Homme et de Carrouge,
et Claude qui fut mariée à Christofle de Goulaine second du nom.
Jacques de Montejan eut pour tuteur et curateur son oncle
l'abbé René de Montejan, protonotaire apostolique. Devenu
seigneur de Combour à la mort de son père, Jacques mourut
sans lignée le 21 décembre 1517.
Son frère René de Montejan prit après lui le titre de sire de
Combour et lui succéda dans toutes ses seigneuries de la Bel-
liôre, de Renac, du Boisfront, de la Villequeno, etc. Chevalier de
l'ordre du Roi, maréchal de France en 1538, gouverneur du
Piémont, il épousa Philippe de Monlespedon, de laquelle il n'eut
point d'enfants et mourut en 1539. Sa veuve lui survécut, elle
vivait encore en 1574 et perdit son second mari Charles de
Bourbon prince de la Roche-sur-Yon, sans enfants en 1569.
Aux États qui furent tenus à Vannes en 1532, René de Mon¬
tejan avait joué un rôle des plus importants.
Le roi François I”, qui désirait que l’union de la Bretagne à la
Prance fût irrévocable, résolut, suivant l’avis de ses conseillers,
(1) Voir la Revue de mai 1901.
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SEIGNEURS DE COMBOUR
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Planche III
SEIGNEURS DE COMBOUR 'ET LEURS ALLIANCES
Maisons de Montejean et d’Acigné
H f 3 ,
12
REVUE DE BRETAGNE
d’engager les États à demander eux-mêmes l’union perpétuelle
du Duché à la couronne de France.
Les États convoqués, M. de Montejan fut chargé de les présider
comme commissaire du Roi. Il leur proposad’accept°r l’union.
Mais elle souffrit de grandes difficultés de la part de ceux qui
n’étaient pas gagnés par la Cour et qui redoutaient la perte de
tous les privilèges dont avait joui la Bretagne.
D'autres prétendaient qu’il n’y avait que ce seul moyen
d’assurer à la Bretagne une paix solide et durable, qu’on ne
pouvait l’espérer tant qu’il y aurait des souverains particuliers*
L’expérience du passé était une leçon pour l’avenir, les ducs
avaient toujours été èn guerre soit avec la France, soit avec
l’Angleterre, l’union proposée permettait seule d’éviter à la
Bretagne le renouvellement de pareils désastres.
Ces raisons longuement exposées triomphèrent des indécis,
les Élats consentirent à l’union, mais quand on leur proposa de
la demander eux-mêmes, ils se récrièrent ne croyant pas pouVoir
dignement aller au devant d’un joug qu’on leur imposait.
M. de Montejan qui n’avait peut-être pas tout ce qu’il aurait
fallu pour ramener à ses vues des esprits effarouchés, le prit
d’un peu haut, les altercations redoublèrent, enfin après bien des
tergiversations, on finit par s’entendre et il fut résolu que les
Etats demanderaient l’union par une requête qui fut adressée au
Roi le 4 août 1532.
Jacques et René de Montejan étant mort. sans enfants Com-
bour passa à leur sœur Anne.
Elle avait épousé en premières noces Georges de Tournemine
baron de la Hunaudaye qui lui^mêtne était veuf en premières
noces de Renée de Villeblanche fille de Henry de Villeblanche
capitaine de Rennes, grand maître de Bretagne, Chambellan du
Duc, duquel elle n’eut point d’enfant (1500).
En secondes noces, Anne épousa Jean VHd’Acigné, baron de
Coetmen, vicomte de Tonquédec en 1525, seigneur de l’Argoufci
qu’on a tort, dit M. de la Borderie,'d’écrire Largouet, car il vient,
du Breton ar (sur) et coet (bois), surlebois , ce qui semble indiquer
que cette seigneurie était bien plantée et que son territoire était
couvert de bois ; vicomte de Loyat,sieur de la Lande, de Guer, de
Fontenay près Rennes, de la Motte au Vicomte,etc.,gentil-homme
ordinaire de la chambre du Roy, lieutenant général pour sa ma¬
jesté en Bretagne» chevalier de l’Ordre de Saint-Michel en 1539.
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COMBOUR .RT SES SEIGNEURS
13
Jean VII d’Acigné, mourut le 19 mars 1540 et fut inhumé au
couvent de Saint-François de Rennes où les sires d'Acigné
avaient leur sépulture.
De son second mari Jean VII d’Acigné, Anne de Montejan eut
cinq enfants, trois dis et deux filles :
Jean VIII d’Acigné, François qui fut tué à la bataille de Mon-
contour en 1569 (1), Claude seigneur de Lohéac qui mçurut sans
enfants ; de ses deux filles Claude, qui était l'aînée, fut mariée
avec Claude du Chastel, seigneur du dit lieu,.la seconde qui fut
dame de Combour, épousa Jean de Coçtquen.
Jean VIII d’Acigné, de Fontenay et de Guer, barop.de Coetmen,
chevalier de l’Ordre du Roi, épousa en 1560, Jeanne du Plessix,
dame-de la Bourgonnière, d’où naquit une seule fille et unique
héritière; Judith d'Acigné, qui fut mariée en 1579 à Charles de
Cossé, comt j de Bçjssac qui devint maréchal de France, cheva¬
lier des ordres du Roi et son lieutenant général au gouvernement
de Bretagne.
Jean VIII d’Acigné, décédé le 7 décembre 1573, fut inhumé au
couvent de Saint-François de Rennes.
Sa fille Judith, comtesse de Cossé firissac, mourut le dimanche
11 janvier 1598.
Anne de Montejean retira, peu de temps après la mort de son
mari, en, 1543 les terres et seigneuries de Malestroü, de l’Argouet,
de Chaieaugrron, etc., qui lui revenaient par succession çolla-
térale après le décès de Jean de Laval, son cousin.
Le 2 novembre de la même année» elle rendait aveu au Roi
pour ses baronnies de Malestroit sous la baronnie de Ploërmel,
pour h baronnie de Combour partie sous Rennes, partie sous
Fougères, du Christel Ogér sous Rennes, de Fougeray sous
Nantes, de l’Argouet et Elven sous Vannes (2).
(!) U épouca un# Mon tbour cher (du Pas, p. 152).
( i) De Ifontej&n ou Montj&n sieur du dit lieu, de Vern, de Chollet, de Boulet,
paroisse de Feins, vicomte de la Bellière, paroisse de Pleudihen, baron de Com¬
bour, par mariage avec Jeanne du Cha&tel.
D’or frotté de gueules (sceau 1213). PI. 111, fig. 49.
Louis de Montejan, marié à Jeanne du Chastel, dame de la Bellière, dont René
maréchal de France en 1539. Maison fondue dans Acigné, par suite du mariage
ti’Anne de Montejan, sœur de René avec Jean Vil d'Acigné et dans Cossé Brissac
par le mariage de leur petite fille Judith d’Acigné avec Charles de Cossé, comte
de Brissac, baron de Malestroit, etc., 1579.
Philippe de Montespedon épouse de René de Montejan, de sable au lion émar¬
gent, Famille originaire d’Anjou. PI. 111, flg. 20.
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14
REVUE DE BRETAGNE
' LES COETQUEN,
Jean V de Coetquen, 22* Seigneur
1563.
Avec Jean de Coetquen, nous arrivons à une date des plus
importantes pour l’histoire de Cotnbour. C’est en faveur de ce
vaillant capitaine que le roi Henri III érigea la terre et seigneurie
de Coetquen en marquisat, celle de Combour ancienne baronnie
en comté, Uzel et Rougé en vicomté et Vauruffler en baron¬
nie (1).
Cette érection eut lieu la deuxième année durègne de Henri III,
roi de France et de Pologne au mois de juin 1575, et fut enre¬
gistrée au parlement le 10 octobre 1576.
Tournemine, 2« baron de la Hunaudaye, époux d’Anne de Montejan : Ecartelé
d'or et d'azur (sceau de 1372). Devise : Au lire n’auray. PI. HI t flg. 21.
Acigné (ramage de Vitré), sieur du dit lieu paroisse de ce nom évéché de
Rennes, vicomte de Coetmen paroisse de Tremeven, vicomte de Tonquédec,
sieur de Montejan en Anjou, vicomte de Loyat, baron de Malestroit, vicomte de
la Bellière, baron de Combour, baron de Chateaugiron, sieur de Chollet et de
Becon en Aujou, etc. D'hermines à la fasce alésée de gueules , chargée de trois
fleurs de lys d'or. Devise : Neque terrent monstra. PI. III, flg. 72.
La seigneurie d* Acigné a été érigée en marquisat en 1609, en faveur de Charles
de Cossé Brissac, second fils de Charles, maréchal de France et de Judith d*Aci¬
gné .qui prit le nom d*Acigné pour satisfaire aux conditions du contrat de ma¬
riage de ses parents.
Cossé Brissac (originaire d’Anjou), sieur du dit lieu, comte puis duc de Brissao
et pair de France en 1611, marquis d’Acigné en 1609, baron de Coetmen sieur
de la Guerchede Ch&teaugiron, baron de Malestroit, sieur du Chastel paroisse
de Plouarxel, de Coativy paioisse d* Plouvien.
De sable à trois fasces d'argent denchêes par le bas. PI. III, flg. 27. üoulaine :
Mi parti \d Angleterre et de France , Devise : De cettuy-ci, de cettuy-là j’accorde
les couronnes. PI. lll, Ag* 24. Ces armes et devis» furent accordées à Jean de
Goulaine, capitaine de Nantes en 1180 en\ové par le duc Geoffroy pour ménager
la paix entre Philippe-Auguste et Henri II d’Angleterre.
Du Plessis de la Bourgonnière Anjou).
D'argent à la croix dentelée de gueules cantonnée de seize hermines de
sable , quatre dans chaque canton. PI. III, fig. 25.
Montboucher : D'or à trois channcs de gueules. PI. (Il, fig. 26. Le Venneur :
D'argent au cerf de gueules , ramé et onglé d'or. PI. III, fig. L’église pro¬
testante qui s’était fondée à Combour, sous les auspices de François d’Acigné,
seigneur de Montejan, ardent calviniste époux d’Anne de Montboucher, disparut
avec lui vers 156?. (La Bretagne au XV /• siècle , vicomte de Càlan).
(1) Nous donnons plus loin cette lettre d’érection tirée des Archives du ch&toau
e Combour.
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COMBOUR RT SRS SRIGREURS
16
Ces lettres patentes ont été confirmées par Louis XIV en
septembre 1678 ; elles avaient été présentées à la Chambre des
Comptes de Bretagne en 1580 (1).
Jean V marquis de Coetquen, était né au ch&teau de Coetquen»
en 1525, il épousa Philippe d’Acigné dame de Combour et devint,
ainsi du chef de sa femme XXII* seigneur de Combour en 1553.
Il était en outre seigneur de la Houssaye, de Mezengé, de la
Soraye et du Marchais, gentilhomme ordinaire de la Chambre du
Roi, portant la clef d'or, capitaine de cent hommes d’armes de
ses ordonnances, lieutenant général pour Sa Majesté au gouver¬
nement de Brest, gouverneur de Saint-Malo et chevalier de
l'ordre du Saint-Esprit le 9 janvier 1595.
Il avait été nommé chevalier de l'ordre du Roi le 18 février 1568
et en reçut le collier des mains du vicomte de Martigues, cheva¬
lier du même Ordre (2).
Le marquis de Coetquen se signala dans un grand nombre de
batailles à Dreux en 1562, 8 Saint-Denis en 1567, à Moncontour
en 1569, à Auneau en 1587. Il commandait les royalistes à la
bataille de Loudéac en 1591.
Tandis que les royalistes tentaient de surprendre les ligueurs,
Jean d*Avaugour seigneur de Saint-Laurent, mari «de Praoçoise
de Coetquen, maréchal de camp du duc de Mercœur, mit le siège
devant Loudéac. A cette nouvelle le marquis de Coetquen, beau-
père de Saint-Laurent, s’avança jusqu’à Loudéac dans le dessein
de soutenir les assiégés. Il était à la tête de ceot vingt chevaux
et d’un détachement d’arquebusiers; Guemadeuc, la Bouteillerie
et le baron de Molac l’accompagnaient. Ayant appris leur marche,
Saint-Laurent alla au devant du marquis son beau-père, mais
celui-ci ayant pris Saint-Laurent par derrière le força à fuir. La
Bouteillerie, qui s’était distingué dans cette bataille, fut dange.
reusement blessé et Guemadeuc mourut des suites de ses
blessures.
Les gens de Moncontour apprenant la défaite et la fuite de
Saint-Laurent à Loudéac, imitèrent son exemple et abandon¬
nèrent la place de Moncontour, si bien que le prince de Dombes,
ayant appris la prise de cette ville à Rennes, écrivit au marquis
de Coetquen pour le féliciter de ses succès.
(1) Archivée du château de Combour.
(2) De Carné, Les Chevaliers du Mont Saint-Michel.
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SEIGNEURS JDE COMJ3QUR
Maison de Goetquen, 1553-1739
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xxyin xxxi
Jules Malo, marié en 17£1, à Louisb Françoise Maclovie Céleste de Coetquen,
Elisabeth de Nicolaï, mort en 1727. née en J724, mariée en 1739, à Emmanuel
Félicité de Durf ort duc de Duras ; ell e mourut e» 1802.
XXIX ^ “ fxx
Malo Fraijçois +, saps héritier. Ajuqusthib de Coetquen, dame dTzel mariée :
Planche IV
i
SEIGNEURS
DE COMBOUR ET LEURS
ALLIANCES
Maisons de Coetquen
*9
Se
18
RBVUE DB BRETAGNE
Jean de Goetquen se signala encore au siège de ^amballe où
périt l'intrépide de la Noue et à la tour de Cesson, où le parti
royaliste perdait la Hunaudaye.
.En 1593, le marquis de Goetquen fut nommé par le Roi lieu¬
tenant-général clés évéchés de Nantes, Vannes, Dol et Saint-Malo.
L'année suivante sous les ordres du maréchal d’Aumont il se
fit distinguer par sa valeur aux sièges de Morlaix et de Cràuzon.
En 1B97, étant gouverneur de Saint-Malo, il se rendit avec deux
pièces d'artillerie devant le Plessis-Bertrand dont la,garnison
inquiétait à chaque instant les Malouins, depuis qu'ils s’étaient
soumis au Roi. Ayant appris que Saint-Laurent venait au secours
du Plessis-Bertrand, le marquis leva le siège et rentra à Saint-
Malo avec ses deux canons, mais l’infanterie royale restée sous
le commandement de Brumensani, gouverneur de Ghâtillon,
attaqua Saint-Laurent et le força à la retraite.
A la fin de 1597, Françoià de Saint-Cyr, prieur de Saint-Malo
de Dinan, alla trouver le Roi pour lui communiquer un plan qu’il
avait formé de concert avec Raoul Marot sieur des Alleux, séné¬
chal, et Robert Hamon syndic de la ville pour lui remettre la
place de Dinan.
Le Roi donna alors au prieur pour le iüarquis de Goetquen
gouverneur de Saint-Malo un ordre lui enjoignant de mettre à la
disposition des conjurés un détachement de quinze cents hom¬
mes. Afin d’éloigner Saint-Laurent qui était gouverneur de Dinan
pour la ligue,on contrefit l’écriture du duc de Mercœur et on écrivit
en son nom à Saint-Laurent pour lui donner Tordre de venir à
Nantes avec toutes les troupes dont il pourrait disposer. Mercœur,
en le voyant, comprit tout de suite que Dinan lui échappait.
Les Malouins étaient arrivés le 12 février au soir et cachés
aux environs, morfondus, la pluie n’ayant cessé de tomber, très
peu disposés à se battre.
Les chefs du comp ! ot, pour les faire marcher, durent les
menacer de dénoncer leur présence aux ligueurs, ils s'ébranlent
et entrent dans la vi‘lo avec les conjurés en criant : Vive le Roi.
Aussitôt un des notables parmi les Malouins appelé Pépin de la
Planche part pour Paris afin d’apprendre cette bonne nouvelle
au Roi.
Sire favoris prins Dinan , dit le Breton sans prendre haleine .
Impossible, dit le maréchal de Biron .
Vere, dit Pépin , il le sara mieux que ma qui y étas .
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ÜOMBOUR BT SBS SBIGNBURS 19
Et sans plus de cérémonie, il fait entendre qu'il a faim ; le Roi
le fait servir, riant beaucoup de sa simplicité.
Le lendemain, Pépin vient prendre congé du Roi et ne lui
demande rien autre chose qu’un cheval de ses écuries, « le sien
ayant crevé comme un porc I »
Le Roi lui St donner un de ses bons coureurs et Pépin s’en
retourna fort satisfait de lui-même et du Roi.
L’un des témoins nommés dans l’enquête faite à l’occasion de
la réception de Jean de Coetquen dans l’ordre du Saint-Esprit
dépose « qu’il était l'un des plus anciens capitaines de France
qu’il avait été chargé des reltres en tous les voyages de Piémont,
à la bataille de Moncontour et autres, que depuis la reprise de là
ville de Rennes, il fut le premier des gentilshommes qui se
rendirent en la dite ville avec quarante gentilshommes bien
armés et montés j>our la défense de la ville, (son dis Jean VI
l’accompagnait) qu’il s’opposa aux entreprises du duc deMercœur
qui tenait la ville de Vitré assiégée, qu’à son exemple, les autres
seigneurs vinrent à Rennes, ce qui fut le fondement de la con¬
servation du pays, qu’à lui était dûe la prise de Moncontour et
la défaite des ennemis à Moncontour et à Loudéac (avril 1591)
quoi qu’ils eussent deux fois plus de troupes que lui ; et qu’en
toutes batailles sièges et prises de villes, il avait été assidu
auprès du duc de Montpensier, du maréchal d’Aumont et des
autres lieutenants généraux qui avaient commandé en Bretagne
ce qui avait déterminé le Roi à le faire son lieutenant général
audit pays (1).
C'est sans doute Jean premier, marquis de Coetquen qu’on
trouve nommé Jean de Coetquen chevalier de l’Ordre du Roi dans
une montre du 23 avril 1569.11 était fils de François de Coetquen
et de Françoise de Malestroit, mais ce n’est que par son mariage
avec Philippe d’Acigné qu’il devint seigneur de Combour(2). On
verra plus loin un accord curieux entre les seigneur et dame de
Coetquen et le sire d'Acigné par lequel celui-ci abandonne à sa
sœur Philippe la terre et seigneurie de Combour pour demeurer
quitte du partage des successions de ses père et mère et autres
successions collatérales.
Jean de Coetquen mourut dans un âge avancé (soixante-dix-
ru uf ans) à son château de Vauruffii*r en Plouasae et fut inhumé
(1) D# Carné, Les Chevaliers du Mont-Sainl-Michel.
(V ld.
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30
REVUE DE BRETAGNE
dans le chœur de9 Frères Prêcheurs de Diuan où uo grand nom¬
bre de Goetquen ont eu leur sépulture.
Sa femme lui survécut, elle mourut en 1615 et par son testament
daté du 1*' octobre 1605, elle ordonna que son corps fut inhumé
près de son époux et son cœur aux Cordeliers de Dinan.
Ils avaient eu un fils et trois filles : Jean marquis de Coetquen
/ comte de Combour, Gilonne mariée en 1576 au sieur du Hallay,
avec cette clause au contrat que : si les Coetquen venaient à s’é¬
teindre, les du Hallay en relèveraient le nom, ce qu’ils ont fait ;
Françoise mariée à Jean d’Avaugour, sieur de Saint-Laurent et du
Bois de la Motte, célèbre capitaine ligueur, et Odette qui épousa
en premières noces : Louis de. Québriac, sieur de la Hirlaye et en
secondes noces Vincent du Louet de Coetjunval.
En 1566, Robert Guéhenneuc sieur de Chantepic, j u veigneur de
la maison de la Roncière, était gouverneur de la place et château
de Combour, il fut chevalier de l’Ordre de Sa Majesté d’après un
recueil de g 'néalogies composées sur les arrêts de la réformalion
de 1668(1).
JEAN VI, MARQUIS DE COETQUEN,
COMTE DE COMBOUR (2).
23* Sbiqnbur
Bien qu’il f oit mort avant ses parents, Jean VI fils de Jean V.
premier marquis de Coetquen et de Philippe d’Acigné, fut aussi
seigneur de Combour « qu’il eut, dit du Paz, pour l’entretien de
son estât et de sa personne et tant qu’il vesquit fut dit et appelé
comte de Coroboup ». Il fut, comme son père, gouverneur de
Saint-Malo, capitaine de cent hommes d’armes (1580), chevalier
de l’Ordre du Roi.
A la nouvelle de la reprise de Rennes sur les ligueurs en 1580,
il s'y rendit, avec son père et contribua avec lui à la défense de la
ville.
Il avait épousé le 14 octobre 1578 Renée de Rohan sœur d’Her-
cule de Rohan de Montbazon, fille aînée de Loui 9 prince de Gué-
mené et d’Eléonor de Rohan, dame de Gié.
Il mourut, non point à la bataille de Loudéac, où commandait
(I ) De Carné, Les Chevaliers du Mont-Saint-Michel.
(*) Je ne «aie pourquoi la Bibliographie Bretonne l'intitule Jean VII.
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COMBOUR BT SBS SEIGNEURS
21
son père, comme on l'a écrit, mais à son château de Combour le
29 juillet 1602, ne laissant de Renée de Rohan qu'un fils unique
qui lui succéda dans la seigneurie de Combour. .
Sa veuve Renée de Rohan, mourut le 16 mai 1616.
Jean VI marquis de Coetquen, comte de Combour fut inhumé
au couvent des Jacobins de Dinan dans l’enfeu de ses ancêtres.
Renée de Rohan fut ensépulturée en l’église paroissiale de
Combour où se voyait encore son mausolée en marbre noir avant
la Révolution. Autour de son tombeau était écrit ce qui suit :
Passant, sans admirer cette figure d’albâtre,
Admire les vertus dont était décorée
Renée de Rohan, qui font que comme une astre
Elevée dans les cieux, elle est d’honneur ornée.
Tu te trompes, passant, cherchant sous cette lame #
Les vertus qui luisaient en Renée de Rohan,
Car elles ont suivi dans les oieux sa belle âme
Et gisent à présent dans le'sein d’Abraham.
Les vertus gisent toutes entre ces quatre tables,
Qu’on ne me parle plus de Pallas et Juno,
Ny de la sœur du grand dieu qu'on nomme Apollo,
Car Renée de Rohan a surpassé leurs fables.
Bien sage fut Daphné qui, d’un faux dieu fuyant
Le sale amour, devint laurier verdoyant,
Plus sage mille fois fut de Rohan Renée
Qu’elle aima tant son Dieu, qu'en ange elle est changée !
Malheureusement l’auteur de cette magnifique épitaphe ne
nous a point laissé son nom! Doit-on le regretter ? Malgré cette
réminiscence biblique, malgré ces souvenirs poétiques tirés de
la mylhologie, je serais tenté de dire qu’il a fait comme le
passant, s’il s’est cru poète de premier ordre, il s’est trompé 1
Cependant tout considéré, Userait bien à regretter qu’il n’eut
pas fait son épitaphe, qui est bien dans le goût du temps.
LOUIS DE COETQUEN, COMTE 1)E COMBOUR,
24* Seigneur.
Fils de Jean VI, marquis de Coetquen, comte de Combour et
de Renée de Rohan, Louis marquis de Coetquen devint en
1616, le XXIV* seigneur de Combour.
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REVUE DE BRETAGNE
SI
Il était marquis de Goetquen, comte de Gombour baron de
Vauruffler, vicomte d’Uzel et de Rougé, çeigneur d’Aubigné, de
la Houssaye, de Mezengé, du Marchais et du Boulet. Conseiller
d’Etat d’épée, gouverneur de Saint-Malo et de la Tour Solidor,
mestre de camp d’un régiment de douze cents hommes, il assista
aù siège de Saint-Jean-d’Angély et de Royan et mourut au siège
de la Rochelle le 9 octobre 1628.
On trouve son sceau entouré du collier déTordre de Sa Majesté
à une commission qu’il donna le 15 juillet 1621 (1). Il avait
épousé en t609 Henriette d'Orléans, fil le de François marquis de
Rothelin et de Jeanne du Val. Il laissait pour successeur son
fils MalO.
MALO I", MARQUIS DE COETQUEN, COMTE DE COMBOUR
25* Seigneur.
Il fu^ baptisé le 11 juillet 1611 à Saint-Malo dont les sires de
Coetquen furent longtemps gouverneurs de père en fils. Gomme
ses prédécesseurs, Malo fut gouverneur de Saint-Malo, capitaine
de la Compagnie des gendarmes de feu le cardinal de Richelieu.
Il avait épousé en 1631, Françoise de la Marzelière, fille de
François marquis de la Marzelière baron de Bain et de Bonne
Fontaine, Vicomte du Fretay, etc., et de Françoise de Harcourt.
Malo mourut au mois d’août 1674, il laissait deux fils : Malo II
qui lui succéda et Pélagie de Coétquen, une fille Fr&nçoise
mariée en 1653 à Hercule comte de Boisséguin et de la Bellière.
Pélagie de Goetquen eut un fils Malo Jean-Baptiste qui périt de
mort tragique en 1693.
On lit dans les registres paroissiaux de Gombour à la date du
21 novembre 1682 : Malo J.-B. d^Coëtquen fils de feu hault et
puissant seigneur messire Pélagie de Coétquen et de dame
Guillemette Bélin, ondoyé à Saint-Malo le 22 janvier 1676 par
messire L. Desnos, vicaire perpétuel de l'église cathédrale, reçoit
à Gombour le supplément des cérémonies du baptême. Parrain
sbn oncle Malo de Goetquen, marraine demoiselle Françoise de
Coetquen.
Deux diseurs de bonne aventure, ou plutôt de mauvaise en ce
cas, avaient prédit sa fin malheureuse au jeune Malo.
(1) De Carné, Le$ Chevaliers du Mont Saint-Michel .
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COMBOUR BT SBS SBIGNBURS 23
Au mois de juin 1603, marchant avec le régiment du Roi pour
rejoindre l'armée, il voulut abreuver son cheval dans l’Eseaut et
s'y noya en présence de tout le régiment sans avoir pu être
secouru. 11 avait eu deuz sœurs, l’une religieuse calvairienne,
l’autre Françoise comtesse de Mornay, marquise de la Marzelière
et de Bain.
Un factum intitulé : Généalogies du sieur Guillard , publié au
tome IV du Cabinet historique parle ainsi de Malo I".
« Celuy des Coetquen qui a le plus paru à la Cour dans ce
siècle, aimoit fort à demeurer chez luy comme font presque tous
les Bretons. Il s’amusoit en son pays à faire bonne chère, aller à
lâchasse et faire de la fausse monnoye. S’il eust voulu aller à la
Cour et y paroistre, il aurait esté cordon bleu et peut estre
mareschal de France et duc et pair, mais les plaisirs de sa
province l’y ont toujours retenu. Il avoit espousé une femme qui
le mesprisoit beaucoup quoyqu’il fust d’aussy bonne maison
qu’elle; il en eut deuz enfans sçavoir le dernier marquis de
Coetquen et le comte de Combour. Celuy-ci a espousé une riche
héritière de Saint-Malo, üuillemette Belin fllle d’un gros marchand
qui trafiquait sur mer ; il alla luy-mesme en Portugal et à Séville
pour recueillir la succession de son frère et le comte de Combour
alla aussy dans les mesmes pays pour la succesion de son beau
père » (1).
Malo de Coetquen traitait, paraît-il, très durement sa femme,
elle fut forcée de se retirer au couvent de la Visitation de Rennes
et comme son mari prétendait qu’elle dépensait follement sa
fortune en bonnes œuvres, elle fut forcée de s’adresser au parle¬
ment et à la Reine pour obtenir justice, son mari lui refusant
absolument toutes espèces de subsides.
Françoise de la Marzelière, marquise de Coetquen, mourut le
14 juillet 1677.
MALO II JEAN-BAPTISTE, MARQUIS DE COETQUEN,
SEIGNEUR DE COMBOUR,
26* Seigneur.
Leur Ris Malo Jean-Baptiste, marquis de Coetquen et de la
Marzelière comte de Combour en 1650, fut nommé gentilhomme
(I) Bio-Biblioçraphie bretonne. Coetquen, p. 20.
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24
BEVUE DE BRETAGNE
ordinaire de la Chambre du roi en 1659, gouverneur de Saint-
Malo en 1662, commandant pour le roi en Bretagne en 1663.
La muse historique de Loret dit de lui en 1665
Co&quin qu’on tient d’assurance.
Un des bons gendarmes de France.
et à propos de son mariage en décembre 1662.
Ce jeune Marquis d’importance.
Ce Breton d’illustre naissance,
D’esprit, de coeur, et bien formé,
Marquis de Coaquins nommé,
Bpouza, jeudy, cette belle,
Cette admirable jouvencelle.
Ayant plusieurs grands biens en dot,
Fille de feu Rohan Chabot,
St de son aimable compagne.
Du sang des Princes de Bretagne,
Quoique la ûlle fut, dit-on,
Paroissienne de Charenton,
Et la plus belle qui paroisse
En cette assez grande paroisse
Toutefois, cet heureux Amant
Epouza cet Objet charmant
Cette beauté presqu’Angélique,
Dans Saint-Paul, Temple Catholique...
Malo Jean-Baptiste, épousa en décembre 1662 Renée Charlotte
Marguerite de Rohan Chabot, sœur du duc de Rohan qui survécut
à son mari. Celui-ci mourut à Paris le 24 avril 1679, ne laissant
qu’un fils Malo Auguste qui lui succéda (1).
En 1682, Marguerite de Rohan Chabot étant veuve et tutrice
de son fils, rendit aveu au roi pour sa châtellenie d’Aubigué qui
pendant un siècle resta unie au comté de Combour et ne s’en est
détachée que par suite de l’acquêt fait en commun par MM. de
Chateaubriant et de Montboucher.
La marquise de Coetquen était sœur de la princesse de Soubise
et de la princesse d’Espinoy ; elle disait plaisamment en parlant
de son séjour à Versailles qu’elle y était... entre deux selles...
parce que ses deux sœurs avaient le tabouret (2).
(I) Le décès de Jean-Baptiste Malo de Coetqnen inscrit aux registres de Com-
bour commence par ces mots : « Pour éterniser sa mémoire... et finit par
ceux-ci : 11 mourut à Paris avec grand et incompréhensible regret de tous set
pauvres sujets. »
(2) Bio-Bibliographie Bretonne. Coetqnen, p. 21 et snir.
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COMBOUR RT SBS SEIGNEURS
26
Dans sa correspondance avec sa fille de Sévigné, toujours
si mordante, ne ménage pas plus l’un que l'autre, le marquis et
la marquise de Coetquen, nous n’oserions dire qu’ils ne donnaient
pas prise à ces attaques.
Malo II fut député des Etats de Bretagne en 1077, il avait été
grand veneur de Monsieur pour le cerf en 1667.
La marquise avait flni par quitter la Cour pour venir dans ses
terres, où elle donna des marques de ses sentiments religieux
et accorda sa protection à tous ceux qui y eurent recours. Puis
cherchant bientôt un asile < au sein de la piété solide dont
saint François de Salles nourrit ses filles spirituelles » elle se
retira en 1708 aii monastère de la Visitation de Rennes et mourut
en 1720.
On lui fit de pompeuses funérailles. « L’oraison funèbre de très
haute et très puissante dame M m# Marguerite Chabot de Rohan
douairière de Coetquen, veuve de très haut et très puissant sei¬
gneur Malp Jean-Baptiste de Coetquen, marquis de Coetquen,
et de la Marzelière comte de Combour et autres lieux, gouver¬
neur de Saint-Malo, fut prononcée dans l'église paroissiale de
Combour, en présence de M. le marquis de Coelquen son fils
commandant pour Sa Majesté en Bretagne.
L'orateur sèmble être de Saint-Malo parce qu’en faisant l’éloge
des Coetquen, il dit : « Cette maison, et c’est ce qui formera tou¬
jours notre tendre souvenir était depuis un siècle en possession
de nous fournir nos gouverneurs bien aimés... Saint-Malo a
acclamé six gouverneurs de la maison de Coetquen...
Il avait pris four texte de son discours ces paroles :
Décor et fortitudo indumentum ejus . Elle a été revêtue de
beauté et de force, et il développe ces deux idées :
1° La Providence a ménage à la marquise de Coetquen une
naissance illustre et une alliance qui l’ont rendue l’objet de notre
vénération et de notre amour.
Et il passe en revue à ce propos toutes les illustrations des
Chabot, des Rohan et des Coetquen, énumérant les innombrables
services qu’ils ont rendus à l’Etat et à la Royauté.
2° La Providence a ménagé à la marquise de Coetquen une vie
& la Cour et une mort dans la retraite qui l’ont rendue l’objet de
notre instruction et de nytre imitation.
Plus charitable sans doute que M m * de Sévîgoé, le panégyriste
fait de la Marquise de Coetquen le portrait suivant : « Que qe
Di' zed by v^ooQLe
REVUS DE BRETAGNE
JS
puis-je vous décrire cet assemblage de traits qui imprimaient le
respect ; cet air de majesté accompagnée de tant de grâces ? Se
présentait-elle ? par l'éclat de son maintien elle attirait nos
hommages et le sentiment commun qui s'élevait en nous, çst
qu’elle était faite pour commander. Cet éclat était tempéré. Dans
la douceur de ses regards, on découvrait la douceur de son âme
paisible: dans la délicatesse de ses traits, la Anesse de son
esprit. Parlait-elle ? C’étaient des oracles de bon sens, la solidité
de son jugement lui communiquait une élévation de pensées
toutes appuyées sur l'expérience du grand monde dont elle
connaissait si bien toutes les humeurs, tous les intérêts, tous les
usages. La grandeur de son âme égalait la dignité de ce port
majestueux en sorte que, considérant plus les exemples que les
titres de ses ancêtres, elle regarda comme un apanage de sa
naissance d’être sincère dans ses pardles, Adèle dans ses pro¬
messes, franche dans son procédé, sûre dans ses amitiés ; faisant
plus de cas de la libéralité que des richesses, et aimant mieux
ràbattre de la pompe extérieure que d’intéresser sa ju*stice. Plus
on avait l’honneur de la connaître, plus on était saisi d’admira¬
tion, sa grandeur n’étant pas de celles qui augmentent par
l'éloignement et qui diminuent & mesure que l’on s’en approche.
La véritable grandeur qui avait une influence générale sur
toutes ses vues, sur toutes ses démarches et qui est au cœur ce
que la bonne grâce est au corps, ne l’abandonna nulle part ; tel
est son portrait. »
Dans le même discours on trouve l’éloge de son flls Malo
Auguste :
« Aussi agréable & la cour qu’il nous e&t favorable, pbputaire
sans rien perdre de sa dignité, exact par l’amour du bon ordre et
de notre sûreté, juste dans son discernement, éclairé sur chaque
chose, déjà victime de sa valeur pour le salut de l’Etat, il en
entretient l’amour dans le cœur des peuples qu’il commande et,
par la droiture de ses avis, l’entremise de sçn pouvoir recherche
à concilier l’intérêt public avec celui de tous les particuliers. »
Puis, s’adressant à Jules Malo, l'orateur ajoutait :
« Et vous, digne flls unique, fondement de toutes les espé¬
rances de cette maison, notre couronne future par la survivance
que vous avez obtenue du gouvernement, prenez votre assort à
l’entour du trône, où ceux qui l’approchent de près, ne composent
pour ainsi dire que votre famille. Que le ciel bénisse l’heureuse
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COMBOUR BT SES SEIGNEURS
r
compagne de votre bonheur et conserve longtemps vos jours,
dans la carrière militaire, où Sa Majesté, qui se plaît déjà à vous
combler de ses gr&ces, vient de vous accorder l’honneur du
commandement. »
En 1666 Pierre (le Salano était capitaine de la ville et du
château de Gombour, en 1684 il devint capitaine des cent suisses
de Monsieur frère du Roi et mourut le 24 septembre 1686.
Cette même année 1686, M. Briand, chapelain de la marquise
de Coetquen et titulaire de l'hôpital de la Madeleine de Combour,
bénit un mariage en présence de Monseigneur le marquis de
Coetquen.
Daniel de Gennes était alors sénéchal de Gombour, il fut rem¬
placé en 1696 par Malo Philippe sieur de Villeneuve, qui mourut
le 3 décembre 1709.
(A suivre). Paul de la Bignb.
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MÉLANGES HISTORIQUES
(Suite) (1)
■aO «» g '
XIII. — La succession du duo Gbofroi.
La mort du duc Geofroi (1008) devait amener nécessairement
de graves complications intérieures. Elle posait en effet un pro¬
blème de droit successoral sur la solution duquel les Bretons
devaient fatalement se trouver divisés. Le flls aîné du défuDt,
Alain, était encore trop jeune pour exercer efficacement le
pouvoir. En pareil cas, chez la plupart des peuples celtiques ou
germaniques, comme chez les races patriarcales, ce que l’on
considérait surtout dans la succession d’un chef, c’était la trans¬
mission de la souveraineté, et en l’absence d’enfants aptes à
exercer le commandement suprême, fonction esséntielle d’un
roi, d’un duc ou d’un comte, l'héritier était naturellement le
plus âgé des prochçs parents du défunt, le plus capable de le
remplacer, son frère par conséquent s’il en avait un. Ainsi
trente’ ans auparavant, lorsque le comte Hoèl de Nantes était
mort, laissant un dis en bas âge, celui-ci avait été évincé et le
comté de Nantes avait été attribué à son oncle Guerech. Il sem¬
blait donc qpe Judicaël, frère de Geofroi, était tout désigné pour
recueillir sa succession, et de fait une partie des seigneurs bre¬
tons se déclarèrent pour lui. Mais en face des idées celto-ger-
maniques, en contradiction avec elles, se dressaient les idées
romaines qui dans une question successorale ne voyaient que la
transmission de la propriété et résolvaient la difdculté résultant
, de la présence d’héritiers mineurs en organisant une adminis¬
tration provisoire, une tutelle. Or les iJées romaines n’avaient
pas disparu avec la conquête franque ou bretonne ; elles subsis¬
taient en beaucoup d'endroits à l’état d’usages ; surtout elles
avaient la,faveur du clergé pour qui elles constituaient une sorte
(t) Voir la Revue de juin 1908.
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I
MÉLANGES HISTORIQUES
99
de droit idéal, de règle-type. Aussi Alain trouva-t-il immédiate¬
ment en Bretagne des champions de ses prétentions. Telle fut.
l’origine d’une guerre civile, qui, comme on le voit, fut tout autre
chose qu'une rébellion de seigneurs contre leur souverain légi¬
time.
Ce Judicaël frère de Geofroi auquel un parti puissant offrait
ainsi la couronne ducale était-il distinct de Judicaël frère de
Geofroi et évêque de Vannes ? Nos érudits bretons ne l’ont pas
pensé. Ils ont sans doute été amenés à cette conclusion par Tiden^-
iiflcation qu’ils ont établie entre le candidat des barons insurgés
etcélui qu’ils considéraient comme le chef de ces derniers, Judi¬
caël fils de Gham. Celui-ci ayant péri dans la lutte ne pouvait
être l’évêque de Vannes que l'on voit à une époque ultérieure jouif
paisiblement de son évêché. Mais pour que cette conclusion s’im¬
posât, il faudrait que cette identification fût certaine. Or elle repose
uniquement sur cette hypothèse que Cham est le mot breton cam 9
lequel signifie boiteux, et que Judicaël filius Cham n’est autre que
Judicaël fils de Conan le boiteux. Or il est assez rare de voir un
prince désigné uniquement par son sobriquet ; en second lieu il
est étrange que les moines d’une abbaye située en pays français,
comme étaient les moines de Saint-Méen à la chronique desquels
ce récit est emprunté, y aient inséré ce surnom sous sa forme
bretonne, laquelle ne devait pas être employée par le comte du
pays français de Rennes.
Enfin ce mot est écrit chani et non cham dans la Chronique de
Saint-Brieuc qui reproduit le texte de la Chronique de Saint-Méen ;
ce qui porte & croire qu’il s’agit là du génitif d’un nom propre
terminé en us. Judicaël filius Chani ne serait-il pas en réalité
filius Alani ? Cette erreur de scribe n'est pas impossible, puis¬
qu’elle a été commise une autre fois. Un des ancêtres de Lancelot
dans le roman du grand Saint-Graal s’appelle en effet, suivant les
manuscrits, tantôt Alain et tantôt Cham . Le rebelle Judicaël est
donc très probablement distinct de celui dont il voulait faire un
duc de Bretagne.
Il n’y a naturellement aucun argument à tirer contre l’identité
de l’évêque de Vannes et du prétendant & la couronne, du fait
que le premier est toujours appelé Judicaël, tandis que le second
e3t appelé Juhaël par Le Baud dans la première rédaction de
son histoire ; car dans la deuxième rédaction Le Baud appelle
également ce dernier Judicaël, et il n’y a en réalité aucune
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30
revue de Bretagne
raison de préférer le texte de la première rédaction à celui de la
seconde. Quant à ceux qui s'étonneraient qu’on ait pu songer à
placer la couronne ducale sur la tête d'un évôque, je leur répon-
drai que trente ans auparavant Guerech, évôque de Nantes, avait
succédé comme comte à son frère Hoôl, sans cesser pour cela de
jouir des revenus de l’évôché.
Pour en revenir au Judicaël fitius Chanidont je viens de parler,
était-il réellement le chef des barons insurgés ? Voici comment
s’exprime la Chronique de Saint-Méen : ex quorum execrando
collegio Glandarius Judichael Cham filius extitit. La Chronique
de Saint-Brieuc répète textuellement cette phrase avec celte seule
différence qu’elle écrit Glanderius pour Glandarius et Chani pour
Cham. Or, pour nos érudits, Glandarius est*une faute de scribe,
c’est un nom commun qu’il faut corriger en Gladiarius. Judicaël
est donc le porte-glaive, le chef militaire des insurgés. C’est
possible, mais si nous ouvrons la première rédaction de Le Baud,
nous voyons que pour lui Glandarius ou Glanderius , qu’il écrit
Glandenus ou Glandevus, est un conspirateur tout comme Judi¬
caël, Rivallons ou Karadocus. La corrëction est donc inutile-
Judicaël n’est donc plus le chef des conspirateurs, mais le second
sur une liste qui comprend quatre noms. Ainsi se fortifie Ja thèse
qui fait deux personnages différents du frère de Geofroi et de
Judicaël filius Chani.
Tous nos historiens ont admis comme exacte l’assertion de Le
Baud qui explique l’échec des prétentions de Judioaël par ce fait
que c’était un homme simple, sans science et sans conduite. Or
cette phrase ressemble à s’y méprendre, avec un seul mot en
moins, à celle de la Vie de Saint-Gildas qui attribue la victoire du
duc Alain dans cette môme conjoncture à ce que ce prince ne
manquait ni d'énergie ni d’intelligence. La phrase de Le Baud est
évidemment calquée sur celle de la Vie de Saint Gildas, mais le
mot non qui en change complètement le sens ne se trouvait sans
doute pas dans l’exemplaire que Le Baud avait sous les yeux,
exemplaire identique à celui que consulta au XVII* siècle
Dùbuisson-Aubenay et auquel le mol non manque également-
Un des deux textes est évidemment fautif, mais lequel ? G’est ce
que dans l’état actuel de nos connaissances il me parait impos¬
sible de décider.
La Chronique de Saint-Méen place cet essai de guerre civile
aussitôt après la mort du duc Geofroi en 1008 et c’est probable-
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MÉLANGES HISTORIQUES
I 31
ment de là que la Chronique de Saint-Brieuc est partie pour
placer cette guerre au cours des années 1009 et 1010. La vraisem¬
blance indique en effet qu'une pareille querelle successorale
n’a pu éplater plusieurs années après la mort de Geofroi, mais
aussitôt après cette mort. Cependant'la Vie de saint Gildas la
considéré comme postérieure à la révolte des paysans, et comme
celle-ci est placée par Le Baud tantôt en 1024, tantôt en 1025,
suivant les différentes rédactions de son histoire, quelques his¬
toriens modernes placent après 1024 la révolte des nobles. C’est
là, je viens de le dire, une conclusion que son invraisemblance
suffit à faire rejeter. *
Tout ce que l’on peut tirer de la Vie de saint Gildas, c'est que
ces deux événements, répression de la révolte des paysans,
répression de la révolte des nobles, se plaoent entre l’arrivée de
saint Félix en Bretagne et sa promotion à la dignité d’abbé de
ftuis, c'est-à-dire suivant l'opinion courante, entre 1008 et 1025;
mais comme je le montrerai plus loin, c'est très probablement en
1015 que S. Félix fut sacré abbé de Ruis. (La répression
des deux révoltes se plaça donc entre 1008 et 1015, et de
fait un acte de 1021 nous montre l’évôqae Judicaôl récon¬
cilié avec son neveu Alain et apposant sa signature au bas d’une
charte de celui-ci. La défaite de ses plus déterminés partisans
amena sans doute la soumission du prétendant. Mais si cette
défaite eut lieu peu de temps avant l’an 1015, leur prise d’armes
est nécessairement antérieure et contemporaine des débuts
du nouveau règne.
La révolte des paysans bretons se produisit sàns doute en
môme temps que la fameuse révolte des paysans normands dont
parle Wace ; mais tout ce que nous savons de celle-ci, c’est
qu’elle eut lieu sous le règne du duc de Normandie Richard 11,
entre 996 et 1026. Loin donc qub les chroniques'normandes nous
aident à dater avec plus de précision la révolte bretonne, ce
sont at contraire les chroniques bretonnes qui pourraient nous
permettre de préciser un peu plus la date de la révolte normande.
Enfla dom Lobineau et dom Morice ont vu un nom propre dans
le strictum castrum^où, d’après la Chronique de Saint-Uéen, se
seraient enfermés les chefs des rebelles et dont Alain se serait
emparé. Ils y ont vu le château de Malestroit. M. de la Borderie
voit simplement dans strictum une épithète et traduit strictum
castrum un fort château. C’est, je crois, la bonne traduction.
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REVUE DE BRETAGNE
XIV. — Les abbés Félix de Ruis et Tbudon de Redon.
La Vie de saint Gildas, rédigée, comme l’a établi M. F. Lot, par
l’abbé Vitalis, successeur immédiat de Félix, raconte qu’en l’an
1008 Gauzlin.abbé de Saint-Benoît sur Loire, envoya en Bretagne,
à la prière du duc Geofroi, un moine nommé Félix, pour Relever
de leurs ruinejj les abbayes bretonnes détruites par les North-
mans ; que les guerres civiles qui éclatèrent à ce moment empê¬
chèrent Félix de mener son œuvre à bien ; que découragé après
^eize ans d’efforts il reprit le chemin de son ancien monastère ;
mais qu’en y arrivant Gauzlin,prévenu par la duchesse Havoise,
le/sacra abbé et le renvoya en Bretagne. Ces derniers événements
se seraient donc passés en 1024 ; M. Lot a pensé que le chiffre de
seize ans n’était ici qu'un chiffre approximatif et comme on sait
que Félix fut sacré le 4 juillet et que dans les habitudes de l’é¬
poque ces cérémonies avaient toujours lieu un dimanche, l’érudit
historien a corrigé 1024 en 1025. D'autre part la Chronique de Ruis
dit que Félix mourut en 1038. Son épitaphe nous apprend qu’il
avait été abbé pendant douze ans (1). Tous ces documents
paraissent à première vue bien concordants.
En réalité la question est beaucoup plus compliquée. La Vie dé
saint Gildas nous dit en effet que, lorsque Félix revint au monas¬
tère de Saint-Benoît sur Loire, Gauzlin était déjà évêque et conti¬
nuait cependant à faire sa résidence dans le couvent dont il
demeurait abbé. Or il semble bien qu’un pareil état de choses ne
convienne qu'à la période comprise entre l’année 1013,où Gauzlin
fut élu archevêque de Bourges, et l’année 1017, où il réussit
à vaincre les résistances de ses diocésains et à faire son entrée
dans sa ville épiscopale (2). Or dans cette période l’année 1015est
la seule où le 4 juillet tombe un dimanche. Faut-il donc croire
que Félix a été sacré en 1015 ?
Il n’y a pas lieu de considérer comme une objection sérieuse
les douze ans d’abbatiat que lui assigne son épitaphe. <5e docu¬
ment n’a par lui-même aucune valeur. Son auteur l’a composé à
l'aide de la Vie de saint Gildas et de la Chronique de Ruis , ou
peut-être simplement à l’aide d’une chronique qui, comme celle
de Le Baud, combinait ensemble les éléments des deux récits. La
(1) Annale» de Bretagne, tome XXIII, p. 270 et273.
(2) Luchaire, Histoire de France , p. 158 et 159.
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mélanges historiques
33
présence de la date 1008 dans la Vie de saint Gildas est une
objection plus sérieuse, mais cette date correspond-elle à la
venue de Félix ou n'est-elle simplement qu'un emprunt à quelque
chronique qui mentionnait à la date de 1008 le nom du duc
Geofroi? On est en effet quelque peu étonné, si Félix est venu en
Bretagne en 1008, que ce soit justement l'année de sa mort que
le duc Geofroi ait pensé à faire venir ce moine en Bretagne
et surtout que Félix n'ait pas été immédiatement découragé,
puisque les guerres civiles qui amenèrent ce. découragement
eurent lieu aussitôt après la mort de son protecteur.
Je ne verrais, en ce cas, je l'avoue, qu’une façon d'arranger les
choses. C'est de supposer que ce fût justement au cours de son
voyage à Rome que le duc Geofroi,passant par l’abbaye de Saint-
Benolt-sur-Loire, demanda à l'abbé Gauzlin d’envoyer des reli¬
gieux en Bretagne, que ces religieux furent bien accueillis par
l'évêque de Vannes Judicaël, mais que, quand le parti de celui-ci
eut succombé, Félix et ses compagnons craignirent la colère du
vainqueur, reprirent le chemin de l’Orléanais et n’en revinrent
que lorsque la duchesse Havoise et ses fils leur firent savoir
qu'on ne nourrissait contre eux aucune rancune.
On pourrait alléguer en faveur de la date de 1025 que, d’après
le Chronicon Britannicum, la restauration de l’abbaye de Saint-
Méen par les fils d'Havoise aurait eu lieu en 1024, et que par con¬
séquent cette restauration, de très peu postérieure à la victoire
des jeunes princes, marquerait la fin des guerres civiles de
Bretagne. Il n’y aurait donc rien d'étonnant à ce que l'abbaye de
Saint-Méen, située en pays ami, eût été restaurée un an avant
l’abbaye de Saint-Gildas, située en pays ennemi. Malheureu¬
sement les dates du Chronicon Britannicum sont très sujettes à
caution. La Chronique de Saint-Méen ne donne pas la date de la
restauration de l’abbaye. Elle se borne à dire, comme la CAro-
nique de Saint-Gildas , que le point de départ de cette restauration
se trouve dans les événements qui suivirent là mort du duc
Geofroi en 1008, de sorte que l’on peut se demander si dans les
deux cas ce n'est pas par un calcul que l’on est arrivé à la/iate
de 1024, calcul qui a évidemment beaucoup moins d'autorité
qu'une date positive empruntée à des annales. v Or, comme une
charte de 1021 nous montre l’évêque Judicaëlapposant sa signa¬
ture à cette date à une charte du duc Alain, il s’ensuit que dès
cette époque l'oncle et le neveu étaient réconciliés.
Juillet 1909 3 .
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KËVUË t)K fcftEÎACNË
Uneàutre objection Contre lia “date de 1025, c'est qu'elle n'est
même pas unanimement acceptée par les documents originaires
de Saiht-Gildas. Là Ohtoniqu'e de Ruis dans un passage taalhéu-
freUsemebt Iri-à incomplet semble dire qu*en 1022 il y avait sept
ans que Félix avait été nommé abbé, cè qui bous reporterait à
1015, ou eR tous cas que la promotion de Félixê. ràbbatiat serait
de cette môtae année 1022, laquelle serait la septième à partir
d'un événement non indiqué.
Il est enfin une objection contre la date de 1025 qui nous amène
à l'examen de toute une série de chartes du Cartulaire de Redon.
Un passage de la vie de Gaufclin, cité par M. de la Borderie (1),
( il que cet abbé ayant ordonné en même temps deux de ses
disciples, Félix et Teudon, les envoya tous deux en Bre*-
tagne et que Teudon devint plus tard abbé de Redon. Or Teudon
èst la forme abrégée de Teudebaldus,et si nos historiens déclarent
n’avoir pas trouvé trace de l’abbé Teudon dans les chartes de
l'abbaye de Redon, ils auraient pu y trouver du moins un abbé
Tetbaldus, autrement diiTeudebaldus, lequel n'est évidemment
pas différent de l’eudon. L'abbatiatde Tetbaldus ou Teudon se
placerait donc entre celui de Hervé et celui de Mainard,et si
Teudon et Félix sont venus en même temps en Bretagne, seize
ans avant la promotion de Félix à la dignité abbatiale,il Faudrait
placer en 999 les débuts de l’abbatiat de Teudon. La charte pu¬
bliée par M. de Courson sous le n° 329 de son édition du Carfiu-
taire dè Redon et qui nous montre comme vivant simultanément
te duc Geofroi, l'évêque de Vannes Jodicaël et l’abbé Tetbaldui,
be contredit nullement cette opinion. Elle semble, U est Vrai,
contredite par une autre charte du même cartulaire, celle qui
porte le n° 357 et qui fait de 1 abbé Tetbaldus et de l'tvêqûe
Judicaêl les contemporains non plus seulement du duc Geoftvi,
mais de son père Conan. Il est évident que dans ce cas Teudon,
qui ne vint en Bretagne que sous Geofroi,ne saurait être le même
que Tetbaldus pourvu quelques années auparavant de la dignité
abbatiale, mais quoique l'authenticité de celte charte n’ait pas
jusqu'ici été suspectée, quoique M. l’abbé Le Mené, le plus
récent historien du diocèse de Vannes, n'élève notamment
contra elle aucarre objection, j’avoue que j’ai quelques doutes
sur l^valeur de cette pièce.
(I) Histoire de Hretàgne , tome 111, p. 1^7.
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MÉLANGES HISTORIQUES
35
J'avais d'abord songé, pour trancher la question, à faire état de
la charte de 1026 dans laquelle Alain donne Belle-Ile à l’abbave
de Redon ou du moins de cette partie de la charte qui relate une
donation précédente de la même île, faite par le duc Geofroi. En
effet, comme cette dernière donation est censée avoir été faite du
temps de l’abbé Mai nard, prédécesseur immédiat de l’abbé Ca-
tuallon, lequel en 1026 régissait l’abbaye, Tendon aurait dû
nécessairement être abbé avant Mainard, donc avant la mort du
duc Geofroi, et par conséquent Félix et Teudon auraient dû
venir en Bretagne un temps assez long avant cette mort. Mal¬
heureusement le fait même de cette donation est assez problé¬
matique. De plus, si la tenant pour fausse, on la croit cependant
calquée sur une charte authentique ayant un autre objet, et si
on pense ainsi pouvoir sauvegarder la sincérité des signatures,
on est étonné de! la façon dont y est mentionné l’évêque Judi-
caôl, désigné non pas par son titre épiscopal, mais simplement
par sa qualité de frère de Geofroi en compagnie d’un autre
personnage appelé Hurvodms et désigné lui aussi par le même
qualificatif, comme si Judicaô! et Hurvodfus étaient encore deux
laïques.
L’examen le plus méticuleux de toutes ces pièces, dont cer¬
taines sont évidemment fausses sans qu’il soit possible de dire
positivement celles qu’il faut rejeter comme telles, est loin,
comme on le voit, de dissiper toutes les obscurités. Les deux
dates de 999 et de 1015 sont cependant, il me semble^ plus
probables que les dates de 1008 et de 1025, et ce sont en dernière
analyse celles que j’accepterais le plus volontiers comme devant \
marquer l’envoi de saint Félix en Bretagne et la restauration de
Pabbaye de Saint-Gildas de Ruis.
XV. — Alain III kt la Normandie.
Uuand le duc Robert de Normandie mourut en Asie-Mineure
en 1035, il ne laissait pas d’autre postérité qu’un fils bâtard âgé
de huit an*, le futur Guillaume le Conquérant. Ses héritiers
légitimes étaient donc ses trois cousins germains, Edouard roi
d'Angleterre,fils de sa tante Emma, Alain, comte des Bretons, fils
de sa tante Havoise et Gui, comte de Bourgogne, fils de sa tante
Mathilde. Or si Pon en croyait Orderic Vital, historien du
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REVUE DE BRETAGNE
XII* siècle dont les écrivains modernes ont généralement adopté
la narration, Robert avant de mourir aurait confié la tutelle de
son fils b&tard ou, comme dit ailleurs le chroniqueur, la per¬
sonne de son fils b&tard à son parent Alain, comte des Bretons ;
d'où l’on a conclu que lorsqu’Alain mourut au siège de Mont¬
gomery, ainsi que le rapporte le môme Orderic'Vital, il agissait
en cette circonstance pour défendre l'autorité de son pupille
contre les seigneurs révoltés. On lui a môme attribué l’initiative
de toutes les campagnes dirigées contre les rebelles.
Cette version n’était pourtant pas celle de tous nos vieux
chroniqueurs. Guillaume de Jumièges, écrivant au XI* siècle,
une cinquantaine d’années avant Orderic Vital, met l’expression
d'une conception'toute différente dans la bouche de Conah, comte
de Bretagne, fils et successeur d’Alain. Conan revendique en
effet la Normandie comme lui appartenant et traite Guillaume
d’usurpateur ; ce sont d’après lui les amis de Guillaume qui ont
empoisonné le comte Alain ; ils le considéraient donc comme
un adversaire, ccmme un compétiteur, et non comme un protec¬
teur dévoué.
Deux faits viennent confirmer cette dernière version et la ren¬
dre pour nous préférable à celle d’Orderic Vital. Le premier est
que Guillaume de Jumièges mentionne successivement comme
ayant été les tuteurs de Guillaume, Gilebert, comte d’Eu et de
Brionne, et Raoul, seigneur de Vacé, sans faire aucune mention
d’Alain, comte de Bretagne. Le second c’est que, lorsqu*Alain
mourut à Vimoutier, on l’enterra dans l’abbaye,de Fécamp, le
Saint-Denis des ducs de Normandie, on ne rapporta pas son corps «
à Rennes, cependant plus proche de Vimoutier que Fécamp. Il
semble donc qu’il se considérait et qu’on le considérait comme le
successeur du duc Robert.
(A suivre). • V** Ch. de la Lande de Calan.
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UN VOYAGE EN BRETAGNE
(1782)
Le dimanche 26 mai 1782, le sieur Hamelin, géomètre et feudiste. qui
se trouvait alors à Tours, reçut de M. Châlon, commissaire des poudres
et salpêtres du Roi, une « commission pour iaire lés plans visuels des
rivières qui se jettent dans la Loire, et faire l'historique de leur em¬
bouchure ». C’était pour savoir si on pouvait y établir des moulins à
salpêtre. Dès le lendemain matin, il partit de Tours pour voir Saumur,
Angers, Nantes et Paimbœuf, en compagnie de M. le Cointre, « pompier
très habile, qui avait passé en Amérique et connaissait les termes de
marine ».
Après avoir visité Saumur dans la matinée du 28 mai, ils arrivèrent
le soir à Angers. Deux jours leur suffirent pour voir cette ville (Anjotà^
Historique , juillet 1908), après quoi, ils reprirent leur route pour la
Bretagne.
Laissons la parole à M. Hamelin, qui nous raconte dans son Journal
ce qu'il a vu pendant son voyage.
Le vendredi 31 inai 1782, après avjir vu la foire d’Angers, nous
partîmes de cette ville et passâmes & La Pointe (1) : à l’auberge
du Cheval Blanc , une jeune domestique voulait nous suivre pour
venir ensuite demeurer à Tours. Nous prîmes là une barque
pour aller* à Ingrandes , où nous arrivâmes à cinq heures du
soir (2).
Cette ville est petite et située à huit lieues d’Angers. Il y a un
grenier à sel. Elle est sur la frontière ^ie la Bretagne. Il y a des
barrières, où les commis fouillent les voyageurs strictement. Il
y a une fort belle verrerie à bouteilles. Nous y avons passé deux
heures de temps, on nous en a fait souffler, et nous avons suivi
(1) La Pointe est aujourd'hui un village de la commune de Bouchemaine,
canton Nord-Qq^st d'Angers.
(2) Ingrandes, commune du canton de Saint-Georges-sur-Loire, arrondissement
d'Angers.
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REVUE DE BRETAGNE
l’usage en donnant pour boire. Cette manufacture m'a bien
intéressé.
Le samedi 1“ juin au matin, nous fûmes voir le fameuse ma¬
chine de Montrelai$( 1), située à deux lieues d’ingrandes, au nord
de la Loire.
Cette machine est dans le genre de celles de Flandre, qui
servent à tirer le charbon de terre que nous fournissons aux
Anglais. Elles servent à puiser Peau du fond des mines, qùi est
de 600 à 1.000 pieds et même plus de profondeur (Voyez à ce
sujet Buffon), pour faciliter la fouille du charbon. Le mécanisme
en est simple et beau. C'est le feu et l’eau qui sont les moteurs. —
Il y a une chaudière de douze pieds de diamlètre et neuf pieds de
haut, qu'on emplit d’eau h la hauteur de six pieds. L’espace vide
rempli de la vapeur d& l’eau bouillante est de trois pieds. Cette
vapeur se communique dans un cylindre de dix pieds de haut
sur quatre pieds de diamètre, dans lequel il y a deux pistons qui
font mouvoir les deux balanciers et la machine générale. — A
l’époque de notre voyage, on puisait l'eau à 600 pieds de pro¬
fondeur ; et à mesura que l’on creuse, on allonge la chaîne et on
place les conduits sous terre. On y descend par un puits qui a
douze pieds de diamètre, et par des échelles solidement attachées
à pied droit ; les ouvriers descendent avec une chandelle attachée
sur leur tête. Nous parcourûmes pendant une heure les caves,
trous et mines de dessous terre. — La machine est aussi ingé¬
nieuse dans le bas que dans le haut. Ce sont aussi des pistons
qui puisent l’eau dans un bassin rempli par les différents petits
conduits que pratiquent les ouvriers en tirant le charbon. — Le
tuyau qui sert à monter l'eau, a seize pouces de diamètre et
fournit un volume d'eau considérable. — On fait monter le
charbon par le moyen d’un cabeslan que font tourner quatre
chevaux. Le panier qui sert à cet ouvrage, contient deux muids
de charbon. — L’eau arrive dans un bassin placé au somritet du
bâtiment, lequel a dix pieds de profondeur et règne sur tout le
b&timent. L’eau sort de ce bassin dans un tuyau placé au côté
opposé du gros tuyau, et tombe à terre où elle arrive dans des
tuyaux placés sur terre pour la conduire à un quart de lieue et
plus de la machine, où elle se perd.
(1) Montrelais, commune du canton de Varades, arrondissement d’Ancenis
(Loire-Inférienre).
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UN VOYAGE EN BRETAGNE
sa
Nous fûmes très satisfaits de ce travail, et nous quittâmes ces
frontières de l'Anjou (où il y a beaucoup de mines de charbon)
pour aller coucher à Ancenis, dans la Bretagne, où nous
arrivâmes le soir.
Nota. — Les domaines de Bretagne sont tous renfermés de
fossés et haies, même les plus petits morceaux d'un quart
d’arpent et au-dessous. Il y a des petites fourches de bois qu’on
nomme « échalets », placés à tous les fossés au dedans des terres
pour passer les hommes de pied, parce que les chemins sont très
mauvais. Ges échalets fatiguent singulièrement les voyageurs et
font porter aux femmes des jupes fort courtes.
Ancenis est une petite ville située sur la Loire, qui est esses
commerçante. Il n’y a rien d’intéressant pour les voyageurs.
Nous en partîmes le dimanche 2 juin au matin dans une oabsnae,
â peu près arrangée comme les ooches d’eau de la Seine, où il y
avait beaucoup de personnes qui allaient à Nantes : las pro¬
cessions de la Fête-Dieu y attirent les voisins. Nous eûmes enfin
beau temps et arrivâmes à il heures à Nantes.
Les bords de la Loire ne sont point aussi intéressants depuis
Angers jusqu'à Nantes, que depuis Angers jusqu’à Orléans.
Nantes est une ville considérable, où il y a de très beaux
quartiers, célèbre par sa situation, son commerce et l'édit
donné «n 1598 par Henri IV révoqué en 1685 par Louis XIV. fille
est bâtie sur la Loire à 24 lieues d'Angers et 10 lieues de Paimr
boeuf, porj de mer, et sur un coteau, pourquoi il y a de belles
vues. La partie basse de la ville nouvellement bâtie, telle que
111e Feydeau, est arrosée par la Loire, divisée par plusieurs
bras et lits, qui étaient alors garnis de aavires marchands hol¬
landais et autres et qui sont ornés des plus beaux hâtais, ce qui
offre des points de yue admirables ut forme des positions plus
intéressantes que les plus beaux quartiers de Paris, des hôtels e|
bâtiments alignés droit ont cinq à six étages dans le même
ordre, d’une élégante architecture, Le château est vieux, fart
grand et laid ; il était alors rempli de canons, bombes, mortiers,
bois pour la navigation et d’ouvriers pour la marine qui travail?
laient fêtes et dimanches à cause de la guerre des Américains
contre les Anglais. La cathédrale Saint-Pierre est asse? belle,
simple et majestueuse ; on venait de la blanchir. Il y a auprès la
promenade de la Motte fiaiotPierre, celles des quais et delà
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40
BEVUE DE BKETAGNE
Bourse, qui sont fort belles. Il y a seize paroisses, plusieurs
communautés d’hommes et de femmes. J'ai remarqué entr'autres
la situation de la communauté des Capucins, à l'Ermitage,
au-dessous du quai de Construction, qui_est la plus in f éressante
et charmante dès environs de Nantes. Il y a plusieurs belles
églises richement ornées. Il y a un fort beau quai nommé le
quai de Construction, qui a environ trois quarts de lieue
de long en partant de la Bourse jusqu'aux Petits-Capucins*
Il y avait dans ces jours-là sur le chantier les navires le Nep¬
tune et le Gaston avec trente autres sans noms. La salle de
spectacle est laide et mal située pour l’arrivée des voitures.
Les ponts bâtis sur des bras de la Loire ont près d’une demi-lieue
de long ; ils traversent une grande prairie et sont dans le
genre de ceux de Port à Nogent-sur-Seine, en Brie, excepté
qpelques constructions qui sont bâties sur ceux de Nantes. On
commençait à construire dans cette prairie le quartier Graslin,
qui devait être de la plus grande beauté suivant le projet.
Ce même jour 2 juin, nous vîmes une très belle procession à
cause de l'octave de la Fête-Dieu, où régna le boù ordre, quoiqu'il
y eût beaucoup de monde. Elle passa dans 11 le Feydeau, où il y
avait un reposoir. La musique des deux régiments qui étaient
alors en garnison, jointe aux musiciens de la ville, la richesse
des ornements, etc., faisait pour ainsi dire le pendant des proces¬
sions de Paris. La grande quantité du beau monde, très riche¬
ment et très élégamment paré, placé aux balcons des croisées de
ces superbes bâtiments, offrait un coup d'œil et le tableau le plus
varié et le plus agréable, ce qui me fit penser plusieurs fois être
à Paris.
Le lundi, 3 juin, nous restâmes à Nantes, et le 4 nous allâmes
à Paimbœuf, situé à dix lieues de Nantes, dans un sabot hollan¬
dais qui nous fit arriver en quatre heures de temps. Nous étions
plus de trente personnes.
A deux lieues de Nantes, on trouve une petite île nommée
Indret, dans laquelle il y a une fonderie de canons.
Les bords de la Loire ne sont pas agréables dans cette partie
de Nantes à Paimbœuf. C’est un pays plat, les bourgs et villages
sont rassemblés comme en Beauce et en Champagne, ce qui ne
donne point de variété dans les paysages comme en Touraine et
en Anjou. * ^
Paimbœuf est une petite ville qui n’a que son port d’intéressant.
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UN VOYAGE EN BRETAGNE
41
Elle n'est remplie que d’ouvriers pour la construction des
navires. Les armateurs demeurent tous à Nantes. — Il y avait
environ 150 navires marchands de plusieurs nations dans ce
port, ce qui formait un coup d'œil bien intéressant pour moi qui
n’en avais jamais vu. Pour M. Le Cointre, le tableau était diffé¬
rent, ayant vu et voyagé dans des vaisseaux de Roi. Il me
rendit tous les services possibles et multiplia bien mes jouissances
en me faisant visiter les navires les plus intéressants et en m’ex¬
pliquant les termes, etc.. Nous logeâmes chez un aubergiste qui
avait fait trois voyages dans les îles. Il y avait à Paimbœuf trois
capitaines de vaisseau de ses amis.
Le manuscrit original du feudisle Hamelin nous a été commu¬
niqué par M . Camelot , de Saumur.
P. UZUREAU y
Directeur de Y Anjou historique.
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DEVANT L’ATRE
LE SIFFLET MERVEILLEUX
Régit du bragonnibh
I
Bain, dans l'Ille-et-Vilaine, est un joli petit endroit situé sur la
route de Rennes à Nantes.
Bâtie sur la crête d'un coteau, de quelque côté qu’on y arrive,
cette petite ville présente un aspect charmant.
De riches prairies étalent leur verdure sur le versant de la
colline, et un bel étang, ombragé de tilleuls, complète le tableau
de ce pittoresque pays.
Bain 1 que ce nom me rappelle de joyeux et poétiques sou¬
venirs ! Que de délicieuses journées dans les bois 1 Que d’a¬
gréables veillées au coin du feu 1
Autrefois on y allait de Rennes, cahin-caha, au son des grelots
de la petite voiture publique dans laquelle la connaissance entre
voyageurs était sitôt faite. Une politesse échangée, une place
préférée cédée à une dame, la main offerte pour descendre du
a véhicule, et tout était dit. La confiance était gagnée et les confi¬
dences allaient leur train. Enfin, après quatre heures de voyage,
l’on n’était plus de simples connaissances, mais bien de vieux
amis.
Hélas ! la voiture n’existe plus, et une heure suffit maintenant
pour effectuer, en chemin de fer, le trajet de Rennes à Bain.
Malgré cela, si le voyage n’est plus aussi romanesque, il/n*est
pas encore tout à fait dépourvu de charmes. Du chemiq/de fer
comme de la voiture, on aperçoit toujours de magnifiques hori-
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DEVANT latre
43
sodé, de grandes landes grises sombres et tristes, parsemées de
grosses pierres blanches qui, de loin, ressemblent à des tombes
où les oiseaux de proie viennent se poser ; d’alpestres rochers
couronnés de sapins le long des rivières, et de jolis ruisseaux qui
gasouillent le long des prés.
11
La hutte du braconnier
Par un noir après-dîner du mois de novembre, un brouillard
épais et froid enveloppait la terre comme ud linceul. Par instar^
la bise soufflait dans les futaies et laissait échapper des plaintes
lugubres, puis tout rentrait dans le silence. ■
Pas un lièvre dans les bruyères, pas une perdrix dans les
sillons.
Sur le bord des fossés, les arbres morts et les grands bouleaux
blancs, noyés de brume, se dressaient semblables à des spectres,
et sans la note aiguë de la mésange suspendue aux mélèzes, et
sans les corbeaux égarés croassant dans l’air, on eût pu croire
que la vie s’était retirée de ces lieux.
Je fls part à mon compagnon de chasse des impressions
tristes qui s'emparaient de moi.
— Tiens, dit-il, en m’indiquant du doigt la lisière d’un bois,
vois cette fumée qui s’échappe de derrière les grands arbres,
puisque tu semblés désirer de la société, je vais te ( présent6r au
vieux Robinson que j’aperçois là-bas en train de ramasser du
bois qui servira tout à l’heure à sécher nos vêtements.
En effet, au milieu des fougères jaunies par les pluies d'au¬
tomne, je vis un vieillard chaussé de gros sabots recouverts de
guêtres, un vaste chapeau noir et usé lui cachait la moitié du
visage, et une peau de chèvre, retenue par une corde Douée sur
la poitrine, le couvrait presque entièrement. Vu à une certaine
distance, cet homme ressemblait autant à un animal sauvage
qu’à un être humain.^
— Holà, père L’Affût 1 s'écria mon ami, qu’est-ce à dire ? On
laisse les ramiers dormir en paix, et l’on fait le paresseux, voilà
qui n’est pas naturel 1
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44
REVUE DE BRETAGNE
— Que voulez-vous, M. Jacques, les pigeons font la nique aü
bonhomme aujourd'hui. Ce brouillard l'empêche de les voir et le
force à rester chez lui. ,
Je voudrais bien, Messieurs, ajouta-t-il, vous invitçr à vous
reposer un instant, mais j’ose à peine vous dire d'entrer dans noa
misérable demeure.
— Allons, allons, pas tant de façons, répliqua Jacques, vous
savez bien que j'y suis entré cent fois chez vous et que vous ne
m'avez jamais vu pressé d'en sortir.
La cabane, que nous avions devant nous,était bien misérable en
effet, et certes les loups et les renards, voisins du père L’Affût,
étaient mieux logés que lui, et surtout mieux préservés du froid
et de l'humidité.
' Des pieux, enfoncés en terre; recouverts de branches entrela¬
cées et de mottes de gazon, en faisaient seuls les frais. La toiture,
façonnée de la même manière, et sur laquelle s'élevait une végé¬
tation luxuriante, avait au milieu une ouverture par où s'échap¬
pait la fumée.
Enfin parla porte, faite de genêts et d’ajoncs, et laissée entrou¬
verte, se glissait furtivement quelques poules effrayées de notre
présence. Voilà pour l'extérieur.
Quant à l'intérieur, il me faudrait le pinceau de Teniers ou de
Rembrandt pour rendre complètement le tableau qui s’offrit à
ma vue. ^
Qu’on se figure une seule pièce, passablement grande, à peine
éclairée par un trou pratiqué au milieu des branches et par le
bois mort qui brûlait dans l’âtre.
D'abord je ne distinguai rien, puis peu à peu, lorsque ma vue
se fut habitue à l'obscurité je me crus dans l’arche de Noé.
Sur les parois de lacabane, partout, en haut,en bas, étaient enfon¬
cés des perchoirs où des volatiles de toute espèce reposaient déjà ;
plus loin, dans un coin, une petite chèvre rousse était couchée
sur des feuilles ; des instruments aratoires, quelques rares usten¬
siles de cuisine et des vases, plus ou moins brisés, gisaient à
terre.
— Quel joli tableau de genre I m’écriai-je.
— Oui, pour un instant, ajouta notre hôte.
Un immense tronc de châtaignier servait de table et occupait
le centre de la pièce, tandis que les sièges, de môme nature, mais
beaucoup plus petits, étaient épars çà et là. Dans l'endroit le plus
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DEVANT L’ATKE
45
sombre,un amas d'herbes et de fougères sèches, sur lequel étaient
amoncelées des peaux de bôtes sauvages, tenait lieu de lit.
Lorsque nous eûmes roulé nos sièges près du foyer où se
trouvaient accrochés quelques fusils rouillés, nous allumâmes
nos pipes et la conversation s’anima.
Après un instant, mon compagnon, pensant m’âtre agréable,
reprit :
— Vous devriez bien, père L’Affût, nous raconter ùn conte ou
une légende.
— J’y consens d’autant plus volontiers, répondit le vieillard,
qu’hier soir j’ai entendu un conte assez drôle chez Pierre Barré, le è
fermier de la Marzelière, et si vous y tenez je vais faire en sorte de
me le rappeler ; seulement il est long et je crains de vous ennuyer.
— Au contraire, dit mon ami, en passant la tète par la lucarne,
le brouillard est plus épais que jamais, la journée n’est pas
avancée, et nous sommes parfaitement ici pour écouter des his¬
toires. Commencez, père L’Affût, mon ami et moi mourons
d’envie de vous entendre.
Après avoir donné de l’herbe à sa chèvre,du grain aux pigeons,
qui s’étaient insensiblement approchés de nous, jeté quelques
morceaux de boisda^s le feu, notre hôte vint s’asseoir entre
nous deux, devant le foyer dont la flamme éclairait son visage, et
il s’exprima en ces termes.
111
Le sifflet merveilleux
Pierre, le pdtour de la ferme de la Croix-des-Haiës, en conv
duisant son troupeau sur les communs du village, rencontra une
vieille femme pâle, maigre, en haillons, accroupie au pied d’un
genêt. La malheureuse faisait pitié 1
C’était en hiver, ses membres, à peine couverts de loques,
grelottaient, et les quelques dents qui lui restaient, frappaient
les unes contre les autres.
Pierre, qui n’avait alors que douze ans, ne fut point effrayé
comme aurait pu l’ôtre un enfant de son âge. Emu, au contraire,
à l’aspect de cette pauvre vieille, il s'approcha d’elle et lui dit
respectueusement :
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RKVUE DE BRETAGNE
W
— Vous semblez bien â plaindre, ma bonne femme, pais-je
faire quelque chose pour vous T
— Hélas 1 dit-elle, je meurs de faim et de froid. Depuis plus de
huit jours, je suis repoussée de tout le monde, sans pouvoir
' obtenir la plus petite aumône et un gîte pour me reposer.
—Tenez, reprit le pâiour , en tirant de son bissac un énorme
morceau de pain noir, recouvert d’une épaisse tranche^ de petit
salé blanc et rose, appétissant au possible, réparez vos forces,
et dans uo instant vous pourrez vous réchauffer devant un
bon feu.
En effet, pendant que la mendiante mordait à plaisir dans le
morceau de pain, Pierre prit dans sa pochette une corne de bœuf
remplie de bois mort ; il battit ensuite le briquet, et une étincelle
suffit pour y mettre le feu. Ce charbon embrasé, placé au eentre
d’un amas de fougères, de bruyères et de feuilles sèches, fit
jaillir, d’abord une épaisse fumée blanche, puis une flamme
réjouissante qui fit sourire l’étrangère-
Depuis un moment elle regardait le pâtre avec attendrissement.
Soudain, elle se leva, prit la blonde tête de l’enfant dans ses
mains, et tout en lui donnant un baiser, elle dit :
«Tu es bon, Pierre, je le savais. J’ai voulu seulement te faire
sabir une dernière épreuve ; maintenant écoute-moi bien :
« Je suis moins à plaindre que je n’en ai l’air, car je t’apparais
sous un déguisement. Regarde plutôt. »
Elle jeta son masque, ses haillons tombèrent et le pâtre stupé
fait, puis ébloui, émerveillé, vit une grande Dame couverte
de dentelles, de joyaux, de pierreries.
« Je suis la fée des troupeaux, reprit-^eîle, qui fait briller, chaque
soir, l’étoile du berger, qui le conduit à travers les landes et les
bois, qui éloigne les loups, et ramène les moutons égarés à
l’étable, en veillant à leur sécurité.
« Pour récompenser ton bon cœur, je veux te faire un cadeau.
Prends ce sifflet d’argent avec lequel ta obtiendras tout ce que ta
pourras désirer. Il te suffira, pour cela, de souffler dansl’instru-
ment et, immédiatement, tu verras apparaître ou tomber à tes
pieds, ce que tu auras désiré. Seulement n’en abuse jamais,«rois-
moi, ne demande que des choses utiles, car autrement tu tien
repentirais. »
Le pâtre, rouge de bonheur, ne Be lassait pas de regarder «on
8 ifflet, et, lorsqu’il leva les yeux pour remercier la fée, elle avait
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DEVANT L’aTRE
*T
disparu. A sa place, il ne vit qu’un oiseau, une bergeronnette qui
sautait à la suite du troupeau d’un air joyeux.
Toute la journée Pierre admira son cadeau, mais n'osa formu¬
ler un souhait dans la crainte d’enfreindre les recommandations
de la fée. Le soir venu, comme une brebis manquait à l’appel, il
put essayer l'effet de son sifflet.
A peine l’eut-il porté à ses lèvres qu’il en sortit des notes tel¬
lement aiguës que tous les échos d’alentour y répondirent.
Une minute après, il vit arriver au galop la brebis égarée, Pierre
fut ravi, mais ne divulgua son secret à personne.
IV
La PBINOUS8B Tinah.
Les années s’écoulèrent et le pdtour grandit sans qu’une pensée
d’orgueil vint troubler son bonheur. Il ne demanda jamais que
des choses raisonnables.
Le fermier, son maître, l’avait en haute estime pour sa sagesse
et son entendement ; aussi l’envoyait-il souvent aux foires et aux
marchés vendre des bestiaux ou acheter ce qu’il fallait pour les
besoins de Exploitation.
Un jour qu’il était allé vendre des bœufs dans la capitale du
royaume, il vit des attroupements dans toutes les rues. S'étant
approché de quelques femmes, il apprit d’elles que le roi promet¬
tait la main de la princesse sa Allé à l’homme assez habile pour la
guérir dé la maladie dont elle était atteinte.
« Singulière maladie 1 disaient les commères, maladie qui con¬
siste b désirer des choses impossibles, et cela parce que le roi a
gâté son enfant, son unique héritière, en ne lui refusant jamais
rien, et en ordonnant qu’on satisfit ses plus légers caprices. »
lia princesse Tinah avait perdu sa mère dès sa plus tendre en¬
fance, et était arrivée, par ta faiblesse de son père, & avoir un
caractère déplorable. Habituée à voir tout le monde lui céder, elle
se mettait en colère et tombait en syncope si l’on ne pouvait lui
procurer immédiatement ce qu’elle demandait. Ainsi, par
exemple, lorsque son cuisinier ne lui servait pas ce qu’elle
avait commandé, elle ne voulait plus manger et menaçait son
malheureux père de se laisser mourir de faim.
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REVUE DE BRETAGNE
k»
Or, c’est ce qui avait lieu au moment où Pierre entendit parler
de la capricieuse jeune fille.
On était alors en juillet, et elle avait.demandé un salmis de
bécasses à son cuisinier. Celui-ci ne pouvait lui faire comprendre
que ces oiseaux ne viennent dans notre pays qu’à la Toussaint,
et qu’il est impossible de s’en procurer à une autre époque.
— Eh bien 1 s’écriait-elle, donne-moi udo gibelotte de colibris
ou je ne mangerai rien de ceque tu prépareras.
Le malheureux s’arrachait les cheveux de désespoir.
— Princesse, c'est impossible, nous n’avons pas, dans notre
pays, d'oiseaux de cette espèce.
— Je le veux ! répondait l'enfant gâtée.
Le roi était dans la désolation.
Lorsque Pierre fut au courant de ce qui se passait, il se dit :
« Je puis bien, pour être agréable à mon roi, et pour consoler
un père infortuné, satisfaire les volontés d’une folle. »
Enchanté de son raisonnement, il obtint aussitôt, au moyen de
son sifflet, les oiseaux convoités par la princesse.
Il les porta bien vite au palais, et laissa son adresse pour qu’on
pût, à l’occasion, aller lui demander ce qui pourrait faire plaisir
à l’enfant gâtée.
Tous les courriers et valets du palais surent promptement le
chemin de la ferme de la Croix-des-Haies, car chaque jour Tinah
souhaitait doAouvelles choses qu’il aurait été impossible de le
procurer sansre secours du pâtre. v
V
%
Lbs suites d’une mauvaise éducation
Voyant que ses désirs les plus extravagants étaient exaucés, la
jeune capricieuse en fut pour ainsi dire contrariée, et ne
demanda plus rien. A partir de ce moment on la crut raisonnable.
Le roi fit alors appeler le pâtre et lui dit :
« J’ai des engagements à remplir envers toi. J'ai promis
d'accepter pour gendre l’homme assez heureux pour guérir ma
fille; or, c’est à toi seul que je le dois. Viens faire sa connais¬
sance. »
Pierre, tout .intimidé, répondit qu’il ne méritait pas cet hon¬
neur; que bien certainement la princesse ne voudrait pas de lui,
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DEVANT L'ATRB
4»
et qu’il* ne se sentait nullement appelé à une si haute des¬
tinée.
Le roi insista, et le conduisit dans le salon où se tenait
Tinah. Celle-ci ne détourna même pas la tête lorsque son père
lui dit :
« Voici le jeune homme qui t’a procuré toutes les raretés et
toutes les merveilles que tu as désirées. Je te le présente, afin
que tu l’agrées pour époux. Uutre que je tiens, ajouta-t-il, à tenir
lai promesse publique que j’ai faite, j'ai l’assurance que Pierre
réunit toutes les qualités désirables pour te rendre heureuse. Je
te prie donc, mon enfant, de l’accepter pour mari. »
Pierre n’osait dire une parole et aurait voulu être bien loin,
tant l’air hautain de la princesse le bouleversait. Le pauvre gars
restait ébahi et se confondait en salutations.
Il était cependant superbe à voir avec son petit touron bleu, le
pantalon de sa première communion et un col de chemise qui
enveloppait sa blonde petite tête comme un bouquet.
Lorsque le roi eut fini de parler, Tinah lui dit en riant
« Comment ! c’est vous, mon père, qui m’offrez d’épouser ce
paysan ? Je ne puis croire que vous parliez sérieusement. »
Elle se mit à rire de nouveau d’une manière si inconvenante, et
même si irrévérencieuse que le pauvre père, les larmes aux yeux,
emmena Pierre dans une pièce voisine, et s’écria :
« Cette enfant est incorrigible et mé fera mourir de cha¬
grin I »
Ensuite, comme il était bon, il s’excusa de son mieux près du
pâtre, qui répondit :
« Consolez-vous, Sire, je ne me suis jamais bercé de l’espoir
d’épouser la princesse,*et tout ce que j’ai fait était uniquement
dans le but d’être agréable à mon roi. »
De son côté, ce dernier fut heureux de rencontrer autant de
dévouement et de désintéressement chez un de ses sujets ; aussi
le combla-t-il de caresses, ent lui offrant de choisir parmi
ses ch&teaux, ses forêts et ses fermes, ce qui lui plairait le
mieux.
Pierre le remercia, mais n'accepta rien. Il prit congé du roi et
retourna à la ferme.
Juillet IMt.
4
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50.
REVUE DE BRETAGNE
VI
Le PÉCHÉ D’ORGUEIL
L’accueil de la princesse avait attristé le pâtre qui y songeait
plus souvent qu'il n’aurait voulu. Pierre avait beaucoup d’amour-
propre et avait été profondément humilié.
Un dimanche qu’il était allé rêver dans les bois, il vit au
milieu des cépées de chênes, un tas de feuilles qui avaient été
balayées sous les arbres pour servir de litière au bétail. Se
sentant fatigué, le jeune gars s’y reposa et bientôt s’endormit,
" car son lit était de feuilles de tremble qui, quoique mortes, fris¬
sonnent toujours, et le bruit qu’elles font invite au sommeil.
Le pâtre revit en rêve l’accueil de la princesse, et il lui sembla
entendre les feuilles lui dire à l’oreille, de leurs voix tremblo¬
tantes : « Venge-toi ! venge-toi 1 »
Puis il se voyait dans un superbe carrosse, fuyant au galop,
malgré les supplications de la princesse qui lui tendait les bras.
Pierre s’éveilla. « Au fait, dit-il, pourquoi ne me vengerais-je
pas?»
D’un coUp de sifflet, son lit de feuilles prit la forme d’une
calèche. Six cerfs sortirent des buissons tout garnis, prêts à être
attelés, et son chien Pido, qui l’avait suivi, fut lui-même méta¬
morphosé en un grand cocher galonné.
Le brillant attelage prit aussitôt le chemin de la capitale,
emportant Pierre, commodément assis sur des coussins moelleux
et vêtu à la dernière mode.
C’était un dimanche. La musique militaire jouait devant le
palais du roi, etTinah se tenait à sa fenêtre pour mieux entendre.
Tout à coup surgit l’équipage qui attira les regards de la foule,
car on n’avait encore rien va d’aussi beau. Il passa cinq ou six
fois sous les yeux de la princesse et disparut comme un éclair.
Tinah, intriguée, voulut savoir quel était ce beau jeune homme #
Lorsqu’elle apprit, par ses gens qui l’avaient reconnu, que
c’était le pâtre qu’elle avait si mal reçu quelques jours auparavant,
elle en éprouva un vif dépit.
« O ciel ! disait-elle, me pardonnera-t-il ? Je veux maintenant
lui accorder ma main, car il m’est apparu comme le prince de
mes rêves. »
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t
devant l atre
51
VII
La ballade bretonne
Pierre fut ramené à l’endroit du bois d’où il était partit et se
retrouva sur son lit de feuilles gèches. Il comprit alors qu’il avait
agi sous l'influence de l’orgueil et que la fée n’était pas contente
car son sifflet, ordinairement brillant, était devenu noir.
Il reprit le chemin de la ferme, l’âme toute chagrine, se pro¬
mettant bien de réfléchir une autre fois avant d’agir. En passant
près d'une haie de coudriers, il entendit, à quelques pas seulement,
une voix triste qui chantait :
Voici la Toussaint,
Le temps des veillées,
Où tous les amants
S'en vont en soirées ;
Le mien n'y va pas
J’en suis désolée !
Va, mon ami, va,
La lune est levée,
Va, mon ami, va,
La lune ell’ s'en va !
Qu’apportera-t-il
A sa bien-aimée ?
Chapelet d’argent.
Ceinture dorée T
J’aimerais bien mieux
Bonne renommée.
Va, mon ami, va,
La lune est levée,
Va, mon ami, va,
La lune ell’ s’en va !
La chanteuse semblait tellement émue qu’on eût dit qu*elle
pleurait.
Pierre avança timidement la tôte à travers les broussailles, et
reconnut la fille de son maître qui fondait en larms.
Jeanne comptait à peine seize printemps, et était bien la plus
jolie fille du pays. C’était, en outre, la meilleure et la plus douce
Le mien n’y va pas,
J’en suis désolée !
Il est à Morlaix
Ou bien en Vendée
Qu’apportera-t-il
A sa bien-aimée ?
Va, mon ami, va,
La lune est levée,
Va, mon ami, va,
La lune ell’ s’en va 1
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52
REVOE DE BRETAGNE
créature du monde. Que pouvait-elle avoir î Quelle affreuse dou¬
leur faisait couler ses larmes ? Telles étaient les questions que
s’adressait Pierre sans y trouver de réponse. Il n’y tint plus.
S’avançant résolûment vers la jeune fille, il lui demanda la cause
de son chagrin.
Jeanne, contrariée d'être ainsi surprise, s’essuya promptement
les yeux et répondit :
— Je n’ai rien ; je suis gaie puisque je chante.
— Il est inutile de dissimuler avec moi, ajouta le p&tre, j’ai vu
vos pleurs. Vous n’ignorez pas l’intérêt que je vous porte, et s’il
me fallait donner ma vie pour vous consoler, je le ferais volon¬
tiers.
— Votre vie ne vous appartient plus.
— Expliquez-vous, répondit Pierre, je ne comprends rien à
votre langage.
v — Je vois qilfe vous ignorez le bonheur qui vous attend, et je
vais vous l’apprendre, reprit Jeanne, dont les sanglots entrecou¬
paient la voix.
« La princesse Tinah, ajouta-t-elle, vous a choisi pour époux,
et vient d’envoyer à la ferme plusieurs courriers pour vous enga¬
ger à l’aller voir.
« Malgré la joie que devrait nous causer cètte nouvelle, à mon
père et à moi, nous regrettons, l’un le fils, l’autre le frère qui va
s’éloigner. Si nous De sommes rien par les liens du sang, vous
avez été élevé par le fermier de la Croix-des-Haies, sous ses
yeux, aidé de ses conseils, guidé par ses exemples, nous avons
grandi ensemble tous les deux, sous le même toit, sans nous
quitter, ayant les mêmes jeux, et partageant aussi nos joies et
nos peines.
« Allez Pierre, où le sort vous appelle ; soyez heureux, mais
songez que vous laissez derrière vous des cœurs qui vous
aiment. »
Et elle recommença à pleurer.
— Séchez vos larmes, dit Pierre visiblement ému, le bonheur
pour moi ne peut être ailleurs qu’au sein de votre famille, et je
ne saurais la quitter.
— Se pourrait-il que vous refusiez les avances d’une aussi belle
et aussi riche princesse ?
— Personne au monde ne saurait me contraindre à épouser
l’orgueilleuse Tinah, répondit Pierre, qui raconta à Jeanne
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DEVANT L'ATRE
&3
l’histoire de son sifflet merveilleux, la rencontre de la fée, le
voyage à la ville, les services rendus au roi, sa présentation à la
princesse, la réception de cette dernière, sa vengeance, enfin
tout !...
Puis ils regagnèrent ensemble la ferme où le pâtre confirma,
à la grande joie de son maître, mais aussi à sa plus grande
surprise, sa détermination.
VIII
LA BONTÉ RÉCOMPBN8ÉB
Quelques mois plus tard, tout semblait bouleversé à la ferme
de la Croix-des-Haies. Depuis plus de huit jours, toutes les tail-
leuses et couturières de la contrée étaient mises en réquisition.
Les bouchers dépeçaient les veaux et les moutons de l'étable.
Des cuisinières, venues de la ville, parées de tabliers blancs,
les manches relevées jusqu’au coude, tordaient le cou aux oies et
aux poules de la basse-cour ; les fours et les fourneaux étaient
allumés. C’était, dans toute la maison, un va-et-vient continuel.
Un matin on vit arriver, par les petits sentiers, messiers de la
paroisse, en costume du dimanche, parents, amis et voisins du
fermier. Ils étaient en si grand nombre que la ferme ne pouvait
les contenir. Aussi allaient-ils du courtil aux vergers, des ver¬
gers aux champs, des champs aux étables, pour admirer les
légumes, les grains, les bœufs et les vaches du riche fermier, très
en renom pour son savoir concernant les biens de la terre, et la
bonne tenue d’une métairie.
Ces apprêts et ces visites n’avaient d’autre cause que le
mariage de Pierre et de Jeanne. Depuis les confidences échangées
sous la haie de coudriers, ils ne se quittaient plus, et le fermier
-était enchanté de donner sa fille à un aussi brave et aussi digne
garçon.
Vers dix heures, les plus proches parents entrèrent dans la
maison, et les autres restèrent dans la cour, attendant le cortège.
Bientôt le fermier, conduisant sa fille, parut sur le seuil,
Jeanne, tout habillée de blanc, était ravissante.
Pierre venait ensuite, donnant le bras à une dame venue de
très loin, disait-on, pour assister à la noce de son parent. Elle
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54
REVUE DE BRETAGNE
n’était autre que la fée des troupeaux ; mais il n'y avait que les
mariés à le savoir.
Après cela, suivaient les parents et les invités.
Lorsque les cérémonies furent terminées, on se mit à table
pour le reste de la journée.
Le soir, pendant que les jeunes gens dansaient, les vieillards
s’entretenaient du bonheur des époux, ou racontaient aux enfants
les contes de la veillée.
Le fermier étant très âgé, Pierre prit la direction de la métairie
et l’améliora aidé des conseils de la fée qui voulut être la mar¬
raine du premier-né.
IX
La méchanceté punie
Malgré les bonnes raisons alléguées par le pâtre, pour refuser
les avances deTinah, la jeune princesse ne put se consoler d’un
pareil échec. Elle eut beau voyager pour se distraire et rechercher
tous les plaisirs que sa noble situation dans le monde pouvait
lui offrir, rien ne put lui faire oublier le brillant cavalier qu’elle
avait aperçu en si bel équipage. Son caractère s’aigrit au point
de ne plus être supportable. Elle devint tellement acariâtre et
maussade qu’elle abrégea les jours du roi son père.
Un génie malicieux, témoin de ses scènes de colère et de mé’
chanceté, pour la punir, la métamorphosa en pie.
C’est depuis cette époque que cet oiseau est devenu la terreur
des autres animaux.
Margot la pie possède, en effet, tous les défauts possibles :
bavarde, querelleuse, voleuse, elle passe sa vie à huer le pauvre
hiboty inoffensif, à indiquer par ses cris, au cruel chasseur, le
gîte du malheureux lièvre, et à insulter tous les oiseaux voya¬
geurs qui passent à sa portée.
« Le bonheur de Pierre et la punition de Tinah prouvent, uûe
fois de plus, dit le père l’Affût, en terminant son récit, que,
même ici-bas, la bonté est toujours récompensée, et la méchan¬
ceté punie. »
Il faisait complètement nuit quand nous prîmes congé du
braconnier. Un vent d’est avait chassé le brouillard, les étoiles
brillaient au ciel, et les oiseaux de nuit jetaient dans l’air leurs
cris plaintifs.
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DEVANT L’ATRE
56 '
X
L'enfant changé en vieillard
Une jeune mère de famille s’approcha, un matin, du berceau ^
de son enfant, et recula épouvantée : Au lieu du poupon, frais et
rose, qu'elle avait couché la veille, ses yeux regardaient, avec
effroi, une figure rabougrie, ridée, grimaçante, une vraie tôte de
vieillard.
La pauvre femme se mit à pleurer, et courut raconter son
malheur à une voisine, qui passait pour être sorcière.
Celle-ci lui dit : « Il arrive quelquefois que les fées emportent
de leurs berceaux les jolis enfants, et les remplacent par de
petits vieux. C'est sans doute, ce qui s'est passé chez vous.
- « Ecoutez-moi bien, ajouta-t-elle, je vais vous indiquer comment
vous y prendre pour ravoir votre enfant. » Et elle lui expliqua ce
qu'il fallait faire.
L'infortunée mère alla aussitôt dans son poulailler chercher
trois douzaines d’œufs, les coupa par la moitié et les mit à cuire
autour du feu. Elle plaça, dans chacune de ces moitiés, une petite
bûchette de bois pour tenir lieu de cuillère, puis elle s'accroupit
devant son foyer, et se reprit à pleurer.
Tout à coup, elle entendit une voix chevrotante qui partait du
berceau et qui murmurait : « Je suis bien vieux, bien vieux, j’ai
vu couper trois fois les chênes de la forêt de Rennes, qu’on n’abat
que tous les cent ans ; mais vrai, je n’avais jamais vu tant de
petits pots blancs alignés autour d’un foyer. »
— Ils sont pour toi. lui dit la jeune femme, lève-toi et viens
manger ce qu’ils contiennent.
Le petit vieux s’arracha péniblement de dessous les draps, et
s’en alla s'asseoir sur un banc qui se trouvait dans un coin de la
cheminée.
Il prit une moitié d’œuf, et avec la petite bûchettte de bois, la
mangea en répétant : « Ah ! comme c’est bon 1 comme c’est bon 1 »
et il continua de curer les petits pots.
De temps en temps, il s’interrompait pour dire : « Je boirais
bien un coup. » Mais la femme répondait invariablement : « Je
n’ai rien à te donner à boire. »
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66
REVUE DE BRETAGNE
Arrivé à la 60* moitié d’œufs, il voulut s’arrêter. La jeune mère
le contraignit à continuer.
Après cela, il en mangea encore onze, mais ne put jamais venir
à bout du douzième. Le malheureux soufflait comme un jars, et
réclamait à boire.
— Si tu veux me promettre de me faire rendre mon enfant, je
vas te donner une pleine jatte de lait.
— Oui, oui, dit-il, j’accepte. Il était près d’étouffer.
— Jure-le.
— Je le jure 1
Ëlle lui apporta la jatte de lait qu’il vida d’un seul trait. Puis il
s’en alla.
— Souviens-toi de ta promesse 1 lui cria la femme.
— Oui, oui, répondit-il.
En effet le lendemain matin, la jeune mère trouva, dans le ber
ceau, à côté de son lit, son mignon petit gas qui lui souriait comme
de coutume.
La paysanne alla remercier sa voisine qui lui répondit: « Pour
le service que je vous ai rendu, j’ai encouru la colère des fées ;
mais je ne regrette pas ce que j’ai fait. »
1 Ad. Orain.
Conté par le père Constant Tuai, tailleur à Bain.
l_ .
Le Gérant : F. Chevalier.
4
Vannes. — lmp. LAFOLYE Frères, 2, place des Lices.
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BEVUES BRETONNES
LHerminb : 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 Ir.
Le numéro 1 fr. 25. Les abonnements parlent du 20 octobre.
Directeur: Louis Tiercelin, àParamé (Ille-et-Vilaine).
Les Annales de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an 10 fr.
Union postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Bennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14 e an* Mensuel. 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux. 29. rue Belle-Fon¬
taine, Lorient.
Bulletin de la commission diocésaine d'architecture et d’archéo¬
logie du diocèse de Quimper et de Léon : 6 e ann. Tous les deux
mois. I an 5 fr. Quimper.
La Revue Morbihannaise : 11 e ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. Bu Léon, V 1 * de la Grancière. E. Sageret. Chez Lafolye, Vannes.
La Paroisse Bretonne de Paris : 9* ann. Mensuel, 1 an, 2fr. 25.
Directeur : M. l’abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris (VI* ari).
La Jeune Bretagne: 5* ann mensuel. 1 an, 2 fr. pour la Bre¬
tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d’études et d’ac¬
tion sociales. Rennes, 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz : 8* année. Tous les mois. 1 an 3 fr. Les abonne¬
ments partent du 1 er janvier. S'adresser à M. Cardinal, recteur de
Saint^Vougay, par Plouzévédé (Finistère),et pour les abonnements
à M. Caroff, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretoned Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4* année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du Cherche-Midi, Paris
Revue du Pays d'Aleth . 4 e année, mensuel. 1 an, 3 tr. Direc
teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pays d’Arvor : 2 e année, t an, 5 fr. Directeur : Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux,25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Revue du Traditionnisme. — Rev. intem. du folk-lore — mens
1 an. 10 fr. N°, 1 fr. - - Directeur : M. de Beaurepaire-Froment
Paris, 60, quai des Orfèvres.
Revue du Bas-Poitou, 20* année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr
N° 2 fr. 50. — Z) r M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L’Anjou historique. — 7* ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. D w
M. l’abbé Uzureau, aumônier, à Angers. Edit r : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires. 22* ann. mens 1 an, 15 ti.
N° 1 fr. 50. Direct. M. Paul Sébillot, 80, boulev. St-Marcel. Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
La Vendée historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11* année. — Edit, sur papier fort, 6 fr. 50 ; édit,
ord. 5 fr. — D r Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Revue de l’Anjou, 57* année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
yu de Mazières-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Paris
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CHEMINS DE FER DE L'OUEST
EXCURSIONS EN BRETAGNE
Facilités accordées par Cartes d’abonnement individuelles et de
famille valables pendant 33 jours
La ÏCompagnie des Chemins de fer de l’Ouést délivre, à partir du
Jetdiîprécèdent la Fête des Rameaux et jusqu'au 31 Octobre, des
cartes d'abonnement spéciales permettant de partir d’une gare quel-
conatie de 6011 Réseau pour une gare au choix desr lignes désignées
aux alinéas ci-dessous qp s’arrêtant'sur le parcours ; de circuler
ensuite, à son gré, pendant un mats, non seulement sur ces lignes,
maiB aussi sur tous leurs embranchements gni conduisant à la mer,
v et, enfin, une fois l'excursion terminée, de revenir au point de départ
jrvec les. mêmes facilités'd’arrêt qu’à l’aller. *
^CAÏtTE Viable SUR LA COTE NORD DE BRETAGNE
yf ' l re classe 100 fr. j- 2 e classe 75 fr. .
'^pàrcdwte : Ligue de Granville à.Rrest {par Folligny, Dolet Lambsclle)
et lea^inbranchements de cette ligne vers la mer.
) \v N —,
CANT5 VALÀBt-E SUR LA COTE. SUD DE BRETAGNE ‘
l re clasôa lOQ fr. - 2 e classe 75 lr. /
Parcours: Ligne du Croisic et de Guérande à Chàteàtrtin ët les
embranchements de cette ligné vers la mer. ‘ " s
V 'CARTE VALABLE SUR LES COTES NORD ET SUD DE
BRETAGNE
V r classe 130 fr. — 2 U classe 95 fr. \ j
Lignes de Granville à Brest (par Folligny, Ool et Lam-
Pÿt'eours _ v - _
Mlle) et de Brest au Croisic et à Guérande et les embranchements de
ms lignes vers la mer.
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BRETAGNE ET LIGNES INTÉRIEURES SITUEES A L’OUEST
DE CELLE DE SAINT-MALO A REDON.
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Poripwrs : Lignes de Grativilfe à Br$st (par Follign^, Dol;et Lam-
ballerat dé Brest au Croisic e^à Guératide et les embranchements de
ces lignes Ljbrs la mer. ainfci que lesdigpes de Uo! à Redon, deMessac
r-.l v I j _ r L ! I _ X I . .. ' 1 „ jn: .v-.. A rv.. « J. . _ 4
à PloôrmeL/de Lamballe à kfcnmis/deUinan à Ouçtftembert, de Saint-
Brieuc à Anray, de Loudéad à Cnrhaix, de Morlaix et de Guipgamp à
Rospordoy. // 1 " " ^
J ABONNEMENTS DE FAMILLE ÿ-' ^-^
g peraon jfftT souscrit, en même temps que son abonnement, un u
î*y**\A** membres de^é^f^dle, pr«>cep-
îuvernantes et dom^Svïq-u/* ^alitant avec o[l*|^é6us le ^nêuie toit*
pour ces cartes a u p p 1 (■ ift aTjra s 1 1 h Déte ctions variant eiKr<* 10'efr
aw-/«w^iu/tant le nombre de cartes
La do^ée d^aîcTHé de ces cartes ^*eht.«tre prolffn^£ê3Iii^ d« deux mqis
Wtennïÿw Ye^g enay t du prix initial,pou^haque mois de proion
[Pour plusVjtvj^nfleigneîh^nts^’adresser û jdntes les^Çires du réseau qu$
délivrent ces cV’^à condition qde la demande en s<Sit lait £ jours au naoin^
fravaace. \ X \ \ // ! , /
Digitized by
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4* Série. —• 7* Année
ÀOtfT 1^08. Tome XL
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/Çf.RmN* Da'^AlGUE, / RAi«climr «
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MM. Le V" Parles de CALAN, Sccréujte régional poup r)ft-et- Vilaine. — René
H
VANNES
^J,AI*OVYfc FRERES
PARIS , s
HONORE CHAMPION V
LIERAIRE-BD1TEMR
5, Quai Malaquai*
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\ M. \E OAUl^Tv
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a,.1>lacc de» Lità* , T J 7 6 , Rue SainT*«tf.tuiin
f - • r } - \\ Mt>CCCVir/
.7 ; \ . -, , / /
' .7 . ' . il
S’aj^essej^pour la Rédaction et l’envoi des manuscrits à M. le O Rounds, LJ
de Bahurel, j>.ir_Redon ; pour I’AdRïnistkation, MM k L^Xjt>GtYÉ,
pRrcés des Lices^Vmnes. " -
X ,* t
f / 7 /
/; //
/ ..••7
LAJStJE,
É, frères
ed ’ ■
SOMMAIRE
I. — Comboar et ses Seignean (suite). — Paul de la Bigre. 57
II. — Mélanges historiques (suite). — XVI. Les Fausses Chartes
d?Alain le Long , (TAlain Fergent et dCEadon. —XVII. Les
Vassaux légendaires du roi Salomon. — \ u Ch. de la
Larde de Calar.77
III. — Anne de Bretagne au Folgoat , nouvelle. — Alexandre
Masseror.K3
IV. — Devant VAtre (fin). — Ad. Orair .95
CONDITIONS D’ABONNEMENT
France, un an.12 fr.
Etranger, —.15 —
On *’abonne soit chez M. le comte de L aigue, château de
Bahurel, par Redon, soit chez M. Làfolye, imprimeur à Vannes.
Les abonnements partent du l tr janvier ou du 1*' juillet de
l’ahnée en cours. — Il n’est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont offerts aux auteurs.
Nota. — La Direction et la Rédaction de la Revue de Bretagne
ne sauraient être nullement responsables des théories ou opinions
émises dans les articles qui y sont insérés, cette responsabilité,
incombant tout entière à leurs seuls auteurs.
Il sera rendu compte de tout ouvraye (fauteur L reion ou inté¬
ressant la Bretagne, dont un exemplaire aura été adressé au Rédacteur
en chef de la Revue.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
(Suite) (1)
MALO AUGUSTE, MARQUIS DE COETQUEN, <
COMTE DE COMBOUR,
27* Seigneur.
Malo III Auguste, marquis de Coetquen, comte de Combour,
baron des baronnies d’Aubigné et de Bonne-Fontaine, seigneur
qhâtelain d’Uzel, la-Motte d’Onon, Gaugray, Godheust, Boulet,
Plessis l’Epine, Malcstroit sous Dol et autres lieux, né le 7 juin
1678, succéda à son père.
11 fut lieutenant général des armées du Roy, commandant ses
troupes dans les pays et duché de Bretagne (1718), gouverneur
des villes et château de Saint-Malo (1719); tour Solidor, forts,
ports, havres et dépendances.
Il se rendit célèbre par la défense de la ville et citadelle de
Lille, qui lui valut sa nomination de maréchal de camp en 1708,
L’année suivante, il se conduisit héroïquement à Malplaquet où
il eût une jambe emportée. Le 14 janvier 1719, il présenta â
l’évèque de Saint-Malo, M* r Vincent-François Desmarets, le
dernier titulaire pacifique étanf mort, un nouveau titulaire pour
les chapellenies de I 9 Madeleine, de l'hôpital et du château de
Combour.
Il avait épousé en premières noces en 1696, Marie-Chariot*e de
Noailles, dont il eut un fils Jules Malo de Coetquen.
Malo Auguste de Coetquen se remaria en 1723, avec Marie
Locquet de Granville, qui lui donna une Allé Louise-Françoise-
Maclovie-Céleste, née en 1724, dernière héritière des Coetquen.
Le marquis de Coetquen mourut,, âgé de quarante neuf ans,
en son château de Combour, le l' r juillet 1727 , et sa dépouille
il) Voir la Revue de juillet 1008 .
Août IM. A
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58
REVUE DE BRETAGNE
mortelle fut transportée le 2, en l’enfeu des Coetquen, chez les
Jacobins de Dinan.
Son premier mariage avec Marie de Noailles ne fut pas
heureux. Il l'épousa, dit Saint-Simon, pour le crédit des Noailles.
Sa femme était la pliis laide et la plus répugnante créature qu’on
pût voir, et il prétendit plaisamment qu'on lui avait fait voir la
troisième qui était jolie et qu'on lui avait passé l’autre (1).
JULES MALO, MARQUIS DE COETQUEN,
COMTE DE COMBOUR
28* Seigneur.
Jules Malo marquis de Coetquen, fils du précédent et de Marie
de Noailles fut mestre de camp de cavalerie et gouverneur de
Saint-Malo ; il mourut avant son père en 1727 le 13 janvier.
De sa femme Elisabeth de Nicolaï qu'il avait épousée en 1721,
il laissa deux enfants :
Malo-Françoi s-Marie marquis de Coetquen, qui mourut jeune
sans héritier, et Augustine de Coetquen, dame d’Uzel et autres
lieux qui mourut en 1746, épouse en secondes noces de Louis-
Charles de Lorraine, comte de Brionne, grand écuyer de France
auquel elle s'était mariée en 1744.
Elle avait épousé en premières noces en 1735, le duc de Roche-
chouart.
Après elle le comté de Combour passa à sa tante demi-sœur
de Jules Malo, Louise-Françoise Maclovie Céleste de Coetquen
née en 1724, laquelle épohsa en 1739 haut et puissant seigneur
Monseigneur Emmanuel-Félicité de Durfort duc de Duras, né le
19 décembre 1715, pair de France (1755), gouverneur du ch&teau
Trompette, de la Franche Comté et de Besançon, premier gentil¬
homme de la chambre du Roi, lieutenant général des armées
de S. M. commandant en chef de la province de Bretagne
en 1768 (2). '
La duchesse de Duras, dernière héritière du nom de Coetquen,
mourut en 1802, le 9 janvier et les du Hallay ont relevé le nom en
(1) Bio-Bibliographie bretonne , Pocard Kerviler (Coetquen, p. 2?).
(?) Il avait épousé en premières noc^s le !•' juin 1733 Charlotte Maseriai, AU#
a la: de Mail ri n et de Louise de Kohan-Kohan.
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5ei£netti\$ detawioKi*
v#
eh leurs *Hi*iueJ
SS
60
REVUE DE BRETAGNE
considération du contrat de mariage de Gilonne de Goetquen
avec Etienne du Hall&y en 1576. ,
Le duc et la duchesse de Duras, vendirent le comté de Combour
et la bsronnie d’Aubigné le 3 mai 1761, à haut et puissant sei¬
gneur René-Auguste de Chateaubriand, chevalier seigneur du
dit nom et à ses associés (1).
Le 4 juin suivant 1761, M. de Chateaubriand se réservant la
seigneurie de Combour, reconnut M. René-Claude de Monlbour-
cher.seigneur de la Magnanne comte de Betton, président à
mortier au Parlement de Bretagne comme légitime possesseur
de la baronnie d’Aubigné.
Celui-ci ne la paya que-70.000livres, parce que M. de Chateau¬
briand s’appropria certains fiefs d'Aubigné relevant de Combour.
Il existe dans la Bibliographie bretonne un article très subs¬
tantiel sur les Coetquen. Cependant nous ne partageons pas
entièrement sa manière de voir et nous devons expliquer
pourquoi.
On semblerait insinuer que dans un ou deux cas le comté de
Combour aurait été donné en partage à des puînés de Coetquen.
S’agit-il d'un simple titre honorifique sans possession réelle 7 Je
serais porté & le croire pour deux cas au moins qui me paraissent
obscurs, mais rien dans les faits ne me semble prouver une
possession et une jouissance effective.
11 est évident que Jean VI fut comte dç Combour du vivant de
son père puisqu’il mourut avant lui et qu’il eut, dit du Paz, « le
comté de Combour pour l’entretien de son estât et de sa personne
et tandis qu’il vesquit fut dit etappellé comte de Combour » (2).
Hercule frère de Malo est dit comte de Combour, mais il meurt
jeune sans alliance en 1649.
Quant à Henri aliàs Louis-Hercule comte de Combour, son
litre n’est peut-être pas plus certain que son nom qui parait
douteux, on nous le donne comme époux de Madeleine ou
Guillemette Belin.
D’après les registres paroissiaux de Combour, Madeleine
Belin s’appelait Guillemette, et son époux se nommait messire
Henry-Pélagie de Coetquen. Il n’est point dit comte de Combour.
On désigne son fils sous le nom de comte de Coetquen, il est
évident que ce n’est là qu’une qualification honorifique.
(1) Acte de vente 5 mai 1*61.
(2) Dq Haï, p.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
M
D’ailleurs, j’ai peine à croire que l’ataédes Coeiquen put céder
à un puîné non seulement la propriété mais même simplement la
jouissance de cette belle et antique baronnie, ou plutôt pour eux,
du comté de Combour (1),
(1) Coetquen paroisse de Saint-Helen (ramage de Dinan) f marquis dudit lieu
eomte de Combourg, vicomte de Kougé et d'Uzel, baron de VaurufAer en 1576,
sieur de la Marzehère paroisse de Bain. Bandé d'argent et de gueules (sceau
1219) Ag. 28. Devise: Que mon supplice est doux.
D'après M. de Boceret (devisaire de Bretagne) cette devise semble rentrer dans
la catégorie des devises amoureuses et avoir été choisie pour un tournoi.
Haoul de Coetquen, chevalier en H 40, fut père de Guillaume, marié à Denise
de Dol. Fondu dans Durfort de Duras en (735, relevé parles du Hallay en 1802
Rohan : de gueules à neufmâcles d'or . 3. 3. 3 . (sceau de 1222). Devise : A
plus ou Plaisance. Aliàs; Roi ne puis, duc ne daigne, Rohan suis Pi. IV, fig. 33.
De la Hirlaye : d'azur à 3 fleurs de lys d'argent au lambel de gueules. Pi.
IV, fig. 29.
Du Louet de Coetjunval, paroisse de Ploudaniel, évêché de Léon : Fascé de
vair et de gueules qui est Coëtménec’h PI. IV, fig. 30.
Du Hallay : d'argent fretté de gueules. ^1. IV, fig. 31.
D’Avaugour de Saint-Laurant : d'argent au chef de gueules brisé d'une mâcle
d'or. PI. IV, fig. 32. y
D'Orléans, marquis de Rpthelin : Ecartelé aux i et 4 d'or à la bande de
gueules , au 2 et 3 d'or au pal de gueules chargé de 3 chevrons d argent» qui
est Neufchàtel, sur le tout de Bourbon, duc de Longueville, c’est-à-dire : dazur
à trois fleurs de lys d'or au lambel d'argent en chef et à la barre de gueules
brochant sur le tout. PI. IV, fig. 34.
De la Marzelière, marquis dudit lieu en 1618, baron de Bain et de Bonnefon-
i&ine. paroisse d’Antrain, vicomte du Fretay, paroisse de Pancé en 1578. PI. IV,
fig. 35.
Ecartelé au i** de sable à 3 fleurs de lys d'argent ; qui est la Marzelière, au
2 • d'or à une fasce d'hermines accompagné de 3 fleurs de lys d'azur , qui est
Porcon : au 3 • palé d'or et de gueules de six pièces , qui est Saint-Brice ; au
4 m d'argent à la croix engresUe ou enteuléede sable , qui est du Gué, fig. 35.
Rohan-Chabot : Ecartelé aux i et 4 de gueules à neuf mdcles d'or t qui est
Rohan : aux 2 et 3 à trois chabots de gueules , qui est Chabot. PI. IV, fig. 36.
De Boisséguin, Bois-Kon, vicomte de la Bellière et oomte de Boisséguin ;
D’azur au chevron d'argent accompagné de^trois têtes de léopards d'or.
De Noailles : de gueules à la bande d'or. Pl. V, 37.
I ocquet de Granville et de la Hirlais, paroisse de Baguer-Morvan, sieur de
Château d’Acy, marquis de Fougerty, paroisse de ce nom. D'azur à trois pals
d'or au chef d'azur . chargé d'un pigeon au vol élevé dor. PI. V, 41.
Nuolaï : D'azur au lévrier courant d'argent colleté de gueules et bouclé d'or.
PI. V, 38.
Kochechouart : Fascé , nébulé d'argent et d ; gueules de six pièces. Devise
c Ante Mare, undæ. » PI. V, 41.
Lorraine : D'or à la binde de gueules chargée de trois alérions d'argent. PI.
V, ûg 4*2. - ’ ‘
Durfort : originaire de Guyenne, duc de Duras en 1668, marquis de Civrac, duc
de Quintin en 1691, duc de Lorges en I7G6, marquis de Coetquen, comte de
Combour, vicomte d'Uzel et de Kougé en 1739, marquis de la Marzelière.
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SEIGNEURS DE COMBOUR
I
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REVUE DE BRETAGNE
VII
LES CHATEAUBRIAND SEIGNEUR DE COMBOUR
« Monsieur de Chateaubriand, dit le Vicomte François René,
dans ses Mémoires d’Outre-Tombe, désirait rentrer dans les
biens où'ses ancêtres avaient passé.'Ne pouvant traiter ni pour
la seigneurie de Beaufort échue à la famille de Gouyon, ni pour
la baronnie de Chateaubriand" (érigé en 1160 en faveur de
Briand II* du nom qui avait épousé Triphine du Guesclin) tombée
dans la maison de Condé, il acquit en 1763 (c’est 1761) Combourg
que Froissart écrit Combour. »
Et Froissart a raison, nous croyons l’avoir prouvé et il est à
regretter qu’on n’alt pas continué de faire comme lui l
René Auguste de Chateaubriand seigneur de Combour en 1761
descendait des sires de la Guerrande (Morbihan). Il était fils de
François de Chateaubriand et de Pétronille Claude Lamour de
Lanjégu.
De ce mariage étaient nés quatre fils : François-Henry, René
qui devint seigneur de Combour, Pierre et Joseph.
Né le 23 septembre 1718 René-Auguste de Chateaubriand épousa
D'argent à la bande d’azur, qui est Durfort, écartelé de gueules au lion d’ar¬
gent, qui est Duras.
Vitré : de gueules au lion contourné d'argent couronné de même. PI. V,
fig. 43.
Abbaye de la Vieuville : d’argent écartelé par un filet de sable à une tour de
gueules en chaque quartier (sic). Arm. gén. ms. Guillotin de Corson, Pouillé
hist. de Rennes. T. II. PI. V,.flg. 44. ^
Prieuré de la Trinité de Combour : de gueules au lion d!argent. PI. V, fig. 45.
Elisabeth de la Tour, sœur de Turenne, épousa le 13 septembre 1619, Guy-
Aldonce de Durfort, marquis de Duras et de Lorge, maréchal de camp en 1637,
père de Jacques-Henry, né à Duras le 9 octobre 1625, mort le 12 octobre 1704,
qui avait épousé le 15 avril 1668, Marguerite de Levis, d’où : Jacques Henry,
deuxième du nom, duc de Duras, par la démission de son père du 16 mars
1686, né le 29 décembre 1670, mort en 1607. Il avait épousé Louise Eschalart de
la Marck, d’où : Jean-Baptiste, frère de Jacques Henry, Henry I er , né le 28 jan¬
vier 1684, époux de Angélique de Bournonville le 6 janvier 1706, d‘où : Emma¬
nuel-Félicité de Durfort, né le 19 décembre 1715, duo de Duras, pair de France
en 1755, maréchal de France le 14 mars 1755, qui avait épousé : 1* le I* juin
1733, Charlotte Mazarini, et 2° en juin 1739, Louise-Françoise Maclovie-Céleste
de Coetquen, fille unique de fe^ le marquis de Coetquen, lieutenant général des
armées du Roi et gouverneur de Saint-Malo*.
• P. Atiselme, t. V, p. 735.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
65
le 30 juin 1753 Apolline-Jeanne-Suzanne de Bédée de la Bouetar-
dais qui lui donna dix enfants dont plusieurs moururent au ber¬
ceau et dont les autres suivent : Jean-Baptiste né le 23 juin 1759.
Marie-Anne-Françoise née le 4 juillet 1760 qui fut mariée le il
mai 1780 à François-Jean Gefflot, comte de Marigny, fils de haut et
puissant seigneur Jean Gefflot de Marigny et de dame Jeanne
de la Roche-Saint-André, de Fougères. La comtesse de Marigny
mourut à Dinan, âgée de plus de cent ans. (4 juillet 17u0 18 juillet
1860).
Bénigne-Jeanne née le 31 août 1761, qui épousa en premières
noce* le 11 mai 1780, Jean-François comte de Québriac, seigneur
de Blossac Malouse et Patnon près Fougères. Celui-ci mourut
âgé d» quarante-quatre ans au château de Combour en 1783 et
fut inhumé dans le caveau de Téglise. « Les deux sœurs se ma¬
rièrent le même jour, à la même heure, au même autel, elles
reçurent la bénédiction nuptiale dans la chapelle du château
dédiée à saint Martin. Elles suivèrent leurs maris à Fougères (1).
La Comtesse de Québriac épousa en secondes noces le vicomte
de Chateaubourg ; elle mourût en 1848.
Julie-Marie-Agathe, née le 2 septembre 1763 à Saint-Malo,
épousa le Comte François de Farcy, capitaine au régiment de
Condé et s'établit à Fougères. Ce mariage eut aussi lieu à
Combour le 20 avril 1782.
Lucile-Angélique, née le 7 août 1764,épousa pendant la Révolu¬
tion le marquis de Caud qu’elte perdit après quinze mois de
mariage.
François-René, né à Saint-Malo le 4 septembre 1768,qui épousa
à Saint-Malo le 18 mars 1792 M ,la Céleste du Buisson de la Vigne
âgéededix-septans,laquelle, disent les Mémoires d’Outre-Tombe,
« avait un oncle maternel M. de Vauvert, grand démocrate qui
voulait s’opposer au mariage »*sous prétexte de minorité delà
future. /
« Mes sœurs, dit le vicomte René, me firent épouser à Saint-
Malo, Mademoiselle de la Vigne qui n’a point trouvé dans les
joies maternelles le contrepoids de ses chagrins. »
« En politique, elle ne m’a jamais arrêté, parce que là comme
en fait d’honneur, je ne juge que d’après mon sentiment. » Toute
la vie de M. de Chateaubriand est un poème immortel, il est une
(1) Mémoires 4’Outre-Tombe.
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REVUE DE BRETAGNE
des plus pures gloires de la France, a dit M. de Mirecourt, if est
certainement aussi la plus grande gloire de Combour, qui n’est
connu de tant de monde que par lui. Lui-môme Ta dit d'ailleurs :
« C'est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que
je suis. »
Il a dominé son époque par son génie incomparable. Ce fut un
grand Breton qui a retrouvé et rendu à la Bretagne la harpe d'or
et Timaginalion merveilleuse de Taliesin et de Merlin.
Comme l a dit un autre grand Breton (Dieu merci, nous n’en
manquons pas), M. de la Villemarqué le barde de nos jours.
Taliesin avait prédit Chateaubriand ;
L'aigle répond quand l'aigle appelle ;
Il le saisit, l’assied sur son dos triomphant,
Le mène au soleil d'un coup d'aile !
Il faut lire dans les Mémoires d'Outre-Tombe la description du
manoir féodal et de son entourage, celle de la vie de famille au
silencieux et triste château dont le maître exerçait sur son en¬
tourage un si sévère ascendant. * •
Nous sommes pourtant porté à croire que l’illustre Vicomte,
dans le portrait qu'il nous a laissé de son père, a voulu faire au
seigneur de Combour une tête rigide aux traits accentués et
qu'il a peut-être un peu forcé les ombres.
On trouve aux registres des décès de la paroisse de Com¬
bour (1780) l’acte de décès de celui qui fut pour ainsi dire son
dernier seigneur, avant la Révolution, ainsi libellé :
Le corps de haut et puissant Messire René-Auguste de Chateaubriand,
chevalier, comte de Combour, seigneur de Gaugrès(l) le Plessis l’Epine,
Boulet, Male^tro't en Dol et autres lieui, époux de haute et puissante
dame Apolline-Jeanne Suzmne de Be îée de la Bouetardais, dame de
Combourg, âgé de soixante-neuf ans environ, mort en son château de
Coinoour, le six septembre environ les huit heures du soir, a été in¬
humé le 8 dans le caveau de la d te seigneur iep acé dans le chasseau de
notre église de Combour en présence de Messieurs les gentiU hommes,
de Messieurs les officiers de la Juridiction et autres notables bourgeois
soussign&nts : k igné au registre le comte du Petit-Hois, de Monlouôt, de
château Da*sy, Oeiaunay, Kobiou, Portai, Le Doüarin de T révéla c, recteur
doyen de Diogé, Sévin, recteur de Combourg.
(I) Gaugray en Roz sur Couaisnon, le Plessis, l’Epine en Cuguen.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
67
Celui de sa veuve qui n’a pour assistant que la Révolution,
dit Chateaubriand, est ainsi conçu :
Le 12 prairial an VI de la R. F. (21 mai 1798) Jeanne-Suzanne de Bedée
veuve de René-Auguste de Chateaubriand, est décédée au domicile de la
citoyenne Gouyon à la Ballue, commune de Saint-Servan.
Le comte . René-Auguste de Chateaubriant mourut au château
de Combour dans la tour de l’est où est mort aussi son arrière-
petit-fils le Comte Geoiïroi de Chateaubriand (1889) qui alla
prendre sa place dans le caveau de l’église en attendant qu’on
construisit celui où il repose actuellement dans la chapelle du
Sacré-Cœur.
On lit dans un registre curieux de la paroisse de Combour :
« Le corps du dit seigneur (René-Auguste, comte de Chateaubriand) a
« été inclus dans une châsse ancienne de plomb dans le caveau de l’é-
« glise de Combour du côté de L'Evangile. A Combour on sait encore au-
« jourd'hui ce qu'est devenu ce cercueil à la Révolution. Des hommes
« fanatisés parles idées du temps et dont plusieurs devaient être étran-
4 gers & Combour, l'auraient inhumé et ouvert au^ abords du grand
« mail pour brûler ce qu'il renfermait et jeter les cendres au vent, acte
« que rien ne peut excuser encore moins légitimer 1
v Aussi personne à Combourg n'en parie que comme d'un fait de dé-
« plorabie mémoire !
« Les descendants de la victime de cette profanation ont eu assez de
« foi et de g&ndeur d'àme pour (aire la part des circonstances. Le petit-
« fils semblait môme ne pas se souvenir de ce qui s'était passé il y a
« quelques années et fut toujours un des soutiens de toutes les bonnes
« œuvres à Combourg. L'arrière-petit-fils du défunt semble voir un essai
4 de réparation dans cette marque d'estime et de confiance, que lui a
« donnée la population, en le nommant par deux (ois membre du Con-
4 seil Général. >
. Lecomlé Jean-Baptis’e-Auguste dp Chateaubriand,fils de René-
Auguste de Chateaubriand, comte de Combour et d’Apolline de
Bédée, épousa Aline-Thérèse Le Pelletier de Rosambo, fihe de
Louis Le Pelletier de Rosambo, présid nt à morli* r au Parle¬
ment de Paris, et de Magueriie de Lamoignon de Malesherbes,
fille du défenseur de Louis XVI.
Lecomte de Chateaubriand fut reçu au Parlement de Bretagne
en 1779; lui et sa femme, victime delà Ré^oluiion, furent saisis à
Paris, condamnés à mort et exécutés le 3 floréal an 11 (22 avril 1794)
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REVUE DE BRETAGNE
avec le président et la présidente de Rosambo et l’illustre Maies-
herbes (1).
(!) Chateaubriand, baron du dit lieu, seigneur de Beaufort, paroisse de Pler-
guer, du Plessis Bertrand et du Guesclin, paroisse de Saint-Coulomb, d’Orengeg
paroisse de Vieuxvy, de la Guerche, de Martigné-Perchaud, de Pouencé et des
Roches-Baritault en Anjou, de Vioreau par de Joué, de la Guérande, paroisse
d’Hénan Bihan,'Comte de Combouren 176t.
M. de Fourmont, dans l'Ouest aux Croisades, donne à Briand sire de Chateau¬
briand à .la première croisade en U-96 : D'azur à une fleur de lys d'argent ,
(d’après le manuscrit de Bayeux, page 26). PI. VI, fig. 1.
Plus bas, il dit « que les armes primitives des Chateaubriand ont été : De
gueules semé de pommes de pin d'or, ou mieux un papelonné d'hermines ou
d'un contr'her mines y qu’aura sans doute adopté Briand comme puîné des ducs *
de Bretagne, il était fils de T hern. » • fig. 50.
* Mais ptlui-ci mot't avant >062 n’a aucun rapport avec Brient, fils d’Eudon de
PentOièvre, puîné de la maison ducale.
11 me semble que personne avant M. de Fourmont n’avait signalé cetje fleur
de lys, ni ce papelonné d’hermines. On donne habituellement pour armes an¬
tiques aux Chateaubriand : De gueules semé de pommes de pin d'or avec la
devise : Je sème l’or. Alias : De gueules semé de plumes de paon ou papelonné
d'or. (Sceau de 1199). (1214) et (1217). PI. VI, fig. 47, 49.
Enfin par concession de Saint-Louis à Geoffroy IV, baron de Chateaubriand
croisé en 1248, qui combattit si vaillamment h la Massoure : De gueules semé
de fleurs de lys a'or » Devise : Mon sang teint la bannière de France. PI. VI, fig. 48.
Dans son histoire des barons de Chateaubriand, M. l’abbé Guillotin de Corson
dit queGeoffr >y IV portiit déià sur son sceau dès 1212 et 1247 un semis de fleurs
de lys. d’après la collection de sceaux de M. Drouet d'Arcq.
C’est ce baron'de Chateaubriand dont la tendre épouse Sibylle mourut de joie
« à la rencontre et accolade du baron revenant de la Terre-Sainte. »
Briand de Chateaubriand, fils de Geoffroy V, épousa Jeanne de Beaufort, il est
la tige des Chateaubriand-Beaufort. Son fils Bertrand épousa Typhaine Du-
Guesclin.
Lamour de Lanj*gu dont Pétronille épouse de René-Auguste de Chateaubriand :
D'a*ur à trois tacs d'amour d'argent. Pi. VI, fig. 51.
Suzanne de BéJée de la Bouetardais : D'argent à trois rencontres de cerf de
gueules,. fig. 5».
Ge flot de M.ir.gny : D'azur à troi$ quintefeuiVes d'argent , PI. VI, fig. 53.
De (Juébriac d* Blo*sac : D'azur à trois fleurs de lus d'agent , PI. VI, fig. 54.
De Chateauboorg : De s ble au croissant d'or accompagnée de trois quinte-
feuilles de même. PI. VU, fig. 55.
De Fercy : D'or fretté d’a ur de six pièces au chef de gueules , fig. 56.
De Caud : D'azur à la fasce d'or accompagnée en chef d'une roue d'argent.
PI VII, fig. 57.
Le Pelletier de Rosambo d’ou Aline Thér^ze, épouse de J.-B. de Chateaubriand :
D'azur à la Croix pattee d'argent chargée en cœur d'un chevron de gueules
flanqué de deux molettes de sable et accompagnée d'une rosé de gueules en *
pointe le tout sur la croix , fig. 58.
Du Buisson de la Vigne, épouse de R»né de Chateaubriand : D'argent à la fasce
de gueules chargée de trois étoiles d'argent. PL Vil, fig. 59.
D’Orglandes, originaire de Normandie : D'hermines à six losanges de gueules.
Devise : Candore et ardore. PL Vil, fig. 60.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
«f
VIII
LE CHATEAU
Le château de Combour se compose d’un grand quadrilatère
flanqué de tours qui sont reliées entre elles par des courtines,
avec cour intérieure sur laquelle on a pris, dans les dernières
restaurations entreprises par le C u Geoffroy de Chateaubriand
en 1878, un escalier d'honneur Renaissance.
Quatre grosses tours à mâchicoulis très hautes appuient le
château, deux sont couvertes de toitures coniques, la toiture des
autres est à quatre pans. Ces tours diffèrent entre elles au point
de vue de la hauteur, des éléments architectoniques et de l’âge.
La tour du Maure ou de l'horloge « où l'airain sonnait le re¬
tour du Jour » est plus élevée que les autres et parait aussi la
Rogniat : D'azur à une rangée de palissades d'argent posée en fasce, ac¬
compagnée en chef de trois tètes de More rangées , et en pointe d'un lion d'or
la tête et la partie supérieure dju corps brochantes sur la palissade, 11g. 61.
Bernera de Kochetaillée (originaire de borez) : Ecartelé au i et 4 d'azur à
trois fas ces d'argent, aux 2 et 3 de gueules à quatre merlettes d'or, une en
chaque canton.
Da la Tour du Pin Verclauae : Ecartelé au i et 4 d'azur à la tour d'argent
ouverte d'une porte et deux fenêtres crénelée de trois créneaux, au chef de
gueutes chargé de trois casques d'or tarés de profil , aux 2 et 3, D'or au dau¬
phin d'azur langué y barbé , oreillé, crêté et peautré de gueules, qui est Dauphinfc,
•ur le tout de gueules à la tour d'argent avec avant mur . Devise : Courage et
loyauté ; et Turris fortitudo mea ! PI. Vil, fig. 63.
Durfort de Civrac de Lorges : Ecartelé au i et 4 d'argent à la bande d'azur ,
au 2 et 3 de gueules au lion d'argent . PI. VII, flg
De Bmlny : D'argent au chevron d'azur accompagné de trois trèfles de
sable, flg. 65.
De Viel-Lunaa marquis d’Espeuilles : de gueules à l'enceinte fortifiée d'argent
maçonnée de sable, au chef cousu d'azur chargé a'un croissant d'argent erttre
deux étoiles du même, flg. 66.
De Beauffort (originaire d’Artois) : D'azur à trois jumelles d'or , fig. 67.
De Carayon Latour : D'azur au mouton passant soutenu et contourné d'ar¬
gent la tête sur montée d’une croix de Lorraine de même accompagnée à dextre
d'une tour aussi d'argent . PI. VIII, fig. 68.
Le manuscrit de Baveux, dont il vient d’ôtre question plus haut, contient :
avec l’indication de leurs armes (?) Le catalogue des gentilshommes de Nor¬
mandie, de Bretagne, d’Anjou, du Maine et de Tourraine qui suivirent en !0'J6
les ducs de Normandie et de Bretagne, Robert Courte Heuse ét Alain Fergent, à
la première Croisade. Je laisse à d’autres le soin de dire si on peut le regarder
comme bien authentique. Sa précocité en fait d’armoiries me semble dé:à une
object.on assez sérieuse. (G. du Moulin l’a inséré à, la suite de son histoire de
Normandie).
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REVUE DE BRETAGNE
plus ancienne, sans être antérieure dans son ensemble au
XIII 6 siècle. Elle est construite en petit appareil et on a dû lui ra¬
jouter des créneaux et mâchicoulis au XV e siècle pour faire pen¬
dant à sa voisine.
C’est le donjon, à base du XII e siècle, si Ton veut, pour con¬
tenter tout le monde, mais qui a dû être remanié depuis ce
temps-là.
Ce qui prouve que cette tour est bien la plus ancienne et
qu’elle a servi de donjon, c’est qu’elle est séparée de l’ensemble
du château, formant une construction pour ainsi dire indépen¬
dante du reste de l’édifice ; elle contient à l’intérieur un escalier
qui la dessert dans toute sa hauteur et qui permettait aux assié¬
gés de s’y réfugier et de tenter un suprême effort dans la résis¬
tance, lorsque le reste de la place était an pouvoir de l’ennemi.
Au XI* siècle les châteaux forts, en rapport avec les procédés
d’.attaque peu redoutables du temps, n’étaient guères fortifiés que
par des retranchements en terre et le bâtiment central n’était
souvent qu’en bois, ce qui fait qu’il ne peut rester à Combour
aucun vestige des constructions de cette époque.
Cependant la tapisserie de Bayeux (1) qui date du XI* siècle
présente des donjons dont l’aspect varie : à Dol c’est une tour en
pierres, carrée ou triangulaire, à Rennes elle est en bois et hexa¬
gonale, la partie centrale surmontée d’un campanile, à Dinan la
butte est plus élevée, la tour est ronde et présente deux étages ;
le second est en retrait sur le premier, ses murs sont revêtus
d’imbrications qui semblent imiter des lames de plomb (2).
Il y en a donc pour tous les goûts, on ne peut cependant citer
avec certitude, bien qu’il y en ait eu d’autres, qu'un seul donjon
de pierre en Bretagne datant de la fin du XII e siècle ou du com¬
mencement du XIII e . C’est celui de Tremazan près de Brest; il
se compose d’une tour carrée élevée sur une motte qui a été
maçonnée (3).
Malgré la date de 1100, que lui assigne Chateaubriand, en
admettant que la tour du Maure soit de la fin du XIII e il ne se
serait trompé que d'un bon siècle et cette hypothèse donnant
(1) La tapisserie de là Heine Mathilde ou tapisserie de Bayeux retrace, outre
l'histoire de la conquête de l'Angle terre, les principales scènes de la guerre de
Bretagne en 1065. *
(2) De la Borderie, Cours d'histoire de Bretagne , p.S8.
(S) ld. y p. 78.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
71
encore à cette tour une existence de près de six cents ans, la
rend encore d’un âge assez respectable. Elle a droit à tous nos
respects, ils lui sont acquis.
A droite en entrant, exposée au nord-ouest, est la plus belle
tour autrefois nommée du temps des Coetquen la tour de M. le
Marquis. On la nomme aujourd'hui la tour du Croisé. Construite
en bel appareil, ornée de superbes mâchicoulis trilobés, parée
d'une ravissante échauguette, celle-ci est bien du XV% elle a dû
être construite par Geoffroy de Ch&teaugiron, seigneur de Com-
bour de 1415 à 1403.
Les deux autres plus petites qui regardent « le lac tranquille
qu'effleurait rhirondellé agile » pourraient être du XIV* siècle.
Celle du sud-est, sur le Champ aux bœufs, se nommait au temps
des Coetquen la tour Madame : c’est dans celle-ci que demeurait
M. du Closjean l’un des intendants de Combour, elle s'appelle
aujourd’hui la tour Sibylle.
Celle du sud-ouest, qui lui fait face du côté de l'étang, portait le
nom de tour du garde meuble, on l'appelle aujourd hui la tour
du Chat parce que c’est dans cette tour qu'on a trouvé le chat
noir dont il est question dans les Mémoires d'Outre-Tombe.
C’est celle où habitait M. Huot de Grandcour, intendant de
monseigneur le duc de Duras en 1765.
Du temps des Coetq ien « Le dedans du bâtiment est divisé par
une petite coïir de quarante pieds de long sur vingt-deux de
large. » Cette cour a été beaucoup diminuée, je l'ai vue, dans mon
enfance, froide et glacée telle que la décrit Chateaubriand avec
« la perspective des créneaux de la courtine où végétaient des
scolopendres et croissait un prunier sauvage. » Aujourd'hui elle
est entourée de très belles décorations Renaissance.
« Entre les dittestours il y aquatre faces, l’une au levant vers la ville,
une au midy sur la terrasse, une au couchant vers l'écurie, la qua¬
trième au nord.
« C’est par celle icy qu’on entre dans ledit chateau par un escalier au
dehors de vingt pieds de laiz3 et de vingt-neuf degrés au haut duquel il
y avait autrefois un pont levis. L'arrivée de ce chateau se fait en tra¬
versant deux grandes cours dont les entrées sont du costé de la ville
par la grande place et l'autre par le nord qui se nommait la cour verte
aux deux côtés de laquelle s’élevaient le grand et le petit mail. »
Extérieurement le géant féodal a conservé son aspect sombre
et imposant des jours du moyen-âge où il n'était que forteresse
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REVUE DE BRETAGNE
et donjon, mais à l'intérieur; l'œil est émerveillé de la richesse
et de la chaleur des décorations que l'extérieur ne faisait pas
prévoir. Le château a été complètement transformé et décoré
avec un luxe qui rappelle le château de Blois, en même temps
qu’il a été rêndu plus habitable et mis en rapport avec les habi¬
tudes modernes.
La famille de Chateaubriand possède toujours le châ¬
teau de Combour et une partie des vastes domaines qui
en dépendaient. Le ruisseau qui sort de l’étang et auquel
Chateaubriand a, sans doute pour les besoins de la rime,
donné le nom de la Dore, s'appelle pour les simples mortels
le Linon.
On accède au château par un perron de granit monumental de
trente-cinq marches ; il a remplacé l'ancien pont-levis qui venait
s’abattre autrefois sur un terre-plein bordant les douves du
château.
La décoration intérieure du porche d'entrée est tirée des Mé¬
moires d* Outre-Tombe-, à la voûte sont les écussons de saint
Louis, et ceux de quelques-uns des compagnons de Geoffroy IV,
baron de Chateaubriand, &la bataille de la Ma^soure. On y re¬
marque les écus des Coetquen, des Maillé, des Rohan, d’Aragon,
d’Avaugour, Thouars et Lusignan. Ces familles sont d’ailleurs
alliées aux Chateaubriand.
Le. petit salon porte le nom de salon de l'Hermine, parce qu’il
contient une très belle cheminée sur le manteau de laquelle est
une hermine passante; deux tours aux initiales de M mM de la
Tour du Pin et de Dur fort M. et S. décorent cette cheminée qui
fait face à une grande et btlle fresque dont la plupart des per¬
sonnages sont des portraits. Elle porte l’inscription suivante qui
n’en est que la glorieuse explication : Le Roi saint Louis pour
récompenser la valeur que déploya Geoffroy IV, baron de Cha¬
teaubriand, à la bataille de la Massoura le 2 février 1250 ,
concéda à lui et à ses héritiers en échange de ses anciennes
armes portant trois pommes de pvi avec la devise ; je sème T or,
un écu de gueules semé des fleurs de lys sans nombre de Vécu
de France avec cette devise : filon sang teint la bannière dé
France .
« La grande salle était à la fois salle à manger et salon, on dî¬
nait et soupait à l’extrémité est; après les repas, on venait se pla¬
cer à l’autre extrémité, du côté de l’ouest devant une énorme che~
;
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS 73
minée (1) ». Cette salle a été divisée en deux, l'énorme cheminée
n’existe plus, elle a été remplacée par une cheminée Renaissance
du plus bel effet, adossée au mur qui sépare maintenant le salon
de la salle à manger. De chaque côté de cette cheminée sont des
arbres généalogiques garnis d’écussons qui sont des alliances
de la famille de Chateaubriand.
D’autre part, on a voulu rappeler ici le souvenir des Croisades
par le palmier et le lion des déserts, l’écu de France, celui des
Chateaubriand aux trois pommes de pin et celui qui leur fut
concédé par saint Louis après la bataille de la Massoure.
Dans la salle à manger dont toute la décoration est aussi grande
et fort belle, est un buste très artistique de Françoise de Foix,
dame de Chateaubriand.
La chambre à coucher de René^Âuguste de Chateaubriand,
dans la petite tour de l’est, fut aussi celle du comte Geoffroy. Le
cabinet de travail de René-Auguste, situé dans la tour de l’ouest,
est devenu un élégant boudoir donnant dans le grand salon.
Une très belle chambre du corps de logis principal était, avant
les restaurations, décorée de boiseries sculptées et de peintures
du XVII* siècle, on la désignait sous le nom de chambre aux
Oiseaux ou chambre de MM 11 ** de Chateaubriand.*
A gauche du vestibule se trouve un escalier de pierre condui¬
sant à un modeste appartement appelé chambre de l’Auteur
dont la fenôtre étroite et élevée ne permet d’apercevoir la nuit
« qu'un petit morceau de ciel et quelques étoiles. » Là, on a réuni
les meubles et divers objets ayant appartenu à l’illustre écri¬
vain ; cependant son bureau se trouve actuellement dans la bi¬
bliothèque du château, située dans la tour de M. le Marquis ou
tour du Croisé, à laquelle on accède par le salon de l’Hermine.
Dans le grand escalier on peut lire l’inscription suivante :
Hoc Castellum Comiti Burgense diction anno D ai MX VI ab Epis-
copo Dolensi Junken inceptum est. Anno Z)"* MDCCCLXXV1 e
communi consilio Comitis Geoffroy de Chateaubriand et uxoris
suæ Antoinette de Rochetaillée instaurabatur idem.
Vu de la route de Rennes, dit M. de Courcy, au-delà de l’étang
qui le précède, au milieu des grands arbres dont il est envi¬
ronné des beaux marronniers qui lui forment une couronne de
verdure et des maisons antiques à pignon sur rue de la petite’
(I) Mémoires d'Outre-Tombe.
Août !9Ùi 0
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74
REVUE DE BRETAGNE
ville qu’il domine comme un grand seigneur entouré de ses
vassaux, le château présente un charmant tableau à l’artiste et
un but de respectueux pèlerinage aux nombreux admirateurs
du chantre des Martyrs.
G'ést en effet dans ses murs que s’écoulèrent les plus belles
années de son enfance ; c’est là que, pour la première fois, il
tailla la plume qui devait lui donner une si juste célébrité.
Dans 1 son livre si attrayant sur la Bretagne M. Robida a fait
une description fort exacte et réellement peinte de Combourg et
de son marché :
« Combourg est une petite ville à l’aspect riant, étalée sur la
rive d’un bel étang au pied de son antique château-fort. Les rues
sont encombrées de paysans, de Voitures et de charrettes, d’in¬
nocents petits veaux couchés à terre, les pattes liées, de cochons
roses ou noirs, gros ou petits, grognant dans leurs cages car¬
rées ; mais en oubliant la symphonie du marché, les petits meu¬
glements plaintifs des veaux et les grognements aigus des porcs,
en s’en tenant au décor de la scène, Combourg n'en reste pas
moins un joli petit pays pittoresque. »
« La ville n’est pour ainsi dire qu’une longue route égayée au
fond par de grands arbres, des auberges à touffes de gui et des
charcuteries de campagne où l’on vend à boire et à manger (à
boire surtout, hélas 1) puis une longue rue aux vieilles maisons
blanches, une place de marché pittoresque entourée de pignons
et de maisons de granit avec une halle de charpente au milieu,
par dessus laquelle se dessinent le sommet des toprs du château
et les combles en poivrières. »
« Ce n’est qu’un fond, ce qui fait le tableau c’est le premier
plan, une haute et robuste maison de granit gris, maison solide
percée de quelques fenêtres Renaissance avec une échauguette
en encorbellement par derrière et une grosse tour sur le
côté... »
C’est cette maison dite de la Lanterne, dont il est question
dans la déclaration de 1682.
La veille de la foire et tout le jour de la foire de l’angevine
« les hommes estagers, manants et habitants de la ville et faux-
bourgs de Combour sont tenus de faire le guet en armes et
les possesseurs de la maison appelée de la Lanterne doivent
des Qambeaux dans la lanterne qui est attachée au devant de la
dite maison pour servir et éclairer à faire le dit guet et l'assise
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
75
du corps de garde d’icelui. » Ce qui prouve qu’on faisait ainsi le
guet pendant les nuits du 7 au 8 et du 8 au 9 septembre.
Cette maison a esté bastie par Perrine Jonchée dame de la
Chasse 1575.
En 1682 elle appartenait à Marie>et à Françoise Bouttier, depuis
elle a été la propriété de la famille de Tremaudan.
Il existe à Combour non loin du château, rue Chftteaubriand,
une maison curieuse qu’on dit avoir été la propriété des Tem¬
pliers; on croit qu’ils se sont établis à Combour en môme temps
qu’à Saint-Malo, de très bonne heure.
(A suivre).
Paul or la Bignb
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MÉLANGES HISTORIQUES
" (SÙITB) (i)
N -=»o « r»«=-
XVI. — Les fausses Chartes d’Alain le Long, d’Alain
Frroent bt d’Eudon.
Tous nos érudits sont d'accord pour admettre ia non authen¬
ticité des deux chartes attribuées au fabuleux Alain le Long et
au duc Alain Fergent et que l’auteur de la Chronique de Saint-
Brieuc et d’Argenlré ont naïvement insérées dans leurs œuvres
comme des documents de premier ordre. Mais aucune étude
détaillée de ces documents n’a été publiée jusqu’ici. M. de Berthou,
le dernier dé ceux qui s’en sont occupés, dit simplement dans
son Analyse de la Chronique de Saint-Brieuc que la première de
ces pièces a été fabriquée au XIV* siècle et la seconde au début
du XV* siècle (2). Je crois que l’on peut aller plus loin et indiquer
de façon plus précise l’époque de la rédaction de ces documents
et la façon dont ils ont été fabriqués.
1° La fausse charte d’Alain le Long a été fabriquée par un
auteur qui vivait sur les confins de la Cornouaille et du Léon.
Deux des trois personnages auxquels elle estadres-ée, Morisanus
(lisez Morvanus) de Fago, et Rivallo de Rostrenen, sont des
seigneurs de la Cornouaille septentrionale. Alain le Long est
censé tenir sa cour dans la fabuleuse « civitas Occismorensts »
qui dans l’esprit des chroniqueurs bretons du moyen-âne désigne
la ville de Brest. Le comte Budicus, dont le nom a été comme
nous le verrons emprunté à un autre document et qui est en réa¬
lité un comte de Nantes du XI* siècle, a été transformé en comte
de Cornouaille. Enfin un prétendu Rodoalt ou Redouldus dont
le nom ne se retrouve môme pas parmi les signataires de l’acte
figure cependant dans le texte avec le titre de comte de Léon.
2* Cette charte a été fabriquée à l’aide d’éléments empruntés ‘
à différentes pièces de la chancellerie des rois et des ducs bretons.
Quatre évôques signataires de la fausse charte, Genenaeus,
(1) Voir la Jtevuê de juillet 1908.
(2) Mémoires de l’Association Bretonne, année 1900, p. 8 et 34.*
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MÉLANGES HISTORIQUES
77
Walterius, Willelmus et Allanus se retrouvent dans des chartes
authentiques du duc Alain III, par exemple dans la charte de
fondation de l'abbaye de Saint-Georges en 1032. Le signum Jun-
kenei et le signum Adam de la vraie charte se retrouvent, légè¬
rement modifiés, dans le signum Genenaei et le signum Allani
de la charte fausse. Dans les deux cas le premier est évêqtfe de
Dol et le second évêque de Siint-Brieuc. Quant aux évêques Gau¬
tier et Guillaume qui étaient en réalité évêques, de Nantes et de
Tréguier, il est très possible que ce soit pour masquer son
emprunt que le faussaire les ait transformés en évêques de
Saint-Malo et de Bennes. C’est encore à une charte d’Alain III
qu'il a emprunté la mention du comte Budic, dont nous trou¬
vons en effet la signature au bas d'un certain nombre de char¬
tes de ce prince; seulement ici encore l'emprunt ne s'aperçoit
pas du premier coup, parce que l'auteur a transformé Budic,
de comte de Nantes qu’il était, en comte de Cornouaille. C’est
encore très probablement à une charte d’Alain III qu'il a
emprunté Morvanus de Pago, si l’on admet avec M. de laBor-
derie (1) que le vicomte Morvanus, signataire en 1031 d’une charte
du cartulaire de Quimperlé, est un vicomte du Paou. Des cinq
autres évêques signataires de la fausse charte il en rst un,
Morvan, qui fut en réalité évêque de Vannes sous Alain Pergent
et que notre faussaire a pu emprunter à quelque charte authen¬
tique de ce prince. Je crois enfin que les quatre signatures de
la fausse charte, Preodur, Gurbudic, Armalius et Erech, sont em¬
pruntés à quelque charte authentique d’Alain le Grand, ainsi que
le titre royal attribué à Alain, et que leRodaldus signataire d’une
charte authentique de ce prince a fourni le Bodoalt de la fausse
charte.
3* La fausse charte n’a pas été fabriquée au XIV # siècle; elle
est certainement antérieure à l’année 1251. En effet pour le faus¬
saire les quatre principaux barons du roi de Bretagne sont le
seigneur d'Avaugour et de Goelo, le seigneur de Fougères, le
seigneur de Vitré et le vicomte de Rohan. Or on remarquera que
la maison bretonne de Fougères s’est éteinte en 1256 et la maison
bretonne de Vitré en 1251, et que les domaines de ces deux mai-
(1) Histoire de Bretagne , tome 11!, p. 77. En tous cas il a existé des Morvan du
Faou (Morice. Preuves, tome 1, col. 377) et l’auteur de la fausse charte a pu
identifier un de ceux-là avec le Morvan que-lui fournissaient les chartes du
XI’ siècle.
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71
REVUE DE BRETAGNE
sons ont passé aux mains de seigneurs français dont il ne pouvait
venir à l’idée d’un faussaire postérieur de faire les principaux
conseillers d’un souverain breton. D’autre part il n’est guère
question de seigneur d’Avaugour et de Qofilo avant le début du
XIII* siècle et ce n’est qu’à partir du moment où la maison de
Porhoôt se fondit dans celle de Fougères, c’est-à-dire à partir de
1281, que s’explique dans une pièce de cette nature l’absence des
Porhoôt et leur remplacement par les Rohan. C’est donc entre ces
deux dates extrêmes de 1231 et de 1251 que se place la fabrication
de notre fausse charte.
En ce qui concerne la fausse charte d’Alain Fergent M. de la
Borderie a très bien vu qu’elle a pour but principal d’appuyer la
légende relative à l’existence des neuf baronnies anciennes de
Bretagne, légende qui apparaît pour la première fois dans une
pièce datée de 1410 ou 1411 ; mais je crois qu’il faut y distinguer
deux éléments, car elle ne me paraît pas autre chose qu’un re¬
maniement de la fausse charte d'Alain le Long, exécuté par un
Nantais qui avait quelque connaissance historique du règne d’A¬
lain Fergent. Les analogies entre les deux fausses chartes sont
évidentes. Les neuf évêques de Bretagne y sont classés dans le
mêmeordre: Dol, Rennes,Nantes, Quimper, Saint-Malo,Vannes,
Saint-Brieuc, Saint-Pol et Tréguier. Dans les deux cas l'office
de chancelier est occupé près du prince breton par l’évêque de
Saint-Malo. Enfin le seigneur d’Avaugour est dans les deux cas
le premier des barons, et si la fausse charte d’Allain le Long,
écrite dans la Bretagne occidentale, place avant lui le seigneur
de Léon dont elle fait à tort un comte, tandis que la fausse
charte d’Alain Fergent le place après le seigneur d'Avaugour et
ne lui accorde que le titre plus modeste de vicomte, les deux
documents se retrouvent d’accord pour placer dans le même
ordre les trois barons suivants : Fougères, Vitré et Rohan. Or
comme j’ai fait remarquer qu’à partir de 1251 il n’y a plus de
seigneur de Vitré et qu’à partir de 1256 il n’y a plus de seigneur
de Fougères, on voit qu’il est impossible que* la fausse charte
d’Alain Fergent ait été inventée tout d'une pièce à la fin du XIV*
siècle ou au début du XV*.
Ce qui appartient en propre au faussaire, c’est la conception
des neuf barons qui, comme l’a fort bien dit M. de la Borderie,
sont destinés à servir de pendant au groupe des neuf evêques de
Bretagne. M. de la Borderie a également très bien vu que le faus-
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MÉLANGES HISTORIQUES
79
saire appartenait au pays nantais, et l’on en peut donner comme
preuves que tous les noms qu’il ajoute à la liste de son mo¬
dèle sont des noms de barons du pays nantais ; et qu’Alain
Fergent tient sa cour à Nantes, ce qui est absolument oontraire
à l’histoire, puisqu’à l’époque oh cette charte est censé rédigée,
il ne possédait pas cette ville. Deux évêques seulement sont
nommés dans cette charte : fivenus de Dol et Reginaldus de
Saint-Malo; tous deux ont été réellement les contemporains d’A.
lain Fergent. Le passage relatif aux barons du pays nantais sou¬
lève une question intéressante. L’auteur nous dit que les quatre
derniers barons de Bretagne étaient les seigneurs de Château-
briant, de R'uz, de Pont (Pontchâteau) et de la Roôhe-Bernard,
puis il ajoute que le seigneur d’Ancenis prétendant également au
titre de baron de Bretagne au lieu et place du seigneur de Pont,
il fut décidé que ces deux seigneurs siégeraient alternativement
en qualité de huitième baron de Bretagne. Or si nous nous repor¬
tons aux procès-verbaux de l’entrée des évêques de Nantes dans
leur ville épiscopale en 1384, 1494 et 1500, nous voyons que les
quatre baronS|Considérés comme les quatre plus grands vassaux
de l’évêque étaient les seigneurs de Ghâteaubriant, d’Ancenis, de
Raiz et de Pontch&teau. L’auteur de la fausse charte s’est donc
trouvé en présence de deux théories contradictoires au sujet des
quatre plus importants barons du pays nantais, et s’est efforcé
de les concilier. Il semble qu’il aurait dû faire alterner les barons
d’Ancenis et de la Roche-Bernard, puisque les trois autres
figuraient à la fois dans les deux listes. S’il ne l’a pas fait, c’est
que sans doute à son époque le baron de la Roche-Bernard
passait pour un plus grand seigneurquele baron de Pontchâteau
et que du moment où il fallait diminuer la situation de l’un des
deux, c’était au détriment de Pontchâteau qu’il tranchait la
question litigieuse.'
Une phrase de la fausse charte d’Alain Fergent expose que la
Bretagne se divisait autrefois en trois comtés, lesquels à
l'époque d’Alain Fergent se trouvaient réunis en une même
main. Le fait est exact, mais pour une époque un peu posté¬
rieure à celle assignée à la charte, puisque c’est seulement à
partir de la mort de son frère Mathias en 1101 qu’Alain Fergent
réunit sous sa domination les trois comtés de Nantes, de Cor¬
nouaille et de Rennes, entre lesquels le territoire breton se
trouvait divisé depuis le milieu du X* siècle. Le faussaire con-
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REVUE DE BRETAGNE
naissait évidemment par les chroniques bretonnes l’existence
des comtés de Nantes et de Cornouaille. Ignorait-il que ce qu’on
appelait au XI e siècle le comté de Bretagne n’était autre que le
comté' de Rennes ? Ou bien le savait-il et a-t-il passé sous silence
un fait qui lui était désagréable? Quoi qu’il en soit y qu’il ignorât
ou qu’il voulût ignorer l’existence du comté de Rennes, la tradi¬
tion d’après laquelle il y avait eu autrefois trois comtés bretons
l’obligeait à en citer un troisième. 11 le rencontra sans doute dans
la Chronique de Nantes qui mentionnait au X e siècle, avec plus
ou moins de raison, un cornes de Poher et s’empressa de faire
du Poher ce troisième comté, exagérant ainsi beaucoup l'impor¬
tance de cette ancienne circonscription territoriale. Or cette
phrase est la seule qui no se retrouve pas dans la fausse charte
d’Eudon dont nous parlerons plus loin et qui pour tout le reste
en est le calque fidèle. N’aurait-elle pas été ajoutée au texte
primitif par l’auteur qui l’inséra dans la Chronique dite de Saint -
Brieuc y auteur qui connaissait certainement la Chronique de
Nantes , f t que le dernier érudit qui s’en soit occupé, M. deBer-
thou, croit avoir vécu au pays nantais.
La fausse charte du duc Eudon ou Yon, appelé quelquefois
Yvon par une faute de traducleur ou de copiste, est évidemment
calquée sur la fausse charte. d’Alain Fergent. D’abord elle est
plus longue,ce qui indique un remaniement : la seule phrase de
la charte d’Alain qui ne s’y retrouve pas est relative à la théorie
des trois anciens comtés bretons, parfaitement inutile dans la
circonstance;c’est môme pour cela que je considère cette phrase
comme une interpolation postérieure due probablement au
compilateur de la Chronique de Saint-Brieuc. En second lieu elle
affecte une antiquité plus reculée, ce qui a pour résultat de la
mettre encore plus en contradiction avec l'histoire, les évéques
Ëvenus et Reginaldus, contemporains aiithentiques d'Alain
Fergent, n’ayant pas été les contemporains d’Eudon. Les diffé¬
rences sont insignifiantes, la charted’Eudon se bornant àattribuer
le septième rang parmi les barons au lieu du huitième au sei¬
gneur de Pont et plaçant quatre hermines au lieu de trois au
revers de la monnaie bretonne. L’époque à laquelle a été fabri¬
quée la charte d’Eudon nous servira donc à dater celle ^laquelle
a été fabriquée la charte d’Alain.
Or la charte d’Eudon représente un état de choses antérieur
à 1364, puisque le sire de Montfort y est représenté comme dis-
\
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MÉLANGES HISTORIQUES
81
tinct du baron de la Roche-Bernard. Cette date est d'ailleurs con¬
firmée par ce fait que le sire de Rochefort y est un personnage
distinct du sire de Rieux, le sire de Mont&uban, un personnage
dictinct du sire d’Au^bigné et de Landal, que le baron de Fougères
possède encore le Porhoèt, etc etc ,tous faits qui ont cessé d’étre
exacts entre 1364 et 1375. Si nous savions la date exacte à la¬
quelle la seigneurie d'Ancepis passa aux mains des Rochefort,
nous pourrions même attribuer une date un peu antérieure à la
rédaction de cette pièce, puisque le sire d’Ancenis et le sire de
Rochefort y sont encore deux personnages distincts, ce qui cessa
d’être vrai entre 1351 et 1363. D’un autre côté elle ne saurait être
antérieure à 1290, puisqu’elle suppose le baron de la Roche-Ber¬
nard propriétaire de Lohéac. La réunion au* mains du même sei¬
gneur des terres de Rougé et de Derval, qui eut lieu peu après
1285, nous conduit encore à la même conclusion. Nous ne serons
donc pas trè3 loin de la vérité en assignant le milieu du XIV 9 siècle
comme étant l’époque probable de la fabrication de cette fausse
charte. La charte d’Alain Fergent, nécessairement un peu anté¬
rieure, aurait donc été composée à la fin du XIII* ou au début du
XIV 9 siècle.
XVII. — Les Vassaux Légendaires du roi Salomon
(Un curieux passage de la Chronique de Saint-Brieuc, dont on a
déjà signalé les analogies avec la chanson de geste des Satines,
racontant la guerre fabuleuse du roi breton Salomon contre le
roi saxon Guitichinus,énumère les principaux seigneurs bretons
qui prirent part à l’expédition (1).
Us auraient été divisés en trois corps, le premier commandé
par les comtes de Cornouaille et de Poher et par le vicomte de
Léon, le second par les seigeurs de Goelo et d’Avaugour, de
Rohan, de la Roche-Bernard, de Craon, de Châteaubriant et de
la Benaste, et le troisième par les seigneurs de Fougères, de Vitré,
de Machecoul et du Pallet. Or cette simple énumération suggère
immédiatement une remarque, c’est que les barons duèpays nan¬
tais y ont été introduits après coup. Leur présence fausse la si¬
tu Je suis la traduction que M.dela Borderie a donnée de cet épisode dans la
Retue de Hretagne et de Vendée, année 1892, tome I, p. 405 et suir. La liste dp
M. de Bertftou, Analyse de la Chronique de Saint-Brieuc, p. 14, est identique, à
cela près qu’elle omet le ri comte de Kohan.
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82
REVUE DE BRETAGNE
gnification géographique de la répartition des Bretons en trois
eorps d’armée. Si on les retranche, on trouve successivement
dans le premier corps les barons de la Bretagne occidentale, dans
le second les barons de la Bretagne centrale, dans le troisième
les barons de la Bretagne orientale. J’ajduterai de plus que, si ta
Maniais avaient tait partie de la liste originale, ils auraient cons¬
titué à eux tout seuls un corps d’armée spécial et n’auraient pas
été morcelés en deux divisions rattachées arbitrairement aux ba¬
rons de deux régions très différentes. Nous sommes donc ici en¬
core en présence d’une interpolation nantaise très analogue & celle
qui a servi à fabriquer la fausse charte d’Alain Fergent avec la
fausse charte d’Alain le Long. Ce qui ajoute un Nouveau poids à
cette hypothèse, c’est que les personnages de la liste primitive
sont exactement ceux de la charte d’Alain le Long, Cornouaille,
Léon, Avaugour, Rohan, Fougères et Vitré, avec une seule
addition, celle du comte de Poher, que l’on retrouve également
dans la charte d’Alain Fergent par rapport à la charte d'Alain
le Long. Le coupable ne serait-il pas ici encore L’écrivain nantais
qui, au dire de M. de Berthou, jurait rédigé la chronique que
l’on appelle sans raison Chronique de Saint^Brieuc ? Ce serait lui
qui aurait introduit cette liste fabriquée de deux morceaux diffé¬
rents dans le récit antérieur qu’il .avait sous les yeux.
Elle présente en effet une contradiction avec le reste de la
narration. D’après celle-ci le principal des généraux de Salomon,
celui que nous appellerions aujourd’hui son chef d’état-major,
n’est autre que le vicomte de Léon, Budoc. Or, non seulement
dans l’énumération des trois corps d’armée, le vicomte de Léon
est confondu avec les autres seigneurs, mais il n’occupe que le
troisième rang dans la première bataille où il est subordonné
aux comtes de Cornouaille et de Poher.
On peut enfin s’étonner de voir le seigneur de Craon rangé
parmi les seigneurs bretons. L’explication de cette bizarrerie
me parait se trouver dans le fait que le compilateur de la Chro¬
nique de Saint-Brieuc avait r ou s'les yeux la Chronique de Nantes
dont un passage relatif à Lambert plaçait au IX e siècle Craon en
pays nantais. Le compilateur, écrivant le récit d’événements qu’il
croyait s’ôtre passés à cette date, a cru faire merveille en s’ex¬
primant de môme et s’est sans doute imaginé donner ainsi à son
œuvre un cachet d’authenticité.
(A suivre). V u Ch. de la Lande de Calan.
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ANNE DE BRETAGNE
AU FOLGOAT
NOUVELLE
i
Le roi de France, Louis le Douzième avait par la gr&ce de la
Très Haute et Très Puissante Dame Marie, Mère de Dieu, échappé
à une fièvrè fort maligne qui avait mis sbn corps en aventure de
mort, et Madame Anne de Bretagne était venue de son château
d'Amboise au pays de Léon rendre grâces et mercis à la Divine
Protectrice, en son nouvel et déjà célèbre sanctuaire du Folgoat,
sur le lys de Salaün, l'Innocent de Lesneven, qui durant sa vie
mortelle chantait Ave Maria.
Sur la lourde base, la flèche flamboyante de la jeune église
priait déjà vers le ciel, accolée de ses clochetons frôles, et le jubé
déployait sous les hautes voûtes son fin tissu de granit qu’em¬
pourpraient, par les vitraux du chœur, les premiers rayons du
soleil levant Le collège des Apôtres défilait au porche où les
plantes de pierre découpaient leurs feuilles menues ; et le peuple
des saints, et les évôques bretons, et l’ancôtre couronné, sous le
manteau ducal, erraient pensifs aux sombres murs. Sur les
nuages se profilait la faune monstrueuse des gargouilles, et les
hermines passantes couraient aux frises, menues et toutes sem¬
blables, bêtes héraldiques qui se pourchassaient au travers des
banderolles et répétaient sans cesse une devise illustre.
Pour ce dévot pèlerinage, la reine avait conduit vers les plus
lointaines limites de son duché et la cité florissante d’Even le
Grand les demoiselles de noble race dont elle aimait à parer sa
cour et qu'elle s’efforçait de préserver du péché, les abritant de
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84
REVUE DE BRETAGNE
son amour austère comme les Saintes des imagiers mystiques
couvraient des plis de leur manteau les compagnes plus faibles
qu’elles dirigaieot vers Dieu.
Ét Madame Anne s’était humblement proternée avec ses filles
chéries sur' les dalles de l’insigne basilique du Polgoat qu’a¬
vaient jadis baisées les lèvres du duc Jean V et des hauts sei¬
gneurs de Bretagne ; elle avait remercié de toute son âme la
Vierge qui daigna sourire au Fou du bois, et lui avait voué en son
cœur Louis, son Seigneur et Maître, et le doux royaume de France.
^uis rentrée en l'hôtellerie des pèlerins que ses neveux de¬
vaient un jour nommer le château de la duchesse Anne, elle
avait pris de ses écuyers le repas du soir et s’était couchée sur
un lit apporté par ses valets et que couvrait une lourde pièce
de velours noir semée en or d’initiales gothiques.
La reine de France eût été tout heureuse d’avoir accompli s^n
plus cher désir, et seules des images gracieuses l'auraient visi¬
tée dans la rêverie de sa veille, si le constant souci de ses jeunes
compagnes ne l’avait tourmentée jusque dans la nuit, à l’heure
où seul le cri des sentinelles troublait la paix de la "campagne
bretonne. ✓
L’hôtellerie des pèlerins était petite et nombreuse la suite de
Madame Anne. Quelques-unes parmi les demoiselles d’honnèur
avaient dû quérir un gîte dans le3 pauvres chaumières de labou¬
reurs qui s’égrenaient autour de la jeune basilique jusqu’au châ¬
teau de Guicquelleau et vers Elestrec, aux portes mêmes de
Lesneven et dans les bois.
La bonne duchesse songeait amèrement que ses filles bien-ai-
mées étaient loin d'elle, exposées peut-être à quelque danger. Son
cœur se remplissait d’angoisse et, pendant qu’à ses yeux entrou¬
verts les solives énormes de la chambre s'éclairaient de dessins
étranges par la lumière dansante de la veilleuse d’or qui brûlait
devant l’image de Marie, Madame Anne de Bretagne tremblait
pour sa suivante préférée, Yolan Je de Keryvoas, dont elle con¬
naissait trop le câractère aventureux. Le sommeil de la reine fut
durant cette nuit hanté de rêves inquiétants.
Et ses craintes, hélas, n’étaient pas tant chimériques.
La demoiselle de Keryvoas avait vingt ans. Orpheline, née dans
le comté de Tréguier, tout près de cette terre du Léon où elle dor¬
mait aujourd’hui, elle avait quitté bientôt le manoir de son en¬
fance, triste donjon majestueusement drapé par son vêtement
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ANNE DE BRETAGNE AU FOLGOAT
85
de lierre, pour venir à la cour de Louis £11. Prèle blonde, mince
dans sa robe longue, elle s’était peut-être échappée d’un vitrail
aux gemmes éclatantes pour apporter aux châteaux de la Loire
avec sa beauté fine d’image gothique l’éclat de sa jeunesse rieuse
et hardie. Bonne autant que sage, suivant l'antique formule, elle
avait vite conquis une place privilégiée dans le cœur de Madame
Anne. Mais cette affection toute particulière de la souveraine se
traduisait, dans la pratique de chaque jour, par de véhémentes
remontrances. Yolande manquait à l’étiquette déjà sévère, et ne
savait pas se plier assez docilement aux us de la cour de
France.
Fleur sauvage, née sur une terre de granit, élevée en liberté et
qui s’accrochait avec les plantes aux sombres murs des ancêtres,
elle se sentait emprisonnée dans la tiédeur amollissante des
serres et tendait à s’échapper toujours hors des limites trop
étroites. Comme à son vieux Keryvoas, Yolande chantait et riait
à Blois et à Àmboise, donnait parfois son avis sans en être priée,
taquinait ses compagnes et semait les fantaisies espiègles dont
Madame Anne riait toute la première, après avoir en une feinte
colère, la voix brève, les sourcils sévères, gourmandéleur gentil
auteur. Autant en emportait le vent du sud qui soufflaitde la ville
d’Is sur les chênes séculaires du castel de Keryvoas.
Défaut plus grave 1 Yolande recherchait avec trop grande
complaisance la société des chevaliers et des jolis pages. Non
qu'elle ne fût vertueuse et digne en tous points de l’amitié de la
reine, mais elle aimait à plaisanter les jeunes gens et humait
comme un parfum rare les hommages qui montaient des mots
et surtout des regards vers sa chaste beauté aux lignes harmo¬
nieuses. Et quand Madame Anne surprenait Yolande ?n conver¬
sation avec quelque gentilhomme, ou qu’une compagne jalouse
se faisait près de la duchesse l’écho méchant d’une légère impru¬
dence, la demoiselle de Keryvoas était tancée plus vertement et
parfois punie de quelques jours de réclusion qu’elle occupait avec
calme à crayonner sur un parchemin fort secret la galerie impo¬
sante de ses adorateurs. Madame Anne ne souffrait nulle relation
entre ses chères filles et ses chevaliers ou ses pages, et s’il adve¬
nait parfois qu’ils conversassent ensemble ce devait être à seule
fin de publiques fiançailles suivies tôt d’honnête mariage.
Or cette nuit-là que Madame Anne dormit si mal à l’hôtellerie
du Folgoat, Yolande exécuta des projets ingénieux mais témé-
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raires. Dans les somptuosités sévères des châteaux de Blois et
d’Amboise, aux résidences royales, elle ne savait pas oublier
l’âcre parfum de- la terre de Léon et l'antique silhouette du ma¬
noir de ses aïeux. Gomme celui-là qui plas tard exilé aux rives
du Tibre devait, l’âme hantée par la douceur angevine et son
petit Liré, chanter ses immortels Regrets , Yolande demandait à
la Touraine des genêts d’or sur la Iqnde monotone et des dolmens
gris sur le ciel gris, aux flots lents et majestueux de la Loire l’em¬
brun des lames jaillissant au faite des rochers. La demoiselle de
Keryvoas avait le mal du pays, cette'douleur exquise des coeurs
qui savent aimer les choses.
Aussi avait-elle accueilli avec joie l’annonce du prochain
voyage de la reine au Folgoat, et durant le long chemia elle avait
bu à grands traits l’air de la Bretagne et rempli ses yeux de vi
sions chéries. Dans sa contemplation ardente elle semblait même
avoir perdu sa malice ordinaire et son exubérance. Madame Anne
songeait déjà à se réjouir d'une transformation inespérée. Elle
n’osait cependant pas s’y fier entièrement. Elle avait raison,
comme il le sera suffisamment prouvé par la suite de ce récit.
Yolande avait reçu abri chez un bûcheron dont la chaumière
coquette, encadrée de chênes, s'élevait à l’orée d’un grand bois qui
couvrait le pays jusqu’au-delà de Guicquelleau, la forêt de Lesne-
ven au dire des habitants, le bois du Fou qui, perché sur la
branche, jetait aux nuages : Ave Maria.
Bien avant la première clarté de l’aube blanchissante, la jeune
hile se leva à la hâte, et s’habillant sans bruit avec mille précau¬
tions d'ailleurs inutiles pour ne point réveiller ses hôtes tout
fiers de loger une si noble et si gentille demoiselle, elle se glissa
hors de 1& maison, la coiffe couverte d’une chaude cape de ve¬
lours pour se protéger du froid des heures matinales. Elevée
dans le comté de Tréguier à vingt lieues de Lesneven, Yolande
connaissait mal cette dernière seigneurie où elle n’était venue
qu’un fois tout enfant, au Folgoat même pour y prier Madame
la Vierge. Elle partit donc en exploration aventureuse, et la ro¬
sée légère qui flottait dans les airs à ce matin d’automne salua la
frêle et jolie enfant en posant ses perles argentées sur les doux
ors de ses cheveux rebelles frissonnant dans la brise.
Yolande s’avança seule à travers le grand bols. Les étoiles
•une à une s'éteignaient comme à regret, et les pièces chaussés de
petits sabots de bois qui bruissaient sur les feuilles paortes révei 1
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ANNE DK BRETAGNE AU FOLGOAT
87
l&ient les chœurs d’oiseaux étonnés de cette visite étrange. Les
lueurs p&lesdu jour, pénétrant sous, les voûtes sombres, moi-
raient le satin brun&tre qui vêtait les branches des arbres, et sur
la route encore voisine les grands chariots des paysans gémis¬
saient vers Lesneven.
La jeune Allé s’enivrait d’air, se grisait de sa course légère. Il
lui semblait si bon, échappant aux tapisseries d’Amboise et aux
jardins étroits, à la surveillance affectueuse mais sévère de Ma¬
dame Anne et à ses devoirs de cour, de revivre sa vie d’enfant,
dans la natùre amie, sans se soucier de l’étiquette pesante, de
passer comme un faon dans les petits sentiers, d'escalader les
talus sans être gênée par la queue interminable d’une robe ma¬
jestueuse mais peu commode.
Le grand jour était venu, la lumière de Bretagne grise et un
peu opaque, mais très douce et qui harmonise étrangement tous
les objets. Et Yolande courait toujours. Et les heures rapides
tombaient.
Une petite inquiétude pressait maintenant le .cœur de la de¬
moiselle de Keryvoas. Ce jour-là son service auprès de la reine
commençait à midi, et, à l’heure précise, il fallait être rendu là-
bas, très loin peut-être, elle ne savait plus, toute fraîche et en
grande toilette, sans qu’aucune marque traîtresse accus&t cette
longue équipée d’une prudence discutable. Yolande devint son¬
geuse tout en poursuivant à l’aventure sa capricieuse promenade.
Elle secoua bientôt les pensées sombres et réfléchit qu’elle avait
été tancée si souvent qu'il importait vraiment peu qu’elle le fût
une fois de plus. 11 n’était pas utile de s’inquiéter d’événements
négligeables et fréquents à ce point. Oui, mais Madame Anne
était parfois volontaire et impérieuse : une sévère punition pou¬
vait frapper la coupable au milieu de ce voyage ehchanté dont
ehe&vaitrêvé durant de longues nuits. Décidément l’affaire s’ag¬
gravait.
Yolande en était là de ses constatations peu aimables quand
elle crut percevoir, comme un bruit sauveur, un joyeux carillon
dans le lointain. Elle s’élança gaiement vers le son des cloches,
et après une course folle elle vit disparaître la forêt aux routes
mystérieuses et se dresser devant ses yeux, telle une petite
vieille toute ridée, la cité antique et trois fois vénérable qu’avait
jadis fondée Even le Grand, le guerrier valeureux, vainqueur
des Normands. De la lourde tour romane de Notre Dame de
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REVUE DK BRETAGNE
Lesneven, jetée au haut d'une bute avec ses contreforts massifs»
les derniers tintements du carillon partaient encore pour le vol
éperdu des notes sonores à travers les airs. Yolande était pieuse ;
elle entra dans l'église et sous la voûte basse, emplie de rôdeur
religieuse de l'encens, elle salua vite, oh ! bien vite, Madame la
Vierge et Monseigneur Saint Michel qui, hiératique dans son
vitail aux chaudes couleurs, terrassait Messire Satan, chef mau¬
dit et grinçant des légions infernales. Et rassurée maintenant
bar elle savait que quelques centaines de toises seulement la
séparaient du Folgoat, elle descendit la rue étroite et tortueuse,
éclairée d'un jour timide qui ne pouvait se frayer qu'un étroit
passage à travers les étages surplombants, et arriva tout es¬
soufflée, pour y demander son chemin, aux halles neuves de
Lesneven, bizarre forôt couverte de longs toits pointus, légitime
orgueil des bourgeois de la ville. Un petit cortège l'y arrêta.
Bardé d'une fioe cuirasse d'acier poli où coquettement se mi¬
raient les vieilles maisons comme dans les tableaux flamands
des maîtres du passé, cambré fièrement sur son destrier dont les
caparaçons de satin rouge étaient brodés de lames d’or, un che¬
valier, jeune et délicat tel une femme, passait par la place pré¬
cédé de deux pages à ses couleurs, accompagné d'arbalétriers
aux morions de cuivre. Et les Lesneviens s’esbaudissaient.
Le gentilhomme arrêta sa monture, qui piaffa de rage dans les
ornières des pavés inégaux. Il n'en n’eut souci, car il avait vu
Yolande. Elle parlait à une respectable matrone que sa large
coiffe bien empesée et sa guimpe toute fraîche marquaient entre
toutes pour une femme de haute considération et de singulière
estime. La bonne dame, obligeante et curieuse, avait vite reconnu
en la demoiselle de Keryvoas une fille d’honneur de la reine de
France dont le voyage était pour elle et pour ses amies une source
inépuisable de délicieux cQmmérages. Causer à une Yolande en
un pareil temps était bien la plus favorable aubaine qui pût arri¬
ver à une bourgeoise de cjualité. Aussi par mille artifices s'effor¬
çait-elle, cette digne Le* Devienne, de ne pas répondre et d'inter¬
roger. La patience n’était malheureusement pas la plus belle
> qualité de Yolande de Keryvoas.
Brusquement le chevalier intervint : « Gente demoiselle, dit-
il, ployé en deux dans une salutation respectueuse et plus pro¬
fonde qu’il n'e&t été strictement nécesaire, gente demoiselle,
pardonnez au plus humble de vos serviteurs, s’il ose ainsi vous
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ANNE DE BRETAGNE AU FOLGOAT
89
adresser la parole. Mais j’ouïs dire que vous êtes à Madame
Aune et que vous allez au Folgoat. Je m’y rends moi-même avec
pages et écuyers pour solliciter de notre gracieuse souveraine
l’honneur de lui engager ma foi et de la servir de mon épée par¬
mi ses gardes bretonnes. Daignez monter mon cheval de guerre,
car point n’ai ici quelque blanche haquenée à offrir & ma dame,
et accepter mon escorte pour vous conduire plus dignement au
castel dont vous êtes la seconde reine par la beauté qui enivre
mon Ame. » Et ce disant il mit pied à terre, et, s'inclinant dere¬
chef, il balaya comme il sied de son panache gris les pavés que
zébraient de feu les fers impatients du destrier noir.
Yolande sourit. Il ne lui échappa pas que l’offre galante de ,cet
.aimable cavalier avait un peu trop vite pris l’allure d’une décla¬
ration. Elle n’en fut pas offensée. Effet de l’habitude d’abord ; en¬
suite ce charmant damoiseau ne savait point lui déplaire, lui
qu’on imaginait plutôt coiffé d’unemante que d’un casque et vêtu
d’un corset que d’une cuirasse. Et cependant, malgré ses cheveux
trop longs et ses' joues trop roses de fillette, il avait vaillante
mine dans son armure et belle prestance sur son grand cheval.
Les contrastes plaisent aux dames.
Aussi la demoiselle Yolande était-elle un peu émue et plus
peut-être qu’elle n’aurait voulu se l’avouer à elle-même. Elle ré¬
pondit mutine : « Messire, vous êtes fort galant et je vous remer¬
cie. Mais il ne sied point à une jeune Aile de se laisser conduire
par les routes. Remontez votre cheval dont je n’ai besoin et allez
au Folgoat. Mes vœux vous accompagnent. Que vous soyez jugé
digne par votre mérite et votre valeur de défendre partout notre
aimée souveraine ! Et je souhaite que récompensant votre ga¬
lanterie, quelque belle demoiselle,— et vous en verrez moult à
notre cour de gentilles au cœur aimant, — vous accorde bientôt
pour votre joie ses plus honnêtes faveurs ! »
« Cruelle », pensa Jean d’Occismor, comme un héros des fu¬
tures tragédies, en remontant en selle un peu confus, sans trop
réfléchir dans le premier dépit que l’aimable congé qui lui avait
été signifié n’était pas sans laisser par ses paroles voilées le
champ tout libre aux rêves ailés de l’espérahce.
Et dans un dernier salut à Yolande plus moqueuse, il éperonna
brutalement son cheval qui n’en pouvait mais, et courut au Fol¬
goat avec sa petite troupe dans un cliquetis de fer qui donna aux
paisibles bourgeois de Lesneven, assistants un péu ébahis de
Août <w 1
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REVUE DE BRETAGNE
cette rencontre, une haute idée de la noblesse du sire d’Occis-
paor et de la vigueur de jarret de ses destriers.
Puis, sous l’égide protectrice et respectable de la digne paatrone
qu’elle avait interrogée et qu’un pareil honneur empourprait de
joie et gonflait de fierté à faire éclater sbn épais corsage de ve¬
lours noir, Yolande regagna d’un pied léger la demeure hospita¬
lière de ses bûcherons d’où elle repartit vers le Folgoat, la toi¬
lette faite à la hâte, car les heures inexorables s’avançaient et il
n’était guère prudent de faire attendre Madame Anne.
Des surprises variées l’attendaient à l’hôtellerie des pèlerins.
Elle sut d’abord d’une amie charitable que la Reine avait appris
son équipée aventureuse et que l’orage grondait. Cependant Ma¬
dame Anne ne récrimina pas ce jour-là. Elle se contenta de mar¬
quer à Yolande que ses ajustements étaient fort négligés. Lia
jeune fille s’excusa au hasard. Elle connut aussi qu’un nouveau
chevalier était arrivé au château et avait obtenu audience privée
pour le soir même. Elle surprit son cœur à former le vœu que
Jean d’Occismor devînt bientôt chevalier de la-duchesse. Elle s’en
étonna, car de pareilles dispositions lui étaient peu familières.
Elle fut moins gaie et exubérante, mais plus distraite. Son ser¬
vice en pâtit, et des allusions aux jeunes filles qui courent les
bois devant l’aube et osent converser'par les rues avec de ga¬
lants chevaliers la prévinrent qu'elle n’avait point été trompée
et que Madame Anne était au courant de son équipée matinale.
Cela ne pouvait manquer de mal finir, mais d’autres pensera oc¬
cupaient tout entiers l’âme de la demoiselle Yolande de Keryvoas.
Cependant Madame Anne était moins fâchée qu'il ne le pa¬
raissait. Elle savait que sa chère fille était rentrée au logis en fort
décente et respectable compagnie. 11 ne lui était pas trop difficile
de reconstituer, avec le reste du petit roman, le sens des paroles
échangées devant les halles de Lesneven. Et le beau gentil¬
homme ne pouvait être que Jean d’Occismor. Si ce chevalier
qu’on lui avait dit être délicat comme une femme et brave
comme un preux, et dont le nom sonore réveillait de l’ombre
des siècles passés toute l’histoire de la vieille terre d’Armor, de¬
vait être pour Yolande la forme humaine du bonheur, ce n’était
certes pas elle qui ferait obstacle à la joie de ces enfants. Elle
saurait mieux être la bonne messagère. Mais une épreuve s’im¬
posait à son expérience, voire même une petite leçon à de jeunes
imprudents.
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ANN DE BRETAGNE AU FOLGOAT
91
Le soir la reine reçut le sire d’Occismor. Elle lui déclara' son
dessein de voyager quelques jours encore à travers son cher
pays de Bretagne, et ajouta que pour ce temps rapide elle agréait
ses services afin qu’il eût occasion de se faire connaître et de
mériter la faveur qu’il ambitionnait de servir aux gardes bre-
tonnes. Puis tendant à baiser au jeune homme ravi le bout un
peu gros de sa robuste main, elle le congédia. Dans le crépus*
cule enveloppant, devant la grande oheminée où pétillaient des
troncs d’arbres, la bonne duchesse songea à l’amour et à la des¬
tinée, et, déroulant son rosaire, elle pria pour la France et son
très noble époux le roi Louis le Douzième- *
Au lendemain malin, Madame Anne entendit la messe, avec sa
suite, en la basilique de Notre-Dame du Folgoat où elle devait re¬
venir bientôt avant de retourner vers les châteaux de la Loire.
Elle partit ensuite dans les landes et les bois, à travers le pays
de Léon, par la sénéchaussée de Lesneven où elle écouta grave*
ment une docte harangue prononcée en langue latine et où elle
fut logée en l’hôtellerie des Trois-Piliers, demeure romane dont
les galeries étaient de granit brut et la succulente cuisine fort
renommée-S plus de dix lieues à l’entour.
Les jours suivants, il advint par un merveilleux-effet du ha¬
sard que le sire Jean d’Occismor eut moult souvent besogne ur¬
gente aux endroits divers où se trouvait la demoiselle Yolande
de Keryvoas. La chronique raconte qu’il fut fait de ces coïnci¬
dences étranges de longs et minutieux rapports à Madame Anne
et qu'elle ne parut pas, par d’injustes dérogations, accorder à ces
bruits toute l’attention qu’ils méritaient. Des gens malicieux et
mal informés ajoutent môme que la reine, ayant aucune fois
surpris ces enfants en galante conversation, feignit être très
occupée de ses lévriers ou de sa parure et manqua à remarquer
ce qui d’ordinaire n’échappait jamais à sa claivoyante vigilance.
On en conclut que Madame Anne se relâchait de son ordinaire
sévérité, et quelques demoiselles d’honneur, tôtes joyeuses et
cœurs légers, tentèrent de profiter de ces nouvelles licences.
Il en résulta des punitions exemplaires, distribuées avec
une royale impartialité qui épargna seulement les amoureux
dont l’heureuse rencontre s’était faite dans les rues mal
pavées de la cité d’Even le Grand. Et l’ordre accoutumé régna
sur la cour. Madame Anne fut accusée bien en cachette d'étre
injuste et de faire de subtiles distinctions; Madame Anne avait
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REVUE DE BRETAGNE
raison, car elle était fort clairvoyante et elle avait les. yeux
perçants.
Cependant Yolande et Jean ne profitaient plus autant qu’il leur
eût été possible de la complaisance de leur souveraine. Sans
doute ils se voyaient souvent et causaient parfois seule à seul,
mais il apparaissait que leurs rapports étaient singulièrement ti¬
mides, et que la demoiselle de Keryvoas, dont la réputation d’iro¬
nie était depuis longtemps faite aux dépens de âes multiples
adorateurs, perdait devant le sire d’Occismor ses naturelles qua¬
lités d’enjouement et de mordant. Les conversations languis¬
saient décemment et les yeux trop baissés craignaient môme
de trahir les cœurs.
La bonne duchesse n’était inattentive qu’en apparence à ce pe¬
tit manège. Elle le suivait au contraire de fort près. Et quand elle
pensa qu’il avait assez duré, elle se résolut à aider aux amours
de sa chère fille par un naïf stratagème.
Revenue tôt de sa chevauchée triomphale à travers les comtés
de Léon et de Tréguier, elle s’arrêta à l’hôtellerie du Folgoat,
pour y remercier une nouvelle fois sa très Puissante Protectrice,
avant de repartir, dans sa litière de brocart, vers sà'chère ville
de Nantes et les lieux où l’attendait son royal époux.
A l’heure de la vesprée, enfouie dans un grand fauteuil armo¬
rié que surmontait la couronne ducale, comme elle lisait l’Office
de la Vierge dans les Heures très précieuses enluminées par ses
imagiers illustres, et que Yolande près d’elle tournait en rêvant
son rouet d’ivoire, cependant que dans un angle obsur un mé¬
nestrel accordait son luth, Jean d’Occismor entra, mandé par un
page (/ et mit un genou à terre devant la reine, attendant son noble
plaisir : « Levez-vous, chevalier, lui dit Madame Anne eo fermant
son livre. Nous sommes satisfaite de votre service et il ne tient
pas à notre bonne volonté que nous ne vous attachions pour tou¬
jours à notre personne. Maisitious avons interrogé notre capi¬
taine des gardes bretonnes et sa compagnié est au complet.
Nous ne saurions cependant dous priver de vous. Vous nous
précéderez demain vers notre terre de France et remettrez à
notre noble époux le roi Louis le Douzième ce parchemin scellé
de notre sceau qui vous recommandera à sa gracieuse bonté-et
vous aidera à faire une carrière honorable parmi ses soldats
d’élite. Allez, seigneur chevalier, et que Dieu vous soit en aide I »
Et, réprimant un sourire, elle tendit le bout de ses doigts à Jean
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ANNE DE BRETAGNE AU FOLGOAT
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d’Occismor, les yeux Axés sur Yolande qui avait, hélas, complète¬
ment perdu contenance.
< Eh I Qu’avez-vous, ma chère hile ? dit Anne eu attirant à elle
sa jeune demoiselle. Que vous voilà p&le et défaite ! Rentrerait-il
par quelque vitrail mal clos un vent apportant la froidure. Et
vous, beau sire, que tardez-vous à exécuter mes ordres ? —
« Hélas, Madame, balbutia Jean, votre bonté m’accable et je ne
sais que vous répondre. Je n’ose.... C'est vous, Madame, vous
seule que je voulais servir, et en vous obéissant je partirai de¬
main le cœur brisé. »
« Vraiment, cher seigneur, répliqua la duchesse dissimulant*
de son mieux quelque émotion sous la raillerie, nous ne vous
aurions pas cru aussi attaché à notre personne, et nous sommes
toute reconnaissante d’un aussi grand dévouement. Mais revenez
à vous, Yolande, et dirigez vos esprits à concevoir comme nous
est ce seigneur attaché d’extraordinaire façon. Et donc, sire,
c’est nous seule que vous aimez d'aussi bel et platonique amour ? »
' « Oui, Madame, mais elle.... » prononça tout bas Jean d’Oc¬
cismor en s’agenouillant devant la reine dont il baisa la robe,
pendant que Yolande jugeait à propos de pâmer complètement
entre les bras de sa noble protectrice qui s’écria:
« Oh 1 que voilà bien une ingrate enfant ; vous l'aimiez demoi¬
selle et aviez pour votre reine un pareil secret ? Ceci mérite un
châtiment exemplaire, et, puisque tous deux vous ôtes orphelins,
nous voulons que demain môme vous soyez par notre chapelain
solennellement fiancés sous l’Image de Madame la Vierge du Fol-
goat. Ouvrez les yeux, ma chère fille, vous serez magnifiquement
dotée par votre suzeraine). Allez, sire Jean, remercier la très
Sainte Mère de Dieu, après avoir devant la reine de France baisé
le front de votre fiancée. »
Ainsi fut fait. Le lendemain Yvonne de Keryvoas et Jean d’Oc¬
cismor se promirent mutuellement fidélité devant l’autel de Ma¬
rie, en son insigne basilique du Folgoat, que Madame Anne enri¬
chit à cette occasion d’une chapelle complète brodée de ses mains
royales.
Et dans l’éblouissement du cortège de la reine de France, au
frou-frou joyeux des longues t r atnes de satin et de velours qui
bruissaient sur les dalles leur bruissement harmonieux, dans le
cliquetis des épées étincelantes et le choc argentin des armures,
les fiancés sortirent de l’église de Noire-Dame du Folgoat, la
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REVUE DE BRETAGNE
main dans la main, les yeux remplis de la joie des jours futurs,
pendant que les cloches lançaient à toute volée aux quatre coins
des horizons gris, vers Guicquelleau et Lesneven, et le Daoudour
et les camps de César, l’hymne do Salaün ar Foll, l’Innocent Ser¬
viteur de Madame la Vierge: Ave Maria, Ave Maria. Ave Maria
chantaient aux fiancés les cloches du Folgoat, les cloches dont la
voix de bronse sait allègrement monter vers le ciel.
Alexandre Massbron.
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DEVANT L’ATRE
LÀ FÉE AUX TROIS DENTS
C’était en hiver, la neige tombait à gros flocons, un bûcheron
et sa femme, enfermés dans une hutte, au milieu de la forêt de
Brocéliande, devisaient de leurs affaires au coin du feu, près
duquel était le berceau d’un nouveau-né.
Plusieurs coups secs, frappés à leur porte, les firent se lever,
tous les deux, pour aller voir qui pouvait bien, par un pareil
temps, parcourir les bois. Ils virent une pauvre malheureuse
femme, couverte de haillons, appuyée sur un b&ton, et qui
tremblait de tous ses membres.
Elle demanda un abri contre le froid, et un peu de pain pour
calmer sa faim.
La femme du bûcheron la fit asseoir devant l'être, alla à la
huche prendre une galette de blé noir qu’elle brisa dans une
écuelle pleine de lait, puis l’offrit à la voyageuse.
Une fois réconfortée, celle-ci s’approcha du berceau, regarda
l’enfant, et tout à coup, laissant tomber à ses pieds le manteau
déguenillé qui la couvrait, elle apparut, aux yeux des paysans
éblouis, resplendissante de beauté, avec des vêtements d’une
richesse merveilleuse.
* Je suis la reine des fées de la forêt de Brocéliande, leur
dit-elle en se redressant, et puisque vous m’avez accueillie avec
tant de bonté et de générosité, me croyant une pauvresse dans
le besoin, je veux laisser à votre enfant un souvenir qui lui sera
utile dans plusieurs circonstances de sa vie.
Voici une noix, qui renferme trois dents de lait de la fée
Viviane, ma mère. Quand votre fils touchera l’une d’elles, en
formulant un désir, son souhait sera aussitôt réalisé 1 .
(t) Voir la Revue de juillet 190*.
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REVUE DE BRETAGNE
Chacune de ces dents ne pourra servir qu’une fois ; mais néan¬
moins, il devra les conserver précieusement, car autrement les
fées, jalouses de mon cadeau, pourraient lui nuire d'une façon
terrible.
La cabane se remplit d’une clarté subite, et la fée disparut.
La femme du bûcheron eaflla (es trois dents à un cordon
solide, qu’elle passa au cou de son enfant.
Celui-ci grandit en force et en sagesse. Il étonnait tout le
monde par la vivacité de son esprit, son bon sens, et sa vigueur
prodigieuse.
Quand il eût atteint l’&ge de vingt ans, sa mère lui révéla
l’origine des trois dents, le pouvoir qui y était attaché, et le
danger qu'il y aurait à s’en séparer.
Ce jeune homme, qui s’appelait Merlin, résolut de courir le
monde, et de faire fortune avec le talisman qu’il possédait.
Il partit donc, et après avoir voyagé quelque temps, il arriva
un soir, exténué de fatigue, à la porte d’une ferme où il demanda
l’hospitalité.
Le fermier l’invita à entrer, lui ftt partager son frugal repas ;
mais Hinforma, qu’en raison de sa nombreuse- famille, il ne
pouvait le coucher que dans le foin du grenier.
Tout en causant, le voyageur aperçut, dans le lointain, un
château qui semblait en ruines.
— A qui appartient ce manoir, que l’on voit là-bas sur le
coteau ? demanda-t-il.
— C’est, répondit l'hôte, l’ancienne demeure des seigneurs du
pays. Depuis plus de cent ans, ce château est inhabité, et presque
toutes les nuits, on y entend des choses effrayantes : froissements
de papiers, bruits d’armures, aTgent remué à la pelle, portes
s’ouvrant et se refermant avec fracas, plaintes et jurons.
— Eh bien ! dit Merlin, voilà mon gîte tout trouvé pour cette
nuit.
— Gardez-vous-en bien, s’écria la fermière ; ceux qui, avant
vous, ont eu l’audace de s’y intrqduire, ont été trouvés morts le
lendemain matin.
— Peu m’importe, je ne crains rien, et je vais m’y rendre.
Malgré les supplications des bonnes gens, il prit congé d’eux,
et se dirigea vers le château abandonné.
Il y pénétra, choisit la meilleure chambre, s'assura qu’il avait
bien son collier au cou, se coucha et s’endormit promptement
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DEVANT L’ATRE
•7
par suite de la fatigue qu’il avait éprouvée dans la journée.
A minuit, il fut réveillé par le bruit des portes s’ouvrant et se
refermant. Bientôt il vit entrer dans sa chambre deux chevaliers
armés de pied en cap, l’un tenant un rouleau de papiers à la
main, l’autre une sacoche.
Ils prirent place à une table, et celui qui avait les papiers
invita l’autre à lui payer le reste de la rançon qu’il lui devait.
— Hélas 1 J’ai eu beau faire, répondit celui-ci, je ne puis
encore, cette fois, vous remettre la somme que vous exigez.
— Voyons, comptez ce que vous avez d'argent, pendant que
je vais revoir mes notes, et faire votre compte.
Le pauvre débiteur, tout en gémissant, délia son sac, et se
mit à aligner sur une table des piles d’écus.
Au bout de quelque temps, Merlin, qui avait tout entendu,
s’écria eh mettant un doigt sur l’une des dents pendues à son
cou : < Finissez et disparaissez pour ne plus jamais revenir. »
Les deux chevaliers, se voyant surpris, veulent s’élancer sur
l’importun ; mais une force invisible les paralyse, le plancher
s’ouvre sous leurs pieds, et ils disparaissent, pour toujours,
dans les entrailles de la terre.
Merlin se lève, s’avance vers la table, aperçoit les pièces d’or
et les papiers. Il parcourt ceux-ci d’un œil avide, et apprend
qu’il a eu affaire à deux spectres morts depuis un siècle-
De leur vivant, ces personnages étaient seigneurs de deux
ch&teaux voisins, et se livraient à la sorcellerie. Ils aimaient la
même jeune Allé,.et pour elle se déclaraient la guerre. Après des
luttes incessantes, le propriétaire du château de Ponthus fit pri¬
sonnier son voisin de Comper, l’enferma dans le souterrain de
son ch&teau, et lui dit qu’il ne lui rendrait la liberté que contre
une rançon, fixée à un chiffre tellement considérable qu’il deve>
nait impossible au prisonnier de recouvrer sa liberté.
Comme sorciers, ils jouissaient d’un privilège qui leur permet¬
tait de revenir, après leur mort, sur la terre, pour traiter leur
question de rançon.
Merlin remplit ses poches d’or, cacha le surplus dans l’une
des caves du ch&teau, et continua sa route.
Ayant appris par la lecture du manuscrit du seigneur de Pon¬
thus, que ce dernier avait jadis, au moyen d’un sortilège, privé
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REVUE DE BRETAGNE
d’eau toutes les terres du pays de Mauron, faisant partie du
domainede son ennemi, Merlin y alla et proposa aux habitants de
leur rendre leurs terres aussi fertiles qu'autrefois, et les sourcès
aussi abondantes que celles qui alimentaient les fontaines de
leurs aïeux. 11 demanda, pour cela, une somme d’argent - relati¬
vement peu importante. »
L’offre fut acceptée avec empressement.
Il se rendit près d'un arbre, désigné dans le manuscrit, et qui»
& lui seul, absorbait par ses racines, les eaux de la pluie et des
neiges.
Il toucha la seconde dent de la fée, exprimant le vœu de voir
disparaître cet arbre.
Aussitôt le tonnerre gronda, des craquements terribles se
firent entendre, la foudre tomba sur l’arbre qui s’abîma sur le
sol. L’eau jaillit en abondance du trou qû’occupaient les racines,
et ne tarda pas à. remplir les étangs desséchés du ch&teau de
Gomper, ainsi que les ruisseaux leur servant de déversoir.
Les habitants ravis supplièrent le voyageur de rester parmi
eux ; mais il n’y consentit pas et continua sa route.
i
* ¥
Merlin alla dans le pays de Vannes, où il apprit que le roi était
en guerre, depuis de longues années, avec les Francs qui avaient
envahi une grande partie de son royaume.
Ne sachant plus que faire, l’infortuné roi avait promis d’accor¬
der la main de la princesse sa fille au guerrier capable de chasser
l’armée ennemie.
Merlin sollicita une entrevue du roi. L’ayant obtenue il promit
au souverain de lui donner, dans quelques jours, le moyen de
se débarrasser de ses adversaires.
Il toucha la troisième dent, en demandant à devenir invisible,
et à être transporté dans la tente du général Franc.
Là, il put examiner, sans être vu, les plans de batailles, enten¬
dre les projets des principaux chefs et se renseigner sur tout ce
qu’il voulait savoir. Il retourna ensuite près du roi, le priant de
lui confier le commandement dé ses troupes.
Huit jours plus tard,- Merlin rentrait à Vannes victorieux, et
déposait aux pieds du roi les richesses prises à l’ennemi.
Le monarque breton s’empressa de reconnaître l’immense ser-
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DEVANT L’ATRE
99
vice qui venait de lui être rendu, et fier d’avoir pour gendre un
, aussi brave càpitaine, il décida que le mariage de Merlin, avec la
princesse sa fille, aurait lieu sans retard.
Le futur déposa, dans la corbeille de sa fiancée, un bijou enri¬
chi de diamants et enchâssant les trois dents qui avaient été la
source de ses succès et de sa fortune.
Le mariage eut lieu, et le bonheur des jeunes époux aurait été
parfait, sans un vol, dont les conséquences leur furent funestes.
Une nuit, des brigands s'emparèrent des bijoux de la jeune
mariée, en pénétrant dans le palais du roi.
Presque immédiatement, ce palais fut détruit par un incendie,
plus tard la grêle ravagea les récoltes, et enfin une épidémie fit
mourir un nombre considérable d’habitants.
Merlin se rappela ce que la fée avait prédit, s’il ne conservait
pas les trois dents, et il songea au moyen de rentrer en leur
possession.
Après avoir mûrement réfléchi, il revêtit des habits de moine
quêteur, et s’en alla chargé d’une escarcelle bondée de victuailles
et d’argent, chercher à se faire arrêter par des voleur's.
Il y réussit, et la première chose, qui frappa ses yeux dans la
caverne où il avait été conduit, fut le bijou tant regretté qui
pendait au cou de la fille du chef des brigands.
Comment faire pour le ravoir ? Il s’ingénia à rendre tous les
services possibles à la jeune fille, qui peu habituée à de pareilles
attentions, y fut sensible.
Le prisonnier, jeune, joli garçon, distingué, exprima devant
cette enfant, des sentiments de délicatesse qu’elle n'avait jamais
entendus de la bouche des misérables au milieu desquels elle vi¬
vait. Elle éprouva une véritable affeetion pour Merlin et lui offrit
sa liberté. Il refusa, prétextant qu’il aurait trop de peine à se
séparer d’elle.
A partir de ce moment, les portes de la caverne restèrent ou¬
vertes au prisonnier.
Un jour,que les deux jeunes gens étaient seuls et que le bijou
aux trois dents se trouvait sur une table, Merlin s’en empara et
s’enfuit, sans écouter les prières, lés supplications, les cris et
même les injures de la fille du brigand;
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100
REVUE DE BRETAGNE
Il rapporta à la princesse sa femme le précieux talisman qui
ne tarda pas à faire renaître la joie et l’opulence à la cour du roi
de Vannes*
LES MÉTAMORPHOSES (1)1
Le bûcheron Rabu, sa femme et leurs deux enfants, un garçon
y et une fille, habitaient une chaumière sur la lisière d'une forêt.
Un jour que l’homme était absent, la mère dit à ses enfants :
— Allez dans la forêt ramasser du bois mprt, et celui de vous,
qui m’apportera le plus gros fagot, aura une poire.
La fille travailla avec ardeur et ne tarda pas à avoir un faix -
énorme. Son frère, qui n’avait fait que courir et jouer, s’aperçut
que sàsœur était prête è s'en aller. Il s’empara d'elle, l’attacha
malgré ses cris à un arbre, prit le fagot et le porta à sa mère.
Celle-ci lui demanda ce qu’était devenue^sa sœur.
— Elle est restée à cueillir des fleurs dans la forêt, répondit-il.
Plusieurs heures s’écoulèrent, et la mère inquiète envoya le
pçtit garçon à la recherche de sa sœur.
L’espiègle qui, au fond n’était pas méchant, détacha l’enfant et
la ramena au logis.
La fillette, sous le coup de la colère, raconta à sa mère ce que
son frère lui avait fait. La femme furieuse — et qui, d’ailleurs,
n’aimait pas son fils — dit à sa fille d’aller se promener et,
pendant son absence, saisit le petit garçon, l'égorgea, le coupa
par morceaux, et le mit dans une marmite d’eau bouillante.
Quand la petite fille rentra, sa mère lui ordonna de souffler le
feu. L’enfant s’approcha de la cheminée, et entendit une voix qui
semblait sortir de la marmite et qui lui disait :
« Nè souffle pas si* fort
Car tu me brûlerais. »
Etonnée, l’enfant dit à sa mère : — n'entends-tu pas causer
dans la marmite ?
(1) Ce récit, que nous tenons d’un vieillard de Saint-Laurent près Rennes, nous
avait paru tellement étrange, et si peu semblable à ceux de notre pays, que noue
l’avions conservé jusqu’à, ce jour n’osaut le publier. Ce n’est qu’après avoir lu
les contés Irlandais , traduits par M. Dotin, professeur à la faculté des lettres de
Hennés, que nous nous sommes décidé & le faire parce que ce récit a beaucoup *
d’analogie avec les contes de l’tle Britannique.
j
;
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DEVANT LÀTRE
101
— Tu es folle, c’est un oiseau qui chante sur le husset (l’huis)
de la porte.
La petite fille, armée d’une gaule, alla chasser l’oiseau et
revint souffler le feu. Elle entendit encore :
« Ne souffle pas si fort
Car tu me brûlerais. »
De plus en plus surprise, elle en fit de nouveau la remarque à
sa mère qui lui répondit comme la première fois : — c’est l’oiseau
revenu sur le husset de la porte.
L'enfant retourna chasser le chanteur, et revint près du feu où
elle entendit toujours les mêmes paroles.
Cette fois, vraiment effrayée, elle devint toute pile.
• Sa mère, pour éviter de nouvelles questions, s’empressa de
dire : « La soqpe est cuite, je vais la tremper, et tu la porteras à
ton père. »
La fillette, son panier au bras, s’en alla porter à manger à son
père.
Chemin faisant elle rencontra une belle dame, vôtue de blanc,
qui l’arrôta pour lui faire la recommandation suivante : < Tu
diras à ton père de mettre, au pied de l'arbre où il a l'habitude
de se reposer, les os qu’il trouvera dans sa soupe. »
L'enfant fit la commission, et le bonhomme mit les os au pied
d’un chêne.
Ces os se transformèrent aussitôt en un bel oiseau qui s'en
alla sur la maison du bûcheron. Quand celui-ci rentra chez lui,
l'oiseau se mit à chanter d’une façon si charmante qu’on eut dit
le chant du mauvis au printemps.
Le bonhomme s’arrêta pour l'écouter, et s’écria ravi : « Comme
tu chantes bien. Aussi pour te récompenser, je vais te donner
mon sabre. »
* ✓
L’oiseau prit le sabre dans son bec, et le porta sur la maison
d’un voisin où il recommença son chant.
Le propriétaire de cette demeure sortit pour l’écouter, et émer¬
veillé lui offrit un fusil.
L’oiseau prit le fusil et le porta, avec le sabre, sur le toit d’un
château où il fit encore entendre son délicieux ramage.
Le maître de cette superbe habitation, un riche seigneur, vint
l’écouter, et fut tellement surpris des chants mélodieux de cet
étrange oiseau qu’il lui jeta une bourse pleine d’or.
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*0i REVUE DE BRETAGNE
Le chanteur qui, comme on l’a deviné, n’était autre que l’enfant
mis dans la marmite, porta tous ses présents sur la maison de
ses parents d'où il sécria :
« Sortez, mon père, sortez t »
Le bûcheron sortit, et l’oiseau lui coupa la tôte d’un coup de
sabre.
L’oiseau reprit:
« Sortez, ma mère, sortez I »
La femme, qui ignorait la mort de son mari, sortit et l’oiseau
la tua d’un coup de fusil.
L’oiseau continua :
« Sortez, ma sœur, sortez I »
— Non, dit l’enfant, tu me tuerais moi aussi.
— Je te promets de ne pas le faire, et même, de t’offrir an
cadeau.
La petite fille sortit, et il lui donna sa bourse pleine d’or et dis¬
parut dans l’&2ur du ciel.
(Conté par Pierre Lanobl, jardinier à Saint-Laurent, prés Rennes, âgé de 66 ans .
LE RAT ET LA SOURIS
Dans les temps un magicien ayant déplu & une fée plus puis¬
sante que lui, celle-ci le changea en rat.
Il eut d’abord beaucoup de chagrin, puis il chercha une conso¬
lation dans le mariage. C’était bien certainement ce qu’il avaitde
mieux à faire, — n'est-ce pas votre avis î à vous les filles qui
m’écoutez.
— Si, si, si ; mais continue.
Justement il rencontra une gentille petite souris, à laquelle il
fit sa cour, et qui consentit à être sa femme. Après les fiançailles
eut lieu la noce qui fut superbe, et qui dura plusieurs jours. Ils
invitèrent tous les animaux, leurs voisins, à un repas magaifique,
dont voici k peu près le menu :
Potage aux pètes, dérobées chez l’épicier.
Haricot de sauterelles.
Loches au gratin,
Hannetons aux navets,
Papillons rôtis,
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DEVANT L ATRE
103
Dessert :
Un écureuil avait apporté des noisettes.
Un geai des châtaignes,
Une grive des raisins,
Et un crapaud des fraises.
Une linotte, un peu pompette, chanta la romance suivante
composée par son grand-père, qui était aveugle de naissance.
Cette romance, qui n'est à vrai dire qu'une chanson, a pour
titre : « Le Mariage de Valouette et du pinson.. »
L’alouette et le pinson,
Qui voulaient s'y marier (bis)
Et pour le jour de leur noce
N'avaient rien de quoi manger,
Ah î m’alouette,
Tourn* m’alouette,
Des oiseaux
Qui tout leur faut !
Et pour le jour de leur noce,
N'avaient rien de_ quoi manger (bis)
Par ici passe un lapin
Sous son bras tenait un pain ;
Ah ! m’alouette, etc.
Par ici passe un lapin,
Sous son bras tenait un pain (ftü)
Mais du pain nous avons trop,
C’est de la viand’ qu'il nous faut.
Ah 1 m’alouette, etc.
Mais du pain nous avons trop.
C’est de la viand* qu’il nous faut (bis)
Par ici passe un corbeau,
Dans son bec tient un gigot.
Ah 1 m'alouette, etc. ,
Par ici passe un corbeau,
Dans son bec tient un gigot (bis
Mais d’la viand’ nous avons trop,
Et c’est du vin qu’il nous faut.
Ah ! m’alouette, etc.
Mais d* la viand’ nous avons trop,
Et c’est du vin qu’il nous faut (bis)
Par ici passe un’ souris,
A son cou pend un baril.
Ah! m’alouette, etc.
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104
REVUE DE BRETAGNE
Par ici passe un' souris
A son cou pend un baril (dis)
Mais du vin nous avons trop.
C’est d'la musiqu’ qu’il nous faut.
Ah 1 m’alouette, etc.
Mais du vin nous avons trop,
C’est d’la musique qu’il nous faut (bit)
Par ici passe un gros rat.
Un violon dessous son bras.
Ah ! m’alouette, etc.
Par ici passe un gros rat,
Un violon dessous son bras (£>w)
« Serviteur, la compagnie.
N'y a-t-il pas d’chat ici ? »
Ah 1 m’alouette, etc.
« Serviteur, la compagnie,
N’y a-t-il pas d’chat ici ? > (bii)
— Entrez donc, maître à danser,
Notre chat est au grenier.
Ah ! m’alouette, etc.
— Entrez donc, maître à danser,
Notre chat est au grenier (bit)
Le chat descend du grenier,
Aval’ le maître à danser.
* Ah ! m’alouette,
Tourn' m’alouette,
Des oiseaux
Qui tout leur faut !
Le rat s'en allait, chaque matin, travailler dans un bois, pen¬
dant que sa femme s’occupait du ménage.
Un jour que la souris préparait des noces, qui sont, comme vous
savez, de la bouillie d’avoine, elle grimpa dans la cheminée pour
prendre du sel dans la saunière, mais elle glissa, la malheureuse,
et tomba dans la bassinée de noces.
Elle poussa des cris perçants, qui ne furent entendus d'aucun
de ses voisins, de sorte qu’elle ne tarda pas à être cuite dans son
jus.
Quand le soir son mari rentra, il fut tout surpris de ne pas
trouver sa compagne, et l’appela de toutes ses forces.
Il eut bien un instant de jalousie ; mais il la savait si honnête
qu’il ne s’arrêta pas longtemps à une pareille idée.
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DEVANT L ATRE
!#&
Les voisins accoururent, aidèrent l’infortuné rat à chercher ça
cmoitié et, finalement, la trouvèrent plongée dans la bouillie.
Le chagrin de tout le monde fut grand, car la petite souris était
bien aimée.
Le pauvre veuf sanglotait à faire pitié. Malgré sa métamor¬
phose, il avait conservé plusieurs de ses pouvoirs de magicien;
aussi bientôt son désespoir devint terrible, et l’on vit des choses
surnaturelles :
Les tables sautaient,
Les bancs se cassaient.
Le husset de la porte geignait,
Les portes se dègontaient.
Les oiseaux se plumaient eux-mômes,
Les bonnes femmes brisaient leurs àuies,
Les boulangers jetaient dehors leur pâte à poignée.
Et si vous ne me croyez pas, allez demander à Marie Deniard,
de Saint-Malo-de-Phily, qui a bientôt 110 ans, et qui a entendu
• ce conte lorsqu’elle était sur les genoux de sa nourrice.
LE MONDE DES TÉNÈBRES
Les avènements (i)
'M. Camille Flammarion nous a appris qu’une société scienti¬
fique s’était formée en Angleterre pour étudier et dégager, si
c’est possible, du surnaturalisme, les phénomènes d’apparitions
à distance de la mort.
L’illustre savant a, lui-même, publié un ouvrage sur des appa-
■ ritions recueillies en France, et c’est en lisant ce livre que nous
' nous sommes rappelé les récits étranges qui nous ont été contés
par des personnes dignes de foi.
Or, voici ce qu’on a vu et entendu :
L’abbé Gourdier fut pendant longtemps curé du Pertre dans
' l'arrondissement de Vitré.
C’était un homme bon et aimable qui avait pour ami intime
M. de L*** maire de cette commune.
Ea 1873, le brave curé se vit obligé, à cause de son grand âge,
(I) On appelle Avènements, en Ille-et-Vilaine, les apparition* et le* brait* qui
-se produisent aa moment de la mort d'un parent ou d'une personne aimée.
Août 190S t
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106
REVUE DE BRETAGNE
de renoncer au ministère, et il quitta le pays au grand désespoir
de son ami.
Quelques mois après son départ, de nombreux vols de récoltes
et de volailles furent commis dans les fermes situées au Bas-
Pertre, près le bois des Bigauderies.
La gendarmerie exerça des surveillances, fit des perquisitions
et des enquêtes qui n’aboutirent à aucun résultat.
Comme les fermiers du maire furent les principales victimes
de ces déprédations, ils prièrent celui-ci, qui demeurait à un
kilomètre du bois, de s^fforcer de les débarrasser des marau¬
deurs.
Un soir, M. de L***, armé d’un fusil, s’embusqua dans le bois
qui est traversé par une route. Vers onze heures, le ciel se cou¬
vrit de nuages, et il se trouva dans l'obscurité la plus complète.
Il s'apprêtait à rentrer chez lui, lorsqu’il entendit quelqu’un sur
la route se dirigeant vers l’endroit où il se trouvait.
Chose étrange, le pas de cette personne qui semblait être celui
d’un homme semblait laisser traîner une robe dans la poussière
du chemin.
« Voici mon voleur, se dit M. de L***, pour ne pas être reconnu'
il a revêtu des vêtements de femme. Je vais le laisser passer et
le suivre pour le prendre en flagrant délit. »
Il quitta doucement le bois dans lequel il était caché, et fran¬
chit le talus qui le séparait de la route. Il entendit toujours le
même bruit, mais ne vit personne. Il hâta le pas, puis se mit
à courir, mais ses mouvements furent imités de l’individu qui
semblait le précéder.
Arrivé au portail de l’avenue qui conduisait à sa demeure,
après une course de dix minutes au moins, il aperçut la silhouette
d’un prêtre qui disparut sans faire le moindre bruit.
Le maire raconta, le soir même, à ses domestiques, et le len¬
demain à plusieurs habitants de la commune, ce qui lui était
arrivé.
Celte course nocturne avait eu lieu dans la nuit du mercredi
au jeudi. Or, le dimanche suivant, au prône de la grand messe
le maire ne fut pas peu surpris et attristé, d'apprendre la mort
de l'abbé Gourdier. Son étonnement fut plus grand encore,
lorsqu’en allant aux renseignements, il sut que son ami était
décédé au moment même où il était en embuscade dans le bois^
Le maire du Pertre qui, autrefois, nous raconta ce qui précède^
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DEVANT L’ATRE
«07
croyait sincèrement qu’il avait assisté à l'avènement de son ami.
Les pas de l'homme, qu’il avait entendus, étaient ceux du prêtre,
et c’était la soutane traînant dans la poussière qui lui avait fait
supposer tout d'abord que. qu’il poursuivait, était dé¬
guisé en femme.
Il y a de cela vingt ans, environ, un jeune homme appartenant
à une vieille famille bourgeoise de Rennes, était orphelin de père
et de mère et sans proches parents.
C’était un violoncelliste de taleot que nous avons entendu, avec
infiniment de plaisir, dans divers conserts.
Il n’avait que deux amis, mais deux amis dévoués, qui l’ai¬
maient sincèrement et ne le quittaient guère.
Le pauvre garçon était chétif et souvent malade. Son état de
santé s’étant aggravé, il prit une chambre à l'Hôtel-Di^eu pour
être soigné par des religieuses et avoir, chaque matin, la visite
d’un médecin.
Un malin d’hiver vers cinq heures, l’un de ses amis, pharma¬
cien à Rennes, entendit plusieurs coups frappés à sa porte. Il se
leva promptement de son lit, supposant qu’il avait affaire à un
client pressé ; mais il ne vit personne dans la rue.
J’ai sans doute rêvé, se dit-il, et il se recoucha.
Soudain, des coups répétés à la porte se firent de nouveau en¬
tendre et le pharmacien s’empressa d'aller voir quel était ce sin¬
gulier personnage qui, après avoir frappé, disparaissait aus¬
sitôt.
Il ne trouva, dans la rue, que de pauvres femmes en train de
balayer les pavés.
— Quelqu’un vient de frapper à ma porte, l’avez-vous vu? leur
demanda-t-il.
— Non, nous n’avons aperçu personne et cependant noue
sommes ici depuis un quart d'heure.
Cela est bien étrange pensa le pharmacien qui ouvrit ses volets.
Un instant après, il vit entrer chez lui l'autre ami du malade.
— Qui t’amène chez moi d’aussi bonne heure? lui dit-il.
— Une chose surprenante! Figure-toi que tout à l’heure je
dormais profondément lorsqu’on a frappé à ma porte. Je suis
aHé ouvrir, personne ! A peine étais-je recouché qu’on a encore
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108
REVUE DE BRETAGNE
frappé. Je me suis levé, et cette fois encore je n’ai rencontré âme
■qui vive.
— Eh bien I mon ami, pareille ,chose m’est arrivée. Que cela
peut-il signifier?
— Rien de bon assurément, viens avec moi à l'Hôtel-Dieu,
notre ami était beaucoup plus souffrant hier, et j’ai hâte d’avoir
■de ses nouvelles.
Quand ils arrivèrent dans la cour de l’hôpital, ils virent la fe¬
nêtre de la chambre du malade, ouverte malgré le froid, et un
gardien qui les avait aperçus leur fit signe de monter.
— Votre ami, leur dit-il, est mort à cinq heures.
— Juste à l’heure, répondirent-ils, où nous avons entendu
frapper à nos portes.
Adolphe Ohain
/
Le Gérant : F. Chevalier.
Vannes. — lmp. LAFOLYB Frères, 2, place des Lices.
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REVUES BRETONNES
L’Hermine : 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 fr-
Le numéro 1 fr. 25. Les abonnements partent du 20 octobre.
Directeur : Louis Tiercelin, à Paramé (Ille-et-Vilaine).
Les Annales de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an 10 fr.
Union postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Bennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14 e an* Mensuel, t an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux. 29, rue Belle-Fon¬
taine, Lorient.
Bulletin de la commission diocésaine d’architecture et d’archéo¬
logie du diocèse de Quimper et de Léon : 6* ann. Tous les deux
mois. 1 an 5 fr. Quimper.
La Revue Morbihannaise : 11 e ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. Büléon, V 1 * de la Grancière, E. Sageret. Chez Lafolye, Vannes.
La Paroisse Bretonne de Paris : 9* ann. Mensuel, 1 an, 2fr. 25.
Directeur : M. l'abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris (VI* ar l ).
La Jeune Bretagne: 5* ann. mensuel. 1 an. 2 fr. pour la Bre¬
tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d’études et d’ac¬
tion sociales. Rennes, 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz: 8* année. Tous les mois. 1 an 3 fr. Les abonne¬
ments partent du 1 er janvier. S’adresser à M. Cardinal, recteur de
Saint-Vougay, par Plouzévédé (Finistère),et pour les abonnements
à M. Caron, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretoned Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4* année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du Cherche-Midi, Paris.
Revue du Pays d’Aleth : 4 e année, mensuel, t an, 3 tr. Direc
teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pats d’Arvor : 2® année, 1 an, 5 fr. Directeur : Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux,25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Revue du Traditionnisme. — Bev. intern. du folk-lore — mens
1 an, 10 fr. N°, 1 fr. -- Directeur : M. de Beaurepaire-Froment
Paris, 60, quai des Orfèvres.
Revue du Bas-Poitou, 20* année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr
N° 2 fr. 50. — D* M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L’Anjou historique. —- 7* ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. D '
M. l’abbé Uzureau, aumônier, à Angers. Edit r : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires, 22* ann. mens. 1 an, 15 ti.
N° 1 fr. 50. Direct . M. Paul Sébillot, 80, boulev. St-Marcel, Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
La Vendée historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11* année. — Edit, sur papier fort, 6 fr. 50 ; édit,
ord. 5 fr. — D r Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Revue de l’Anjou, 57* annee, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Gr&ssin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
V f * de Mazières-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Paris
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CHEMINS DE FER DE L’OUEST
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yAOANCJES
\ Au moment dës.Vacancys et derdépartef> 0 ur la Campagne eth£^ ;i
Ranyyle Mer, la^tfiaparoè jle rûuel^qjti \ dessert 4ou te la
tf yije et iraff grande partie de la Bçrçtagperâ l'hopneurjde rappelef T à
les Voyageurs que, pour leurUacilUer le choix <june villégia-^ *
^üre, elle met en vente, au prix de 0 fN^50 ? dapa tes. bibliothèques à#
'ses gares, dans ses bure&qx~de vi|(p el 1er principales
voyages'He Paris^qn GqiçTo illustras soq réseau,
Ce Gpide de pipé de.BOÛr pag^sj illustré de 126 gradés, contient
Ieç^reh 8 eignements 4es plus ntiles (PespriçMop dtisitetfvet lieux r
dîexcursion de la Normandie et de la Bretagne A P^écipaQiwnraires j
dqs \traiqfo — Tableau 4 ^ iaarées y^Cartks postales :'-W vkftes \ , J
cyèiiMûa du littoral de ty Maàoha 7 ^ P^ans des ^plnoipalés\rilles —
Liste d’Hotels, Restaurai Jfi, eto^f. y y* / ^
U est également adres$é'ifcauoe’a doipicile contre l’envoi de sa
-valeur, en timbres-poste, "au Service ^do-ia pabljpitéT"2n i 'Tue de
Rome, à Paris. ■„ --^
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CHEMIN DÉ PER D’OflLÉAN»
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Au^^Juirîet, la Compagnie d'Orléans aftéaiisé les améliorions
suivantes i , * * '/ 1
Les traing Rapides « Bains de tpér » circulant quatre lois par
semaine entre Paris et Quftuper et vice-Tjebsçi'unt lied iojjs les
jours pendant la période djüktVjuillq^a^lf qctoèfe mclus.
v Le premier parvde Paf^-CifraWGrsa^ â f 9 h. ll soV et arrlvè\\
Variées, i flLJu 4 ujatin. ***-!£* J ) ■ * (
(^Lp-second part de Vannes à 10 hf-|9 létr et arrive kj Paris-Q««df *
^Bifcedy a 7 h. 12 matin. ' v // ;C'"
Le train Express du matin de NanwL.sur'la-Bretjtgue est
comme, chaque été ; il pajt-de.Naufcës ^13» h. TS'ipaîliî^
5 h. 2f et arrive Vannes ^6%'yf, à Auray é 9 h. 2, ^/Lbwént à
9 h. 46; é Ûpncamèau 4. H 1». 17, i Quimper a 10 h. &JMft$lf4rl’Abbé
à II h. 40, i Douarneue? à midi'1, et à Landeaflÿiu fi b. âPk» oie. r*
La traip Omnibus venant jje Lorient arafvamt à, Vannef/AvXh. 47:
soir test rétardé d’environ,2 heures, ij/pafrt Ué Lorient à TTn. rasoir,
d'Atu**y à 8 h. 15 et arrite ^ Vannas à^n. 41 s{ ÿ4/ ^
Vannes. — Imprimerie t**ff>LYE frèr^^^piace des Lices
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4* Série. — 7' Année
SEPTEMBRE «908. Tome XL
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M to de l'ESTOURBEILLON, Directeur
C u R«Né Di LAI GUE.. HiddcUur tk cb*f
-MM, Le V" Charles bE CALAN, 9ecrétai/e régional pouT T Ile-et-Vilaine. — R*nk
BLANCHARDpour la Loire-Inférieure.— Le Chanoine PEYRON,pouT le Finistère.
_AVENEAU de la GRANCIÈRE. pour le Morbihan. — Alain RAISON du
CbBUZJOU. pour les Côtes-du-Nord. — Olivier de GOURCUFF, pour Paris,
¥
VANNES
LÀFOLYE FRERES
ÉDITEURS
», Place des Lices
À.
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MDCCCVm
PARIS
HONORE CHAMPION
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5, Quai Malaquais ,
NANTERRE
M, LE DAULT
. LlDRAtRIE M BTONN *
76, Rue "“Saint-Germain
^‘tdiesjer pout la Rédaction et Vetvvui des manuscrits ^ -M. te C u Rsnl de LAIGUE",
^ ae Bahwel, par Redon ; pour i.’ Administration, Mit. LAFOLYE, frères
pi txfj d^b Lices, Vannée.
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SOMMAIRE
I. — Attentais des Penthi^re contre le duc Jean V (f420-f4 22>
(suite). — J. Trévédy .109
II. — Combour et ses Seigneurs (suite). — Paul de la Bigre. 131
III. — Saint-Mar s-la-J aille et ses anciens seigneurs — J. Baudry . 141
IV. — Contes de gran<Ttpères .— À.-D. Rouazou .160
CONpITIONS D’ABONNEMENT
France, pn an..12 fr.
Etranger, —.15 —
On s'abonne spit chez M. le comte de Laigue, château de
Bahurel, par Région, soit chez M. Lafolye, imprimeur à Vannes.
Les abonnemfnts partent du l #r janvier ou du 1** juillet de
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pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont offerts aux auteurs.
Nota. — La Direction et la Rédaction de la Revue de Bretagne ne
sauraient être aucunement responsables des théories ou opinions
émises dans les articles qui y sont insérés, cette responsabilité,
incombant tout entière à leurs seuls auteurs.
Il sera rendu compte de tout ouvrage (fauteur Ireton ou inté¬
ressant la Bretagne, dont un exemplaire aura été adressé au Rédacteur
en chef de la Revue .
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
CONTRE LE DUC JEAN V
( 1420-1422 *)
II
L’ENLÈVEMENT DU DUC JEAN V (1420).
Marguerite de Clisson devint veuve de Jean de Blois, comte
de Penthièvre, en 1404. Bientôt, elle eut avec le duc Jean V de
sérieux débats, presque une guerre ; mais les barons inter¬
vinrent : la paix se fit, le 8 août 1410, et pendant près de dix années
elle ne fut pas troublée. Les quatre fils de la comtesse semblaient
accepter le sort qu’avait fait à leur père le traité de Guérande
et se contenter de leurs vastes domaines de Bretagne et de Li¬
moges.
Un seul, le second, Jean, sire de Laigle en Normandie, servait
en France dans la maison du dauphin (2); mais l’aîné Olivier,
comte de Penthièvre, et le troisième, Charles, sire d’Avaugour,
autrement comte de Goello, suivaient la cour de Bretagne.
Charles y avait même le titre de « maréchal et gouverneur de
la noblesse (3) ». Enfin, le quatrième, Guillaume, encore « éco-
(1) Voir la Revue de juin 1908.
(2) « Jean de Bretagne, seigneur de l’Aigle, écuyer banneret, retenu par Mtr (l e
dauphin) par lettres de Tours du 5 décembre 1418, comme homme d'armes avec
cent hommes de trait (archers) ; reçu le même jour. » Morice, Pr. II, p. 987.
(3) fit à ce titre, était « chargé de la garde du duc », avec une pension de 500
livres, environ 20.000 francs de notre monnaie (au compte de Laber écrivant en
1845.)
Septembre IMS , 9
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lto
REVUE DE BRETAGNE
lier à Angers » (i) était destiné à l’Église ; et le duc lui promettait
un des évêchés de Saint-Brieuc ou Vannes ( 2 ).
Olivier et Charles avaient inspiré une telle confiance au duc
qu’il disait à son conseil : « Si je venais à mourir, c’est au comte
de Penthièvre que je confierais le duché et mes enfants ^3) ».
Mais la comtesse de Penthièvre était moins sage que ses fils. '
Voir le comte de Penthièvre duc de Bretagne était chez elle une
idée fixe. En vieillissant, elle joignait à la violence qu’elle avait
héritée de son père la duplicité qu’elle allait enseigner à
ses fils.
a Cette hautaine et superbe «ère Marguerite, dit d'Argentré,
aiguillonnait ses fils, et leur était une amorce de feu et une con¬
tinuelle allumette ; elle leur reprochait de ne ressembler en rien
à leur père et aïeul morts en la querelle (4) ».
Ces « remontrances » obstinément répétées finirent par déter¬
miner Olivier et Charles à tenter ce que leur mère appelait « I e
recouvrement de leur héritage ».
Cette résolution prise, il fallait un moyen de la mener à fin et
une occasion favorable. Le moyen ?— La comtesse l’a trouvé. —
Est-ce la guerre ? — Non : elle serait désastreuse. — Une trahi¬
son ? — Oui : et elle a des chances de succès, et l'occasion est
trouvée. Le dauphin, régent de France, depuis Charles VII, est
brouillé avec son beau-frère Jean V. Il a dix-sept ans, il obéit à
des conseillers sans scrupule et ennemis du duc (5). C’est eux
que la comtesse va « pratiquer ». Car elle se gardera de s'en ou¬
vrir à son fils le sire deLaigle : tout lui sera caché : elle le connaît
trop bien « pour un homme droit et loyal (6) ». Ces intrigues ont
un plein succès : le dauphin donne son assentiment au projet de
(1) On a écrit que Guillaume «'demeurait en Anjou chez sa sœur la reine de
Sicile ». U y a erreur. Marie de Hlois, femme (1360) de Louis 1" roi de Sicile, est
morte en 1404. Elle était fille de Charles de Blois et sœur de Jean,, père de Guil¬
laume. Elle fut mère de Louis 11 d’Anjou, époux d’Yolande d’Aragon, père de Ma¬
rie, femme de Charles VII (U22).
(2) Morice, Pr. II, 995.
(31 Lobineau, Uist. p. 54t.
(4) D’Argentré,l?ïsf. Ed. de 1588 f* Je rajeunis l'orthographe de l’historien.
(5) C'était notamment LouTdt, dit le président de Provence, que Jean V crut
le principal instigateur de cet attentat, et Guillaume d’At&ugour, de la branche
cadette des anciens Penthièvre, cousin au 7* degré de Jeanne de Penthièvre
femme de Charles de Blois, et resté très attaché à ta maison.
(6) ...» Qui pour mourir (au péril de sa vie) n’aurait consenti à une l&oheté. »
Alain Bouchard. Chronique^ f° ï75 y°.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
111
la comtesse. Il prend tout sur lui : que le duc soit arrêté, il sera
le prisonnier du dauphin (1).
La comtesse et ses dis n’hésitent plus. Mais, leur résolution
prise, ils vont donner à la trahison un caractère particulière¬
ment odieux. On peut dire que c’est comme à plaisir : la con¬
fiance intime que le duc accorde à ses cousins rendait bien inu¬
tile l’étalage de leur hypocrite fidélité.
Olivier et Charles de Penthièvre demandent au duc la conven¬
tion nommée alors « alliance civile ». Le duc reçoit cette de¬
mande à Vannes et l’accorde avec un joyeux empressement.
Il appelle Olivier et Charles à Nantes, où il se rend pour rece¬
voir une ambassade du régent ; et il invite en môme temps la
comtesse de Penthièvre « qu’il recevra gracieusement et amou¬
reusement ».
Olivier reçoit cette réponse à Lamballe, et il part aussitôt pour
Nantes accompagné d’amis, entre autres un de ses principaux
vassaux de Penthièvre, Jean de Tournemine, sire de la Hunau-
daye ; la troupe est d’environ trente cavaliers.
Charles, sire d’Avaugour.est à Nantes ; mais la comtesse s’est
excusée; elle se tient à Châteauceaux (2) ; et elle supplie le duc d’y
venir, heureuse, dit-elle, de lui faire accueil « avant de mourir ».
« L’alliance civile «est conclue. Les Penthièvre promettent
de « servir, honorer, chérir le duc comme leur prince et
« seigneur contre tous ceux qui pourraient vivre et mourir » ;
et le duc promet « de leur démontrer en toutes leurs affaires
« qu’il est leur seigneur et ami. »
11 reçoit les Penthièvre à sa table ; bien plus Il dlnu avec eux
<* au logis » du comte ; — plus encore : il l< ur f lit parlager sun
lit « comme frères ». Enfin, avec son frère Rur.ard, il accepte
l’invitation delà comtesse <t de scs fils de lui rendre visite à
Châleauceaux.
Le comte de P: nlhièvre était parti de Lamballe la semaine
commençant le 5 février (U). Supposons son départ du premier
(1) Non* verrons plus loin l’approbation authentii/ue du dauphin.
(Z) Chàteauceaux, sur la rive gauclte de la Loire, en Anjou (Maine-et-Loire) en
faoede Outton. (rive droite). On écrit aujourd'hui c’Auin/doesaux. Au XV* siècle
Ghantoctaux.
Déposition d’Alain Taillart alors page d’Olivier et qui l'aceompagnait. —
« Le comte partit de Lamballe la semaine si’avant celle où le duc fut prie. » Mo¬
rice, Pr. II, 1001-1003.
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113
REVUE DE BRETAGNE
jour de la semaine, lundi. Ce voyage a pris au moins quatre
jours (1). C’est donc entre le vendredi 9 et le dimanche 11, que
se font toutes ces démonstrations d’amitié, sincères de la part
de Jean V, hypocrites de la part de ses cousins.
Le lundi 12 au matin, le comte vient prendre au lit Jean V et
son frère Richard. Ils partent joyeux avec quelques officiers, no¬
tamment Bertrand de Uinan, seigneur des Huguetières, maré¬
chal de Bretagne. Dans la suite d’Olivier étaient Alain de la
Landp, Alain Le Neveu, et trois écuyers du Goello, Philippot de
Triac, Etienne du Rufflay et Maurice Taillart avec son fils
Alain page (2).
La troupe couche au Loroux-Bottereau. Le lendemain (mardi
13) au passage de la Divatte, qui fait la limite de la Bretagne et
de l’Anjou, le duc est, comme par hasard, séparé de sa faible
escorte. Tout à coup Charles de Penthièvre sort d’un bois avec
une trentaine d'hommes armés ; Olivier met la main au collet
du duc en lui disant : « Vous êtes prisonnier du régent. Vous ne
m’échapperez que quand vous m’aurez rendu mon duché ! »
Au même instant, Charles se saisit de Richard, et le maréchal
de Bretagne est arrêté.
Les écuyers sans armes qui accompagnaient le duc essaient en
vain quelque défense, plusieurs sont blessés. Un écuyer d’Olivier,
allait même porter un coup d’épée au duc quand le comte l’em¬
pêcha de frapper « le prisonnier du régent ».
Olivier s’empresse de rendre compte de sa victoire au dau¬
phin ; et, par un acte en forme authentique délibéré « en son
grand conseil » h Carcassonne, le 16 mars, le dauphin déclare
que, « Jean V et son frère Richard sont ses prisonniers, et or¬
donne d’en faire bonne garde » (3).
Les instructions du dauphin allaient être exécutées et sans
doute dépassées.
Le soir même et pendant la nuit, Olivier emmenait le duc et
(1) Il n'y avait pas de grande ronte de Lamballe à Rennes. — La troupe dn
prendre par Moncontour d'où une voie romaine conduisait à Merdrignac. De
là une autre voie romaine passant par Mauron, Guer, Pléchatel (passage de la
Vilaine), Blain, arrivait à Nantes.
( 2 ) Triac, du Rufflay et Maurice Taillart ne sont mentionnés par aucun hia-
torien. Nous trouvons leurs noms dans des pièces authentiques, comme on
verra plus loin.
(3) Lire cette longue lettre dans Cosneau* Le Connétable de Richemont .
Appendice XII, p. 494-497.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
113
Richard au château de Pailuau en Poitou. Quelques jours après,
il le ramenait à Châteauceaux, où la comtesse triomphante ne lui
épargna pas les affronts. Puis le duc sera conduit dans neuf
châteaux de Poitou et d’Aunis... Mais nous n’avons pas à redire
l’histoire de cette cruelle et humiliante détention qui durera près
de cinq mois. Ce que vous voulons montrer c’est l’attitude de la
Bretagne en présence de la félonie des Penthièvre, et la modé¬
ration de Jèan V après sa délivrance.
Marguerite et ses fils avaient-ils espéré que, le duc devenu leur
prisonnier, la Bretagne sans chef se retournerait au moins en
partie vers eux ?■ La duchesse Jeanne de France et la Bretagne
vont les détromper.
Trois jours après l’enlèvement du duc, la nouvelle en est por¬
tée à la duchesse à Vannes.
Moins d’un an auparavant, Jeanne de France était une sœur de
charité auprès de saint Vincent Ferrier mourant (1). Aujourd’hui
elle va montrer le « cœur de lion » de Jeanne de Montfort. Elle
convoque aussitôt le (conseil. Le vicomte de Rohan est nommé
lieutenant-général pour tout le duché (2) ; il a sous lui pour ca¬
pitaines généraux : en Basse-Bretagne, son fils le comte de Por-
hoét (3), et son frère Charles, sire de Guémené (4) ; en Haute-Bre-
(1) Albert le Grand. — Saints de Bretagne : Vie de saint Vincent, p. 226. 11
mourut A Vannes, le b avril 1419 , et non, comme le dit l’agiographe 1420 , au
temps de l’enlèvement de Jean V (p. 227.)
(2) Alain VIII, mari de Béatrix de Glisson, soeur aînée de la comtesse de Pen-
thidvre.
(3) Alain fils de Béatrix, neveu de la comtesse et cousin germain de ses fils
comte de Porhoet comme héritier de sa mère, beau-frère de Jean V, mari de sa
sœur Marguerite.
(4) Charles de Rohan, frère consanguin d’Alain VIII, fils unique du second
mariage de Jean l" r de Rohan avec Jeanne de Navarre. Charles était cousin ger¬
main de la mère dé Jean V : c’est pourquoi celui-ci l’appelle son oncle. (Lo-
bineau. Pr . 947). — Voici la généalogie :
Philippe, comte d’Evreux, épouse Jeanne, Allé du roi Louis Le Hutin, reine de
Navarre.
Charles le Mauvais.
Jeanne de N. — femme du duc Jean IV.
Jean V.
Jeanne de N... femme de Jean I*'
vicomte de Rohan.
Charles de Rohan.
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114
REVUE DE BRETAGNE
tagne, Robert de Dinan, sire de Montafllant et Ch&teaubriant (1),
et Jeao sire de Rieux (2).
Des messagers galopent sur les routes annonçant de proche en
proche la fatale nouvelle et appelant aux Etats que la duchesse
ouvrira à Vannes, six jours après, le 23 février. Mais avant ce
jour la noblesse afflue dans la ville.
Nobles, prélats et députés des bonnes villes sont aux Etats en
grand nombre. En quelques mots la duchesse les supplie de
« l’aider à délivrer le duc son seigneur » ; et « cj disant tenait ses
deux fils, et pleurait moult tendrement (3). » Il a suffi de quelques
paroles et des larmes de la duchesse ; « tous jurent de s’em¬
ployer corps et biens à la dStivrance de leur "Seigneur ». Et ils
partent en hâte.
Les seigneurs « rassemblent leurs sujets qui bientôt furent
prêts... Car ils n’attendaient pas qu’on les mandât; mais d’eux-
mêm.es armaient. — Mesmement s’assemblèrent grand nombre
de jeunes hommes forts et robustes de par tout le pays, telle¬
ment qu’ils furent bien nombrez cinquante mille. (4). »
Entre les premiers chefs armés en guerre figure Jean de
Toumemine, sire de la Hunaudaye. Nous l’avons vu accompa¬
gnant comme ami le comte de Penthiôvre allant de Lambilleà
Nantes. La félonie du comte a transformé Uami de la veille en
adversaire résolu.-
Avant que le gros de l’armée soit assemblé, un premier corps
réuni en hâte envahit le Penthièvre. Avant la fin de février, les
(1) l ç fils de Charles de Dinan et *de Jeanne de Beaumanoir, qui fut la se¬
conde femme de Clisson. Légataire de Clissoû et chargé par le connétable de
porter son épée au roi. Frère du maréchal de Bretagne nommé pluahaut.
(2) Jean 111, fils de Jean II, qui fut maréchal de France f* 1417, et frère aîné de
Pierre maréchal de France après son père ; Marie, fille de Jean III sera mère de
la duchesse Françoise d’Amboiae.
(3) Le BaucL Uist. p. 454. — L’historien né avant 1440 avait vu et entendu de»
combattants de 1420, et il rapporte leur témoignage.
(4) Le Baud, p» 455 ne dit pas que les 50.000 hommes out formé une armée
unique. « Mais l'armée ayant opéré sur divers points vit successivement les
gens des paroisses se joindre à elle, et ainsi successivement il peut y avoir eu une
quarantaine de mille hommes à prendre part dans des conditions diverses à
cette campagne. » La Borderie. IIi$\ IV, p. 205,
Ces soldats volontaires, gens des paroisses, seront, en 1425, organisés en mi¬
lices paroissiales, par Arthur, comte de Bichemont ; plus tard ils seront les Bons *
Corps, et c’est sur ce modèle créé et expérimenté par lui que le connétable de Ri-
chemont créera plus tard en France les francs-archers, l’infanterie française.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
115
deux principales villes, Lamballe et Guingamp, sont assiégées.
Lamballe se rend d’abord, et Guingamp capitulera, le 5 mars.
Nous trquvons Guillaume de Goudelin parmi les défenseurs
de Guingamp ; c'est pourquoi nous devons insister sur cet épisode.
Guingamp avait pour défenseurs des gentilshommes du pays
dont les principaux, seuls nommés dans la capitulation, étaient
Jean du Châtellier, vicomte de Pommerit-le-Vicômte et sei¬
gneur de Gommenech, — EonouYves de Kersalliou, seigneur de
Pommerit-Jaudy, qualifié « garde de la ville, château et forte¬
resse », —* deux Guillaume de Perrien, oncle et neveu venant de
Plouagat, — enfin Guillaume de Goudelin (1).
Charles de Blois avait donné à Guingamp la première com¬
munauté établie en Bretagne ; la ville reconnaissante garda à son
seigneur une fidélité à toute épreuve. — En 1342, la garnison
tenait pour Monlfork (2), Charles de Blois fait assiéger la place :
les bourgeois s’assemblant en tumulte au marché somment le
capitaine de capituler; sur son refus, ils le mettent à mort et
ouvrent leurs portes. L’année suivante, le roi d’Angleterre prend
Guingamp f mais il n’y laisse pas de garnison, et la ville revient
au parti de Blois. En 1345, elle repousse l’attaque des Anglais.
En 1352, elle députe aux Etats que Jeanne de Penthièvre ouvre
à Dinan, quand il est question de négocier la mise en liberté de
son mari. Enfin c’est à Guingamp que Charles de Blois rassemble
l'armée qui va combattre à Auray (1364).
En 1420, les bourgeois de-Guingamp gardent pieusement ces
souvenirs de leurs pères ; et ils s’agenouillent devant la tombe
de Charles de Blois et de .Jeanne de Penthièvre dans l’église des
Cordeliers; mais ils n’entendent pas sacrifier leurs vies et leurs
biens pour les descendans félons du « Bienheureux Charles ».
Les seigneurs enfermés dans Guingamp, dès qu’ils ne peuvent
compter sur les bourgeois, n’ont qu’un parti à prendre : capitu-
(t) Je donne ces noms parce que nous les retrouverons dans la seconde partie
de ce récit.
Pommerit-le-Vicomte et Gommenech, communes du canton de Lanvollon, ar¬
rondissement de Saint-Brieuc : Il et 13 kilomètres de Guingamp. — Plouagat
canton et Goudelin, commune du canton de Plouagat arrondissement de Guin¬
gamp, îl kilomètres, -r Pommerit-Jaudy, canton de la Hochô-Dtrrien, arrondis¬
sement de Lannion, 23 kilomètres de Guingamp.
(2) Guingamp n’est pas nommé par Froissard parmi les places où Montfort
avait été reconnu dans sa chevauchée de 1341. La Borderie, Hist. III, p. 42Q*.
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116
REVUE DE BRETAGNE
1er aux meilleures conditions pour eux mômes et pour les bour¬
geois. Ainsi est-il fait le 5 mars.
11 est convenu que la ville sera rendue si « dans dix-sept jours
avant midi, les assiégeants ne sont pas battus et vaincus au-
devant de la place ». C’est-à-dire si un adversaire victorieux ne
les contraint pas à lever le siège. Voilà une condition qui s’ac¬
complira. D’où viendrait l’ennemi quand tout le « plat pays »
est soulevé contre les Penthiôvre ?
Dans la capitulation, il est écrit que « tous les défenseurs de
la place rentreront dans leurs maisons avec leurs biens », ex¬
cepté Guillaume de Goudelin (1). Pourquoi? Pour une raison
bien simple. Tous ont fait leur soumission : ils se sont déclarés
« sujets et obéissants au duc. » Guillaume de Goudelin discute,—
j’ose dire ergote — sur l’obéissance exigée de lui. 11 fait écrire :
« Sous cette obéissance, il n’est aucunement compris ni employé
« au plus large qu’il a coulumé précédemment de faire. » —
Ce qui signifiait, a dit un auteur admettant cette restriction, que,
u s’il reconnaissait l’autorité du duc, il n’en restait pas moins.
« fidèle à son chef immédiat le comte de Penthièvre(2). »
Avec^une telle restriction, que devient la reconnaissance de
l'autorité suprême du duc ? Guillaume entend stipuler ce qu’il
n'avait pas auparavant : le choix entre le duc et le comte de Pen-
thièvre : c’est-à-dire apparemment la faculté de suivre la ban¬
nière de Penthiôvre contre le duç lui-même l »
Le comte de Porhoët, qui commande l’armée ducale, ne peut
admettre de te les prétentions (3). Il-retient Goudelin prisonnier,
et c’est justice. Le duc et le parlement jugeront.
A la fin d’avril, tout le Penthiôvre est aux mains de la duchesse.
Elle prend aussitôt une résolution hardie: elle ordonne le siège
de Châteauceaux qui passe pour inexpugnable. Une double rai¬
son a déterminé la duchesse. Elle sait que la comtesse de Pen-
thièvre est enfermée dans Châteauceaux ; elle croit que le duc y
est prisonnier ; en quoi elle se trompe : le duc était en prison à
Bressuire ; c’est seulement à la nouvelle du siège que le comte
de Penthiôvre va la ramener h Clisson.
(1) Morice, Pr. II. 1003-1005.
2) Goudelin , p. 133.
(3) Lobineau. Hist. p. 546, dit à ce propos : « Ils ne prétendaient pas lui ac¬
corder (à Goudelin) plus grande liberté que celle qu’il avait auparavant ». —
C’est bien cela.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
117
Aux premiers jours de mai, Châteauceaux était investi.
Dans la prévision d’un long siège, le camp avait été fortifié.
Une nuit, le sire de Laigle essaie d’une vigoureuse attaque qui
est repoussée. La comtesse de Penthièvre reconnaît qu’elle ne
peut plus tenir ; elle se résigne à faire savoir à son fils Olivier
qu’il ramène le duc à Châteauceaux pour le rendre aux Bretons.
Il fallut obéir ; et, le 5 juillet, Jean V conduit par le sire de Laigle,
entrait à Châteauceaux salué des acclamations de toute l’armée (i).
Or, au moment de quitter Clisson, le duc demande à Olivier :
« En conscience, avez-vous eu la volonté de me tuer ? » et Olivier
de répondre : « Oui, je vous jure que oncques je n’eus plus
grand désir de tuer aucun homme! » (2) Et c’est quand cette
odieuse parole résonne encore à ses oreilles, que le duc offre
leur pardon aux Penthièvre !...
Mais à une condition. Le duc ouvrira les Etats à Vannes, le
10 septembre ; Olivier et Charles y viendront pour reconnaître
leur faute et demander merci au duc. Leur frère Jean, sire de
Laigle, et la comtesse leur mère feront une déclaration ana¬
logue, mais par procureur.
Tout est réglé. Jean de Penthièvre a rédigé la formule de cette
amende honorable : leur crime est attribué à « mauvais conseil,
et jeunesse ». Le duc, qui veut pardonner, accepte ces excuses.
Les Penthièvre donnent leur parole, et livrent en otage de leur
engagement leur jeune frère Guillaume.
Mais, àla réflexion, les trois frères se jugeant apparemment in¬
dignes d’un pardon promis à des conditions si douces, se croient
appelés à un guet-apens ; peut-être subissent-ils encore une
fois la pernicieuse influence de leur mère? Ils manquent à la
parole jurée ; et voilà leur frère Guillaume qui portera, pendant
vingt-huit ans, la peine de leur parjure; et eux-mêmes et leur
mère bientôt frappés de condamnations sévères mais trop mé¬
ritées (3).
(!) D’Argentré a écrit le mardi avant l'Assomption : c’est renvoyer au mois
d’août. Inadvertance ou faute typographique
(?) Cette parole est consignée dans l’arrêt de défaut du 7 octobre 1410. Actes
de Jean V. Arrêt n° 1450. tome vi, p. 45-47.
(3) Comment comprendre cette note du comte Daru. (Hist. de Bretagne II, p.265
note 3). « A peine le duc délivré, la comtesse de Penthièvre et ses enfants se hâ¬
tèrent de faire des soumissions pour éviter le châtiment dont ils étaient menacés.
On trouve plusieurs de ces actes dans les Archives^du château de Nantes ».
Oui, on trouve ces promesses — mais non suivies d’effet.
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118
REVUS DE BRETAGNE
Leur première peine fut la saisie féodale des héritages de Pen-
thièvre. Cette saisie qu'autorisait la simple désobéissance, à plus
•forte raison la rébellion, Jean V l'exerça aussitôt ; le 18 sep¬
tembre les Etats confirmèrent la « main-mise »du duc, qui s'em¬
pressa de distribuer ces riches dépouilles aux seigneurs qui
l'avaient le mieux servi (1). .
En môme temps que la duchesse Jeanne de France faisait la
guerre aux Penthièvre, elle avait ordonné contre eux des pour¬
suites criminelles.
Pour l'intelligence de ce qui va suivre une courte explication
nous paraît nécessaire.
La Bretagne avait une cour suprême de justice civile et crimi¬
nelle nommée parlement . La compagnie comprenait au moins
une vingtaine de « conseillers du duc », et était présidée par un
haut dignitaire dit le Président on juge universel de Bretagne .
A cette époque, le parlement était convoqué lors de la tenue des
Etats et siégeait après eux.
Mais il arrivait souvent que les Etats, barons, pairs ecclésias¬
tiques, seigneurs et députés des villes, se constituaient en cour
de justice. Les vieux actes emploient en cette occasion le titre de
parlement général.
Nous allons voir des informations faites et des citations don¬
nées <r aux barres et aux cours de Rennes et de Nantes », c'est-
à-dire aux sièges, aux sénéchaussées de ces villes. Ces deux
(I) l* r arrêt de défaut. Morice. IHst. 1. 42.’.
La reconnaissance du duc alla un peu vite. 11 parait avoir bientôt reconnu
qu’il avait trop donné, et les dons qui semblaient perpétuels furent déclarés
viagers. « L’expression pour lui et ses hoirs est restreinte aux hoirs mâles. »
Ces restrictions sont faites dans un acte (latin) daté du parlement général à
Vannes, 16 février 1425. jour de l’arrêt rendu contre les Penthièvre. ( Actes de
Jean V. N° 1610, t. vi. p. 142).
Daru (Hist . 11. p. 255 note 1) donne cette date. Morice, [Jlist. I. p. 4G3)
tionne lettre du duc du 19 novembre 1429 : date inexacte ; lire 29 novembre
Ce jour (Etats de Redon) le duc confirma l’acte du 16 février 142b. (ACtes de
Jean V. N° 1864, t. vi, p. 2oO).
Le duc pouvait sans scrupule garder de ces biens pour le domaine, comme in¬
demnité des grosses dépenses auxquelles la félonie des Penthièvre avait donné
lieu. Au compte de Lobineau (Hist. p. :»b0) elles dépassaient 326,000 livres, soit
13.447.500 IV. de no.« jours, au compte de Leber.
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ATTENTATS DBS PENTHIÊVRK
119
sièges ont une sorte de prééminence sur tous les sièges du
duché (1).
Reprenons notre récit.
Sur l’ordre de la duchesse, le procureur général Guillaume
Preczsrt commença une information aux cours de Rennes et do
Nantes ; il avait saisi des lettres démontrant la complicité de
Jean, sire de Laigle, dans la félonie de ses frères; et il donna
ajournements à la comtesse et à ses trois dis : avant le 18 sep¬
tembre il avait relevé contre eux cinq défauts.
Sur cet exposé il requit ce jour et les Etats ordonnèrent que la
comtesse et ses dis seraient ajournés « à comparaître, le 7 oc-
« tobre, dernier jour de la tenue des Etats ; commandement est
« fait à tous et chacun des sujets qui pourrait appréhender (les
« Penthièvre) de les rendre ès prisons pour qu’il leur so : t fait
« justice » (2).
Comme on devait s’y attendre, les Penthièvre ne comparurent
pas le 7 octobre ; défaut fut donné encore une fois contre eux, et
les Etats ordonnèrent qu’ils seraient ajournés» par bannie et son
de trompe ou autrement duement (3), à comparaître aux cours
et barres de Rennes et de Nintes pour répondre aux conclusions
du procureur général ». En outre il est ordonné qu’ajournement
leur soit donné « une fois pour toutes à comparaître au demeu¬
rant du parlement continué et mis en avant au mardi après la
conversion de Saint-Paul » (4).
/
y
(I) Mais le choix de oes deux villes a dû être déterminé par le.dernier domi-
cile des prévenus : pour Olivier, Lamballe au ressort de Rennes ; pour les autres,
Clisson, au rassort de Nantes.
(2-) Disons que ce « commandement de prendre les fugitifs non encore forban -
nis » ne parait pas avoir eu de sanction pénale. C f est ainsi que chez nous la
plainte ou dénonciation prescrite à tous par l’article 30 du code d’instruction
criminelle est dépourvue de sanction depuis l’abrogation des articles 103 st sui¬
vants du code pénal.
Il en était tout autrement, comme nous verrons, au cas de commandement de
prendre ou dénoncer les forbannis, dont nous allons parler.
(3) Ce mot autrement ferait-il songer an tambour ? Aujourd’hui le tambour
de ville est laissé aux petites villes, les grandes ont la trompette. Au XV* siècle,
il pouvait en être autrement. Le tambour, en arabe tambor , importé en Europe
par les Sarrazins, n’a été introduit dans l’armée française qu’au milieu du
XIV' siècle : il pouvait être un objet de luxe encore inconnu des petites villes
de Bretagne en 1421.
(4) La fête de la conversion de saint Paul tombe le 25 janvier. En 1421, le di¬
manche de Pâques étant le 23 mars, le dimancho qui suivit le 25 janvier fut le
27 ; le mardi fut le 2'J.
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120
REVUE DE BRETAGNE
C’est-à-dire qu’ajournement sera donné pour le 29janvier (1421)
non plus devant le parlement général (des Etats) qui statuent au¬
jourd'hui, 7 octobre, et ne seront pas réunis le 29 janvier, mais
devant la cour de parlement, devant les conseillers du duc sié¬
geant avec le président de Bretagne.
C’est, comme nous dirions aujourd'hui, une information faite
à Rennes et à Nantes, sur laquelle le parlement jugera les préve¬
nus entendus.
Nous dirons plus loin les suites de cette sentence.
Avant de se séparer, le 16 octobre, les nobles présents aux
Etats, c’est-à-dire la plupart des nobles de Bretagne, et les dé¬
putés des « bonnes villes >>, s’unirent au duc dans uue ligue
contre les Penthièvre (1). C’est la Bretagne toute entière disant
aux petits-fils de Charles de Blois que les Bretons invoquent
comme un saint (2) : « Vous êtes indignes ! Je ne veux plus
de vous ! »
Cette explosion d’indignation générale et spontanée, quoi que
l’on ait dit (3), est un second châtiment que d’autres suivront.
Le 29 janvier venu, les Penthièvre ne s’étaient présentés ni
à Rennes ni à Nantes ; ils ne comparurent pas devant le parle-
(1) On parle souvent de -la ligue de 145 seigneurs contre les Penthièvre. Il
faut s’entendre. Lobineau, Pr. 948 et Morice, Pr. II. 1060, ont publié une liste
de 145 seigneurs. Mais après la liste on lit : « et plusieurs et grand nombre
d’autres chevaliers, escayers et gens notables des bonnes villes. » En réalité, au
lieu de 145, il y a 163 noms de nobles. Actes de Jean V, n° 1468. tome vi, p. 57
Note de l’érudit éditeur.
(2) Le tombeau de Charles de Blois à Guingamp était le but d’un pèlerinage,
comme celuide saint Yves à Tréguier, et les Bretons chantaient en môme temps
les deux, comme les compagnies bretonnes qui, en 1377, se mirent au service du
pape Grégoire VII.
Bretons criaient : « Vive l’Eglise...
A vous merci, Charles et Yves...
Ce sont deux saints du paradis
Qu’aux dits bretons furent amis.
Guillaume de la Pérène. Gestes des Bretons en Italie. Morice. Pr. II. 172.
(3) Daru (II. p. 266, note 5.) « Les terres des Penthièvre furent distribuées aux
seigneurs avec prodigalité. C’est à, ce prix que Jean V forma une ligue », etc.
C'est méconnaître le caractère de cette ligue. La preuve c'est que, à la date do
16 octobre 1420, le duc n’avait gratifié que neut seigneurs, y compris son frère
Richard. — Lobineau. llist. p. 55*2 et Pr. 944-947, fin de .septembre.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
121
ment. Défaut fut donné contre eux et le parlement ordonna la
curieuse procédure dite du forban (1).
Les Penthièvre durent être par neuf fois sommés de compa¬
raître par « ajournements et bans » c’est-à-dire par citations et
publications faites « à la paroisse (sans doute au prône de la
messe) et aux marchés ». Les trois premières sommations se
feront de semaine en semaine ; les trois suivantes de quinzaine
en quinzaine ; les trois dernières de mois en mois ; chacune sera
rapportée et vérifiée, les unes à la cour de Rennes, les autres à
la cour de Nantes (2).
Les neuf sommations, à ne compter que les délais ci-dessus,
emploieraient cinq mois et une semaine ; mais il faut ajouter le
temps nécessaire pour l’envoi des actes aux cours et pour leur
vérification.
Doublons le délai légal — ce qui est excessif — le parlement
pourra prononcer le forban, c’est-à-dire condamner par contu¬
mace avant la fin de l’année 1421.
Mais non. La longanimité du duc n'est pas à bout. Il va re¬
tarder la sentence de plus de trois années, jusqu’au 16 février
1425 (n. st.). En sorte que c’est seulement quatre ans après
l’arrêt ordonnant l’ajournement que la sentence sera rendue.
Durant cette longue procédure, un autre châtiment a frappé
les Penthièvre : il leur est venu de leur complice, le dauphin.
L’entreprise encouragée par lui et qu’il fit sienne a manqué...
(1) Voir le chapitre (article) 109 de la T. A. Coutume : Comment homme et
femme sont misa forban. Sauvageau, tome n, 96-97.
Quatre arrêts ont été rendus contre les Penthièvre : 1° arrêt 18 septembre 1420,
dont nous venons de parler ; 2® le 7 octobre, arrêt donnant défaut et ordonnant
ajournement, instruction et audience du parlement pour le mardi après la con¬
version de saint Paul (29 janvier 1421); 3° ce jour, arrêt donnant défaut et or¬
donnant la procédure du forban ; 4* le 16 février 1425, arrêt prononçant le /or-
éan, la condamnation à mort, etc., définitif et sans recours.
Lobineau (Pr. 951-60), Morice. Pr. II, 1070-80) ont donné seulement ce dernier
arrêt qu’ils empruntent à d'Argentré. Celui-ci (Ed. de 1588, f°* 577-584) donnait
la date : le seizième de février MCCCXX1V (vieux style). (1425) Lobineau et Morice
ont corrigé la date de Tannée et écrit 142i. — Ils ne connaissaient pas la pro¬
cédure du forban que d*Argentré connaissait. Son imprimeur ne la connaissait
pas non plus : il imprime , neuf de faux , pour neuf défauts.
L'érudit éditeur des Actes de Jean V a publié l’arrêt du 7 octobre 1420(n° 1456),
et seulement mentionné l'arrêt de 1425 (n* 1611). Il nous faut donc lirecetarrêt
dans d'Argentré. La date 1421 est trop souvent rééditée, notamment par M. Cos-
neau dans son bel ouvrage, p. 59.
(2) L'arrêt de 1425 constate qu'il y a eu onze défauts donnés à Kennes et dix
à Nantes.
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122
REVUE DE BRETAGNE
Il voit la situation des Penthièvre perdue en Bretagne et le duché
tout entier soulevé contre eux. Il les abandonne ! Avant le
9 juillet et la prise de Châteauceaux, il ose envoyer des ambassa¬
deurs à sa sœur la duchesse, pour l’assurer de « son affection à
la délivrance du duc (i) ! »
Quand le duc sortant de prison est plus puissant que la veille
de son arrestation, le dauphin fera bien plus : pour attirer le duc
à lui, il va châtier les Penthièvre : il les fait condamner pour
crime de lèse-majesté ; il confisque leurs biens de France, et en
donne une grande part à Richard (2).
Enfin le duc et le dauphin signent le traité de Sablé (8 mai 1421);
dont la première condition est que « les adhérents de Penthièvre
seront aussitôt chassés de.la cour. »
Le dauphin a joué ses amis, ses complices de la veille ; il va
essayer de jouer le duc ; manquant à la parole jurée, il s’obstine
à garder auprès de lui « les adhérents de Penthièvre » sans son¬
ger qu’il pousse ainsi Jean V à l’abandonner de nouveau, bien
plus à signer le traité de Troyes (8 octobre 1421).
Le dauphin aura même à sa cour Jean de Penthièvre; mais
le duc ne s’occupe ni de Jean ni de son frère Charles. Le seul
qu’il ait essayé d’atteindre, mais sans succès, c’est Olivier réfu¬
gié à sa terre d’Avesnes en Haynault(3).
« Le duc, dit d’Argentré, mit force gens après lui pour le
prendre et le ramener on Bretagne, ou bien lui mettre un car¬
can de fer au col : c’était une pratique qui se faisait lors entre
ennemis. Ces carcans étaient enchantés, et brûlaient (comme
on disait) peu à peu le patient, et ne se pouvei nt nullement li¬
mer, autrement le feu y eût pris... » (4).
(1) Cette piteuse palinodie nous est révélée par une lettre des ambassadeurs
de la duchesse au roi d’Angleterre, datée du 9 juillet 1420, de Corbeil. (Ils ne
avaient pas encore la délivrance du duc). Morice, Pr. il, 1024. — Oû peut dater
l'ambassade de la fin de juin.
(2) M. Cosneau, Richemont , p. 56, note 6. La confiscation ne s'exécuta que
sur quelques seigneuries du Poitou.
(3) « 11 s’enfuit aussitôt en Limousin ; mais ne s’y trouvant pas en sûreté, il passa
(non sans peine) en Haynault. » Déposition d’Alain Taillart. Morice. Pr. 1001.
(4) D’Argentré, Hist., éd. de 1588, f° 586, r° A. Le grave historien ne croit pas
à la vertu de ces carcans enchantés, ni le duc non plus, puisqu’il essayait de
« faire prendre » Olivier èt quelques complices.
Cette expédition, mal conduite selon Lobineau [Ilist. p. 556) coûta cher. Jean V
avait commis trois chevaliers, des héraults et des bourgeois (4 janvier 1422, n. st) ;
il leur avait ouvert sur deux marchands des Bruges un crédit de 25,000 ÔCUS
/
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
'!23
Nous avons dit plus haut (1) que la sentence de forban aurait
pu être prononcée dès l’automne de 1421. Or les deux années 1422
et 1423 passent sans que le forban intervienne. Pourquoi ? Parce
que le duc voyant les Penthièvre hors de Bretagne s’en croit dé¬
barrassé et ne peut se résoudre à les voir condamner.
En décembre 1423, on apprend que le sire de Laigle à la tète de
quarante hommes armés est entré en Bretagne pour atteindre
le duc qui voyage dans l’évêché de Tréguier et pour le mettre à
mort; et qu'un heureux hasard, un brusque changement d'itiné¬
raire, a sauvé le duc (2).
On sait de plus que les conjurés ont traversé le duché, de Châ-
teaubriant au fond du Goello, et qu’ils sont revenus à la frontière
d’Anjou par le même chemin ; enfin qu’en route un abbé et plu¬
sieurs seigneurs les ont reçus et hébergés. Et personne ne les a
dénoncés!... Et le commandement de dénoncer les Penthièvre
porté par l’arrêt de 1421 !.. Ce commandement est lettre morte,
puisque, comme nous l’avons dit, il n’a pas de sanction pénale.
Or supposez le forban prononcé. Quel Breton reconnaissant
Jean de Penthièvre aurait osé, en ne le déno'nçant pas, encourir
la peine de mort? Ou plutôt Jean de Penthièvre n’aurait pas eu
la folle audace de mettre le pied en Bretagne.
On peut croire qu’après cette révélation plus d’un parlant
avec la rudesse du temps aura représenté au duc que sa bonté
obstinée devient faiblesse. S’il a si peu de souci de sa sécurité
personnelle, que du moins il assure la paix de son duché, en lais¬
sant la justice suivre son cours !
Quoi qu’il en soit, le 16 février 142&, au parlement général, c’est-
à-dire aux Etats ouverts à Vannes, arrêt fut rendu (3).
Les « de Blois et leur mère étaient punis capitalement » c’est-
à-dire condamnés à « avoir leurs têtes coupées, comme traîtres
envers leur seigntur », et étaient « forbannis, selon la coutume
du pays. Chacun d’eux était privé perpétuellement de tout hon¬
neur, des noms et armes de Bretagne ».
d’or, soit 31,250 livre* et 1.299.000 fr. actuel*. La dépense fut de 20,459 écus d’or,
ou 25,593 livres, soit 1.654.886 fr. actuels. Différence en moins 245,176 fr. Compte
du 12 juin 1423. Morice, Pr. Il, 1100 et 1138.
(1) Ci-dessus, p. 121.
(2) Nous conterons plus loin le voyage du sire de Laigle en Bretagne.
(3) On peut le voir in extenso dans d’Argentré, Hist., livre X e , chapitre XX,
(in fine), fîd. de 1588, p. 577-534.
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124
REVUE DE BRETAGNE
L’arrêt renouvelle la confiscation de tous les meubles et hé¬
ritages des Penthièvre.
Il déclare que « iesdits de Blois et leur mère ne sont plus re¬
cevables à jamais faire défense des accusations portées contre
eux ». La condamnation est donc définitive et sans recours pos¬
sible (1).
Enfin il est « fait commandement à tous les sujets qui pour¬
ront trouver ces malfaiteurs de les prendre et rendre en prison
pour être fait justice (2) », ou au moins de « les dénoncer » : c’est-
à-dire de révéler leur présence et leur retraite.
Et après la déclaration de forban ce commandement adressé à
tout sujet aura son effet car il a une sanction ; c’est la peine pro¬
noncée contre les forbannis, la mort et la confiscation (3).
Et, afin que nul n’en ignore, la publicité de l’arrêt sera as¬
surée par ban et cri ; et l’exécution sera publique : « les che-
vestres seront mises ès portes des villes de Rennes, Nantes,
et Vannes » (4).
Enfin voilà donc le crime des Penthièvre puni et eux-mêmes
chassés de Bretagne»après cinq ans passés. Il était temps !
(1) Par exception à la règle générale portée au chapitre 111, accordant au for-
banni quarante jours pour se représenter, ou, comme nous disons aujourd'hui,
purger sa contumace. Mais la règle admettait plusieurs exceptions, et les pen¬
thièvre étaient atteints par l une d'elles : c le fait était k commune renommée
notoire. » Chap. 111 et lpî.
(?) C'est-à-dire, en l'espèce, pour qu’ils soient mis à mort, puisque la condam¬
nation est sans recours possible.
(3) C’est le chapitre (art. 110) de la T. A. Coutume : « Bien se gard qui depuis
soutiendra le forbanoi, car qui le soutiendra, il devrait être puni comme le
forbanni, car les soutenant les malfaiteurs doivent être punis comme eux;
excepté cousins germains (et plus proches parents) qui ne sont pas tenus de dé¬
noncer leurs germains, car en honnissant leurs cousins, ils se honniraient
eux-mêmes, car ils sont de même chair et sang. »
Après cinq siècles et demi notre article 322 du Code d'instruction criminelle
est moins humain que l’article 110 de la T. A. Coutume. — Trévédy, Les Gens
Infâmes de la T. A. Coutume , p. 12-13.
(4) Chevestre ou chevetons , licous ou colliers pour pendre les effigies des con¬
tumaces condamriés ou simplement l’extrait de l'arrêt prononcé contre eux.
Lobineau, Pr. Glossaire , col. 1784.
Les réformateurs du domaine royal en 1539 n’avaient plus le sens de ce mot:
à Quimper, ils écrivaient : selle à charrette et selle à charretier . Hévin signale
cette erreur. Questions féodales , p. 91.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
125
Et les partisans des Penthièvre en Bretagne, ceux qui se
firent leurs complices, ou, comme disent les vieux actes, leurs
« fauteurs séquaces et adhérents », quel fut leur sort?
Le duc fut-il pour eux sans miséricorde?
Je lisais récemment : « Le duc ste vengea par de cruelles re-
« présailles, confiscations et exécutions capitales » ; et on citait,
comme exemple apparemment, la confiscation des biens de
Guillaume de Goudelin et son exécution (1).
Le lecteur se demande épouvanté: « Mais veut-on parler d'exé¬
cutions sans arrêt de justice?... Il semble permis de le croire.
Quels sont les noms des seigneurs mis à mort? S’il y en eut un
si grand nombre, l’histoire a dû enregistrer ces atrocités venge¬
resses. — C’est la première fois qu’il est parlé de ces exécutions
multiples. Jusqu’ici il ne fut question que de l'exécution de Guil¬
laume de Goudelin.
Mais « le bon duc Jean V était miséricordieux et débon¬
naire (2) » ; « il avait le cœur et l’amour de tout le peuple (3) ; »
un historien l’a dit surnommé le Sage (4).
Voilà des objections 1 Ces faits nouvellement révélés sont-ils
bien certains ? Une question qui se pose tout naturellement et à
laquelle il faut une réponse.
Le duc Jean V a rangé en trois catégories les complices des
Penthièvre: 1° eaux qui les assistaient lors de l’enlèvement ;
2*ceux qui prirent leur défense en défendant leurs forteresses;
3° ceux qui ne se rendirent pas à l’appel de la duchesse pour le
recouvrement du duc (5).
Il est clair que les complices de la première catégorie sont les
plus coupables.
Nous avons nommé six Bretons présents à la prise du duc :
Alain de la Lande, Jean Le Neveu, Philippot de Triac, Etienne du
Rufïlay, Maurice et Alain Taillart.
(!) Je dois avertir que ces phrases ne sont pas extraites du mémoire Goude -
lin etc., mais d'un article du Journal des Débats de novembre 1906. Et des
journaux bretons ont reproduit cet article !....
(?) LeBaud, Hist . p. 488-489.
(3) Bouchard, Grandes chroniques , f° 193 r°.
(4) D'Argentré. Ed. de 1588, f* 547 v°. f
(5) Actes de Jean F, N° 1864, t. vi, p. 260.
Septembre 1908. tû
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126
REVUE DE BRETAGNE
La Lande « décousait » les planches du pont de la Div&tte. —-
Triac a amené quinze des grands chevaux du comte (i). Nous
ne voyons pas le rôle assigné à Le Neveu et aux deux TRillart.
La Lande et Le Neveu sont sans doute, comme Triac et les
deux Taillart, restés aU service des Penthièvre. Nous sommes
sans nouvelles des deux premiers ; nous verrons les trois autres
dans l’expédition de Jean de Blois en 1422. Le duc, en 1420, n’a pu
frapper ces cinq que sur leurs biens par des confiscations dont
nous n’avons pas la preuve.
Au contraire, en ce qui concerne Etienne du Rufflay, nous
sommes renseignés par le duc lui-môme :
Jean V dit Rufflay de Buhen, en Goello (2) : il ajoute :
« Il était en personne à notre prise... il a tiré son épée pour
nous courir sus, à notre frère Richard et à nos gens ; ... depuis,
il a persévéré en sa mauvaise volonté... a demeuré et a fait ré¬
sistance à nous à Ghantoceaux assiégé. »
Mais, comme les autres, Rufflay n’est pas rentré en Bretagne,
et comme eux n’a pu être frappé que sur ses biens. Le duc con¬
fisque ses biens présents et futurs, c’est-à-dire les successions à
lui échoir ; et,dès avant mars 1421 (3), il en a disposé en faveur de
Jacob du Fou et ses hoirs. Mais Rufflay meurt laissant une fille
mineure que Jean V nomme Mariot (apparemment MarieJ; et, le
13 mai 1427, « pour pitié et miséricorde », il rend Mariot « habile
à recevoir les successions » que son père n’aurait purecevoir (4).
Mais les complices des Penthièvre restés en Bretagne, com¬
ment ont-ils été frappés par le duc : « Voici ce que nous en
pouvons dire : outre Guillaume de Goudelin, ,auquel je viendrai
tout à l’heure, je ne trouve que deux gentilshommes bretons
punis.
(1) Déposition d’Alain Taillart. Morice, Pr • II, 1001.
(2) Il veut dire seigneur de Buhen. Actes de Jean V, n® 1484, t. yi, p. 63.
(3) Même acte.
(4) Actes de Jean Y, n» 1738, p. 204. — Le duc à cause des dispositions qu'il
a faites met à cette réhabilitation quelques conditions qui semblent s’être ac¬
complies au profit de Mariot.
La famille de Rufflay était largement po3sessionnée en Plourhan (aujourd'hui
commune du canton d’Etables, arrondissement de Saint*Brienc). Ogée y
montre, au commencement du XV* siècle, Jean, Pierre, Jeanne, possesseurs de
trois seigneuries, et enfin il nomme h Buhen à Marie du Kufflay ». Cette Marie
est-elle Mariot nommée dans l'acte de Jean Y? Je lis ailleurs (Courcy, III, p. 96,
▼° Rufftay) : « La branche de Buhen fondue dans Rosmadec-Goarlot. » Et au
mot Rosmadee-Goarlot % p. 74, on lit « Ch&telain de Buhen, 1632 ».
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
127
Le premier est Jean GauJin, sire de M&rligné-Ferchaud ; il
était le « demourant (l'hôte; et le commensal # des Penthièvre
avant l’enlèvement du duc et il l’est encore après. Le 24 sep¬
tembre 1420, le duc déclare ses biens confisqués et en fait don à
Jean de la Chapelle, chevalier, chambellan, en ce moment
capitaine deJugon (1). — Mais, peu après, Jean Gaudin était rentré
en grâce. En 1427, chevalier, il ratifiait aux Etats le traité de
Troyes (2). En 1462, il était chargé de la défense des côtes de
Bretagne.
Le second, Maurice de Plusquellec, était fils d’Alain, chambel-
an du duc. — Comme Jean Gaudin, il fut commensal des Pen¬
thièvre; il les suivit en exil en Aunis et ailleurs. — Il parait
d’autant plus répréhensible qu’il avait été, en 1410 et 1420, de la
maison de Richard, et que son père était des seigneurs ligués
contre les Penthièvre. Le 30 octobre 1423, le duc saisit les biens
qu’il avait hérités de sa mère et en disposa. Mais le comte de
Richemont intervient; il obtient « la rémission » ; le duc retire
sa première décision, il veut bien attribuer cette intimité com¬
promettante à « légèreté et jeunesse » (27 mai 1426) (3).
Mais on va dire :
« Voilà des jeunes gens amis des Penthièvre continuant après
l’attentat de ceux-ci des relations qui peuvent déplaire au duc »
mais ne lui portent pas grand préjudice. C’est une imprudence,
une inconvenance, soit. Cette faute est punie de confiscation. En
regard, voilà des seigneurs tenus sous serment au devoir de
guerre. La duchesse les appelle au secours « pour le recouvre¬
ment du duc » ; eux* tournant le dos, s’enferment dans les
places des Penthièvre pour les défendre. C’est une rébellion 1 Le
duc fut sévère pour l’imprudence, de quelles peines ne frappera-
t-il pas les seigneurs et chevaliers rebelles ? »
Examinons. — Les historiens nomment seulement quatre
(1) Morice, Pr. II* 10il.
(2) Morice. Pr. II, 1200. Couflon de Kerdellsch. I. p. 379 et, II. p. 400. — Ajoutons
que cette disgrâce passagère ne nuisit pas à son fils Péan ou Payen Gaudin,
comme lui seigneur de Martigné. Chambellan (1414), il devint, en 1400, grand
maître de TaHillerie de Bretagne, et il avait le titre de capitaine de Jugon :
en 1(70, il fut accusé d*intrigues avec la France où il avait accepté la charge de
grand maître de l'artillerie, et François II lut enleva toutes ses charges. Couffon I,
p. 497 et 488.
(3) Couflon. I, p. 338 et II, p. 381-362. Actes de Jean F, n°® IS72 et M27. Mo*
rice, Pr. II, H72-7I,
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128
REVUE DE BRETAGNE
places assiégées par l’armée ducale : savoir : Guingamp et Lam-
balle, les deux principales villes de l’apanage de Penthièvre ;
Broons, qui ne fut jamais du Penthièvre, mais qui apparte¬
nait à Marguerite de Glisson (1), enfin Jugon qui n’était pas aux
Penthièvre mais qui a été surpris par leurs « adhérents » et
dont la garnison tenait contre l’armée ducale (2). Â cette liste,
il faut ajouter Glisson. Cette place, héritage de Clisson, avait
été saisie et confisquée. Le duc chargea son frère Richard d’exer¬
cer la confiscation : la place résista et il fallut un siège.
Nous n’avons aucun renseignement sur les redditions de Lam-
balle, Broons et Jugon ; nous ne pouvons en parler ; mais quelle
apparence que les défenseurs et les bourgeois de ces trois places
aient eu à subir des conditions plus dures que les défenseurs de
Guingamp et de Glisson ? Or nous avons dit que défenseurs et
bourgeois de Guingamp obtinrent la liberté de leurs personnes
et la possession de leurs biens, un seul excepté : Guillaume de
Goudelin. De môme en est-il à Clisson : la place résiste, et, après
plusieurs jours de siège, Richard, sûr d’avance de l'assentiment
de son frère, offre à tous « leurs vies et biens saufs, meubles
et héritages. * Et le duc, le parlement général tenant encore à
Vannes, approuve ces conditions, et « remet et pardonne tout
et à tous » (5 octobre 1420). Et pourtant quels reproches le duc
peut faire aux gentils hommes assiégés dans le château ! « Ils se
sont armés contre nous, dit-il, n’ont voulu obéir au mandement
de s’armer pour le recouvrement de notre personne,mais au con¬
traire se sont faits rebelles contre nous (3). »
Du moins, me dira-t-on, l’exécution de Guillaume de Goudelin,
(1) Broons avait passé du connétable du Guesclin à son frère Olivier et de celui-
ci, par nn acte non publié, apparemment une vente, il passa à Clisson ; plus
tard il fut compris dans le tiers de sa succession attribué à Marguerite. Morice,
Prt n, 77. ‘
(2) La liste n’est pas complète. J’j ajoute le château de Chàtelaudren (entre
Saint-Brieuc et Guingamp) chef-lieu du Goello. — Ce siège très certain est men¬
tionné deux fois aux actes de Jean V.(N* 1442 et 1696) — (10 juin 1426). « Franchise
de fouage pour Guillemot Quiniode Saint-Brieuc en récompense de ses services et
dépens aux sièges de Chàtelaudren et Chàteauceaux. »
Le château de Chàtelaudren fut démantelé, selon la prédiction de saint Vincent
Ferrier. En 1417, il passait au pied du château avec l’âne qui portait ses livres et son
pauvre bagage. Les soldats de la garnison se moquèrent de son âne ; il leur pré¬
dit que dans peu les brebis et les ânes paîtraient sur les ruines du château...
Albert Le Grand. Vie de saint Vincent , p. 228.
(3) Morice, Pr. 11, 1049. Siège et prise de Clisson arec amnistie ...
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRÉ
129
avec ou sans arrêt de justice, est bien certaine I C’est lui que
l’auteur de Goudelin nous a montré sous le nom de Guillaume
de Coetmen , frappé par la main du |bourreau « dans la grande
allée de Portz-Treveznou », et pleuré par sa femme Marie de Gou¬
delin (lisez de Tréveznou).
Eh bien ! non. Cette tradition — plus jeune, je crois, qu'on ne
s’imagine — mais plusieurs fois rééditée — elle est mensongère !
En 1420, Guillaume de Goudelin n’a été ni mis à mort ni même
dépossédé de ses seigneuries. L'auteur de Goudelin lui-même
nous a montré Guillaume de Goudelin vivant tranquille en son
château et rebelle au duc Jean V. Mais l’auteur a daté cette ré¬
bellion du mois de janvier i420, avant l’enlèvement du 13 février;
or cette rébellion nouvelle est postérieure de plus de deux années,
comme nous allons voir.
Mais voici la vérité attestée par un acte authentique signé du
duc Jean V ; laissons-lui la parole :
« Comme Messire Guillaume Goudelin nostre subgitsoit fauc-
tour, sequance, complice, et adhéré de nos adversaires de Bloys,
en commectant crime de lesse majesté, trayson et ingratitude
envers nous, pour lequel crime il a esté condempné par nostre
justice qu'il doit souffrir pugnition corporelle , ses hoirs privés
de sa subcession, et ses meubles et héritages à nous confisquez
et acquis, et en pouvons disposer ainsi que bon nous semble (1) ».
Et le duc dispose de ces biens, le 26 juin 1422.
Guillaume de Goudelin a été condamné, dit le duc,« à punition
corporelle ». Par ces mots devons-nous entendre condamné à
mort? Comparons les termes employés par le duc avec ceux
de l’arrêt de défaut rendu contre les Penthièvre. « Ils doivent
être punis capitalement comme d'avoir les têtes coupées, etc ».
Ces expressions si différentes peuvent-elles être prises au
même sens? Non.
Ainsi Guillaume de Goudelin a été condamné, pour trahison, à
une peine d’emprisonnement. A quelle date et en quelles circons¬
tances a-t-il commis ce crime? Assurément en 1420 et pour son
obstination à ne pas accepter les termes de la capitulation de
Guingamp.
Mais, depuis ce temps, le duc a laissé Goudelin libre et n'a pas
fais la main sur ses biens. Seulement la peine de la confiscation
(!) Actes de Jean V, N® 151g, t. vi, p. 88-89.
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REVUE DE BRETAGNE
subsiste, Goudelin 4i'a qu'une possession précaire; ses biens
sont toujours à la disposition du duc et lui sont un gage de la
fidélité douteuse de Goudelin.
Le duc croit ainsi maintenir « son sujet » dans le devoir. Il
se trompe : nous allons voir Goudelin prendre de nouveau parti
contre le duc et accueillir Jean de Penthièvre, sire de Laigle,
entré en Bretagne pour mettre le duc à mort.
Conclusion : En 1420, seul des complices des Penthièvre Guil¬
laume de Goudelin a été condamné à une peine corporelle ; et
cette peine fut un emprisonnement dont le duc lui fit remise.
(A suivre).
J. Trévédy.
Ancien président du tribunal de Quimper.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
(Suite) (1)
IX
Estât et Grand du Goûté de Coubour ou étendue de la
SEIGNEURIE DE COMBOUR, DOUAINES BT FIEFS EN DÉPENDANT (2).
Avant 1575 Combour n'était que baronnie et cette seigneurie
extraite du régaire de Dol a été constituée par la donation de
l’Archevêque Guinguené à son frère Rivallon.
Elle comprenait une longue bande de territoire s’étendant du
N.-E. au S.-O. de l’embouchure du Couésnon à l’extrémité méri¬
dionale des paroisses de Dingé et de Québriac.
Bornée au nord par la mer, à l'est par la seigneurie d'Aubigné
et la baronnie de Fougères, au sud par les châtellenies d’Hédé et
de Tinjéniac, à l’ouest par le régaire de Dol et la seigneurie de
Ghâteauneuf.
Par suite de son origine, la baronnie de Combour avait conservé
certains droits dans l’intérieur du régaire de Dol. Une châtellenie,
les fiefs de Godeheust en Ros-sur-Couesnon extraits de la baron¬
nie de Fougères, relevait aussi de Combour en juveignerie.
Ce nom de Godeheust n’est que la forme vulgaire de Gode hil-
dis ou Godehilde, nom de femme. Il vient sans doute de ce que ce
fief avait jadis formé la dot de quelque fille de Fougères mariée à
un membre quelconque de la maison de Combour, dont l’héritage
avait fini par revenir à la branche aînée et s’était joint ainsi à la
seigneurie de Combour.
Ogéeditque « la juridiction de Combour est très considérable;
elle s’étend en plHs de trente paroisses dont les seigneurs vont
directement en appel à cette juridiction qui ressortit nuement au
(1) Voir la Revue d’août 1908.
(2) Tout ceci est extrait d’un article fort intéressant sur la baronnie de Combour
publié par A. de la Borderie dans le Bulletin dd la Société d'Archéologie 1862.
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REVUE DE BRETAGNE
présidial de Rennes. » Ceci n’est vrai qu’en partie, la juridiction
de Combour ne s’étendait pas sur la totalité de ses paroisses.
La déclaration suivante est extraite de l’Etat et Grand du Comté
de Conbour, appartenant à M* r le marquis de Couesquen, entre
Rennes et Saint-Malo.
« Ce comté relève prochement du Roy à foi hommage et sans rachapt
et a les mesmes privillèges que le comté de Dol et l’ancienne baronnie
de Fougères de laquelle sont plusieurs fleüs possédés en juvaignerie
par le seigneur de Combour.
k Tous les Relis qui en dépendent ont droit de haulte, basse et
moyenne justice.
« Le seigneur de Combourg est fondateur des abbayes de la Vieuville»
du Tronchet et du prieuré de la Saincte Trinité de Combourg, dotateur
bienfaiteur ès prééminences des abbayes du Mont Saint-Michel et de
plusieurs autres employées dans la requeste formelle dont M. de Couès-
quen a coppie ». « De plus, il est seigneur fondateur de la paroisse du
dit Combourg et fondateur supérieur de plusieurs aultres scittuées
dans restendue du dict comté de Combourg aussy certées et spéciffîées
dans la dicte requeste.
Les chapelles de la Magdeleine et de l’hôpital du dit Combourg sont
dans la présentation du seigneur de Combourg. * ( Voir aux pièces
justificatives).
Le nombre des paroisses où Combour avait des droits quel¬
conques s’élève au chiffre de trente-quatre,
Les droits les plus importants étaient dans les seize paroisses
suivantes :
Combourg, Lanhélen, Trémeheuc, Saint-Léger, Lanrigan,
Québriac, Lourmaie, Saint-Marcàn, Cendres, Ros-sur-Couesnon,
Pleine-Fougère, La Boussac, Cuguen, Meillac, Dingé, Trans.
La baronnie de Fougères avait quelques fiefs en Cendres, Ros
et Pleine-Fougère; l’évêque de Dol tenait un fief de Landal,
une partie de Cuguen et de Meillac; la moitié environ de Dingé
relevait de la seigneurie d’Aubigné. Quant à Trans, qui relevait
tout entière du Roi au XVll® siècle, elle avait dû relever de Com¬
bour à l'origine, car le seigneur de Trans et de la Chesnelaie de¬
vait encore à cette époque au comte de Combour une rente an¬
nuelle de dix sols ; de plus d’après l’aveu de 1580 le sire de Com¬
bour a droit « d’avoir et de maintenir en l’église de Trans ses
armes et armoiries tant aux vitres qu’en peinture aux lieux les
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SEIGNEURS DE COMBOUR ET LEURS ALLIANCES
Maison de Chateaubriand
üejnia t J? J t Tlotle faillit /-S To,r e/y Pi,
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REVUE DE BRETAGNE
plus éminents de ladite église quels sont armoyés des armes
de ladite comté de Gombour.
Combour possédait des mouvances en Plerguer, Vieux vieil,
Sougeal, Saint-Ouen-la-Rouerie, Basouge-la-Pérouse, Noyai-
sous-Basouge, Ëpiniac, Bonnemain, Baguer-Pican, Baguer-
Morvan, Saint-Broladre, Gherrueix, Mont-Dol, Dol et l'abbaye
sous Dol.
Combour avait du domaine proche :
En Gombour : le château, la prairie de l’angevine où se tient sa
fameuse foire qui dure deux ou trois jours, l’auditoire, les pri¬
sons, halles, four à ban, les haies et garennes où étaient ancien¬
nement levée la justice patibulaire à quatre pilier^ dudit comté,
où sont deux emplacements l’un d’un monlin à vent, l’autre
d’un moulin à draps appelé le moulin Madame qui est situé au
nord un peu au-dessus de la ville.
Au XIII e siècle, le gibet seigneurial fut transféré dans les landes
de Rochefort en Tréméheuc.
En Ros-sur-Couesnon ; le manoir et vieil emplacement du
château de Gaugray et les fameux fiefs de Godeheust.
En Cuguen : la seigneurie du Plessis-Epine.
En Dingé : la forêt de Tanouarn et le bois taillis des Champs
Roger qui touchait l’étang de Boulet dépendant delà seigneurie
d’Aubigné.
Tanouarn contenait en 1682 cinq à six mille journaux de terre.
En Saint-Marcan : la métairie de la Gourtepierre. La lande de
Rochefort et des Sept pierres en Trémeheuc; la lande Basse, la
lande de Téblen et de Nivée en Lourmaie, les landes de Lan-
dehuan en Saint-Léger, etc.
D’après la déclaration de 1682, Gombour avait quatre cent-qua-
rante mouvances nobles, c’est-a-aire quatre cent-quarante fiefs
nobles relevant d’elles ; il y en avait plus de cent quatre-vingt-
dix en Gombour même :
Les fiefs de Lymouellan comprenant les landes de Tréméheuc
et de Lourmaie, dont il vient d’être question.
La seigneurie de Vauluisant, la maison de Ghasteaulx-Saint-
Mahé où les ruines croulantes d’une vieille tour indiquent en¬
core qu’il y eut autrefois un château, Pont-larron, Riniac, village
où l’on ne voit que roches granitiques.
La Bouyère et le Vieux-Chastel, les terres du Rouvre, du Val,
de la Perrosselais et Triendin, le manoir de Tremaudan duquel
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
135
Chateaubriand a dit qu’il n’atteste sa noblesse que par un co-
lombier qui existe encore.
Littré, la Bouessière, le Cheshot, Haute-Touche où fut jadis un
petit manoir aujourd’hui complètement disparu, la Noô, Bouil¬
lon, la Boulais, etc.
Plus de vingt mouvances nobles en Ros-sur-Couesnon, une
trentaine en Saint-Marcan et en Peine-Fougère, parmi lesquels
la maison et terre de Montlouet.
, En la Boussac : la châtellenie de Landal, c'était la plus impor¬
tante des seigneuries relevant de Combour, elle avait des do¬
maines en dix-huit paroisses.
Le père du Paz en donne la description tel qu’il était de son
temps, mais on ne trouve plus aujourd’hui du château décrit par
du Paz au XVII e siècle que quelques ruines imposantes. Il a été
reconstruit dans le goût douteux de 1830, bien postérieurement
à cette époque pourtant, c’est un gothique de mauvais aloi, res¬
semblant, m’a dit une personne de goût, à un mauvais gâteau de
Savoie.
« Ce château, dit du Paz, est fortifié de cinq belles et fortes tours et
basse court, et comme la moitié environ circuit de bonnes et grandes
douves, et de l’autre partie y a grand estang qui fait closture au dit
chasteau de manière que sans bateau il est impossible d'en approcher (1).
« Il passait, dit Ogée, pour une place importante sous les Ducs, il y
avait un capitaine, un lieutenant et une forte garnison. Cette place ser¬
vait comme de frontière pour la défense et la conservation du pays du
côté de la Normandie et à empêcher les ennemis de courir et piller le
pays Dolais ».
Cette seigneurie qui adroit de haute, moyenne et basse jus¬
tice, dépend partie du régaire de Dol et partie du comté de
Combour.
On y remarque la chastellenie de la Claye, le manoir et terre
du Domaine, la Touche aux Jullons et la Villarmois.
En Guguen : la Roche-Montbourcher, il reste encore une par¬
tie de donjon en ruine.
En Lourmais : la terre et seigneurie de Trémigon et le Aef de
la Licouaizière.
Eq Lanhelen : le Boishue, ruines d’un vieux manoir avec tour
en cul de lampe ; le Gobac, etc.
(t) Du Paz, p. 456, 457.
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REVUE DE BRETAGNE
En Meillac : la Massue et le Boulhart.
' En Tréméheuc : la seigneurie du Ghastaignier érigée en ban¬
nière par le duc Jean V, en 1433.
En Saint-Léger : la seigneurie de la rivière Saint-Léger, le
Bourgneuf, etc. ' »
En Lanrigan : le château de Lanrigan, ravissante construction
de la fin du XV e siècle.
En Dingé : le Plessis au Chat, le Bois Gautier, Bougetin, etc.
En Québriac : le château et seigneurie de Québriac et la Gro-
millaie.
En Noyal-sous-Basouge : la seigneurie du Quartier et celle de
Beauvais.
En Bonnemain : la Guihommeraie et la Chèze, etc.
Dans l'Etat et Grand du Comté de Combourg, dont nous avons
déjà cité une partie, et qui paraît avoir été dressé vers 1698 du
temps du Malo-Auguste, marquis de Coetquen, comte de Com-
bour, on trouve une curieuse description et évaluation des revenus
de Combour :
Le chasteau, le jardin, les bois taillis, le coulombipr, le parc et le mail
se réservent.
Le bouteillage vaut 150 livres, sept deniers par fonds 90 livres, les
amendes 300 livres, les assents de Tanouarn 400 livres:
La capitainerye du chasteau de Combourg dont jouist M. Doinville
vaut mille livres.
La grande prée de Combourg n'a point esté affermée et les foins s'en
vendent ordinairement à plusieurs particuliiers par journaux ou
aultres quantittés au plus offrant. Les ventes en ont quelquefois
produit quattre cent quattre vingt dix livres quinze sols, sans compter
la provision du chasteau.
Le greffe civil et criminel du comté de Combourg, affermé au sieur
du Gué Louys sept cent soixante quinze livres par an.
Le droict de coustumes trépas et estallages, les fours à ban, les
droicts de pelisse sur les bouchers de Dol et les halles du dict Combour,
affermés à Martin Dureau la somme de quinze cents livres.
Le moulin à eau soubs i’estang à une roue affermé à Olivier Prioul
la somme de quatorze cents livres sans réparations. Le grand estangdu
chasteau vault par an la somme de cent livres.
La seigneurie de Malestroit à, Dol despendante dudit comté de Com¬
bourg, ûeffs de Gaugray et de Godeheu avecq les grains de Villechérel
en revenus certains, greffe du dit Malestroit et casuels affermés en
général au sieur de Salleverte la somme de quinze cents livres.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
SEIGNEURS DE COMBOUR ET LEURS ALLIANCES
Maison db Chateaubriand
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REVUE DE BRETAGNE
La seigneurie du Plessix-Lespinne, estangs, moulin et casuels
affermés à Maistre Thomas Garnier sieur de la Corbinnière trois cent
soixante livres.
La coustume de Villechérel dans la paroisse de Pleinefougères et
aultres lieux affermée cent vingt livres.
B alliages
Le baillage de la ville de Combourg monte par argent à quarante-cinq
livres trois sols. ^
Seix chapons suivant l’apprecy de 1698 fait au mois de janvier la
somme de trois livres.
r
Quattres poullets suivant le dit apprécy douze sols.
Le baillage de Beauvais monte à la somme de dix livres unzes sols
en argent, deux bouesseaux de frommant et un demeau ou demj
bouexeau monte suivant le dit apprécy à la somme de vingt-six livres
cinq sols.
Quatre bouesseaux trois godets d’avoinne grosse suivant le dit ap¬
précy font la somme de vingt-une livres cinq sols.
Deux cqrvées douzes sois.
Le fteff des hayes cent deux chappons et trois quarts de chappon sui¬
vant l’apprecy font la somme de cinquante-une livres.
Dix poullets aussy suivant l’apprécy trante sols.
Le grand et petit baillage de Sainct-Léger monte par argent trente-
huict livres quattres sols quattres deniers, par rantes et gardes aman-
dabies deux livres quattres sols trois deniers. Vingt bouexeaux six go¬
dets et demy et un quart de godet de frommant suivant l’apprécy de
1698 fait au mois de janvier se montent à la somme de deux cents dix
huict livres onzes sols cinq deniers.
Dix-nèuff bouexeaux un godet et un tiers de godet d’avoine suivant
le dit apprécy,montant à la somme de quatre-vingt-quinzes livres unzes
sols un denier.
Le fieff de Sainct-Thomas cents deux sols.
Le fieff du Moustier par argent vingt-deux livres neuff sols six deniers.
Gardes amandables trois sols neuff deniers, par frommant c\nq de-
meaux, suivant le dit apprécy vingt-six livres cinq sols.
Deux paires de gants, une livre dix sols, huict poulies suivant Pap-
precy quarante huict sols, et quattres corvées suivant le dit apprécy
vingt-quattres sols.
Le fieff de la ville Bouteniguel monte en argent cents dix huict sois
sept deniers.
Deux bouexeaux d’avoinne suivant le dit apprécy dix livres. Une
poulie et cinq deniers G. à six sols six deniers.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
139
Le fieflf de Limoeil&n vaut bien de denier certain trois cent livres.
Le fieflf de Qaelmô monte à ce qu’on dit par argent sept livres six sols
huict deniers.
Lefieff du jardin du grand bois doit quinzes sols huict deniers.
Le grand ûeff du rolle de Dingé monte par argent trante six sols
quatre deniers six bouesseaux et demy, demy godet et deux tiers de
godet de froment suivant l’apprecy font soixante huict livres cinq sols.
Trois godets et demy d’avoinne suivant l’apprecy font la somme de
vingt neuft sols quattres deniers. La couppe des bois de Tenouart et
Bourlais dix-huit cents livres.
Les bois taillis de Bourgouet ceux d’Aspérac, Lahaize, Champroger et
la Recouvrée affermés pour quinzes ans la somme de cinq mille livres
sur quoy payé jusques en 1701 par chasque année cinq cents livres et
pour le parsurs la somme de deux cents livres par an.
Le marché s’est lait conformément à un ancien marché des mesmes
choses fait par leu M. de Couesquen.
L’afféagement de la lande Gautier sept livres dix sols. La pièce de la
Longrais doitestre affermée neuf! livres.
Nota : Cette pièce a esté comprise dans le décret des biens du feu
sieur Baudouin adjugés au sieur Brûlant nonobstant la requeste afin
d’extraction présentée par le procureur fiscal de Combourg, i) faut si
on est dans les dix ans du décret appeler de la sentence si c'est l’usage
en Bretaigne et chercher les pièces qui justifient comme cette pièce ap¬
partient à la seigneurie.
Les gardes nobles par an la somme de. sans comprendre les
trois sols neufl deniers spécifiés en l'article du fief! du Moustier, et les
deux livres quattres sols trois deniers marqués en l’article du baillage
de Saint-Léger.
Les arentements et estouble de Landehuan.
La lande de Reimbourg doit dix bouexeaux d'avoinne. Une pièce de
terre scittuée près le village du Poirier tombée en déshérance affermée
sept livres dix sols.
Une quantitté de pièce de terre dans le grand clos du costé du
couchant scittuée au Gué d’Onin et un petit courtil au Codel doit
cinq livres par an.
Une maison et masure au village de Couveloup, le revenu en est
donné au concierge de la prison.
Les Iodes et vantes, espaves gallois, déshérances et aultres casuels.
L’on paye les ranteS au denier huict.
Le comté de Combourg a esté porté dans la maison de Couesquen par
le mariage de dame Philippe d’Assigné fille de haulte et puissante dame
Anne de lfontejan. nièpce et unique hérittière de hault et puissant Jan
de Montejan mareschal de France, avecq hault et puissant seigneur
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REVUE DE BRETAGNE
Jean de Gouesquen en 1553, lequel de Montej&n par représentation de
ses mère et ayeulle des maisons de Derval et de Laval on la maison de
Dol se trouva fondue essoit hérittier des seigneurs Guillaume et
Hardouin. Comptes des villes et comptés de Dol et de Combourg.
L’aisnée bérittière de la maison d’Assigné et de Montejan espousa le
premier mareschal de Brissac.
11 est deub sur les revenus de Combourg et se paye ordinairement
sur le prix de la ferme du greffe la somme de 300ff de rante hypoti-
quaire monnois forte vallant trois cents soixante livres & M. de Berin-
gain qui les a acquise avecq Madame la marquise d’Asserac.
De plus il est deub aux religieux de Montfort sur les mesmes revenus
de Combourg et se paye ordinairement des deniers provenants de la
ferme des halles six mines de fromment mesure de Combourg à
, x l’apprécy.
Le reçu suivant prouve que cette redevance était payée aux
moines de Montfort.
Dernier décembre 1682.
Soubz signé reconnois avoir esté payé du nombre de seix mynes de
fourment rouge mesure de Combour me deubs par chacun an, à raison
de l’abbaye de Saint-Jacques près Montfort, sur la seigneurie du dit
Combopr et du dit nombre de seix mynes fourment prédite mesure,
j’en quicte le seigneur de la dicte seigneurie pour l’an et terme de
Nouel dernier ; faict le dernier jour de décembre selon le retranchement
des dix jours faict par l’aUthorité de Notre Sainct Père et majesté
Roialle, en l’an mil cinq cent quatre vingt et deux, o réservation de
lan passé.
R. Olivier de Neufville abbé de Montfort.
(A suivre ). Paul de là Bigne.
S AINT-M ARS-LA-J AILLE
ET SES ANCIENS SEIGNEURS
AVANT-PROPOS
t Fouillant, avec l'insatiable curiosité du chercheur et l'inlassable pa¬
tience de l'historien, les lointains les plus obscurs du passé, nous avons
interrogé tour-à-tour les traditions, les monuments, les documents et
les livres, pour y puiser, à grand’peine, les éléments de cette simple
notice. La voix de l'histoire, si prolixe parfois, est presque muette en ce
qui concerne les origines et le passé de notre paroisse. Son ancien châ-
teau-fort et les seigneurs qui s’y sont succédé, ont laissé quelques
traces marquantes qui, seules, peuvent nous guider un peu dans la re¬
constitution que nous avons entreprise, à l aide de documents bien
rares, hélas ! de l’histoire de notre région. Encore la forteresse a-t-elle
depuis longtemps disparu, à la suite des guerres de la Ligue, et la terre
de Saiut-Mars-la-Jaille en recouvre à jamais les derniers vestiges. La
Révolution, à son tour, livrant aux flammes lè nouveau château à
peine terminé, et en brûlant les archives ; la population presque entiè¬
rement renouvelée, & plusieurs reprises, depuis un siècle ; tout semble
s'étre uni poiir anéantir, en ces lieux, monuments, traditions, docu¬
ments et souvenirs. Dans de telles conditions n’est-il pas téméraire,
l'historien d'occasion, qui, étranger au pays qu'il habite, et ne pouvant
compter que sur sa seule bonne volonté, entreprend aujourd’hui de
sauver de l’oubli les quelques débris du passé échappés, par mégarde, à
l'action destructive du temps et à la haine aveugle des hommes ?...
Cette tâche, cependant, nous a tentée, ce but nous a semblé assez utile
et assez élevé pour justifier notre travail et nos recherches. Aucun sou.
venir personnel, aucun lien de famille, il est vrai, ne nous attache spé¬
cialement à ce pays, mais la Providence qui, Là-Haut, règle nos desti¬
nées, nous y conduisit un jour et y marqua notre place pour les luttes
de l’existence. Cette terre nous fut, dès lors, douce et hospitalière : elle
est devenue, depuis, notre seconde patrie. Nous n’y sommes pas née,
Septembre f9Q3. //
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143
REVUE DE BRETAGNE
i
nous y mourrons peut-être ; nous aimons les braves gens que nous y
coudoyons chaque jour et notre sincère attachement pour Saint-Mars-
la-Jallle s’étend à tout ce qui le touche : à son passé, & son présent, &
son avenir.
C’est dans cet esprit de patriotlsmë local, pure essence du patriotisme
national, que nous entreprenons ce petit travail. Nous le présentons
amicalement à nos concitoyens, en les conviant à y chercher, comme
nous, dans l’étude du passé, une salutaire diversion aux tristesses de
l'heure présente, une consolation et une espérance au ihilieu des préoc¬
cupations et des inquiétudes qui, au moment où nous écrivons ces
lignes, étreignent si douloureusement tout coeur chrétien et français.
J. Baudet.
Le 15 mai 1907.
I. — ORIGINES
Période préhistorique.
La bourgade que nous habitons s’est formée de quatre élé¬
ments : une seigneurie, un prieuré, une paroisse, puis une com¬
mune. Mais, avant la création successive de ces quatre éléments,
dont l'histoire constate l’existence, il fut une période plus obscure
dans le passé de notre région.
Au début de notre travail, la première question qui se pré¬
sente à notre esprit est celle-ci : quels sont ceux qui, les pre¬
miers, imprimant des pas humains sur notre sol encore vierge,
pénétrant l’ombre épaisse de nos vastes forêts, y plantèrent les
primitifs jalons de la civilisation ?....
Question complexe, s’il en fûtl insoluble au premier abord, en
tout cas difficile à résoudre. Cependant, s'il ne nous est pas donné
d’y répondre d’une façon entièrement satisfaisante, au moins
pouvons-nous affirmer, avec certitude, que notre région était
habitée, sinon peuplée, une dizaine de siècles avant Jésus-Christ,
à cette époque préhistorique désignée sous les noms d Age de
la pierre polie, période néolithique ou rohenausienne.
Nous avons, de ce fait, plus d’une preuve certaine et palpable.
Telles les haches de pierre trouvées dans notre sol, à différentes
reprises, par les cultivateurs de la paroisse. Nous-même, au
cours d’une simple promenade, (il est un dieu pour les archéo¬
logues) eûmes la bonne fortune de recueillir une de cos haches,
4
4
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J
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SAINT-MàRS-Là-JàILLB et ses anciens seigneurs
143
en jadéine finement polie, au beau milieu d'un sentier raviné par
l’orage, dans la forât de Saint-Mars. M. le comte de la Ferron-
nays découvrit, il y a quelques années, un instrument en pierre,
de la môme époque, sinon plus ancien encore, dont il est difficile
d*établir d’ane façon certaine l’origine et la destination (1). Ces
instruments primitifs, caractéristiques de leur époque, appar¬
tenaient aux Celtes, nos ancêtres, qui occupaient alors presque
out le territoire de la Gaule. Leur présence ici est, en outre,
établie par les monuments mégalithiques de Freigné(2), de Mau-
musson, de Saint-Herblon, d’Ancenis (3), etc.
Ces dolmens , menhirs et peulvans , aujourd’hui relativement
rares dans notre région, y devaient être alors fort nombreux. Nul
n’ignore, en effet, à combien de causes de destruction ont
échappé ces derniers vestiges de la période paléolithique 1 La
(1) Cette pierre, de forme allongée, éclatée sur deux faces, polie sur les
deux autres par un frottement prolongé, polissoir, aiguisoir ou arme, fût
trouvée par M. le comte de la Ferronnays, dans un chemin qui menait de
la route de Pannecé à la ferme du Mortier, et que le chemin de fer a coupé
près de Ville-Jolie. Ce chemin se trouve sur remplacement d’une voie ro¬
maine, qui reliait Saint-Mars à Ancenis, et dont quelques vestiges ont été
reconnus. Il y a 5o ans, et sans doute davantage, qu’il est désigné sous le
nom de « vieux ohemin de Mésanger ».
Au dire d’archéologues qui ont examiné cette pierre, elle est d’un grès
qui proviendrait du bassin de la Somme. Ils en avaient conclu à l’émigra¬
tion de peuplades de cette région, qui, fixées dans la nôtre, et n’y trouvant
pas les matériaux auxquelles elles étaient accoutumées pour la confection
de leurs outils et de leurs armes, taillaient et retaillaient, jusqu'à usure
complète, ceux qu’elles avaient apportés.
{Noie communiquée par M. de la Ferronays).
(2) Autrefois Frugniacus { io5o) (Arch. d'Anjou, t. ii, p. 3), puis Frugiacus
Lobineau, p. 278 et Dom Morice, p. 547 , t. i), Fr igné ( 1660 - 1680 )
(Registres paroissiaux). Au nord-est de ce bourg, sur la rive droite de l’Erdre,
s'élèvent deux peulvans bien conservés.
(Célestln Port, Dictionnaire historique , géographique et biographique de
Maine-et-Loire, art. Freigné).
(3) « Le séjour des Gaulois à Ancenis et aux environs est marqué : par le
magnifique dolmen appelé la Fierre-Couverle ou Couuretière ,... par l’énorme
monolithe gisant dans les douves du marais de la Grée, en Saint-Herblon ;
par le menhir qui se dresse près du château de Juigné ; par les pierres de¬
bout qui existaient dans le clos de l’Etranglard, en Saint-Géréon... »
(Maillard, Histoire d } Ancenis et de ses Barons 9 p, 6 du supplément).
La pierre du Bernardeau, près d’Ancenis, a une longueur de 2 mètres, et
celle de Juigné est un menhir informe de a m. 4 o de hauteur (Ibid.).
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144
REVUE DE BRETAGNE
haine des conquérants romains pour les traditions d'un peuple
difficilement et incomplètement soumis, en fitannéantir un grand
nombre ; puis beaucoup d’autres disparurent, en vertus des or¬
donnances de Charlemagne, enjoignant à ses sujets de détruire,
sur toute l'étendue de son empire, les monuments dits druidiques ,
vestiges, encore vénérés, du paganisme de leurs ancêtres ! Enfin,
récemment encore, l'inconscient marteau du casseur de pierres
pulvérisait, pour l'entretien de nos routes nationales, ces massifs
blocs qui avaient contemplé tant de siècles !
Car c'est de temps vraiment fort reculés que nous parlent ces
vieux témoins du passé ! Notre plume d’historien éprouve même
une satisfaction de dilletante à vous entretenir, grâce à eux, chers
lecteurs, d’ancêtres qui vous précédèrent, en ces lieux, il y au...
seulement^ une trentaine de 1 siècles l
De même il nous est agréable et aisé, d’après les données scien¬
tifiques, d’après la configuration' topographique et géologique
de notre sol, de vous dépeindre, assez fidèlement, l'aspect de
notre pays à cette lointaine époque.
En ce temps-là, comme aujourd’hui, l’Erdre, (Herda ou Herdis)
notre riante rivière, coulait paisiblement dans sa large et ver¬
doyante vallée. Mais il est scientifiquement certain que ses flots
étaient plus abondants, et sans doute* plus rapides, que de nos
jours, car, si les terres ont tendance à élever leur niveau de
siècle en siècle (i), par contre les fleuves et les rivières, de même
que les marais, les lacs et étangs, diminuent, d’année en année,
d’étendue et de profondeur. Il en fut évidemment ainsi de l'Erdre,
qui, peut-être jadis, fut, dans notre quartier, aussi navigable
qu'elle l'est aujourd’hui plus près de son embouchure (2).
(i) C'est pour cela que tous les monuments antiques, d’abord construits
au niveau du sol, se trouvent, au bout de quelques siècles, en contre-bas
de celui-ci. C’est pour cela encore que les cités de l'antiquité sont si profon.
dément ensevelies sous terre, et que l’on y découvre parfois plusieurs cités
superposées par rang d’âge, les unes ayant été construites par dessus les
autres, racontant leur histoire, comme les couches géologiques d’un terrain
redisent celle de la formation du sol.
(a) Nous verrons plus loin que, dans les chartes des XI e et XII e siècles, il
est question des péages de Saint-Mars. Or, bien que, plus tard, ce droit d’im¬
position ait été appliqué aux marchandises passant sur les ponts et les che¬
mins, il fut, surtout à l’origine, exercé plus spécialement à l’égard des
transports de marchandises par eau. 11 est vrai d’ajouter, qu’au moyen-âge,
Iqp chemins de terre n'étaient que des voies secondaires, dont on n'usait qu'à
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SAINT-MARS-LA-J AILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS
145
Son cours sinueux, dont le dessin a changé considérablement
depuis lors, couvrait, sur une grande largeur, le fond de la vallée
actuelle.
L’emplacement de notre bourg était un vaste marais, vaseux,
inabordable, encombré de joncs énormes, de roseaux gigan¬
tesques, et autres plantes aquatiques d’une grande puissance de
végétation. Sur les coteaux qui nous environnent, verdoyaient
d'épaisses forêts, de chênes principalement, servant, ainsi que le
marais, de refuge à une foule d’animaux nuisibles, contre les¬
quels l’homme se défendait à grand’peine. Nos bois actuels sont
les derniers lambeaux de l’antique forêt d’Ancenis, qui couvrait,
à l’époque préhistorique, presque tout le pays que l’Erdre
épargnait en ses débordements, sauf quelques terrains rocailleux
et stériles où ne poussaient que des ajoncs et des ronces.
Sur les rivages de l’Erdre, dans les prés qui bordent la rivière,
on a découvert, à plusieurs reprises, profondément enfouies, sous
des couches alluviennes de deux mètres cinquante à trois mètres
d’épaisseur, de fortes pièces de bois de chêne, noircies par l’eau,
et parle temps, etdes pieux de même bois, plantés à distances
régulières, verticalement et solidement enfoncés dans les sables
et l’argile, abondante en cet endroit, à trois mètres environ de
profondeur (i).
Si nous ne craignions, par cette supposition, de nous engager
trop légèrement dans le champ hasardeux de l’hypothèse, nous
nous demanderions si nos ancêtres préhistoriques n'auraient
pas établi, en cet endroit, dans les anciens marais de l’Erdre,
quelques-unes de ces habitations lacustres où les hommes d’au¬
trefois cherchèrent un sûr abri, pour eux et leurs troupeaux,
contre les atteintes des animaux nuisibles?...* Les Gaulois —
dit M. Maître — aimaient les endroits bas, marécageux; ils y
bâtissaient volontiers leurs demeures (2).
En dehors de cette supposition, peu probante, nous en conve-
défaut de cours d’eau. Ceux-ci étaient les grandes voies commerciales et
marchandes.
Voir à ce sujet Dom Morice, tome i, col. 488 : « Péage, Pedagium. Tribut
qui se paie sur les vaisseaux qui abordent dans les ports de mer ou sur les
marchandises qui se transportent par eau. »
(i) Communication de M. Blandeau, briquetier à Saint-Mars-la-Jaille, à
qui nous en exprimons notre reconnaissance.
(a) Léon Maître, Les Villes disparues de la Loire-Inférieurs.
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REVUE DE BRETAGNE
nons, il y a lieu de croire que, dans ces temps lointains, il n'exis¬
tait point, chez nous, d’agglomération proprement dite, mais,
çà et là, quelques groupes d'habitations disséminés dans la
campagne.
Parmi les traces laissées dans notre pays par ses premiers
habitants, mentionnons encore « upe butte de terre fort haute,
appelée Butte du Trésor , sur laquelle se trouvent des vestiges
de retranchements qui continuent sans interruption depuis les
environs de Nozay jusqu'à 8ainUMars-la-Jaille, ce qui fait une
étendue de 7 lieues (i). Cette description, faite par Ogée, répon¬
drait assez bien à celle que nous a donnée récemment l'érudit
auteur du Dictionnaire topographique de la Loir ^Inférieure des
mardelles ou ehâtelliers gaulois, qui sont, dit-il, « des éminences
artificielles au sommet desquelles étaient construites des cabanes
gauloises... Ces ehâtelliers sont nombreux. Ils sont situés prin¬
cipalement dans les arrondissements deChâteaubriant, de Nantes
et d'Ancenis. Ils forment des agglomérations s'étendant, le plus
souvent, sur une ligne fort longue, comme une suite de forte¬
resses (2). »
Plusieurs de nos villages ont aussi conservé un nom d’origine
évidemment celtique, c'est ainsi que nous trouvons, près de
Saint-Mars, Carbouchet dont le nom primitif fut, croyons-nous,
Ker-Boulc'hed, le village des boucs, Pen-poul (à tort écrit sur le
plan cadastral : Peigne-pouls) qui signifie la tête de l’étang, et
désigne, en effet, une pièce de terre contiguë jadis à l’étang de
Tortrel ; les Bureaux^ de Dur ou Dour qui veut dire eau. Comme
on le verra par la suite, il y a, dans la région, plusieurs noms
(i) Ogée, Dictionnaire historique et géographique de Bretagne , art. Au-
verné, t. i #r .
(a) H. Quilgars, Dictionnaire typographique de la Loire-Inférieure, page XV
de l'Introduction Le nom des mardelles ne viendrait-il pas du mot celtique,
marz, qui signifie limite, frontière (pluriel marzou ), et les mardelles ne se¬
raient-elles pas des lignes de démarcation établies par les Gaulois pour se
séparer d'une peuplade voisine, ou protéger leurs clans contre les incursions
de leurs ennemis Les ehâtelliers seraient, en ce cas, des sortes de forteresses
de bois dressées sur les marz , ou mardelles , comme plus tard les châteaux-
forts protégèrent les pays de marches. M. Quilgars nous pardonnera cette
interprétation. Nous ne nous expliquons guère des terrassements aussi im¬
portants servant uniquement d’emplacements à quelques cabanes de bran¬
chages, où demeuraient des familles gauloises.
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SAINT-MARS-LA'-JAILLB BT 8BS ANCIENS SEIGNEURS
147
dans lesquels le français, traduction du nom breton ou celtique,
s’est, de la sorte, juxtaposé à celui-ci. Nous aurons l’occasion
d’y revenir au cours de notre travail.
Période de l’occupation romaine
Quoique très rapproché des limites du pagus des Andegavis,
le pays que nous habitons faisait partie du pagus des Namnètes.
Celui-ci comprenait encore, dans son territoire, à l’est de Saint-
Mars actuel, les terres qui composent actuellement les com¬
munes de Vritz, de Candé, de la Cornuaille, et le territoire
existant à l’ouest d’une ligne droite qui serait tirée de la Cor¬
nuaille à Ingrandes. Au sud de la Loire régnaient alors les
Pictons, dont la capitale, Ratiatum était, croit-on, la ville actuelle
de Rezé.
A dater de la conquête romaine, le pays qui nous occupe fait
partie de la III* Lyonnaise , et, au point de vue militaire, de la
première cohorte de la Légion armoricaine nouvelle (Cohortis
primae novae Armoricae) commandée par un tribun.
Aucun monument datant de la domination romaine n’a été, à
notre connaissance, relevé sur le territoire même de la com¬
mune de Saint-Mars, où, d’ailleurs, il n’a point été opéré de
fouilles à cet effet. Toutefois on sait que les conquérants romains
ont occupé notre pays; les traces les plus évidentes de leur
habitation en oes lieux sont oes grandes voies antiques, dont il
reste encore, ici, de nombreux vestiges, et dont deux se croisaient
à la Bourdinière, près de Pannecé. Cette dernière localité est
construite sur l’emplacement, ou dans le proche voisinage, d’une
station romaine dont on a retrouvé des vestiges non équivoques,
tels que : substructions, médailles, débris de poteries en terre
rouge, briques à rebord, monnaies de Gallien et pièces à
l’effigie de Salonine, femme de cet empereur (260 ap. J.-C.).
Les voies antiques qui se croisaient près de Pannecé étaient
celles de Béré & Ancenis et celle d’Angers & Nort et à Blain. Un
grand chemin romain, s’embranchant sur ces voies, les reliait,
en passant à Saint-Mars, à celle d’Angers à Rennes, qui traversait
la ville de Candé (1).
(i) Maillard, Hisl. de la Baronnie <tAncenis. Ogée, Dictionnaire de Bre¬
tagne. Voir aussi la carte des voies romaine* et grands chemins de la baron-
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REVUE DE BRETAGNE
148
Selon nous, le nom même de Pannecé se rattacherait peut-être
à un souvenir de l'occupation romaine : pan , pann, en celtique,
endroit , pays , contrée , canton ; abréviatif de César : contrée,
canton de César , c’est-à-dire des romains, ce nom étant, par
extension, donné aux diverses créations des vainqueurs.
Il est permis de supposer que l’établissement romain de
Pannecé étendit son influence sur ses plus proches environs,
contribuant, pour beaucoup, à la civilisation du pays, aux progrès
de son agriculture. Plusieurs verreries et fonderies romaines
étaient établies aux alentours, alimentées paroles bois de laforêt
d’Ancenis, dont celle de Saint-Mars faisait alors partie.
Une tradition veut même qu’il y ait eu ici, à cette époque, un
temple de Mars, ce qui, sans être prouvé, ne manque pas de
quelque vraisemblance (1).
\
Etablissement du Christianisme dans notre pays.
Le climat de la Chrétienté.
Comment la divine religion du Christ s’établit-elle dans notre
pays ? On sait que le premier apôtre du pays de Namnôtes est
saint Clair qui, à la fin du III e siècle (2) fut le premier évêque de
Nantes et évangélisa la Bretagne de Nantes à Vannes, à Rennes
et jusqu’à Quimper (3). On ne peut parler des débuts de Téglise
de Nantes sans évoquer le souvenir héroïque des deux jeunes
martyrs, saint Donatien et saint Rogatien (en 288-290) que le
peuple vénère encore sous le nom des Enfants Nantais , et sans
honorer également la mémoire de saint Similien qui construisit
la première cathédrale de Nantes (306 à 337). ,
Ce fut sans doute par la Loire, grande artère des communica¬
tions entre l'Océan et la Méditerranée, que saint Clair et ses
nie d’Ancenis dressée par M. Léon Maître et ÏHist. et Géogr . de la Loire-Inf .
par Orieux et Vincent, qui signale également des monnaies romaines, fer de
lance, fragments de statuettes en terre cuite, petit bouc et génie ailé en
bronze, trouvés à Pannecé.
(i) Voir à ce sujet notre récente étude sur Les Origines du nom de Saint-
Mars-la-J aille.
(a) On a même dit que saint Clair fut envoyé directement de Rome à
Nantes, dès la fin du I er siècle, ou au commencement du U«. Cela semble
peu probable.
(3) Travers, Hist. de Nantes , 1. 1 , p. ao.
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SAINT-MARS-LA-JAILLB BT SES ANCIENS SEIGNEURS
149
compagnons pénétrèrent dans notre région pour y apporter les
lumières de la foi, et Ancenis ne dut pas tarder à les recevoir
pour les répandre aux alentours. « Le plus ancien doyenné de
fondation, dit l’abbé Grégoire, doit être celui delà Chrétienté ,
comprenant la baronnie d’Ancenis. Le nom attribué à cette partie
du diocèse vient probablement de ce fait môme qu'elle a été, dès
l’origine, éclairée de la lumière du christianisme, alors que les
autres régions demeuraient encore dans les ténèbres du paga¬
nisme » (1). Ce doyenné comprenait, jadis, les trente-deux pa¬
roisses situées entre la Loire et l’Erdre ; il fut, par la suite, aug¬
menté de celui de Châteaubriant, ce qui porte à soixante-quatorze
le nombre des cures dépendant du Climat de la Chrétie t é
Toutefois si, dans nos plus anciens documents écrits, il est
question des églises de Candé (2) dédiée à saint Denis, -e Riaillé?
ou plutôt de la Poitevinière ( Ecc . de Pictavineria) (3J, Je la Bour-
dinière-Pannecé {Bordmeria) de Bonnœuvre (4), de Preigné (5),
(i) Abbé Grégoire, Etat da Diocèse de Nantes en Î 790 , p. 12, i 4 .
(a) Condeiam , 1080 à 1096 ( Cart . Saint-Nicolas, p. 20), charte par laquelle
Geoffroy, fils de Geoffroy Rorgon, fonde le prieuré de Saint-Nicolas et cons¬
truit l'église de Saint-Denis à Candé. Candiacus, 1095 (D. Lobineau,
p. 18a), etc.
( 3 ) Cartalaire de Saint-Florent , n 45 . Une charte de n 3 a porte la donation
d'une terre de la Poitevinière à l'église de Saint-Florent par un nommé
Daniel, qui tenait ce domaine et plusieurs autres biens de Vivien et de Fé¬
vrier de Mars, avec confirmation du seigneur d’Ancenis. Ce Daniel se faisait
moine de Saint-Florent. Riaillé est sous le patronage de la Vierge et de
Saint-Sébastien.
( 4 ) Bonovrium (1026 à 1061), Chronique de Saint-Florent (Dom Morice,
Pr. 1 ,12a. Banouvrium , 1073 (Cart. de Saint-Florent), Banovrium , 1x86 (Ibid.).
La fondation de ce prieuré doit remonter aux environs de l'an 1000. La
chronique du monastère de Saint-Florent nous raconte qu’un chevalier,
nommé Symon, qui avait pris une part active au pillage de l'abbaye de
Saint-Florent, dans la lutte engagée entre Budic, comte de Nantes, et
Foulques, comte d'Anjou, s'empara notamment de 3 o bœufs appartenant
aux moines. Mais, en punition de son forfait, il se vit soudain frappé de
cécité. Symon, saisi de repentir, répara sa faute et conféra de grands béné¬
fices « 00% moines de Saint-Florent ses voisins à Bonnœuvre, (Dom Morice,
Pr. I, 12a). Bonnœuvre est sous le vocable de saint Martin.
( 5 ) Frugnacus , io 5 o [Arch, dAnjou, t. 11, p. 3 y, Frugiacus, na 3 (Lobineau,
p. 278), Dom Morice, Pr. 547, Charte de Louis le Gros. Cette église est dédiée
à Saint Pierre.
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REVUE DE BRETAGNE
UO
de Vritz (i), de Maumusson (2), de Pouillé, nous ne découvrons
aucune mention d'un établissement religieux dans notre localité
avant le XII* siècle. Entre 1177 et 1192, Geoffroy de Beaumont
étant abbé de la Melleray, Olivier de Vritz donnait à cette abbaye
deux sous de rente et la portion de dlme qui lui revenait à Saint-
Médard, plus un septier de froment sur un moulin qui est avant
V église de Saint-Médard» «... Dédit etiam unum sextarium fru*
menti in molendino quodest ante ecclesiam SanctiMedardi ... » (3).
Ce document porte la signature de Gaudin de Saint-Mars (4).
Telle est la pièce authentique la plus ancienne que nous ayons
pu trouver, où il soit fait mention d’un établissement religieux
dans notre localité. Cette pièce est inconnue aux Archives dépar»
tementales, où il en existe une autre, de 1243, dont nous aurons
lieu de parler plus loin. Le patron de notre paroisse, et de l’église
primitive désignée dans cette charte, est saint Médard, évêque
de Noyon, dont le culte se répandit, croit-on, vers le VU* siècle
dans le comté nantais (5). A quelle date fut fondée notre église
(i) Veris , u3o, Dom Housseau, v, i64i. Veru t 1*43, Arch. de la Loire-InJ .,
H, 76 . Sous le vocable de saint Gervais et saint Protais, martyrs à Milan sous
Néron.
(a) Capella S. Uichaelisde Malo Muçone, uo4 (Soc. arch . de Nantes 9 xn,
p. 75 ). Aujourd'hui sous l'invocation de saint Pierre.
(3} Archives de la Saulaie, communication de M. le marquis de l'Espe-
ronnière, à qui nous en exprimons notre gratitude, ainsi que de plusieurs
autres notes que nous devons également h sa bienveillance et au trésor de
ses curieuses et précieuses archives. Ce moulin à eau devait être situé sur
le cours de l'Erdre. La rivière étant considérée, à cette époque, comme
unp voie de communication, en en suivant le cours, le moulin s'y trouvait
« avant d'arriver à Saint-Médard ou Saint-Mars » Le texte latin doit être
ainsi interprété.
(4) « Gandimns de Sancto Maarso ». Ce devait être le prieur de Saint-Mars,
et non un seigneur ainsi que nous Pavons cru d’abord.
(5) Saint Médard, évêque de Noyon et de Tournay, naquit à Salency, en
457 , frère jumeau, dit-on, de saint Gildard, évêque de Rouen, et mourut
évêque de Tournay, en Tan 545. Ses reliques furent transportées k Soissoni,
par les soins du roi Clotaire, qui, en leur honneur, construisit une superbe
basilique aux portes de cette ville. Ce riche sanctuaire, favorisé par les roi*
mérovingiens, devint le noyau de la célèbre abbaye de Saint-Médard de
Soissons. Le culte de ce saint se propagea rapidement dans toute la France,
comme en témoigne le nombre considérable de paroisses, de monastères, et
de chapelles qui lui ont été consacrés et dont plusieurs portent le nom de
Saint-Mars.
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SAINT-MARS-L, A-JAILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS
151
de Saint-Médard ?... Nul document ne nous permet de la fixer
d’une façon absolue : ce ne fut, ni avant le VIII*, ni après le
XII* siècle, il est permis de supposer que cette fondation fut con¬
temporaine de celle de l'église de Vritz, seigneurie de laquelle
relevait la terre de Saint-Mars, ou plutôt de Mars, comme nous
le verrons tout à l’heure, c’est-à-dire du commencement du
XII» siècle.
Le plus ancien seigneur de Vrits que l’on connaisse est
Olivier I» r , chevalier, qui fut présent à la fondation du prieuré de
Saint-Nicolas à Candé, vers 1095, par Oeffroy II Rorgon,' seigneur
de Candé, et dont le fils, ou l’un des descendants, Gérard, remit,
en 1138, son couteau à Brice, évêque de Nantes, quand ce prélat
investit solennellement de l’église de Vritz, Robert, abbé de
Toussaint d’Angers. L’église de Vritz resta, par la suite, dans la
dépendance de cette abbaye, ainsi que celles de la Chapelle'
Glain, du Pin et de Rochementru, tandis que celle de Saint-
Médard, ou Saint-Mars, reconnut toujours pour présentateur de
la cure comme du prieuré, l’abbé de Saint-Nicolas d’Angers qui
continua également à conférer le prieuré et la cure de Candé.
L’abbaye de Saint-Nicolas d’Angers avait été fondée par Foulques
Nerre, comte d’Anjou, à la suite d’un vœu fait par ce prince,
pendant une tempête, au cours d’un voyage à Jérusalem. Hubert,
évêque d’Angers, célébra la consécration de l’église le 7 dé¬
cembre 1020 et installa, en 1033, dans le monastère, enfin ter¬
miné, une colonie de moines de Marmoutiers. Le premier abbé
de Saint-Nicolas se nommait Baudry (1) (1033-1035). Le prieuré
de Saint-Mars dépandit de cette abbaye jusqu’à la Révolution (2).
i
Pourquoi notre paroisse s'appelle Saint-Mars
et non Saint-Médard.
Il y a là un problème que nous avons voulu approfondir, sans
nous flatter, toutefois, d’en apporter ici une solution définitive.
M. de la Nicollière-Teijeiro a prétendu, à tort, que les paroisses
du pays nantais du nom de Saint-Mars, Saint-Mars de Coûtais,
(i) V. Leduc, But. abb. Saint-BkoUu Compendium. Bibl. Nat. Fond Saint*
Germain. Use. 583 r. — Dom Housseau, t. un, etc.
(a) En i6a8, le prieur de Saint-Mara-la-Jaille fait aveu, h l'abbé de Saint-
Nicolas d’Angers, pour le temporel de ce prieuré (Areh. de la Loire-InJ.).
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152
REVUE DE BRETAGNE
Saint-Mars-du-Désert et Saint-Mars-la-Jaille, eurent autrefois
pour patron un saint Mars, évêque de Nantes au VI* siècle, dont
il est question dans une vie de saint Melaine(l). L’abbé Tréveaux
partage cet avis, mais place l’existence de ce saint au IV e siècle.
Quant à M. Léon Maître, il voit, dans le nom de saint Mars, une
déformation du nom de saint Médard, déformation dont il
n'indique, ni l’époque, ni la raison. Telles sont les deux circons¬
tances que nous croyons avoir trouvées en étudiant attentivement
cette intéressante question.
La transformation du nom latin Medardus , en la dénomination
Mars , es t facile à expliquer, si l’on se reporte à l’époque lointaine
où le latin populaire, importé en Gaule par les soldats de César,
céda peu à peu la place au bas-latin mérovingien, puis au roman,
langue vulgaire d’où devait sortir, comme d’une impure chry¬
salide, la langue française, noble et harmonieuse, l’un des plus
parfaits instruments de la pensée et de la parole humaines.
Parmi les lois qui ont présidé à la transformation des mots
latins en mots romans, puis français, il en est une capitale : la loi
de persistance de Vaccent qui consiste dans le maintien, en ces
mots nouveaux, de l’accent tonique des mots latins'dont ils sont
sortis. Ajoutons à cette règle primordiale de la formation des
mots celles de la suppression de la consonne médiale et de l’as¬
sourdissement ou de la suppression de la finale atone, et dans ,
Medardus nous trouvons successivement : Meardus , Mars , dont
la langue vulgaire des V e au VIII* siècle fit Tunique traduction
populaire du nom latin Médardus (2).
Bien que ce titre de Sanctus Medardus ait toujours été attribué
à notre église, dans les documents latins, nous ne croyons pas
téméraire d’affirmer que, dès son origine, netre paroisse dut être
(i) En supposant la réalité de l'existence de ce saint Mars, fait des plus
problématiques, son culte eut été local, ou tout au moins régional. Or, il
existe, en dehors du diocèse du Nantes, onze paroisses, au moins, portant le
nom de Saint-Mars ! L’une de ces paroisses est située en Seine-et-Marne. En
outre, la plupart de ces paroisses, comme celles de l'évèché de Nantes, sont
sous le vocable de saint Mcdard. Il y a tout lieu de supposer que ce patron
fut donné, au plus grand nombre d’entre elles, dès l'époque de leur
fondation.
(a) Pour plus de détails voir notre Elude sur les origines du nom de Saint -
Mars-la-Jaille.
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SAINT-MARS-LA-J AILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS
153
désignée, parle peuple, sous le nom vulgaire de Saint-Mars, nom
que porte aujourd’hui notre localité.
Nous ne sommes pas d’ailleurs éloignée de voir, dans le choix
de ce patronage, un des nombreux exemples de la substitution
voulue, parles premiers évangélisateurs chrétiens, du culte d’un
saint de la nouvelle religion à celui d’une divinité païenne. Il
nous parait établi, en effet, que notre territoire de Saint-Mars-
la-Jaille fut, à l’origine, la terre de-Mars, nom qui pouvait résulter
de trois circonstances :
1* Le territoire de notre canton, qui représente encore assez
bien celui du primitif fief, est situé à l’extrême limite de la Bre¬
tagne et de l’Anjou, sur la lisière des antiques pagi Namnetensis
et Andegavensis. Or, le mot frontière, lisière de province ou de
territoire, se traduit exactement, en langue celtique, par marz
d’où, sans doute, est venu le mot marche employé pour indiquer
la bande de terrain limitrophe d'une province, en vieux haut-
allemand, marcha. '
2° La vallée de l'Erdre, où est situé Saint-Mars-la-Jaille, n’était
autrefois qu’un vaste marais, bordé de coteaux, alors seuls habi¬
tables. Cette situation marécageuse s'indiquait en bas-latin par
mariscum, en langue germanique par marex, marsh et en anglais
marsh. Or on sait que toutes ces langues, mélangées à celle de
nos ancêtres, les Celtes, contribuèrent à la formation du français.
3° Enfin, une tradition prétend qu’au temps de l’occupation
romaine notre localité, ou ses environs, possédaient un temple de
Mars. Une tradition, c’est peu de chose, nous en convenons, pour
qui cherche la certitude historique, cependant toute tradition
naquit, assurément, d’une vérité plus ou moins dénaturée par le
temps, comme toute fumée, répandue dans les airs, eut, pour
point de départ assuré un foyer quelconque, bien humble sou¬
vent, mais, parfois singulièrement lumineux. Une tradition doit
être respectée et peut entrer en ligne de compte non pour pré¬
tendre établir une certitude historique, à laquelle elle ne saurait
servir de base, mais pour appuyer une hypothèse vraisemblable,
et à défaut de documentation écrite.
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154
REVUE DE BRETAGNE
■4
II. — PÉRIODE FÉODALE
C’est vers le X fl siècle que l’usage des demeures fortifiées de¬
vint général en Europe. Voici en quoi consistèrent les primitives
forteresses : autour de l'enceinte, où l’on voulait bâtir, on creu¬
sait un fossé large et profond ; la terre, rejetée en dedans, for¬
mait un monticule artificiel qu’on nommait la motte . On plantait
sur le pourtour des pièces de bois équarries, fortement liées
entre elles de façon à former une palissade continue, qu’on for¬
tifiait souvent par des tours de bois, de place en place. Dans
cette enceinte s’élevaient les bâtiment en bois qui servaient de
logements pour les domestiques, d’écuries, de greniers, de ma¬
gasins. Au-dessus se dressait une grosse tour carrée en bois
quon revêtait, en cas de siège, de peaux de bêtes fraîchement
écorchées pour empêcher d’y mettre le feu. C’était le donjon
(Dominium) c’est-à-dire la maison du maître.
L’emploi du bois, et non de la pierre, pour ces constructions
venait de la richesse des forêts, qui couvraient à cette époque
une grande partie du territoire français, tandis qu’alors, l’ex¬
traction de la pierre était besogne longue et difficile. Plus tard
l’invention de la poudre devait modifier profondément, aussi bien
le mode d’établissement, que les procédés d’attaque et de défense
des places fortifiées.
Saint-Mars-la-Jaille posséda, selon toutes probabilités, une
de ces forteresses primitives, qui devait être située sur l’empla¬
cement qui porte encore le nom de Champs de la Moite (1) à l’ouest
du château actuel de Saint-Mars-la-Jaille, non loin des Chzmps
de Saint-Mars (2), et touchant les pièces déterre appelées les po¬
tences (3). Près de là se trouvent également les près de la Mou-
linière, où se voient des levées de terre fort anciennes, sans doute ;
peut-être ces travaux faisaient-ils partie de la défense du pri¬
mitif château?... Les pièces de terre, où ils se trouvent, portent
les noms assez caractéristiques de Les Doux (4) {pour Dovhes ,
douhes , douves) et la Tombe (5). Dans les mêmes parages
(i) Cadastre, section C, no* 6 et 19 .
(а) Cadastre, section C, n°» 386 à 427 .
(3) Cadastre, section C, n°‘ 1 à 5 , 6 à 9 *
(4) Cadastre, section C, n° i56.
( б ) Cadastre, section C, n° 167 .
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SAINT-MARS-LA-JAILLE BT SBS ANCIENS SEIGNEURS
155
nous trouvons [encore la Douve (1) et la pièce de l'étang (2).
Il y a tout lieu de voir dans l'ensemble de ces noms et de ces
terres, voisines les unes des autres, le seul souvenir qui nous
reste delà première entité féodale du lieu, le fief ou terre de Mars.
Les Seigneurs de Mars.
Ainsi que nous l’avons déjà vu, Saint-Mars-la-Jaille porta
primitivement le nom de Mars ou Marz. Nous avons dit à quelles
circonstances il faut, pensons-nous, attribuer cette dénomination
du territoire que nous habitons aujourd’hui, et qui, par une
substitution voulue, dont on peut citer de fréquents exemples,
fut voué, par les premiers évangélisateurs de notre région, au
culte de saint Médard, en langue romane Saint-Mars .
Plusieurs auteurs, parmi lesquels M. Léon Maître, ont placé
à Petit-Mars ( Villa Marcio , Marcis (IX e siècle) (3), Marcius
(1123) (4), Eccl. de Mars { 1278) (5), Parvus Marcius (XIV e siècle) (6),
Parvus Mars (1559) (7), le fief ou terre de Mars. Il est évident que
cette localité a dû le nom de Mars qu’elle porte encore au souve¬
nir d un établissement romain existant jadis sur son territoire.
Il n’est pas moins certain, selon nous, que les seigneurs désignés
au XI* et au XIP siècle dans des chartes (8) que nous allons
étudier, n'étaient pas les seigneurs de Petit-Mars, mais du,fief
qui est devenu Saint-Mars-la-Jaille. Le Petit-Mars appartenait
alors aux Hus de la Muce.
Le premier des seigneurs de Mars dont nous ayons trouvé le
nom est Gauscblin de Mars (9) qui atteste une donation de Gui-
hénoc 1 er *, fils d'Alfred et d’Origone, et baron d’Ancenis, aux
moines de Marmoutiers. Nous avons tout lieu de croire que ce
(i) Cadastre, section D. n° 6a5.
(а) Cadastre, section D, n° 628.
Ces levées de terre viennent, malheureusement de disparaître, par l’ordre
de M. de la Ferronnays, propriétaire actuel du château, dont il fait rema¬
nier le parc et les dépendances.
(3) Cort. Hoto .
(4) Charte de Louis VI (Dom Morice, Pr.
(5) Arch . de la Loire-Inférieure G, 97 .
( б ) De Lesquen et Mollat.
( 7 ) Arth. de Petit-Mars GG, i.
( 8 ) Dom Morice, Histoire de Bretagne , Pr. I. 437 , 5a4, 565, 585, 695 . Arch .
de la Saulaie ; Communication de M. le marquis de L Ësperonnière.
( 9 ) Gauscelinas de Marcio vers 1070 . (Dom Morice, Pr. I, 437)4
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156
REVUE DE BRETAGNE
Gauscelin fut l’un des possesseurs de notre châtellenie de Saint-
Mars. Les co-signataires dans cette charte sont : « Cavalon de
Sion, Jacut de Nort, Payen, frère de Guihenoc, Simon son ne¬
veu, Hugo frère de ce Simon, Urvod de Bernai et son fils Bri-
becion, Bodin de Tourneborde, Berald,son homme, Tome, Ori-
gone, mère de Guihenoc, et Agnès, son épouse ». Ce document
fut écrit en 1070 (circa).
Nous trouvons ensuite, en 1105, Février de Mars (1), au nom¬
bre des seigneurs qui accompagnent, à Nantes, le baron d’Ancenis,
leur suzerain, convoqué par le duc Alain Fergent pour assister à
la publication des donations faites par celui-ci à l’église, dans la
crainte que la propriété de ces dons ne lui fut contestée par la
suite. Avec Février de Mars signent, outre le baron Maurice
d’Ancenis, Brient vieillard, Daniel, fils de Janigot, Guillaume
sénéchal, Raoul de Guinan, Hugo sénéchal, Godfroy, fils de
Renauld, Joscelin de Panecé, Gestin de Mésanger, Olivier, fils
de Brient, Hervé de Oudon et plusieurs autres (2).
Enfin nous possédons un document qui, à lui seul, nous semble
établir d’une manière certaine, que Février de Mars et Vivien,
son frère, furent bien possesseurs de Saint-Mars et non de Petit-
Mars. Cette charte nous apprend que « Vivien et Février son
frère et Hugo fils de Février », donnèrent, à un nommé Daniel,
t serviteur de Dieu », qui, se faisant moine, les porta aux reli¬
gieux de Saint-Florent, des terres prises « sur la portion de forêt
que lesdits seigneurs reçurent jadis , eux-mêmes des barons d'An-
cenis. » Or, ces terres sont : La Poitevinière (entre Bonnœuvre et
Riaillé), les Champs Bernard (aujourd’hui Champs-Morin près de
Bonnœuvre), le Moulin (probablement le vieux moulin à eau des
Bruères, touchant les champs MorinJ le Ronzeray (touchant le
bourg de Saint-Mars) et joignant la très ancienne terre noble de
la Haie-Daniel « la terre Guedguel » (aujourd’hui Vivelle, en
Saint-Mars et sur la lisière de la forêt de ce nom, proche des
Champs-Morin) et le Breuil d'Alucion (ou Breuil aux Moines en
Bonnœuvre, vieille possession du prieuré de ce nom). Toutes ces
terres dépendaient de la châtellenie de Saint-Mars-la-Jaille et
non de celle de Petit-Mars, en supposant même que Petit Mars
eut jamais possédé une châtellenie de Mars , ce que nous n’avons
(i) Februarius de Marlto (Dom Morice, Pr. I, 5a4<
(a) Dom Morice, Pr. I, M.
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SAiNT-MARS LA-JAILÎ.E ET SES ANCIENS SEIGNEURS ' 15/
vu nulle part. Le premier château connu de cette paroisse fut
celui de Ponthus, construit, vers 1200, par Hus de la Muce (1).
« La donation de Vivien fut confirmée par Raoul de la Cha¬
pelle »> (seigneur de la Motte-Glain), son fils Renaud et son
épouse, qui étaient des membres de la maison de Rougé (2), vas¬
saux, eux aussi, des barons d’Ancenis. Or nous avons dit plus
haut que la châtellenie de Saint-Mars a, de tout temps, relevé de
la Motte-Glain (3) et jamais de Petit-Mars.
D'autre part, selon l'usage des XI e et XII e siècles qui voulait
que toute donation fût attestée parles parents et vassaux du
donateur, nous voyons la libéralité des seigneurs de Mars si¬
gnée par : Guibert de Pannecé, Alain Guihénoc, Mathieu de
Riqillé, Malo de Montfriloux, vassaux, ainsi que nous l’avons
vu, de Saint-Mars la-Jaille, comme en-font foi les plus anciens
documents relatifs à cette seigneurie, qui, elle-même, dépendait
de la baronnie d'Ancenis.
C’est au même titre que la première donation de Guéhénoc aux
seigneurs de Mars est attestée par Hamon de Pannecé, Oliviér
Lesueur, Breton de Mouseil, Roger Le Tort et Hildebert Le
Borgne, tous vassaux d’Ancenis (4)*
Ces documents nous indiquent dans cet ordre les premiers sei¬
gneurs de notre fief : Gàuscelin, Vivien , puis Février, son frère, et
Hugo, fils de ce dernier. C’est à dessein que nous insistons sur
cette succession, que nous croyons ainsi bien établie, dans la pos¬
session de ce fief, sinon constitué, tout au moins largement aug¬
menté, par les barons d’Ancenis.
Nous retrouvons encore « Vivien et Février son frère » au
nombre des seigneurs qui attestent les dons faits par Alain de
Moisdon et Hamon de Bigot aux moines de la Mellerai, à la fon¬
dation de l’abbaye de ce nom, en 1142 (5).
De même un Vivien de Marz, en 1183, atteste un don fait, le
(i)Par la même charte, nous voyons que le seigneur d’Auverné donne
aussi à Daniel le moulin de l’Epinay près de Bonnœuvre.
(a) Dès ii3o d’après M. de Cornulier, la maison dç Rougé posséda le châ¬
teau de la Motte-Glain, paroisse de la Chapelle-Glain (De Cornulier, Dic¬
tionnaire des terres du Comité Nantais).
(3) Déclarations d'Ancenis et de la Roche-en-Nort en i544 et 1680 .
(4) Dom Morice, Pr. 1. 565.
(5) Dom Morice, Pr. I* 685.
Septembre i908 ii
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REVUE DE BRETAGNE
7 août de cette même année^ aux moines de la Mellerai, par Bo-
nabes de Rougé, à l’occasion de la dédicace de l’église de cette
abbaye, donation également attestée par le châtelain de la Motte-
Glain, Renauld, fils de Raoul de la Chajelle, que nous avons vu,
ci-dessus, approuver les dons de Vivien de Mars. Ce Vivien de
1183 pourrait être le même, mais est plus probablement, son
fils du même nom (1).
Vers cette époque, croyons-nous, doit se placer la fondation
du prieuré de Saint Mars ou Médard, en latin Ecclesia Sanctus
Medardus , ainsi que celle de plusieurs autres prieurés ou paroisses
de Saint-Mars du comté nantais pour la plupart consacrés à
saint Médard.
De plus, ce document établit que les possessions des seigneurs
de Vritz s’étendaient, dès cette époque, sur quelques terres et un
moulin situés à Saint-Mars, fait qui nous sera prouvé par
d’autres chartes. La maison de Vritz dépendait au reste, comme
la châtellenie de Saint-Mars, des seigneurs de la Chapelle-Glain
et posséda, plus tard, cette châtellenie, ainsi que nous le verrons.
« Olivier de Vritz, après la mort de sa sœur Leigrat, et pour
le repos de l’âme de celle-ci, donna à l’abbaye de Mellerai deux
sous (de rente) qu’il tenait en fief de Herdebert Le Monner. Les
témoins furent l’épouse dudit Olivier, qui donna son consente¬
ment, Geoffroy (de Beaumont ), abbé de Mellerai, Simon de Héric,
Robert Crespin, Gaudin de Saint-Mars....
« Le même Olivier donna aussi la portion de dîme qui lui re¬
venait à Saint-Médard, excepté la dîme de sa métairie...
... Il donna également sur un moulin qui est avant l'église de
Saint-Médard , un setier de froment pour l’anniversaire de son
père et de sa mère qui est le 15 janvier » (2).
Voici la suite de cette charte latine écrite, en 1177 et 1192, et
(i) Dom Morice, Pr. 1.697.
(a) Archives de la Saulaie. Communication de M. le Marquis de L’Esperon-
nière.
La métairie dont il est question plus haut n’était-elle pas la Leverie ac¬
tuelle, vieille terre noble, dépendant « à charge de foi, hommage et rachapt »
de la seigneurie de Saint-Mars. L’étymologie de ce nom serait, en ce cas,
Lès-Veriz ou Lès-Vrilz. On désignait jadis par ce mot Lès ou (<ez précédant
un nom4 une terre un peu éloignée du domaine dont elle dépendait.
Les noms mis entre parenthèses, par nous, sont les noms actuel» des terres
identifiées. Les autres ont changé de nom, ou disparu comme villages
habités.
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SAINT-MARS-LA-J AILLE'ET SES ANCIENS SEIGNEURS
159
que nous citerons en entier à cause de l’intérêt qui s'y rattache.
a Olivier de Vritz a donné à Melleray, dix-huit sous de cens
annuel. Les témoins de cet acte sont : dom Aymar, abbé de Pon-
tron ; Gestin, abbé de Saint-Gildas (1), Geoffroy, abbé de Melleray ;
Raymond de la Cornuaille qui consentit à cette donation (2) ;
Jean de Freigné ; Geoffroy Lostior.
« S'ensuivent les noms des terres sur lesquelles sera prélevée
ladite somme: La Bretonnière (existe encore sous ce nom), deux
sous et trois deniers ; la Poterie , (existe encore sous ce nom) dix-
huit deniers; la Baaterie (existe encore sous ce nom, route de
Freigné), neuf deniers ; ta Rembergère (Laubergère ?) dix deniers ;
Charbocet (Carbouchet), dix-huit deniers, la Molère (la Moulinière
ou Molinière?) neuf deniers ; les Places (existent encore sous ces
nom^ les Hautes et les Basses Places), dix-huit deniers ; le Cho -
rai (le Charai?) le Forcin (sans doute le fief Fonrcin de la ftef. de
1745), dix-huit deniers ; Mongrison (Grison) dix-huit deniers Ler-
mitrère (?) dix-huit deniers la Doernère (?) peut-être la Thoesnière
au village de la Harie), dix-huit deniers ; Berlate (La Bellate ou
Bellette), dix-huit deniers Campiernault (plus tard Champs Es -
nauld* puis Champs Jeanneau) neuf deniers... »
Les antiques villages, ou terres, désignés dans ce document
appartenaient évidemment aux seigneurs de Vritz, dès la fin du
XII e siècle. Le fief des seigneurs de Saint-Mars, après la dona¬
tion faite à Daniel, était donc assez peu considérable. Leur châ¬
teau avec ses dépendances, et la forêt, depuis appelée forêt de
Saint«Mars en étaient les principaux membres, auxquels vinrent
se joindre, ainsi que nous allons le voir, ces possessions mêmes
des seigneurs de Vritz, puis, plus tard, celles de la maison de la
Jaille pour faire de Saint-Mars une importante châtellenie.
(A suivre). J. Bàudry
(i) Labbaye de Saint-Gildas possédait le prieuré de Saint Germain à Frei¬
gné.
<2 Gomme suzerain des seigneurs de Vritz.
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CONTES DE GRAND’MÈRES
—\-
Contes de Basse-Bretagne et du pays Gàllo
Les contes de ce recueil Int tous pour moi la même origine . Ils
m'ont été racontés par ma mère , ma grand'mère et mon arrière-
gramfmèrt et font partie des traditions de la famille depuis bien
des générations.
Us sont pourtant très différents les uns des autres . Certains
ont une parenté très visible avec les contes de Perrault et remontent
peut-être à la même époque. Les autres , au contraire, ont une
grande analogie avec nos contes populaires , et fai retrouvé des
-épisodes identiques dans les récits des paysannes du Morbihan et
de Vllle-et-V Haine.
Quelques-uns de ces derniers contes ont peut-être une forme
moins simple qu'il ne conviendrait. Je suppose que ceux-ld se
racontaient depuis plus longtemps da?is la famille et ont perdu , à
foret de passer de bouche en bouche , une partie de leur saveur
primitive.
Je les transcris tous tels qu'ils sont restés dans ma mémoire , tels
que je les ai racontés à mes enfants et à mes petits enfants. Je.me
suis seulement permis de baptiser quelques personnages pour
donner plus de clarté au récit.
A. D. Roazoun
1908.
-4
i
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CONTES DE GRAND MERES
IG
LES TftQIS BRINS DE PIMPENOIS
Il y avait une (ois un roi et une reine qui avaient trois enfants,
deux fils et une fille. Le roi qui était vieux songeait, selon l'usage
du pays, à se choisir un successeur. Un jour donc il appela ses
enfants :
— « Je voudrais, leur dit-il, désigner avant de mourir celui qui
doit régner à ma place, mais je ne sais que décider, car je vous
aime tous également. Allez donc dans le grand bois où fleu¬
rissent les Pimpenois. A celui d'entre vous qui m'en rapportera
trois brins, ma couronne appartiendra.
Et les trois enfants, ayant pris congé de leur père, se mirent à
parcourir la forêt à la recherche de ces fleurs précieuses qui
valaient un royaume. Ils errèrent longtemps parles sentiers,
sur le bord des ruisseaux, à l’ombre des grands hêtres et des
chênes sombres, partout où ils espéraient trouver des fleurs de
Pimpenois. Leurs recherches furent d’abord inutiles. Il fallait
naturellement que ces fleurs fussent d'une grande rareté pour
être estimées à un si haut prix par le roi.
Enfin, vers le soir, la jeune fille arrivant près d'une fontaine,
aperçut trois belles fleurs de Pimpenois fraîches épanouies. Elle
s'empressa de les cueillir, toute joyeuse, et reprit bien vite le
chemin du palais, caria route était longue et elle avait hâte de
jouir de son triomphe.
A peine avait-elle fait cent pas qu'elle se trouva face à face aveo
son frère aîné dont la figure se rembrunit à la vue du bouquet
qu’elle tenait à la main
— « Tu vas me donner ces fleurs », dit-il d’un ton impérieux.
— « Non certes, c’est moi qui les ai trouvées et notre père a
dit qu’il donnerait sa couronne à celui qui lui rapporterait trois
brins de Pimpenois. »
— « C'est pourquoi tu vas me les donner, reprit le jeune
homme; qu'est-ce qu’une femme pourrait faire d'une couronne ?
D’ailleurs celle-ci m’appartient de droit, puisque je suis l’aîné.
Donne-moi vite tes fleurs, si tu ne veux que je m'en empare de
force, car il me les faut à tout prix ».
« — Viens donc les prendre, alors, car tu peux être sûr que je
ne te les donnerai pas ».
Et à ces mots la jeune fille, s’enfuit en riant, car elle était loin
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REVUE DE BRETAGNE
1*2
de soupçonner toute la méchanceté de son frère et n’av&it pas
pris ses menaces au sérieux......
La nuit était noire quand l'atné des fils du roi arriva au palais
où depuis longtemps déjà son jeune frère était rentré las d'inu¬
tiles recherches. Il tenailrà la main trois fleurs de Pimpenois et
les présenta triomphant au roi qui, tout en lui faisant ses com¬
pliments, lui demanda s'il n’avait pas rencontré sa sœur dont
l’absence prolongée commençait à le préoccuper, les jeunes filles
n’ayant pas coutume d’affronter volontiers la nuit dans les
bois. Lejeune prince répondit audacieusement qu’il n'avait vu
personne. J '
Le père inquiet envoya des serviteurs à la recherche de sa fille,
supposant qu’elle s'était égarée ; mais ils eurent beau parcourri
la forât en tous sens jusqu’à l’aube, et la parcourir encore les
jours et les nuits qui suivirent, ils ne purent retrouver sa trace.
Cependant le frère aîné demandait instamment qu’on lo pro¬
clamât héritier de la couronne. Il avait rempli les conditions re¬
quises en apportantes trois brins de Pimpenois et réclamait
l’accomplissement de la promesse du roi.
— « Il faut d’abord que nous ayons retrouvé votre sœur,
répondit celui-ci, il se peut qu’elle ait eu la môme chance que
vous, mon fils, et nous ne pouvons rien décider avant d’ôtre
fixé sur son sort. »
Et les recherchas continuaient, toujours infructueuses, et le
temps passai*.
Bien souvent le roi et la reine se rendaient avec les deux enfants
qui leur restaient dans cette forê£ d’où jamais leur fille n’était
revenue. L’alné n’osait se dérober à ces promenades qui le fai¬
saient trembler de la tête au pieds.
Un jour qu’ils se promenaient tous ensemble, le père et la mère
s’engagèrent inconsciemment dans le chemin conduisant à la
source où avaient fleuri les Pimpenois, et cette fois le coupable,
forcé de suivre la même route,, se sentit pâlir d'horreur.
Tout à coup le jeune frère qui courait de tous côtés avec l’in¬
souciance de son âge arriva tout ému près de ses parents. Il tenait
à la main un sifflet comme les pâtres savent en tailler dans l'é¬
corce nouvelle.
— « Oh ! père, dit-il, voyez donc l’étrange sifflet que j’ai trouvé
là-bas, sur la mousse ; on dirait qu’il parle » ; et le portant à ses
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CONTES DE GRAND’MÈRE
163
lèvres il souffla doucement. On entendit alors comme une voix
plaintive qui disait :
— « Mon frère, mon. frère,
J’ai été tuée dans un bois . ■
Pour trois brins de Pimpenois ! » (1)
— « Qu'est-ce que cela signifie, s’écria le roi », et prenant
le sifflet il souffla à son tour.
— « Mon père, mon père, reprit la voix,
J’ai été tuée dans un bois
Pour trois brins de Pimpenois ! »
— « Comptez-vous vous amuser longtemps avec ce joujou, fit
le frère aîné d’un air dédaigneux sous lequel 1 cherchait à dissi¬
muler son effroi » ; mais déjà la mère avait pris le sifflet et la
voix disait :
— « Ma mère, ma mère,
J’ai été tuée dans un bois
Pour trois brins de Pimpenois. »
— « Voilà qui est étrange dit le père profondément troublé » ; ■
et se tournant vers son fils :
— « A vous maintenant », dit-il.
— « Nous n'allons pas nous attarder à ce jeu puéril f, fit
le prince d’un ton méprisant; et saisissant le sifflet magique il
voulut le lancer au loin, mais le roi le prévint.
— « Je vous demandais de souffler à votre tour, maintenant
je vous l’ordonne », dit-il, et sa voix était si sévère que le jeune
homme dut obéir. Il porta à ses lèvres tremblantes le sifflet
vengeur et aussitôt la voix reprit, terrible :
— Maudit, maudit,
Tu m’as tuée dans ce bois
Pour trois brins de Pimpenois t
Frappé de terreur le meurtrier tomba à genoux, confessan
son crime. Il avait tué sa sœur pour s’emparer des fleurs qu’elle
( 1 )
-v-
Mon frère, mon frère, J’ai é - té tuée dans un bois
—P
- 0 -
* * i
■ —P
— 0 —
— 0 -
—f-j-
* * 4
7---
—P—
“P—
-1—«J-
Pour
trois
brins
de
pim - pe - nois.
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îievüe de Bretagne
ifii
avait trouvées et obtenir la couronne ; puis il avait recouvert le
corps de branches et de feuilles montes.
Peu après le fils atné du roi subit le châtiment dû à son forfait,
et quàiitf les temps furent accomplis, ce futle pins jeune des trois
enfants qui monta sur le trône de son père.lui qui ne s'était
point attardé à chercher dans la forêt les trois brins de Pimpe-
nois (1).
(.4 suivre .) A.-L). Roazoun.
( 1 ) Julienne Leneveu de Rohan racontait, vers 1860 , une histoire de ce genre.
Les fleurs de Pimpenois n’y étaient pas mentionnées, mais on y retrouvait l'épi¬
sode du sifflet (parlant et non chantant) qui disait :
— « Sifflez, aifllez, mon père,
Mon frère m’a tuée. etc.
Le Gérant : P. Chevalier^
Vannes. — Imprimerie Lafolyk Frères, 2^ place des Lices.
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Feiz ha Breiz: 8* année. Tous les mois. 1 an 3 fr.’Les abonne¬
ments partent du 1 er janvier. S’adresser à M. Cardinal, recteur de
Saint-Vougay, par Plouzévédé (Finistère),et pour les abonnements
à M. Caroff, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretoned Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4* année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du Cherche-Midi, Paris.
Revue du Pays d’Aleth : 4 e année, mensuel. 1 an, 3 tr. Direc
teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pays d’Arvor : 2* année, 1 an, 5 fr. Directeur : Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux,25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Revue du Traditionnisme. — Rev. intern. du folk-lore — mens
1 an, 10 fr. N # , 1 fr. -- Directeur : M. de Beaurepaire-Froment
Paris, 60, quai des Orfèvres.
Revue du Bas-Poitou, 20* année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr
N° 2 fr. 50. — D r M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L’Anjou historique — 7* ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. D m
M. l’abbé Uzureau, aumônier, à Angers. Edit r : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires, 22* ann. mens. 1 an, 15 li.
N° 1 fr. 50. Direct . M. Paul Sébillot, 80, boulev. St-Marcel, Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
La Vendée historique. — (Revue <fe la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11* année. — Edit, sur papier fort, 6 fr. 50; édit,
ord. 5 fr. — D r Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Revue de l’Anjou, 57* année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
V t9 de Mazières-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Paris
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1 jd’excursidij de la Normandie ét de la Bretagne — Principaux horaires
J /des trains — Tableau - des- marées Cartes postales Cariés
/ cyclistes du littoral de la Manche — Plans des. principales ville* -
' Jjste d’HÔtels, Restaurants,-etc.. ). . - - .
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valeur, en limbrcs-posté, uiü Service de la Publicit^,* 20, rue de
Rômé, > Paris. : J J
'..CHEMIN DE FER D’ORLÉANS
Au d" juillet, la Compagnie'"'d'Orléans a réalisé les'améliorions
suivantes : " ’ ) ’ .
Lèq trains Rapides « BÂins'de met- »'circulant qüatrd, ibis par
semaine ehtre Paris et Qpimper fet /ice-versb -Ont lieutims les
jours pendant la période du I"juillet au 14 Octobre inclus.
Le premier part de Parié-Qdài-d'Orsayii. 9 fi. Il soif.et arrive
\Vannes b 6 h. 4 matin. '* _
Le second part de Vdnnes à 10 b. 19 soir et arriVe' à ParTï-^UUl-
d'Orsay à 7 u,. i y-matin. ‘ ..
Lp train BxpY'ess du ra^tin/Î9Nantes sur la Bretagne-est rétabli
/éetn’mé-chaque été; il part dstftntéS-à Ah. 15 matin'au d|eu dé
, 5 h.'22 et ajriï^ à Vannes à -$0, à Aura* àJuh. -»,Jc Lorient à
\ g u. 4 Q ; 4 Çoocarhea 4 -àJl h.*lf, S Quimpef A 10 TL o7, à Pont-VAbbé
11 h. 49, à DoIiïrfneRez à midi 1, et à Landerneau à 1 h. 27 soir. ;
! Le traid Oqjnibus vémant\de LoriesjpArrivaht'i Vannes à 6‘h. 41
/soir est retaWé d’environ Sùèures, U'P art de Lorient trïiu Ij* s^fr,
F d’Auray à 8 h.,15 eV arrive à Vttirnés à 8 h 41 Sqiri
V- <• -.—■- * ' ? \ -
Vannes. — £, place de^ Upes.
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REVUE
de Bretagne
rbVue 4- , revue - :
dt BrftagM et de Vendée 4 ffittoritjue defôutû
. < J ; v ' RÉUNIES
1 \ /
\jxerun Mzrmœux
- Y-, #: ", ^
/' M“ de.iÆSTpURBEILLON, Directeur
Ç-Rkni an LA ÏQUE. 1(Uaetiur tn chef
MM. Le V u C n**OSB de CALAN, Secrétaire région*] pour'Hle-et-Vilaine. — René
BLANCftARQ pour la Loire-lnfé^cure.— JLxC*«mQ»^B¥R^N,pour U Finistère.
— AYE&EAU de la GRANC 1 ERÉ, pour le Morbihan. — Alahi RAISON du
CLBUZIOU. pour le* Côte^du-Nor^,.— Olivier de GOURCllf*Iv peut l*aris.
VANNES
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ÉDITEURS
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LIBRAIRIE bretonne
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S'adressa pour h Rédaction et l’envoi des manuscrits à M. le C ,e dh LAIGUE,
au^hâtSau de Bahap^ pttT Redon ; pour 1’ Administration, MM. LAROLYE, frères
places des Lices, Viaaei.^
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SOMMAIRE
I. — L'Enceinte romaine (TAtel. — L. Campion. ..... 165
II. — Mélanges historiques (suite). XVIII. Le Comte de Nantes Ma-
thias II. — XIX. Le dac Hoël II. — XX. La Chronologie des
Annales Bretonnes . — V u Ch. de la Lande de Calan . 179
III. — Combour et ses Seigneurs (stiite). — Paul de la Bigne. 189
IV. — Galerie des Illustrations Bretonnes. Le Cardinal Richard. —
V u Hippolyte Le Gouvello .202
V. — Saint-Mars-la-Jaille et ses anciens seigneurs (suitej. —
J. Baudry. 205
VI. — Bibliographie .216
CONDITIONS D’ABONNEMENT
France, un an.12 fr.
Etranger, —.15 —
On s'abonne soit chez M. le comte de Laigue, château de
Bahurel, par Bedon, soit chez M. Lafolye, imprimeur & Vannes.
Les abonnements partent du l* r janvier ou du l«r juillet de
l’année en cours. — Il n'est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont offerts aux auteurs.
Nota. — La Direction et la Rédaction de la Revue de Bretagne ne
sauraient être aucunement responsables des théories ou opinions
émises dans les articles qui y sont insérés, cette responsabilité,
incombant tout entière à leurs seuls auteurs.
Il sera rendu compte de tout ouvrage (fauteur breton ou inté¬
ressant la Bretagne , dont un exemplaire aura été adressé au Rédacteur
en chef de la Revue.
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SCHEMA DE LA ClTÉ (ALET)
en Saint- Servan
et de l'enceinte romaine
.—--
Murs romains exhumés
Traces de murs romains ___
Traces de maçonnerie romaine....
FORT
, CONSTRUIT
O L”
U
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Porte Monumentale
IH
Cathédrale
\ f- f T °u p
V> 1 1 . _ . Place
\ \^ X ? SIECLE
Saint-Pierre
rS Tfai I-_;_
- HiauA tBE
Echelle =
22 Août 1908
L. CAMPION
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GoogI(
L’ENCEINTE ROMAINE D’ALET
Conférence faite à la séance publique et solennelle de la Société His¬
torique et Archéologique de l'Arrondissement de Saint-Malo, par l*abbé
Campion, chanoine de Rennes, Professeur à Saint-Vincent ,1e 17 août 1908.
Mesdames, Messieurs, ,
Permettez-moi de remonter jusqu'au déluge et môme plu¬
sieurs centaines de millions d’années avant le déluge; en le
faisant, je serai encore dans mon sujet : L 'Enceinte romaine
d'Alet. C’est que pour expliquer l’é'at actuel de cette enceinte, il
me faut résumer en quelques mots une théorie célèbre de La-
place et le système géologique du regretté Albert de Lapparent.
Transportez-vous donc en esprit à l’origine du Monde. La
Nébuleuse qui doit former le soleil et son cortège de planètes,
abandonne peu à peu et successivement,dans son mouvement de
rotation, les parties les plus éloignées de son axe. C’est ainsi que
la Terre se détache du noyau central. A ce moment cette terre,
beaucoup plus volumineuse qu’aujourd’hui,est une massegazeuze
portée à une température excessivement élevée. Mais lerayonne-
ment dans l'espace et la condensation progressive de cette masse
refroidissent considérablement sa surface extérieure. Alors une
première écorce solide se forme tout autour du noyau terrestre,
comme se forme un laitier sur un bain de métal en fusion.
Cette première écorce n’apparalt pas partout en môme temps
et savez-vous en quels endroits elle se montre d'abord ? Eh bien 1
c’est en particulier sur le rocher qui porte cette salle des fôtes
de l’hôtel de ville de Saint-Malo, c’est sur les rochers de la Cité
en Saint-Servan. La mer n’existe pas encore à l’état liquide ;
l’eau des Océans,à l’état de chaude vapeur,pèse d’un poids énorme
sur la primitive croûte terrestre. Plus tard cette atmosphère se
condense et se liquéfie en partie/ La mer vient remplir les vastes
réservoirs que le Créateur lui a ménagés, mais jamais, à aucun
moment, elle ne recouvre les rochers qui forment l’ossature de
Octobre 190S. fS
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166
REVUE DE BRETAGNE
la Côte d'Emeraude. Ces rochers de gneiss granitoïde sont donc
bien vieux I si vieux, si chargés d'une telle accumulation d'an¬
nées et de siècles précédant la création de notre premier père
Adam, que sous les coups répétés de la vague marine, sous Pal-
ternance du froid et de la chaleur, de la sécheresse et de l'humi¬
dité et surtout sous l’action prolongée du ruissellement superficiel
et des oscillations du sol,ilssedésagrègent,sedécomposentet dis¬
paraissent. Ce phénomène complexe se produit tout autour de la
Cité. Passez par exemple, à marée basse, dans la grève du port
Saint-Père ; placez-vous, avec précaution, le plus près possible
de la maison qu habite notre illustre compatriote, M* 1, Duchesne,
et là vous verrez que non seulement la falaise s’effrite, mais que
souvent elle tombe en blocs énormes capables d'aplatir même
une tête de breton. Souvent la falaise glisse entraînant dans sa
chute tout ce qui s'appuyait sur elle, fût-ce des remparts cons¬
truits avec le ciment romain. Dans ces endroits ce ne sont plus
que des ruines de ruines, auxquelles on pourrait appliquer jus¬
tement le vers du poète : Etiam periere ruinæ .
Heureusement dans lès parties où le terrain est à peu près
horizontal, et dans celles qui sont plus éloignées du bord delà
falaise, l’enceinte romaine d'Aletum, notre antique Alet, a été
relativement bien conservée. Ainsi, pour ces portions, nous ne
prouvons pas seulement l’existence du rempart romain par des
textes officiels, auxquels pourtant rien ne résiste, mais noua
avons sous les yeux, sous les mains, sous les pieds, des mu¬
railles authentiques. Tout le monde, ici, en connaissait une
partie ; tout le monde avait entendu parler du mur des cent
brasses . On en savait au moins le nom, sinon l'origine et la
fonction.
J’ai été assez heureux pour pouvoir exhumer à la suite, sur
une longueur non moins considérable, ce mur antique que les
premiers archéologues de Saint-Malo, Protêt de la Landelle au
XVI* siècle,et Jacques Doremet, vicaire général de Monseigneur
du Bec, au XVII* avaient encore vu debout, par endroits, « à
quelquemédiocrehauteur ». Depuis eux etsurtout, probablement,
depuis la construction du fort de 1759 jusqu’aujourd’hui, ce mur
était resté profondément enfoui sous terre. Enfin pour dater nos
remparts avec quelque précision, nous avons des monnaies
romaines recueillies dans les tranchées ouvertes par moi et aussi
dans les chantiers de M. Lenormand, ancien maire st conseiller
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L ENCEINTE ROMAINE D'ALET
167
général de Saint-Servan, pariVi. Lanormand lui-même et tout
dernièrement par les ouvriers des Vedette Boutin et Canjole.
Pour ne pas fatiguer votre bienveillante attention, je serai
aussi bref que possible en traitant chacun de ces points. Il est
certain, dit le savant doyen de la Faculté des lettres de Rennes,
M. J. Loth, qui a bien voulu présider cette séance solennelle, il
est certain que le mot Alet est celtique et que ce nom désigne
encore aujourd'hui un district du pays de Galles, en Angleterre.
Il est non moins certain que notre ville d'AIet, après avoir été
gauloise, est devenue romaine. Quand?à quelle époque précise ?
Probablement sous Jules César, bien que celui-ci ne la nomme
pas formellement dans ses Commentaires. L’abbé Deniel, vicaire
à Saint-Servan, ma passé deux belles monnaies, l’une en bronze,
de l'empereur Claude I (41 à 54 après J.-C.), l’autre en laiton,
d’Antonia Augusta, mère de Germanicusetde l’empereur Claude.
Ces monnaies frappées toutes deux sous le règne de Claude ont
été recueillies, croit-on, sur la Cité. On a trouvé là bien d’autres
monnaies romaines, spécialement des Faustine, impératrices du
milieu du second siècle. J. César, ai-je dit, ne nomme pas Alet,
mais bien peu s’en faut, parce qu'il désigne les Curiosolites
parmi les Cités maritimes qui envoyèrent en bloc trente mille
hommes, (d'après M. J. Loth) au secours de Vercingétorix (de
Beilo-Gal, VII, 75). En revanche, un texte officiel, la Notice des
Dignités de l'Empire Romain , rédigé à la fin du IV e siècle ou dans
les tout premières années du V e , nous apprend que sous l’em¬
pereur Honorius (395-423) Alet était la résidence du commandant
des soldats de Mars : Praefectus militum Martensium Aleto.
C'est dire qu’à la fin du IV e siècle, Alet avait une enceinte forti¬
fiée. Si on s'en rapportaitaux curieux schémas qui accompagnent
la Notice des Dignités dans l’édition de Bocking (p. 100*). cette
enceinte romaine d’AIet aurait présenté six tours et une seule
porte encadrée entre deux de ces tours. Arthur de la Borderie f
dans sa grande Histoire de Bretagne (I, 167, ch. IV), conjec¬
ture que la garnison de cette place forte comptait 1700 hommes,
dont 1500 fantassins et 200 cavaliers. Il pense, avec Desjardins
(Géogr . de la Gaule romaine), que ces soldats se recrutaient prin¬
cipalement chez les Curiosolites, et avaient pris le nom de Mar -
ternes (enfants de Mars) en l’honneur du dieu chéri de ce peuple.
Enfin il suppose que cette troupe de 1700 hommes formait une
demi-légion dont l’autre moitié campait sur les bords du Rhin à
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168
REVUE DE BRETAGNE
Alta-Ripa dans la seconde Germanie (I, p. 167). Je crois qu’Arthur
de la Borderie a, par distraction, écrit ici seconde au lieu de pre¬
mière Germanie. La II e Germanie comprenait la ville de Tongres
où Servatius était évêque à la fin du IV e siècle, et ce n’est pas
moi qui me plaindrai de voir notre grand historien Breton indi¬
quer pour cette époque des liens, des relations entre les places
fortes des bords du Rhin et celles des bords de la Rance.
Les remparts élevés par les Romains à Alet existent-ils en¬
core ? Oui certainement sur une bonne partie du périmètre, mais
plus ou moins modifiés au cours des siècles. Aujourd'hui tous
les archéologues, à la suite d'Arthur de la Borderie, et surtout à
la suite d’Alfred Ramé qui, en 1863, a inséré dans le tome VII de
la Revue Archéologique un très important article sur* lequel
M. Desrées, curé-doyen de Saint-Servan, avait attiré mon atten¬
tion, tous les gens qui savent réfléchir, admettent que le gros
bloc de muraille, situé près de la cabane des douaniers, au N.-E.
de la Cité faisait partie de l’enceinte romaine. On y voit en effet
les caractères essentiels des fortifications élevées parles Romains
pour protéger les frontières de l’Empire, c’est-à-dire : l°le mor¬
tier, mélange de sable, de chaux grasse et de brique pilée (cen-
dron de briques) formant un blocage rougeâtre et compact, un
ciment que le temps a ri ndu indestructible ; 2° le parement exté¬
rieur en petitappareil régulier formé de pierres presque'cubiques.
La brique entrait-elle dans ce mur romain comme c'était la
règle ailleurs? Jusqu’à ce matin j'aurais hésité à répondre. A ce
moment je dis que c’est extrêmement probable. N’oubliez pas
que nous travaillons actuellement sur des fondations de murailles
renversées. En creusant au pied sur un parcours de plus de
cent mètres nous avons trouvé plusieurs grosses briques de
37 millimètres d'épaisseur recouvertes sur les deux faces du
ciment romain dans lequel elles avaient été noyées. Et même,
dans un endroit où le rempart se recourbe en arc de cercle, j’a
trouvé une brique c rculaire qui était également entrée dans là
construction. Une chose qui est tout-à-fait hors de doute c’est
que ce mur romain était recouvert de tuiles. En effet, dans ces
fouilles les ouvriers ont exhumé de très nombreux débris de
tuiles à rebords parmi lesquels trois grandes tuiles dont
les dimensions sont les suivantes : longueur, 35 centimètres;
largeur, 18 centimètres ; épaisseur moyenne, 25 millimètres
sans compter le rebord, et 52 millimètres en le comptant. J'ai
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L'ENCEINTE ROMAINE D’ALET
169
trouvé eu plus des tuiles semi-cylindriques d'une épaisseur
moyenne de 17 millimètres qui recouvraient les tuiles à re¬
bords et formaient le dôme de la construction. Tout cela est
classique. Mais un architecte de Paris (19, rue de Varenne), archi¬
tecte du Gouvernement, S. C. f bien connu pour les importants tra¬
vaux de reslauration de châteaux historiques et cathédrales dont il
a été chargé, M. Georges Balleyguierqui est veau aimablement
m'assister de ses conseils, et dégager la porte monumentale &
l'endroit où Cunat dans son Histoire dCAlet et de Saint-Malo, place
l'évêché d'Alet, M. Georges Balleyguier, dis-je, a trouvé nos
tuiles d’une superbe facture et des meilleures qu’il ait vues. Elles
sont identiques à celles qui recouvraient le temple gallo-romain
de Lehéro en Allaire (Morbihan), à 10 kilomètres à l'ouest de
Redon.
Quant ap parement en petit appareil de notre bloc des
douaniers, il présente plus de régularité que n’en montrent les
remparts romains de Rennes dans leur état actuel et il reproduit
mieux le faciès extérieur du Fanum Martis de Corseul qui est du
plus pur romain. Aussi M. Adrien Blanchet, qui a obtenu en 1907
la première médaille au Concours des antiquités nationales pour
son ouvrage sur les Enceintes Romaines de la Gaule , nommé
rapporteur auprès du Comité des Travaux Historiques pour
examiner le bien fondé de ma demande de subvention, a conclu
sans hésiter que notre bloc faisait partie de l’enceinte romaine
A'Aletum. Malheureusement, ce vénérable monument de notre
histoire locale, digne de figurer dans les plus riches musées,
s'inclinait fortement et menaçait de s’écrouler. Mon premier
soin, pendant ces vacances,a été de le consolider par un contre-
fort de plus de deux mètres cubes de maçonnerie richement
cimentée, et si les hommes, souvent plus destructeurs que le
temps, ne s’acharnent pa9 trop contre lui, il sera encore là de¬
bout dans 2000 ans. Je vous invite à venir vérifier cette
prophétie. Vous constaterez en môme temps que les assises de
la maison de Mgr Duchesne se seront écroulées dans la grève
avec la falaise sous jacente.
11 est bien évident que la muraille romaine d’Alet ne se
réduisait pas à un bloc de quelques mètres de longueur ; le mur
des cent brasses en faisait aussi partie. Il présente en effet deux
certificats authentiques de son origine, je veux dire sa position
et sa composition. Il est le prolongement géométrique et phy-
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170
REVUE DE BRETAGNE
sique du bloc romain. Il le prolonge sans aucune solution de
continuité à la base, et il est formé des mômes pierres, du même
mortier, du même ciment de blocage. La seule différence est dans
l'aspect extérieur: il est moins bien conservé, et a perdu presque
partout son parement en petit appareil par suite des injures du
temps et des hommes.
Le bloc romain de la cabane des douaniers se prolongeait
aussi vers l’ouest pour venir faire face à Dinard.
J’ai pu le dégager de ce côté sur une grande longueur. Là où
on ne voyait aucune trace de constructions, où émergeaient &
peine quelques bouts de pierres que la plupart prenaient pour des
têtes de rochers, tout le monde, aujourd’hui, peut voir une mu¬
raille massive d’une épaisseur moyenne de l m , 75. Les visiteurs,
vous le croirez sans peine, ne lui ont pas fait défaut pendant ce
mois d'août, et la réflexion que tous émettaient spontanément
était toujours la même : « Ah 1 mais c’est le prolongement du
gros bloc connu ». Et ils avaient raison. Combien parmi eux
étaient capables de remarquer du premier coup d’œil un saillant
de fortification dont l’arête verticale est tombée dans la grève par
suite d’éboulement de la falaise ? Dans la nouvelle portion que
j’ai creusée dernièrement vers l'ouest, sur une profondeur va¬
riant entre 0“,20 et l m ,50, ce même accident se reproduit encore
deux fois et, à la limite de nos travaux l’arête du redan tombée
dans la grève est une masse de 10000 kilogrammes qui ne s’est
même pas désagrégée dans ce saut périlleux. C’est que la falaise
elle-même a glissé sur un plan très incliné.
Ces multiples éboulements de la falaise rendent extrêmement
difficile et pénible la recherche de l’antique rempart, car ils enlè*
vent le fil qui pouvait seul guider sûrement dans ce dédale.
Impossible de prévoir la direction du mur. Après avoir re¬
mué de grandes quantités de terre, on s’aperçoit que ce mur
décrit sensiblement des arcs de cercle dont la concavité est tour¬
née vers la mer. Cette forme aussi curieuse qu'intéressante de
fortifications était sans doute inspirée par les besoins de la dé¬
fense. Je ne sais pas encore si en d’autres villes elle a été usitée.
Ce n’est d’ailleurs que depuis ce matin que ce résultat parait
incontestable. Actuellement, à l’extrémité ouest de nos fouilles,
nous voyons se dessiner nettement trois courtines circulaires de
près de 20 mètres de diamètre.
Notre dernier travail de taupins n’a donc pas été inutile. De
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LENCEINTB ROMAINE D ALET
171
plus, vendredi dernier, 14 août, l’ouvrier occupé au fond de la
tranchée à l m , 50 de profondeur, après avoir extrait une terre
jaune extrôment dure, analogue à celle qui forme la base du rem¬
part romain à Rennes, trouva au milieu de grosses pierres posées
là comme fondement de la muraille, une petite monnaie de bronze.
Cette monnaie me fut remise en main en présence de M. Balley-
guier. Après l’avoir nettoyée, je puis affirmer qu’elle représente
Tétricus père, empereur gaulois, de 268 à 273 après J.-C. Voici
Sur quoi repose mon affirmation. En mai dernier, j’ai envoyé
plusieurs monnaies trouvées dans le chantier Lenormand, à mon
rapporteur, M. A. Blanchet, auteur dnTraiié des Monnaies Gauloi¬
ses et co-directeur de la Revue Numismatique . Ce spécialiste
éminent me les a renvoyées avec indications écrites de sa main.
Or, ma petite monnaie du 14 août est identique à l’une de celles
auxquelles il donne la mention : pièce de Tétricus père (mon¬
nayage officiel).
Notre travail dans les environs du fort de 1759 n'est pas ter¬
miné, nous le continuerons au N.-O. et au S.-ü. de la Cité.
En suivant vers le S.E. le mur des cent brasses on arrive
à un grand mur nouvellement blanchi, qui entoure, les anciens
chantiers Lenormand, et sur lequel on peut lire du Pont-Roulant
les mots : Moteurs Marins Vedettes. Ce mur a été construit sur
le rempart romain et avec ses débris. Il est facile de le constater.
Ea effet, il a été partiell3ment abattu et le terrain a été arasé
jusqu'au niveau du plein de mars. On voit là que le rempart
primitif reposait directement sur le roc. Les fondations sont con¬
servées sur une hauteur variant entre 0 m , 50 et 2 ou 3 mètres.
Son épaisseur était double ou triple de celle du mur de clôture
qui repose sur lui.
Pendant qu’on aménageait ces chantiers, vers 1850, un ami
deM. Lenormand trouya dans ce terrain plus de 300 monnaies
anciennes. Lui-même, M. Lenormand, recueillit dans la muraille
et au pied de cette muraille, dans les débris abattus, une ving¬
taine de monnaies romaines qu’il a bien voulu me confier. J’ai
fait examiner les m.eux conservées par M. Banéat, directeur
du Musée Archéologique et présidentde la Société Archéologique
de Rennes, et les autres, comme je l'ai déjàdit, par M. A. Blan¬
chet. Il résulte de l’examen de ces numismates que, surles mon¬
naies à moi confiées, quatre sont de Tétricus fils (267 ap. J.-C.),
sept de Tétricus, père (268-273), deux deGratien (375-383), une
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172
REVUS DE BRETAGNE
probablement de Constantin-le-Grand, une du temps d’Honorius
et enfin une douteuse mais pouvant être de l’empereur Valons.
La plupart de ces monnaies sont admirablement conservées et
elles n’ont pu l’ôtre ainsi qu’à l’abri de l’air et des exhalaisons
marines. En effet elles sont en potain, alliage variable de cuivre,
de zinc et d’étain très facilement attaquable, comme j’en ai fait
l'expérience sur deux d’entre elles, par l’acide chlorhydrique
même étendu d’eau. Ce qui rend encore plus vraisemblable la
conservation de ces monnaies dans l’intérieur du mur, c’est que,
tout dernièrement, les ouvriers employés à construire la cale
des Vedettes, ont retrouvé dans les blocs de maçonnerie prove¬
nant de la démolition du mur Lenormand une dizaine de mon¬
naies romaines. Le 4 de ce mois d’août le gardien comptable vint
m’en apporter une si bien conservée que du premier coup je
reconnus un Tétricus père.
Ces monnaies permettent-elles de dater 1’enceini.e romaine
d’Alet ?
Si on voulait hasarder des conjectures qui ne prétendent pas
actuellement à la certitude, on dirait que cette enceinte fut vrai¬
semblablement élevée, comme celles de Rennes et de la plupart
des forteresses-frontières de la Gaule, vers la fin du III* siècle
après J.-C., au moment des invasions des Germains. Parmi ces
Germains, les plus farouches furent les Saxons qui ravagèrent
tellement notre pays que, depuis l’embouchure de la Seine jus¬
qu'à celle de la Gironde, ses côtes désolées avaient pris le nom
de rivage Saxon. Littus Saxonicum ». Les Saxons débarquant à
Alet dans la grève qui s’appellera plus tard, Anse des Bas-Sa-
blons, attaquent et renversent en partie le rempart voisin, celui
qui traverse le chantier Lenormand. Cent ans plus tard, à la fin
du IV* siècle ce rempart est restauré par Gratien et Honorius.
Sous ces deux derniers empereurs Alet était certainement chré¬
tienne car sur une de nos médailles, Gratien tient en main le
Labarum portant le monogramme du Christ avec cette inscrip¬
tion en exergue: Gloria noviseculi, à la gloire d’une ère nouvelle,
de l’ère chrétienne. Le patron de la cité chrétienne d'Alet fut
saint Pierre dont le pori Saint-Père porte encore le nom à peine
défiguré.
Quelle est l’histoire de l’enceinte romaine d’Alet et de ses
transformations à travers les âges ? On l’ignore, mais on peut
supposer que ces remparts ont été plus d’une fois, surtout à
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L’ENCEINTE ROMAINE D’ALEÎ
173
l'époque des invasions normandes, démolis au moins partielle¬
ment et reconstruits à la hâte. Je vous fais grâce de toutes les
conjectures de Jacques Doremet dans son très curieux ouvrage
de 1628, réédité par M. Joüon des Longrais, sur Y Antiquité
d'Alet Ce qui est bien certain, c'est qu’à la fin du XI e siècle ces
remparts existaient encore. Ea 1095, Alet était toujours une place
forte présentant une porte tout près du pré Brécel et du cime •
tièrede Servatius. Cette porte devait être située, j’imagine, sous
les maisons actuelles de la rue du Dick, et tout près de la rue
Beau-Rivage.
C’est là en effet l’aboutissement naturel de la voie romaine
('venant de Rennes à Alet directement ou par Corseul) dont on a
trouvé des traces certaines vers 1840 près du village de Saint-
Etienne, et qui de là devait se prolonger dans la direction ac- 7
tuelle des rues Verte et Pavée. Ces deux derniers noms sont
particulièrement suggestifs. Quant au mot Dick, c’est un vieux
mot français qu’on trouve dans notre chroniqueur Proissart à la
fin du XIV e siècle avec le sens de sillon, digue, rempartde toutes
sortes spécialement contre les flots de la mer. C’est à peu près
aussi le sens des mots Hague, Hogue et de *on diminutif Ho-
guette. Aussi Alfred Ramé n’a pas craint décrire dans la Revue
Archéologique (VII, p. 355). « Le nom et la chose rappellent la fa¬
meuse Hague-Dyck qui protège le cap La Hogue à la pointe ex-
trômedu Cotentin ». D’après ce sagace archéologue, la cité d’Alet,
avant d’être un castellum romain, devait être un oppidum gaulois
et le fossé de ses fortifications devait être vraisemblablement sous
la rue du Dick. Voilà plus de raisons qu’il n’en faut pour justifier
nos recherches dans cette rue. Nous y avons creusé deux puits
verticaux de deux mètres de côté en section horizontale. Le pre¬
mier de ces puits, à l’ouest de la rue, nous a donné le roc à l m 50
de profondeur, mais ce roc s’inclinait fortement vers le sud. Le
second puits, à l’est, près de la rue Beaurivage, ne nous a donné
le rocher qu’à plus de 3 mètres de profondeur. Nous devions
être sur la douve gauloise de Ramé. 11 semble résulter de ces
sondages que le rempart romain, s’il en existe des restes dans
la rue du Dick, est au nord et sous les maisons de cette rue.
De la rue du Dick, l’enceinte romaine traversant la rue ac¬
tuelle d'Aleth et le bas de la place Saint-Pierre, descendait sur
les rochers qui portent les maisons Gloannec. Pour asseoir ces
maisons, on n’a pas hésité à faire sauter à la mine, sans respect
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REVUE DE BRETAGNE
des souvenirs, de forts morceaux de la muraille antique. Heureu¬
sement qu’au haut de l’escalier conduisant à la grève il en reste
des blocs assez considérables pour que les yeux les moins
exercés ne puissent douter de leur origine.
L'enceinte d’Alet se prolongeait sans doute dans la direction
du Maréographe près duquel on peut voir les traces d'une cale
romaine. De là elle devait contourner la Cité vis-à-vis Dinard
pour revenir en face du Môle de Saint-Malo. Je crois bien l'avoir
aperçue en deux points différents dans ce trajet, mais comme
cette région est interdite au public, et qu’on n’y pourrait pas con¬
trôler mes affirmations, je préfère m'en tenir là pour aujourd’hui.
Et maintenant, quel a été le but de notre travail, et pourquoi
avons-nous fouillé ainsi nos vieux remparts? Par amour du pays
qui nous a donné le jour, par piété filiale envers notre mère
l’antique Alet. Aujourd’hui, sur la côte d'Emeraude, on parle
souvent du Clos-Poulet. J’aimerais mieux le Poulet tout court.
Evidemment toutes les personnes qui font sonner ce mot dans
leurs discours, ou en ornent leurs écrits connaissent parfaite¬
ment son étymologie ? Ce n’est donc pas à elles, mais peut-être à
quelques autres q i’il faut apprendre que Poulet vient très
régulièrement de Pagus Aleti, pays d’Alet. Dès lors il importait
de bien montrer aux plus distraits et aux moins clairvoyants
l’emplacement incontestable de la forteresse d’Alet, chef-lieu et
centre de la cité d’Alet c’est-à-dire t du Poulet. Comme les nobles
rejetons d'une illustre lignée, nous avons essayé de reconstituer
notre généalogie et de déchiffrer nos papiers de famille* nos
titres lapidaires ensevelis sous la poussièr^des siècles. Et notre
piété filiale ne s’étend pas seulement à nos lointains ancêtres
des époques romaines ou gauloises, mais au sol lui-même qu’ils
ont foulé, à la terre qu'ils ont habitée. Volontiers nous dirions,
avec notre célèbre compatriote Chateaubriand dans son Génie
du Christianisme (p. 117-118) : « Le plus beau, le plus moral des
instincts c’est l’amour de la Patrie. Si cette loi n'était soutenue
par un miracle toujours subsistant et auquel, comme à tant
d’autres, nous ne faisons aucune attention, les hommes se préci¬
piteraient dans les zônes tempérées, en laissant le reste du globe
désert... Afin d’éviter ces malheurs, la Providence a, pour ainsi
dire, attaché les pieds de chaque homme à son sol natal par un
aimant invincible... Les glaces de l'Islande et les sables embrasés
üe l’Afrique ne manquent point diiabitanU. »
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L'ENCEINTE ROMAINE D’ALET
175
Encore un mot seulement et j’aurai terminé cette trop
longue conférence. Malouins et Servannais, souvenons-nous
toujours que, si nous ne sommes pas absolument frères, nous
sommes cousins germains. Nous avons la môme grand’œère,
l’antique et vénérable Alet. Si donc nous ne pouvons pas faire
l’union de tous les bons Français, de tous les vrais Bretons,
faisons au moios l'union cordiale des deux villes.
Saint-Servan , le 17 août 1908.
L. Campion.
Depuis cette conférence du 17 août, les travaux d'exhumation
de nos remparts gallo-romains ont continué sans interruption
sur les glacis de la Cité. Je pense qu'ils ne termineront que dans
la seconde quinzaine de septembre, au moment où je serai à la
fin de mes vacances et en même temps à la fin de mes crédits.
Jusqu'ici j'ai été heureux dans mes recherches. Le soir môme de
la séance solennelle de la Société Archéologique à la salle des
fôtes de l'hôtel de ville de Saint-Malo, le plus perspicace de mes
ouvriers trouvait au fond de sa tranchée, dans les soubasse¬
ments du mur à une profondeur de 1. m , 50 au-dessous du gazon,
un petit bronze de 0“, 015 de diamètre. Nettoyée, cette monnaie
s’est trouvée représenter un superbe Constantin le Grand
empereur de 306 à 337. Au recto l’inscription latine se lit très
facilement Flavi Constantin... jusqu'aux deux ou trois dernières
lettres à moitié effacées. D’ailleurs cette figure du recto est
identique à celle d'une monnaie d’or de Constantin dessinée
dans le nouveau Larousse illustré. Le verso des deux monnaies
est un peu différent; sur la mienne on voit deux soldats en
armes debout de chaque côté d’une colonne cannelée surmontée
d’un étendard qui semble le Labarum. Je ferai déterminer cette
face de la monnaie d’une façon plus précise par M. Adrien
Blanchet.
Le lendemain, 18 août le môme ouvrier me trouve encore un
Tétricus père, à quelques mètres de l’endroit où il avait trouvé
son Constantin I. 11 était à ce moment sur la partie des fondations
qui s'appuie directement sur le rocher, et en cet endroit le ro¬
cher n’est plus le gneissgranitoïde ; c’est un filon de diabase qui
partant de la grève où il est très visible vient affleurer au haut
de la falaise.
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REVUE DE BRETAGNE
176
S
La perspicacité de mon ouvrier l’a un peu abandonné le 21 août.
Ce jour-là il avait découvert, dans une tranchée voisine du mur
romain, une hache en pierre polie percée d'un trou d’emman¬
chement. Cette hache, que je n'ai pas pu voir, avait été déposée
près de la tranchée. Elle a piqué la curiosité d'un connaisseur
qui l'a examinée avec soin, et remise en place, et /Sans doute
tenté la convoitise d’un curieux qui n’était peut-être ni archéo¬
logue ni connaisseur, mais qui, en revanche, a oublié de me la
remettre.
Puisse la lecture de cet article, s'il lui tombe sous les yeux, lui
rappeler efficacement le septième commandement.
Les murs étant maintenant dégagés des deux côtés, depuis le
point B jusqu’au point E de mon plan, le public qui peut juger
de leur épaisseur (i m 70 à i m 95) commence à s’inté/esser vive¬
ment à ces travaux. Il regarde tout, les nombreuses briques, les
très nombreuses tuiles à rebord (tegulae) et les briques semi-
cylindriques creuses du faîte(imbrices); il est surtout intrigué par
le tas d’ossements de toutes sortes que nos fouilles ramènent au
jour, et qui le croirait ? Ces ossements ne tardent pas à dispa¬
raître. Pourquoi? dans quel but sont-ils enlevés ? Dieu le sait.
On entend sur notre petit chantier des réflexions dans ce genre-
ci : j’ai soixante-cinq ans, j’ai toujours habité Saipt-Servan, et
jamais je n’aurais soupçonné qu’il y avait comme ça des murs
cachés sous la terre. D’autres parlent de souterrains, des choses
épouvantables qui devaient s’y passer, et font un rapprochement
avec les oubliettes du mont Saint-Michel.
Une affirmation extraordinaire d’un bonhomme plus riche d’an,
nées que de jugement me fit un jour bondir malgré moi, et sans
mon calme bien connu et ma douceur de caractère nous allions
bientôt arriver à une vive discussion. Donc, mon bonhomme ex¬
pliquait à ses voisins que le bloc de dix mille kilogrammes,
dont j’ai parlé en séance, était venu occuper sa position actuelle,
il y a seulement quatre ans. Le bonhomme ignorait que Alfred
Ramé en 1863 indiquait dans la Revue Archéologique que le bloc
était là depuis plusieurs années. Il ignorait que P. Liger (Les
Diablintes-Alet et Jublains. Champion) en 1898 donnait le môme
renseignement. Il n’écoutait pas les nombreuses personnes qui
lui criaient l’avoir vu, comme moi, en cette mêrre nhice depuis
trente et même quarante ans.
Le bonhomme tenait à son idée, ce qui est assez naturel et
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L’ENCEINTE ROMAINE D’ALET
177
arrive à d'autres qu’à lui, mais il y tenait mordicus , sans rime ni
raison, sans môme l'apparence d'une ombre de raison. Aussi ce
n'est pas à son appréci^on que j'irai soumettre le bel échan¬
tillon de poterie Samienne trouvé dans nos tranchées. Si je
commettais ce crime j’entendrais saint Matthieu me crier en
latin : « Nolite dare sanctum canibus , neque mittatis margaritas
vc stras ante porcos » ; ce qu'un artiste de mes amis traduit ainsi,
dans la conversation : « On ne donne pas des confitures aux
agents de ville ». Mais je m’arrête; il en est temps, car saüs
cela, les agents de ville pourraient bien m’arrêter. %
Dans cette semaine qui a suivi la séance du 17 août, j'ai eu la
grande chance de retrouver le rempart romain au sud de la cité.
C’est grâce à une indication de M. Jules Haize, secrétaire de notre
Société Archéologique de Saint-Malo, que j'ai pu arriver à cet
heureux résultat.
J’avais dit en séance que nos fouilles dans la rue du Dick m’a¬
menaient à conclure que le rempart romain, s'il en restait des
traces, devait être au nord de cette rue et sous ses maisons. Eu
réalité ce rempart se trouve à trente mètres environ au nord de
ces maisons. Dans un immeuble d'une belle apparence, bordant
à l'est la villa Chateaubriand, et inspectée vers la Brillantais et
Jouvente, le propriétaire, M. Brétécher, en construisant une
citerne, il y a deux ans, trouva un mur de plus de 1" 50 d'épais¬
seur et d’une extraordinaire dureté. L'ouvrier employé à ce tra¬
vail fît remarquer à M. Brétécher la couleur rougeâtre du mortier
contenant de la brique pilée et il ajouta comme conclusion pra¬
tique : « Inutile de faire un échafaudage pour soutenir le mur
pendant notre travail, nous sommes dans le ciment romain, le
mur tient tout seul, on ne peut seulement pas en arracher un
morceau ». Ce mur si solide, si résistant, ressemble par tous ses
caractères au bloc romain de la cabane des douaniers (B sur le
plan) et, ce qui est très curieux, il présente comme lui cetle sin¬
gularité : si on considère un profil vertical de ces murs, perpen¬
diculaire à leur longueur, on voit que dans lasection obtenue qui
donne par conséquent leur épaisseur, la partie la plus rapprochée
de la mer est à peu près verticale, l’autre, la partie intérieure à
la citadelle, est penchée vers la mer en faisant avec le sol hori¬
zontal un angle aussi grand que celui de la tour penchée de Pise.
Mes ouvriers avaient déjà émis cette idée que le rempart avait
dû être construit intentionnellement dans cette forme inusitée.
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REVUE DE BRETAGNE
A la suite de ce mur romain de l'immeuble Brétécher, en mar¬
chant vers l’est parallèment à la rue du Dick, j’en ai retrouvé
une autre portion de vingt à trente mèt^s de longueur. Pendant
le mois de septembre j’emploierai tous mes soins pour recons¬
tituer le plus complètement qu'il sera possible l’enceinte romaine
d’Alet.
En terminant je remercie M. le comte de Laigue, qui s’occupe
avec tant d'intelligence et de dévouement de tout ce qui concerne
la petite Bretagne, d’avoir provoqué et accueilli mon article avec
tant d’amabilité. Je lui avais l'année dernière promis quelques
lignes pour sa Revue relativement à mes fouilles. C’est fait.
J'ajoute, sur sa demande, un schéma de la cité d'Aleten Saint-
Servan pour faciliter l’intelligence de ce qui précède. J’ai indi¬
qué une échelle des longueurs : parce que mon schéma est
presque un plan de précision. Le mur romain, sur l’immeuble
de M. Brétécher, y est figuré par la ligne N M. On remarquera
au nord de la cathédrale une porte monumentale (dimensions
très exagérées). Cunat place en cet endroit l'évôché d'Alet. Mais,
M. Balleyguier, qui a relevé cette porte avec beaucoup de soin,
fait remarquer qu’à l'origine les évêchés étaient placés au sud
des cathédrales. Je croirais volontiers av< c lui, qu'en cet endroit
il y avait un mur séparant la partie civile de la partie militaire
de la forteresse d’Alet et que cette porte monumentale établis¬
sait la communication entre ces deux territoires distincts. L’ave¬
nir nous apprendra peut-être le bien ou mal fondé de cette con¬
jecture.
Saint Seruan, le 22 août 1908
L. Campion.
N
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MÉLANGES HISTORIQUES
(Suite) fi)
XVIII. — Le Comte de Nantes Mathias II.
Le duc Hoël laissa en mourant deux fils qui se partagèrent sa
succession : Alain eut le comté ou duché de Bretagne avec
Rennes pour capitale, Mathias'eut le comté de Nantes. Or les
chroniques ne s’entendent pas sur la date de la mort de ce
dernier. La Chronique de Saint-Brieuc donne 1101, les Chro-
niques de Quimperlé et de Ruis donnent 1103 et les Chroniques
Annaux donnent 1104 (2). Nos historiens modernes adoptent la
seconde date et cependant ils acceptent comme authentique une
charte du 9 octobre 1101 (3), par laquelle Alain confirme toutes
les possessions que l’abbaye de Marmoutiers avait dans le
pays nantais. Or une pareille confirmation est absolument in¬
vraisemblable, si Mathias était encore vivant à cette date, car
son frère n’avait aucune autorité sur le pays nantais. Elle se
comprend très bien au contraire si Mathias venait de mourir et
si les religieux, comme cela arrivait souvent, s’empressaient de
faire confirmer leurs possessions par le nouveau souverain sitôt
son avènement, Alain ayant naturellement succédé à son frère
Mathias, mort sans enfants. L’autorité de cette charte vient donc
appuyer la date donnée par la Chronique de Saint-Brieuc, nous
avons donc chance d’ètre plus près de la vérité en disant que
Mathias est mort en 1101 qu’en disant qu’il est mort en 1103.
Nos historiens commettent de plus une légère erreur en parlant
de cet acte qu’ils disent donné par Alain en son palais de Nantes.
Ils n'ont pas remarqué qu’il se compose en réalité de deux
parties différentes : 1 # la confirmation octroyée par Alain, qui est
bbn du 9 octobre 1101, mais qui fut donnée à Rennes, et non à
(1) Voir la Revue d’août 1908.
(2) Morice, Preuves, tome I,col. 36, 151 et 103 ; Cartulairede Quimperlé , p. 105,
(3) Morice, Preuves , tomel, col. 504 et 5S7.
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REVUE DE BRETAGNE
^80
Nantes ; 2° une série de donations émanant d'Alain, de sa femme
et de son fils, par actes passés à Nantes, mais non dotés et sim¬
plement indiqués comme postérieurs à la confirmation de 1101.
XIX. — La duc Hobl II.
Tous nos historiens ont admis comme exacte cette assertion de
Le Baud, que Conan III, à son lit de mort, aurait désavoué Hoël,
le fils de sa femme Mathilde, de sorte que la presque totalité du
duché de Bretagne aurait été immédiatement occupée par Eudon,
vicomte de Porhoët, au nom de sa femme Berj^, fille légitime de
Conan III, le comté de Nantes ayant seul reconnu Hoël pour son
souverain. J’avoue que le silence des chroniqueurs contem¬
porains sur un fait aussi exorbitant que ce désaveu de paternité
me rend ce fait assez suspect. Le Baud me paraît donc avoir com¬
mis une erreur en traduisant la chronique latine qu’il avait sous
les yeux. Cette dernière était sans doute celle que Dom Morice a
publiée sous le titre de Chronicon Britannicum (1) ; or il y est dit
simplement que Conan n'avait pas reconnu Hoël pour son fils,
ce qui s’explique beaucoup plus naturellement si l’on suppose
que le chroniqueur entendait par là que Hoël était un fils bâtard à
qui Conan n'avait pas reconnu les droits d’enfant légitime que si
l’on veut lui faire dire que Hoël, longtemps reconnu comme
enfant légitime de Conan III, aurait été brusquement dépouillé
de son état-civil par la décision paternelle.
Le Baud paraît s’être également trompé lorsqu’il restreint au
comté de Nantes les territoires sur lesquels se serait exercée la
souveraineté du comte Qoêl. Dans une charte de 1148 il se quali¬
fie duc de Bretagne. Une charte de 1149 où il se dit simplement
comte de Nantes est signée non seulement par l'évêque de
Nantes, mais aussi par l’évêque de Saint-Pol de Léon, ce qui
prouve que l’autorité de Hoël était reconnue dans ce dernier dio¬
cèse. On peut dire la même chose du diocèse de Quimper, puis¬
que l’évêque de cette ville, dans une charte de 1152, parle de
Hoël comme duc de Bretagne, et ce titre est encore celui que
prend Hoël dans une charte de 1153 (2). Or, comme Le Baud dit
(1) Preuves , tome I, col. 103,
(2) Morice, Preuves. Tome I, col. 603, 614 et 616.
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t
MÉLANGES HISTORIQUES
1Ô1
que Hoël exerça sa souveraineté sur le pays de Nantes pendant
six ans, c’est-à-dire pour lui de 1147 à 1153, il est probable qu’il
y a là une parcelle altérée de vérité historique et que Le Baud
en écrivant cela avait sous les yeux une chronique qui le faisait
régner sur la Bretagne pendant ce même laps de temps ; car son
assertion prise au pied de la lettre serait certainement con
traire à la vérité, Hoël ayant possédé près de huit ans le comté
de Nantes, de 1148 à 1150, et môme près de neuf ans, si Ton
accepte les dates de Le Baud qui fait mourir Conan III en 1147.
J’ajoute que les Chroniques Annaux publiées par Dom Morice,
lorsqu’elles nous montrent Hoël profitant de la faveur populaire
pour occuper le pays après la mort de son père, mais bientôt ré¬
duit à n’ôtre comte que de nom par l’opposition de son beau-
frère Eudon,semblent bien par le mot terra entendre non pas le
pays de Nantes, mais le pays de Bretagne, et parle mot cornes
non pas le titre de comte de Nantes, mais le titre de comte de
Bretagne, l’autorité de Hoël ayant été effective sur le pays
nantais ; et de plus elles semblent indiquer que les prétentions
d’Eudon se produisirent postérieurement à l’avènement de Hoël.
Si dans le dernier des actes que je viens de citer, celui de 1153,
Hoël prend encore le titre de duc de Bretagne, sa situation s’est
cependant modifiée sur un point. Il reconnaît à sa sœur Bërte
des droits au moins égaux aux siens.puisqu’il fait confirmer par
elle la donation, et comme les terres qu’il donne sont situées
dans le comté nantais, il devient évident qu’à ce moment la
Bretagne n’est pas partagée en deux fractions sur chacune des¬
quelles l’un des compétiteurs exerce seul l’autorité, mais qu'il
s’est produit un fait qui oblige Hoël à ne plus se considérer
comme le seul souverain de la Bretagne. Ce fait, c’est très pro¬
bablement le succès des prétentions d’Eudon de Porhoët, le
second mari de Berte.
La Chronique de Penpont parle en effet d’une guerre entre
Hoël et Eudon qui aurait pris fin en môme temps que se termi¬
nait en Angleterre la guerre du roi Etienne et du duc Henri ;
or, comme d’après tous les chroniqueurs cette dernière se ter-
mina en 1153, il faut probablement substituer cette date à celle
de \ 154 donnée par la Chronique de Penpont , dont la chrono¬
logie est d’ailleurs souvent fautive. Notre charte de 1153 est donc
la manifestation du nouvel état de choses établi en Bretagne.
Sans doute dans une charte inédite du 27 novembre 1150 en fa-
Octobre 1008. £4
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182
REVUE DE BRETAGNE
veurde l’abbaye de Savigny (1), Eudon prend déjà le titre de « duc
de Bretagne par la grâce de Dieu » et s’adresse « à tous les
« évôques, clercs, barons, justiciers, prévôts, chevaliers et autres
« fidèles de sa terre », pour confirmer de façon générale les
possessions de l’abbaye de Savigny ; mais cette charte n’est
signée que par des dignitaires de l’Eglise de Rennes et prouve
simplement que le pays rennais reconnaissait alors la souve¬
raineté d’Eudon. Or comme ces confirmations générales sont
d’ordinaire accordées par les seigneurs au moment de leur avè¬
nement, il en résulterait que le mariage d’Eudon et de Berte
n’aurait pas eu lieu très longtemps avant cette date. Lors donc
que Le Baud nous dit que la guerre entre Hoël et Eudon dura
quatre ans, nous pouvons supposer par là qu’elle aurait duré de’
1149 à 1153, et que Berte aurait attendu la mort de son père pour
se remarier, ayant dès lors besoin d’un protecteur pour rem¬
placer celui qu’elle venait de perdre. Ces hostilités, qui durèrent
quatre ans, ne peuvent être en effet postérieures à l’arrangement
de 1153, puisque, v même si elle avaient recommencé aussitôt,
elles se seraient nécessairement terminées avec l’expulsion de
Hoël dans les premiers jours de 1156, et n’auraient pas pu par
conséquent atteindre le laps de temps qui leur est assigné par le
chroniqueur breton.
Tel n’est pas l’avis de nos historiens modernes. Tous sont
d’accord pour nous montrer au début de 1156 Hoêl chassé de
Nantes par une sédition populaire ; mais pour eux cette sédition
s’explique par la défaite toute récente infligée à Hoêl par Eudon
près de Rezé à la fin de 1154. Dans ce cas il faudrait évidemment
interpréter autrement le passage de Le Baud relatif aux quatre
années de guerre : celle-ci aurait alors commencé en 1152, l'ar¬
rangement de 1153 n'aurait été qu’une trê've, les hostilités au¬
raient recommencé en 1154 et n'aur.dent pris fin qu’en 1156 par
la fuite de l’un des deux compétiteurs. Mais est-on bien sûr que
tel soit le motif de l’expulsion de Hoël ? Est-on bien sûr que la
bataille de Rezé ait été livrée en 1154, la chronologie du Chronicon
Britannicum , le seul document qui parle de cette affaire, étant si
souvent fautive ? Est-on même bien sûr que ce voyage en bateau
exécuté par Hoël de Nantes à Rezé soit le préliminaire d’un
combat ? Le Chronicon Britannicum ne le dit pas ; Le Baud qui
(1) Cartulaire de Savigny , Bibl. de Fougères, p. 117.
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MÉLANGES HISTORIQUES
113
interprète ainsi cet événement, avait peut-être sous les yeux un
récit plus détaillé aujourd’hui perdu, mais il y a peut-être là
simplement une interprétation à lui personnelle d’un fait qui est
peut-être la mention d’un naufrage ou de quelque autre accident ;
car il est assez bizarre au point de vue stratégique, s’il s’agit là
d’une lutte entre un comte de Rennes et un comte de Nantes, que
le comte de Rennes ait été attaquer son adversaire sur la rive
gauche de la Loire, se plaçant ainsi dans une position qui, en cas
de défaite, pouvait devenir fort critique. On voit ainsi combien il
subsiste d obscurités dans le récit de ces événements.
Il serait également intéressant de savoir si ce futEudonou
Hoêl qui envoya en 1151 un contingent breton soutenir le jeune
duc Henri de Normandie et son père le comte d’Anjou contre les
efforts combinés du roi de France et du comte de Blois. Quoi
qu’il en soit, ce fait est la preuve qu’une partie au moins dee
Bretons continuait à suivre la politique de bonne entente avec
l'Aojou et la Normandie qui avait été celle de Gonan III.
XX. — La chronologie des Annales Bretonnes.
Parmi les faits de notre histoire locale, il en est qui nese trouvent
rapportés etdatés que dans des documents annalistiques spéciaux
à notre province. Quelle confiance méritent ces documents T
C’est ce qu’il importe de savoir. La meilleure façon de s’en assu¬
rer est évidemment de s’attacher d’abord aux faits qui leur sont
communs avec d’autres annales dignes de foi. Si les unes et les
autres fournissent des témoignages concordants, on en peut
conclure à la valeur chronologique de nos annales locales et
accepter les dates qui leur sont spéciales ; dans le cas contraire,
il sera bon d’indiquer que ces dates ne constituent pour nous
qu’une vérité approximative.
Ces documents annalistiques sont au nombre de cinq : les
Annales de Saint-Gildas-de-Ruis , qui s'étendent de 1008 à 1201,
les Annales de Saint-Jacques de Mont fort, appelées quelquefois
Chronique de Penpont, qui vont de 1154 à 1305, les Annales de
Sainte-Croix de Quimperlé, qui commencent en 814 et finissent
en 1314, le Chronicon Britannicum qui va de 211 à 1356, et les
Chroniques annaux qui s'étendent de 593 à 1463 (1).
(1) Les Annales de Ruis ont été publiées pardom Morice, Preuves, tome I
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484
REVUE DE BRETAGNE
De ces cinq documents, ies Annales de Ruis paraissent le plus
exact. Je n’y relève qu’une erreur certaine, la mort de Richard
Cœur de Lion placée en 1198 alors qu’elle eut lieu en 1199. Les
dates qui leur sont spéciales sont donc probablement exactes.
Nous venons cependant de voir que la date de 1103, donnée
comme étant celle de la mort du comte Mathias II de Nantes, est
sans doute erronée.
Les Annales de Montfort sont loin d’avoir la môme valeur.
Elles débutent par une erreur, puisqu’elles placent en 1154 la
réconciliation du roi Etienne et du duc Heori qui eut lieu en
1153. Ce n’est pas là leur seule inexactitude : elles placent en
1174 la révolte des fi s de Henri 11 contre leur père qui estde 1173,
et en 1198 l’emprisonnement de la duchesse Constance qui est
de 1196. L’incendie de Josselin qu'elles datent de 1170 est donc
analogue à l’incendie de Josselin raconté par Robert de Torigni
sous l’année 1168 : et il n’y a pas lieu d’admettre deux incendies
de Josselin, l’un en 1168, l’autre en 1170, suivant l’opinion de
certains historiens modernes.
Les Annales de Quimperlé nous sont parvenues dans deux
manuscrits différents, l’un qui existe encore, l’autre qui a dis¬
paru, mais dont l’édition de Baluze nous a conservé le texte. Or
ces deux rédactions diffèrent sensiblement quant aux dates. La
seconde est évidemment supérieure à la première quand elle
place en 877 et non en 879 la mort de Charles le Chauve, et les
éditeurs du Cartulaire de Quimperlé, MM. Maître et de Berthou,
considèrent également comme exactes les dates assignées par la
seconde rédaction à la mort de l'évôque de Quimper Robert et à
la mort des abbés de Quimper Haimeri et Gurvand et comme
inexactes les dates assignées par la première rédaction à ces évé¬
nements. Il parait donc logique de conclure qu’il vaudrait mieux
placer la mort d’Alain, comte de Rennes, en l’année 1039, avec la
seconde rédaction des Annales de Quimperlé, qu’en l’année 1040,
avec la première, comme le font la plupart de nos historiens.
Si maintenant nous nous attachons aux dates pour lesquelles
nos deux rédactions ne présentent pas de variantes, nous cons¬
tatons que la chronologie des Annales de Quimperlé. est très sou-
ool. ISO etsuiv., le» Annales de Montfort, col. 153 et suiv., le Chronicon Brv-
tannicim col. 1 et sui?., les Chroniques annaua, col. 102 et suiY., les Annales
de Quimperlé ont été publiées par MM. Maître et de Berthou dans leur édition
du Cartulaire de Quimperlé , p. 100 et suiv.
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MÉLANGES HISTORIQUES
185
vent fautive. Sans doute on y rencontre des dates exactes : concile
de Reims (1119), mort du pape Galixte II (1124), du pape Innocent
II (1143), du comte Conao et de l’évêque Haimon (1171)/ mais si
nous comparoos leur chronologie à celle de Guillaume de Nàngis
par exemple, nous voyons que le concile de Romeeutlieu en 1123
et non en 1122, que l'archevêque Gislebert mourut en 1127 et non
en 1124, que les papes Gélestin II et Luce II mourdrent en 1144
et 1145 et non en 1143 et 1144 et que l’archevêque Josse mourut
en 1173 et non en 1174 ; enfin nous avons vu que le comte Mathias
était mort très probablement en 1101 et non en 1103, et nous al¬
lons montrer tout à Pheure qu’il faut placer en 1076 et 1079 et non en
1077et 1078 la capturedu comte Hoêl et la mort de l’évêque Quiriac.
Le Chronicon Britannicum est une compilation. Il suffit pour
s’en convaincre de constater que le même événement y est
signalé deux fois à deux dates différentes. La translation du
corps de saint Mathieu y est racontée une première fois sous
l’anrée 830, UDe seconde fois sous l’année 857. Il est donc bien
évident que le compilateur n’a pas toujours fait preuve d’intelli¬
gence dans le travail qu’il entreprenait. Il avait probablement
sous les yeux les Annales de Quimperlé, dans le texte qu’a connu
Baluze, puisqu’il place en 1039 la mort du duc Alain III qui dans
le manuscrit in-8° du Cartulaire de Quimperlé est placée en*1040.
Les articles insérés aux années 843, 851, 857, 869, 874, 931, 936,
992, 1008,1039, 1057, 1066, se retrouvent en tout ou en partie
dans les deux textes (1). C’est à Plodoard qu’il emprunte plus ou
moins directement ce qu’il dit aux années 939, 943 et 944. Il s’est
servi des Annales aujourd’hui perdues de l’abbaye de Saint-Méen
et leur a emprunté le récit des événements placés plus ou moins
exactement sous les dates de 600, 799, 919,1024 et 1074 ; enfin il
a eu entre les mains les Annales de Ruis auxquelles il emprunte
ce qu’il dit du synode de Rennes (1079), de la mort des évêques
Eudon ou Evenus (1081), Renaud (1081) et Brice (1140). Sa chrono¬
logie dépend donc beaucoup des sources auxquelles il se réfère.
Tantôt les dates concordent avec celles des documents dignes de
foi: proclamation de Constantin, qu’il appelle d’ailleurs à tort
Gonstantius, par les légions de Bretagne (407), mort de Gontran
(593), mort du duc Hoêl (1084), mort de Geofroi Martel (1106), cap¬
ture du roi Etienne (1141), mort du roi Poucon (1143). Mais il
(t) Avec cette seule différence que les événements de 869 sont datés de 870 dans
les Annales de Quimperlé.
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1W
REVUE DE BRETAGNE
arrive très souvent que sa chronologie est inexacte. Constantin?
est mort en 306 et non en 308, Galère en 311 et non en 309, Cons¬
tantin en 387 et non en 364, Valentinien en 375 et non en 377,
Clovis en < et non en 513, Clotaire en 56i et non en 563, saint
Germain en 576 et Don en 578, le pape Benoit en 578 et non en
580, Beppolène en 590 et non en 593, Cadvalon en 635 et non en
634, Abailard en 1141 et non en 1143 ; la défaite des Bretons à
Déols est de 469 et non de 431, la signature de la paix entre Da¬
gobert et JudicaSl est de 636 et non de 643, l’empereur Louis vint'
en Bretagne en 818 et non en 817. Par conséquent il est plus
prudent dp choisir pour la première bataille de Conquereuil la
date de 981 donnée par la Chronique du Mont Saint-Michel que
la date de 982 donnée par notre document, et, pour la mort de la
comtesse Berte, de laisser de côté la date de 1084 et d’adopter
celle de 1035 que donnent è la fois les Annales de Ruis, celles de
Quimperlé et les Chroniques Annaux.
La chronologie du Çhronicon Britannicum est donc fortement
suspecte- Cette chronique présente d’ailleurs un autre défaut.
Abusé par la ressemblance des mots, l’auteur a cru devoir rat¬
tacher à l’histoire de Bretagne des événements qui lui sont com¬
plètement étrangers. Lorsqu'il insère par exemple à la date de
8Q9 la, mention suivante : Çarolus sibi Venetiam subegit , il croit
évidemment relater la soumission du pays de Vannes, or il
s’agit en réalité de la Vénétie italienne, comme le prouve le
texte des Annales d’Angilbert à l’année 810.
Le document publié par dom Morice sous le titre Aliud çhro-
nicati Britannicum ou Chroniques annaux a encore plus le carac¬
tère d’une compilation. Les mêmes faits y sont racontés à deux
reprises de façon différente, tantôt sous la même date, (mort
d’Alain 111, 1040, mort de Conan II, 1066, mort de Hoel, 1084,
guerre de Conan IV contre le Léon, 1170, naissance du fils de
François II, 1463), tantôt sou* des dates différentes (mort de
Mathias, 1050 et 1051, mort de Geofroi d’Anjou, 1060 et 1062, cap¬
ture de Hoel et mort de Quiriacus, 1076 et 1077, mort d'Alain IV,
1119 et 1120, mort de Conan IV, 1147 et 1148, mort de Geofroi de
Nantes, 1158 et 1159, expulsion d’üudon de Porhoet, 1171 et
1172, naissance d'Artur, 1186 et 1187). Il est donc évident que
l’auteur a eu sous les yeux plusieurs documents annalistiques,
qu’en plusieurs cas il s’est borné à juxtaposer. Sa chrono¬
logie est donc fort sujette à caution. Sa première date est
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MÉLANGES HISTORIQUES
187
fausse. G’est en 590, d’après Grégoire de Tours, et oon en
593, que Belpolenus a été vaincu et tué par Werochus. La
mention des rapports de Werochus et de saint Méen vient
sans doute des Annales de Saint'Méen. Les événement rappor¬
tés aux années 835, 837, 843, 942, 945 et 992 figurent à leur véri¬
table date. Mais lorsqu’il mentionne à la fois en 879 la création
d’Alain comme duc de Bretagne et la mort du duc Hugo, abbé de
Saint-Martin, nous nous demandons si le premier fait est exacte*
ment daté, car le second ne Test point, le duc Hugo étant
mort en 886 : de plus ce Hugo n’était pas, comme le dit le
compilateur, fils du roi Robert I* ? et père de Hugues Gapet,
car cette double assertion s’applique à un autre Hugo, celui
du X* siècle. La date de 1037, donnée comme étant celle de
la mort du comte Budic, est contredite par une charte de ce
même comte qui nous le montre vivant encore ea 1038. La date
de 1040, donnée à deux reprises comme étant celle de la mort du
duc Alain, est empruntée à la première rédaction des Annales
de Quimperlé dont la seconde mention reproduit le texte, avec
cette seule différence qu’elle place l’événement au l* r avril, tandis
que les Annales de Quimperlé le placent au 1 er octobre. Le récit
des démêlés du comte Hoêl de Nantes et du comte Geofroi
d’Anjou est certainement mal daté, car en 1040 Hoêi n’était pas
encore comte de Nantes.
Des deux dates assignées à la mort du comte Mathias, celle
de 1050 a pour elle l’appui de la Chronique de Saint-Florent,
faible appui d’ailleurs, car la chronologie de ce document est
souvent fautive ; elle a contra alla que le texte qui la relate
renferme une erreur, lorsqu’il fait de Hoêl le frère et non Tonde
de Mathias Des deux dates assignées à la mort de Geofroi
d'Anjou, la première, celle de 1060, est la bonne (1). Le partage
de la Bretagne entre Hoêl et Eudon est faussement raconté à la
date de 1061, par suite d’une confusion entre les deux Hoêl,
celui du XI e et celui du XII* siècle. L’ordination de Quiriacus
n’a pas eu lieu en 1063, mais en 1061 (2). On peut consi-
(!) Il faut dire cependant que d après M. Luchaire ( Histoire de France* tome H,
2* partie, p. 6 5), Geofroi serait mort le 14 novembre et non le avril.
(2) Comme l'a établi M. Blanchard, Revue de Bretagne , année 1895, tome I,
p. 323. U est d'ailleurs probable que si le chroniqueur rajeunit ainsi cet événement
de deux ans, o'est qu’il avait commencé par faire subir le même traitement S la
date de la mort de Geofroi Martel, antérieure d'un an à l'ordination de Qui-
riacua.
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RBVUE DE BRETAGNE
dérer comme exactes, les dates de la mort dë Conan U (1066),
racontée d’ailleurs à deux reprises, de l'ordination de l’évéque
Benedictus (1081), de la mort du duc Hoôl (1084), de la
mort de la reine Mathilde (1083), de la mort de la comtesse
Berte (1085), du mariage d’Alain Pergent (1087), de la
mort de la duchesse Constance 1090), de la démission de l’évê¬
que Benedictus (1113) (1), de la mort de Geofroi Martel (1106),
4e l’expulsion du comte Hoôl (1156), du siège de Bécherel (1168),
de la mort de l’évêque Bernard (1169), de l’ordination de l’évêque
Robert (1170), de la mort de l’évêque Hamon et du comte Conan
(1171), de la guerre entre le roi Henri et ses fils et de la mort de
l’évêque Josse (1173), de la mort de l’évêque Robert (1184). Mais
j’ai démontré plus haut que la mort du comte Mathias devait
être placée en 1101 et non en 1104 ; M. de la Borderie date de 1135
et non de 1136 la fondation de l’abbaye de Buzai, le jeune roi
Henri fut sacré en 1169 et non en 1170, Artur naquit en 1187 et '
non en 1186, Geofroi mourut en 1186 et non en 1187, enfin Alain
de Dinan mourut au pl us tôt en 1196 et non par conséquent en 1187.
Le siège deDol par Hoôl est placé en 1076, mais le chroniqueur
normand Robert de Torigni, généralement bien informé, place
ce siège en 1075. Si donc Hoël a été fait prisonnier par les siens
l’année suivante, cet événement se place en 1076, comme le dit
d’ailleurs une autre mention du même fait tirée probablement
d’une autre source et placée à la suite par le compilateur. Les
Annales deQuimperlé se tromperaient donc en rapportant la
capture de Hoôl à l’année 1077. Une autre divergence existe encore
entre ces Annales et les Chroniques annaux. Pour celles-ci l’é¬
vêque de Nantes Quiriacus est mort l’année môme où Hoël fut
pris, c’est-à-dire tantôt en 1077 tantôt en 1076, et pour celles-là
Quiriacus est mort l’année qui suivit la capture de Hoël, c’est-à-
dire en 1078 ; or Quiriacus est mort au plus tôt en 1079 (2). 1
La conclusion qui se dégage de cet examen, c’est que la chro¬
nologie d’aucun de ces cinq documents ne mérite une confiance
absolue. Les historiens feront donc bien de peser soigneusement
la valeur de leurs témoignages avant d’en faire état.
(A suivre). V“ Ch. de la Lande de Calan.
(t) 11 aut remarquer qae pour cette dernière date il a suivi le manuscrit in-4°
du Cartulatre de Quimperlé , tandis que, pour la date de la mort d'Alain 111, il a
suivi le texte du manuscrit in-8°.
(2) Revue de Bretagne , année 1895, tome i, p. 340.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
(Suite) (1)
X
Droits divbrs dans la Sbignburir de Combourg
Parmi les droits du seigneur de Combour, il faut noter surtout
ceux dont parle Chateaubriand dans ses Mémoires (TOutre-Tombe;
ils étaient de ceux qui avaient le caractère de divertissements
populaires.
Nous voulons parler du saut des poissonniers dans l’étang de
Combour, dû par tous les vassaux qui auront vendu du poisson
au carême précédent et de la quintaine. C’étaient une sorte de
joutedans laquelleles nouveaux mariés de l’année devaient courir
à cheval, armé d’une lance, contre un mannequin fixé à un poteau,
monté sur pivot. Si le coureur ne portait pas droit son coup de
lance contre la quintaine, celle-ci, pivotant, tournait sur elle-
même et lui assénait un coup qui le punissait de sa maladresse.
Les hommes de Combour étaient tenus au devoir de message,
c’est-à-dire au transport des lettres et messages sous quatre
lieues du château.
Les hommes du bailliage de Beauvais devaient conduire les
criminels du château de Combour à la justice patibulaire.
Le prieur de la Trioité de Combour devait trois barriques de
vin breton et trois de vin d’Anjou, neuf chouesmes ou pains
blancs aux fêtes de Saint-Martin, Noël et Pâques et de plus il
devait entretenir de paille les prisons du château et de la ville tant
aux basses fosses qu’ailleurs. Mais la redevance la plus curieuse
était celle des bouchers ou pelletiers de Dol ; elle consistait en
(1) Voir ht Jievue de septembre 1908.
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REVUE DE BRETAGNE
une pelisse blanche en peau, assez grande pour entourer un fût
de pipe dont les manches devaient être assez larges pour qu’un
homme armé put y passer facilement.
Aux foires principales de la seigneurie, l'angevine à Combour
et à la foire de Saint-Léger, qui fut transférée à Combour au
XVII e siècle, les hommes estagers manants et habitants de la
ville et fauxbourgs devaient faire le guet en armes et les posses¬
seurs de la maison de la Lanterne, sise au milieu de Ja ville,
devaient des flambeaux dans la lanterne attachée au devant de la
dite maison, pour éclairer le guet et l'assise du corps de garde.
Le prieur de Tremblai àcause du prieuré de Saint-Léger devait
les mômes flambeaux pour le gqet à la foire de Saint-Léger et
trois demeaux d'avoine grosse, mesure de Combour, pour les
chevaux des officiers du seigneur de Cqmbour.
Le prieuré de la Trinité de Combour, fondé par Rivallon I*,
seigneur de Combour relevait de l’abbaye bénédictine de Saint-
Martin-de-Marmoutier.
Les jeunes mariés de la paroisse, la Trinité fut paroisse jusque
vers le XIII* siècle, devaient au prieuré une curieuse redevance.
Ils étaient tenus de comparaître, le mardi de la Pentecôte,
devant les officiers du prieur réunis au milieu du cimetière du
couvent ; là, le marié présentait au dit seigneur prieur ou à ses
officiers un broc.de vin, valant trois pintes et une fouace (espèce
de pain semblable à un gâteau) et la mariée devait sauter du mur
du cimetière dans le chemin, en chantant :
Si je suis mariée , vous le savez bien ;
Si je suis heureuse , vous n'en savez rien ;
Ma chanson est dite , je ne dois plus rien .
Non seulement les moines étaient chargés de la paroisse de la
Trinité, mais aussi de celle de Notre-Dame. Car dès 1172, l’évôque
d’Aleth, Albert, confirma à l’abbé de Marmoutier Robert et à ses
religieux la possession de la T' inité et de Notre-Dame de Combour,
avec le droit de présentation des Chapelains à l'évêque.
Il existe à Combour, près de ce qn on appelle le cimetière nou¬
veau, un terrain appelé le Moutier, qui appartenait aux Moines
de Saint-Plorent-de-Saumur.
Une maison du Moutier s’appelle la Bouteillerie et deux autres
qui faisaient partie de l'ancien moutier, put formé depuis l’uu-
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COMBOUR ET SES SEJCNRURS
19!
berge de la Tète-Noire. Ce petit monastèrp paraît avoir été donné
aux moines, du temps de Rivallon, par Ebroin.
Les pères ou les prêtres, chargés par les moines du service
paroissial de Notre-Dame de Combour, devaient habiter ce mou-
tier. Le recteur relevait du prieur, qui lui servait une portion
congrue qui n’excédait pas cinq cents francs.
XI
Election* de Combour en Comt6 par Henri III
(Tiré des Archives du Château de Combour.)
Henri, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Pollongne à tous
présens et advenir, salut. Comme Testât de costuy nostre royaume
s’est maintenu en son entier principallement par le moyen et ayde de
la noblesse, aussi nos prédécesseurs Roys, non seullement ont euesgard
d’entretenir et conserver les nobles de leur royaume, en leurs droietz,
dignités et prérogatives, mais aussi, selon qu’ils ont congneu iceux bien
mériter d'eux et de leur couronne, ont pensé de les eslever en biens et
honneurs; pour, par ce moien, accroistre leur bonne affection et augmen¬
ter leur désir de s’emploier pour la chose publique ; Ce qu'à l’imitation
de nos dits prédécesseurs désirans continuer et pratiquer envers les
dits nobles, lesquels depuis le temps qu'il a pieu à Dieu nous appeler à
ceste couronne nous avons congneu s’en estre renduz dignes. Sçavoir
faisons que nous bien advertiz des bons et recommandables services
que nous et nos prédécesseurs avons successivement receuz de nostre
amé et féal Jehan, Sires de Coasquen, Seigneur du dit lieu. Chevalier
de notre ordre, Baron de Combourg, Vicomte de Rougé, Seigneur d’Ussel,
de Vauruffier, Laforaye Mesange, la Houssaye, le Marchez, et de ceuix
de sa maison et semblablement de celle d’Acigné dont est yssue dame
Philippe d’Acigné, sa femme. Et que leurs prédécesseurs de Couasquen
ont toujours esté honorez des plus grandes charges et estats de nos
pais et duché de Bretagne sous l’obéissance des Ducs dudit pais, comme
ès estatz de mareschaulx, gouverneurs et grands-maîtres dicelluy pais
ayant eu la conduicte et faiot levée de gens de guerre pour le secours
des dits ducs et mesme le dit Seigneur de Couasquen qui s’y est ver¬
tueusement et ûdellement employé en tant d’occasions qui s’en sont
-présentées, soit en batailles qui ont esté données assaux et prinses de
villes que aultres emploictz de guerres, aiant, tant en cela qu’en plusieurs
aultres manières assez démonstré et faiet paraistre combien il est ama-
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192
REVUE DE BRETAGNE
teur et zélateur du bien de nostre dict service, au moien de quoy, il
mérite d’estre recongneu et rémunéré de tiltre, d'honneur et qu&llité
eondigne et correspondant à sa vertu, et qui servant d'exemple à sa
postérité, l’induise et provocque à ensuivre et imiter ses vestiges, deue-
ment certifiez : comme la dicte terre et seigneurie de Couasquen dont il
porte le nom et qui est de tout temps et antiquité tenue en tiltre de
cha9tellenye ; est de belle et grande entendue, décorée d'un beau château
et bonne ville se consistant en foretz, estangs, moullins, dommaines,
héritages, hommes subjectz et vassaux, avec tout droictz de justice sur
dix-huit paroisses, droict de patronnage et de fondation de plusieurs
églises, abbayes et monastaires et plusieurs beaux droictz, de coustumes
sur les portz et hâvres de Mordreu, Lymel et inûniz aultres comme de
foires et marchez en la dite ville de Couasquen tellement que ycelle terre
de Couasquen avec la susdite Baronnie de Combourg (en laquelle il y a
quatre chastellenyes : sçavoir Boullet, Guodeheust, Gauguer&y, Malles-
troict) et seigneuries de Triendhin, seigneurie de Vauruffier a ornée
d'une belle et antienne maison et où sont plusieurs hommes, vassaux
et subjectz et vicomté de Royé, pareillement douée de beaux et grans
dommaines et subjetz qui sont proches et joignantes quasy les unes aux
autres et la pluspart desquelles sont tenues et mouvantes de nous en
foy et hommage, y joinctes et unyes, et leurs appartenances et déppen-
dances, feraient une belle terre digne d’estre décorée du nom et tiltre de
Marquisat et suffisantes pour entretenir ce nom et tiltre de marquis
ainsi qu’il appartient, et lequel marquisat pourroit estre décoré en ses
membres de beaux et honorables tiltres de Baronnie, Comté et Vicomté.
Pour ces causes et aultres bonnes et grandes considérations, avons, de
notre propre mouvement, certaine science, plaine puissance et auctorité
royale, créé et érigé, créons et érigeons par ces présentes en droict et
tiltre de baronnie la dicte terre et seigneurie de Vauruffier, et celle de
Combourg qui souüoit estre baronnie en droict et tiltre de Comté ayant
icelles baronnie de Vauruffier, Vicomté de Rogé et Comté de Combourg
leurs appartenances et déppendances unyes, joinctes et incorporées,
joignons, unyssons et incorporons par les dites présentes à la dicte terre
et seigneurie de Couasquen ; Et icelle terre et seigneurie de Couasquen,
appartenances et deppendances érigé et érigeons en nom et tiltre et
qualité de Marquisat et le dict seigneur de Couasquen décoré et décorons
dudit tiltre de Marquis pour en jouir par luy et ses enff&ns mas les et
*es masles descendans des masles selon l'ordre de progéniture audict
tiltre de Marquisat à une seulle foy et hommage à nous et nos succes¬
seurs à cause de nostre Duché de Bretagne, Et ycelluy tiltre et honneur
de marquis avoir tenir et posséder avec touz les droictz, prérogatives,
prééminences tant en paix que guerre, en jugement et dehors ; armoy-
ries, escussons et enseignes et en toutes assemblées que les aultres
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
193
marquis de ee dit royaume ont accoustumé de se trouver. A la oharge
que les masles jouissant dudict marquisat seront tenus d’appaner et
doter les filles, selon l'estât et dignité de la maison. Et sans que par
la présente érection le droict de succéder ès dictes terres soit innové et
changéà la charge aussi de garder par les successeurs et herres dudict
Sire de Couasquen les coustumes des lieux où les héritages sont assis.
Et de nous faire et porter par ledict de Couasquen ses dicts hoirs et
successeurs et descendans nàasles une seulle foy et hommage pour toutes
les dictes terres, en ce qui est tenu de nous — Et tant que la ligne mas¬
culine durera, laquelle défaillant et les dictes terres et seigneuries
tumbant par succession es mains de fille ou filles, lesdicts tiltres et
dignité de Conte et Marquis seront et demeureront estainctz et suppri-
méz et abolliz. Et lesquels dès à présent comme dès lors et dès lors
comme dès à présent, nous avons supprimé et supprimons, abolly et
abolissons pour lesdicts Conté et Marquisat retournées en leur première
quallité de barronnie et chastellenye estre tenues et possédées et demou-
rer aux filles à qui elles appartiendront comme leurs propres héritages
à elles escheuz et donnez par la succession de leurs prédécesseurs.
Nonobstant l’édict faictpar deffunct de bonne et louable mémoire nostre
très-cher seigneur et frère le Roy dernier décédé, que Dieu absolve ! ou
moys de Juillet 1566. Auquel, en faveur du dict de Couesquen et de ce
que dessus, nous avons dérogé et dérogeons et à la dérrogance de la
dérrogance y contenue pour ceste fois seulement et sans tirer à consé¬
quence plus avant. Parce que autrement et sans ladicte dérrogance,
ledict seigneur de Couesquen n’eust voullu prendre aucunement ny
accepter nos présents honneurs, quallités, grfices, libér&llitég : voullant
et entendant que tous ses vassaux et subjects le recongnaissent en ceste
quallité de marquis et quand le cas escherra, luy facent et prestent et
à ses dicts successeurs les foy, hommage et autres recongnaissances,
baillent adveux et dénombrements, facent et paient les devoirs selon la
nature des terres qu’ils tiennent de luy audict tiltre et quallité de Mar¬
quisat de Couesquen. Voulions aussi et entendons que la justice y soit
doresnavant administrée ès officiers en Icelle instituez soubz le seul
nom et auctorité de Marquisat de Couesquen, à la charge que toutes les
causes qui seront intentées cy après, tant à cause dudict marquisat
qu’entre les subjects et vassaux d’icelluy, ressortiront par devant le
bailly seneschal ou autre juge royal au ressort duquel la dicte terre de
Couasquen est scituée,ainsi qu’elles avaient accoustumée,8ans aulcune
mutation de juridiction. Et générallement joir par ledict Seigne ir de
Couesquen de ladicte dignité et prééminence de Marquis, tout ainsi qu’en
joissent les autres marquis de notre royaume. Si donnons en mande¬
ment à nos amez et féaulx les gens tenans nostre cours de parlement,
chambre de nos comptes de Bretaigne. Et à touz nos autres justiciers
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REVUE DE BRETAGNE
et officiers et à chacun d’eulx, si comme à lui appartiendra, que de nos-
tre présente érection et création dudit Marquisat de Gouesqnen et de
tout le contenu cy dessus, ils laissent joir lejiit de Couesquen Marquis
susdiot, ses hoirs masles, successeurs légitimes, vassaux et subiectz
entretiennent, gardent, observent, facent de point en point entretenir,
garder et observer (ce qui en est des présentes) cessant et faisant ces¬
ser tous troubles et empeschements à ce contraire. Nonobstant, comme
dict est, le dict ôdict faict par deflunct notre diôt seigneur et frère au mois
de juillet 1566. Et quelconques ordonnances restrinétions, mandements,
desdietz et deflens à ce contraires à quoy nous avons pour les considé¬
rations susdictes, dérogé et dérogeons et à la dérogeance de la déro¬
geance y contenue par ces dictes présentes signées de nostre main. Et
affin que ce soit chose ferme et stable è tousiours, nous avons faict
mettre et apposer notre scel à icelles présentes, sauf en auitres choses
nostre droict et l’aultruy en toutes. Donné à Paris au moys de juin, l'an
de gr&œ 1575 et de nostre règne le 2 me . Signé : Henry.
Sur le repli : par le Roy : de Neufville.
Lettes, publiées et agréées ouy et le consentant le procureur général
du Roy soubz les modifications contenues au registre faict en parle¬
ment l’onzième jour d’octobre, l’an 1576.
Landry
Contentor Thielment.
10 Octobre 1576.
Extrait des Registres du Parlement
(Cotté le 42 octobre 4762 pour Chiffrature Louyer-Lainé ).
Veu par la Court les lettres patentes du Roy données à Paris au moys
de juign mil cinq cens soixante-quinze signées Henry et sur le reply par
le Roy de Neufville et scellées de cyre verte à lacs de soye obtenues par
Jan sires de Couasquen par lesquelles et pour les causes y contenues,
Le Roy crée et érige en tiltre de baronnye la terre du Vaurufÿer, celle
de Gombour en droict et tiltre de Comté et unist icelle baronnye de
Vaurufÿer la vicomté de Rogé et comté de Combour et lesjoincts et
incorpore à la terre et seigneurye de Couesquen, laquelle il érige avec
ses apartenances en nom tiltre et qualité de Marquisat et décore ledict
sieur de Couasquen du titre de Marquis, pour en jouir par lui et ses
enflants masles et les masles dessendantz des masles, selon l’ordre de
progéniture audict tiltre de Marquisat à une seule foy et hommage au
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
195
Roy à cause de sa Duché de Bretaigne et iceiiuy tiltre de Marquis avoir,
tenir et poséder avec tous les droictz, prérogatives et prééminences
mentionnées es dictes lettres et anz charges y contenues. Larequtste pré¬
sentée en la court par le dict sieur de Couasquen par laquelle il
requeroict la lecture et publications desdictes lettres. Arrest de la dicte
court du 16 m *aougst 1575 portant ordonnance de proclamer les diotes
lettres aux paroisses et marchez prochains des lieux auxquels sont
sittuez les terres mentionnées en icelles et renvoy de Imposition formée
par le sieur dq Chàteauneuf et toutes aultres si aucunes se trouvaient
par devant les juges de Rennes pour icelles mises en estât déjuger et le
tout rapporté en la tficte court, y estre faict droict ainsi qu'il appartient
droict et procès-verbaulx des dictes proclamations etbannyes des 1 er ,
et7 me de septembre et5 m# de novembre 1575. Certifications d'icelles du
24 me du moys de novembre oposition formée par le comte de Laval et
sieur de Chàteauneuf au Biège de Rennes le 15 me du mesme moys
de novembre. Moyens et escriptures fournies par les sieurs de Chate&u-
neuf et de CouasqueQ. Sentence des juges de Rennes du 17 janvier
dernier par laquelle ils auroient ordonné que les dictes partyes se
pourvoiroient en la court, suyvant l'arrest d'icelles, aultres et secondes
lettres obtenues par le dict de Couasquen, le 23 m * de février aussi
dernier, par lesquelles, du consentement de l'impétrant d'icelles, le Roy
déclare que en faisant la dicte création et érection de marquisat il
n'eniend comprendre la part de la dicte Seigneurye de Couasquen qui
est sittuée et assise es terres et seigneurie de Chasteauneuf et la Bellière.
Ains l’en distraict esclipse et excepte et icelle remet en son premier
estât et quallité, la dicte érection de marquisat sertissant au résidu son
efiect pour la ville, château et chastellenye de Couasquen sittuées au
proche ûe(f du Roy, accompagnée de la dicte barronnye ou chastellenye
de Combour érigée en Comté par lesdictes lettres leurs appartenances
et dépendances. Arrest de la dicte Court du 9 m * d’avril 1576 par lequel
est ordonné que lesdictes lettres et déclaration seront communicquées
au sieur de Laval et que les partyes seroient ouyes tant sur les dictes
lettres que sur l'opposition formée par le dict sieur de Laval contre les
lettres de l'érection du dict marquisat le 15 nov. dernier, escriptures,
faictz et moyens du dict conte de Laval et aultres fournies par ledict
sieur de Couasquen par lesquelles il déclare, entre aultres choses, qu'il
n’entend comprendre soubz son dict marquisat les terres de Vauruffler
et de Rougé; lesquelles il recognaist tenir du dict Comte de Laval, veult
et entend lui faire les obéissances et redevances accoustumées, comme
aussi il consent la terre du Boullet déppendante de la seigneurye de
Combour estre distraicte et qu'elle ne soict aucunement comprinse en
la dicte errection de marquisat ; mesme ne veult aucunement préjudioier
aux droictz du dict oposant, n’y entreprendre sur la grandeur, dignité
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196
REVUE DE BRETAGNE
et auctorité et tiltres d'honneur quy luy sont deuz et appartiennent jus¬
tement, mays entend le respecter *>t luy defTérer tousiours et en toutz
lieux : Arrest de la dicte court du 21 de m$rs dernier par lequel elle
auroict joinct l’incident formé sur les dictes secondes lettres, entre les
dictz sieurs de Chateauneuf et de Couasquen, à l'instance d’opposition
entre eux pendante pour y faire droict conjoinctement ou séparément ainsi
que de raison : Acte de comparution par devant certain conseiller et
commissaire de la dicte court du 16 m< d’aougst, an présent, par lequel
les dictz Comte de Laval et sieur de Couasquen auroient été sur leurs
requestes fins et conclusions appoinctez à produire, pour leurs estre
faict droict et procéder. Certaine déclaration laicte par Maistre Michel
Dugué procureur de Dame Philippe d’Acigné, femme compaigne espouse
du dict de Couasquen, qu’il veult et consent pour la dicte dame quels
terre et seigneurye de Combour à elle appartenante soict unye et incor¬
porée *udiot marquisat de Couasquen, anciens adveuz, mandementz,
tiltres et actes produictz par les dictes partyes. Et tout ce que a esté
mys par devers la dicte court.
Requestes présentées par les dicta sieurs de Laval et de Cbasteauneuf
tendant à ce que l’instruction et jugement du dict procès feust renvoyé
en la chambre my partye ordonnée par l’édict de passiffication. Aultre
requeste dudict sieur de Couasquen par laquelle il requtroict qu’il
pleust à la dicte court lui faire droict sur la vérification de ses dictes
lettres et ordonner qu’il jouira du bénéfice des dictes lettres du jour de
l’impétration d’icelles ; les dictes requestes mises au sac par ordonnance
de la dicte court, conclusion du procureur général du Roy auquel le tout
auroict esté communiqué et tout considéré : La dicte court a ordonné el
ordonne que les dites lettres seront leües, publiées et enregistrées pour
en jouir l’impénétrant d’icelles aux charges y contenues pour le regard
des terres tenues et rellevantesnuementdu Roy seulement; et du jour
de la présentation d’icelles lettres, sans préjudice touttefois des opposi¬
tions formées par les dictz Comte de Laval et sieur de Ghaste&uneuf
tant en son nom que comme garde naturel de damoyselle Marye do
Rieulx, sa fille, dame de laBellière. Incidents pendants entre les dictes
partyes, requestes, demandes, fins et conclusions respectivement prinses
par leurs escriptures, sur lesquelles les dictes partyes se pourvoiront
ou et ainsy qu’il appartiendra.... Et cependant ne sera aucune chose
altérée, innovée ny immuée, au moyen de la dicte errection, des tenues
féodales, debvoirs, obéissances et redevances, exercices ou ressort des
juridictions, degré, ranc, ordre, presséances et honneurs pour le regard
des dictz opposantz oultre la forme et faczon qui a esté tenue et gardée
pour le passé. Ains demeurera le tout en son premier et ancien estât
jusques à ce qu’il soict faict droit sur les dictz oppositions et incidens.
Prononcé à la barre de la Court le I0 me jour d’octobre 1576.
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COMBOUR BT SES SEIGNEURS
19 1
6 Juin 1570.
Accord entre les seigneurs et dame de Couetqubk et d’Acignô
Par lequel le dit sire d’Acigné baille la terre et seigneurie deCombour
etc... Audit seigneur et dame de Couetquen pour demeurer quitte du par¬
tage et droit naturel appartenant à la ditejdame Philippe d’Acigné tantès
successions de ses père et mère que aultres successions collatérales.
Pour s’opposer,estaindre et deiecter les procès et disferans meuz et pen-
dans en la Cour de parlement de Bretagne entre haultz et puissans
Jehan sire de Couesquen chevallier de Tordre du Roy et capitaine de
cinquante hommes d'armes des ordonnances de Sa Majesté et dame
Philipe8 d’Acigné sa compagne et espouze vicompte et Vicomptesse de
Rogez seigneurs d’Uzel, le vaurufler, la houssays, la forays mesange
etc demandeurs en exécution d’aocord et partage, d’une part, et hault
et puissant Jehan sires d’Acigné frère germain de la dite dame Phelip-
pes, aussi Chevallier de Tordre du Roy et cappitaine de cinquante
homme d’armes des ordonnances de Sa Majesté, Baron de Couetmen,
Montejan, Combour, Sillé et Mallestroict, vicomte de Loyat etc deffen-
deur en la dite Instance, d’autre part ; sur la demande faicte par les
dicts sire et dame de Couesquen demandeurs audict sire d’Acigné du
partage et droit natuhrel competant et apartenant et qui compacté et
appartient à la dicte dame d’Acigné, tant es successions de deffunct
hault et puissant Jehan sire d’Acigné, aussi chevallier, et dame Anne
de Montejan ses pères et mères vivans sieurs et dames des baronnyes
et vicomté ci-dessus déclarées que aultres successions colleté raies ja
escheues et retournées en leur dicte tige, de la dite succession desdicts
deflunctz sieurs et dame d’Acigné, pour raison de quoy, Iceluy sires
d’Acigné avoict promis et s’estoict obligé faire à la dicte dame Phelippes
sa sœur, assiepte du numbre de deux mil quatre cent livres de rantes
en la terre et vicompté de Tonquedec, et autres terres à prendre de
proche en proche, au cas qu'elle ne pourroict suffire, pour l’effet et
exécution de laquelle promesse et accord, se seroict meu et poursuivy
ledict procès auquel les dites partyes désirent obvier... paix union et
amityé entrelles nourrir, comme entre frère et sœur ; lequel lyen
d’amytyé doibt par nathure estre entre eux perpétuel et indissoluble, et
pour ce, sachent touz que par nostre court royalle de Nantes en droict
par davant nous nottaires jurés et receuz en icelle ont esté présent et
personnellement establiz : le dict sires d’Acigné de sa part et le dict
sires de Couesquen et la dicte dame Phelippes d’Acigné sa compagne et
espouze à sa requeste bien et deubment authorisée du sires de Coues-
Octobre i90S §$
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RBVÜE DE BRETAGNE
quen son seignenr et mary d'antre part, faisant de présent leur pins
contynuelle résidance, savoir : le dict sires d’Acigné en sa maison sei¬
gneurial de Fontenay evescbé de Rennes et les dits sire et dame de
Couesquen an dict lieu de Couesquen evesehé de Dol, lesquelles partyes
et chacnne après s’estre submisse et submettent eux et leurs biens à la
jnrisdiction seigneurye et obéissance de la dicte Court et y avoir pro¬
rogé et prorogent de juridiction ont esté cognoissans et confessans et
par ces présentes cognoissent et confessent avoir fait et font en nota
présences les paction transaction et accord qui ensuyvent pour lesquels
présents estre et demeurer le dict sire d’Acigné quite généralisaient et
entièrement dudict partage et droict nathurel apppartenant à la dicte
dame Phelippes d’Acigné sa sœur à cause des dictes successions et
entièrement ; et accomplissant le dict accord cy davant faict entre les
dites parties touchant ledict partage et droit nathurel tant héritel que
mobilier, que mesme des successions colletrealles et autres ja escheues
jors et au temps dudict accord d’elles signé : Poisson et Chauvyn notai¬
res en date du... jour de... Tan mil cinq cent soixante... et aussy de la
succession de déffunct hault et puissant François d’Acigné leur frère
commun mort et déseldé depuis le dict accord. Pour le regard des cho¬
ses quy sont situées en ce pays et duché de Bretagne seullement, fruitz
levées et revenus que pourroinct prétendre les d. sire et dame de
Couesquen jusquesà ce jour, a Icelluy seigneur d’Acigné baillé, cédé,
quitté et délaissé et par ces présentes baille, cède quitte et délaisse à
jamais par héritage aux dicts sires et dame de Couesquen acceptant, la
baronnye et seigneurye de Combour, Boullet, Tremehin, le Plessis
i’espine, Goguerès et aultres appartenances et deppendances de la dicte
terre de Combour génerallement et entièrement sans aulchune réser¬
vation en faire, pour en jouir, faire et disposser à l’advenir, comme bon
leur semblera, et ainsi que en jouissoict le d. déffunct François d’Aci¬
gné lors de son deceix et avecques les charges qu’il estoict tenu faire
et poier à cause de la d. terre et seigneurie de Combour, et mesme a
le dict sire d'Acigné baillé, et délaissé un acquestz faictz par le d.
déffunct Françoys d’Acigné et annéxez à la dicte terre de Combour
sçavoir: la dicte terre de Tremehin et autres au Montz, de ce ont les
dicts sires et dame de Conesquen semblablement baillé, rendu, quitté
et délaissé aud. sieur d’Acigné la dicte terre et vicompté de Tonquédec
quite et indémpne de toutes charges et impositions qui pourroict avoir
par eux mises et imposez sur icelle, moyennant toutte fois la somme de
deux mil livres tournoys que le d. sire d’Acigné sera tenu et a promis
payer aux dicts sires et dame de Couesquen dedans troys mois prochains
venans et ont voullu et accordé les d. partyes jouir et disposer dores-
navant au temps advenir des d. choses, sçavoir : le dict sire d’Acigné
de la d. Vicompté de Tonquédec et les d. sires de Couesquen delà d.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
199
Baronoye et appartenance de Combour ensemble du bestial qui peûlt
estre ès mestayries de chacune des d. terres et seigneuryes, et pourront
chacun d'eux faire prendre et enlever les fraictz et grains qui auront
esté cy devant recuellliz et conservez esdits lieux s'auchun» sont et est
dlct et accordé entre les d. partyes que ou le d. sire d’Actgné ne pou*-
roiot enthièrement faire les d. sires et dame de Couesquen desd. aoquestz
laiots par le d. deffunt François d’Acigné et damoiselle Anne de Mon-
bourcher sa compagne s’aucbuns sont et d'autant qu'elle y seroict fon¬
dée à prétendre aulchun droict, en ce cas lesd. sires et dame de
Couesquen n'en pouroict prét&ndre auchun dommage ne interestz
contre le d. sires d’Acigné, ains sera seulement tenu leur faire assiepte
sur sa terre et seigneurye de Guér de pareil nombre de rente et revenu
annuel que la d. de Monbourcher en pourroict emporter et ce à etgârd
de deux amys communs, lesquels ils choisiront d'un commun accord et
consentement, ou par priseurs nobles et cordeleurs,* sy le cas lé
requiert, et où ils n'en pouroinct autrement accorder et tnesmes est
oonvenu entre eulx, où cas que le d. sire d'Acigné se roi et contrainct,
ce qu’il évitera à son pouvoir, faire assiepte de douère à la d. de Mon*
bourcher en la d. terre de Combour, les d. sire et dame de Couesquen
auront seullement par main, pareil nombre de rente que elle en pourra
prandre sur la dicte terre que le dict sire d’Acigné sera tenu leur bailler
et assigner sur la recepte de la d. terre et apartenance de Guer durant
la vie de la dite douairière, payable par les mains du fermier ou recep*
teur de la dicte terre de Guer et partant et moyennant ce que dessus
sont et demeurent les dictes partyes et chacunes respectivement quites
les ungs envers les autres de touttes actions et demandes meues et à
mouvoir touchant le dict partage droict naturel et enthièrement
d’accord et tous procès reiettéz et assopiz mesme pour le regard
des jouissances) fruietz, levées, revenuz et areraiges que eussent
peu y prétendre les d. sieur et dame de Couesquen a raison de ce que
dessus. Lesquels ont prins et aecepté la d. terre et seigneurie de Combour
appartenances et deppendances .d'icelle pour toutte prise reçeue et
avalluée à la concurance et pour le partage et droict nathurel de la dicte
dame Pheiippes, tant heritel qae mobilier des d. su-cessions des d.
deffuncti père et mère et aultres successions colietreaile9 escheues du
temps du dict accord, ensamble de la d. succession du d. Françoys
d'Acigné comme dict est ; lesquels sire et damç de Couesquen ne seront
et ne demeureront tenuz de payer et acquitter aulcunes debtes de la
communetté desdicts deffuncti sieur et dame n'Acigné. Ains est et
demeure tenu et chargé le d. sieur d'Acigné les paier et acquiter, ainsy
qu’il Voira, et a promis en acquiter et descharger les d. sire et dame de
Couesquen, ensemble leur faire et porter bon et loyal garantage vers et
contre touttes personnes de la d. terre et seigneurye appartenances et
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REVUE DE BRETAGNE
dépendances de Combour, à jamais par héritage ainsain qu'il l’auroict
baillée et délaissée au d. deffunct François d’Acigné à usage ou autrement
et d’icelle terre et appartenance s’est iceluy sire d’Acigné dès à présent
desaisy et departy, tant de la proprietté que possession pour et au profit
des dicts sire et dame de Couesquen et leurs hoirs successeurs et
causéans et pour les meptre et induire en la réelle possession d’icelle
terre et appartenance a institué et estably son procureur epecyal noble
homme Jehan de Quelmé sieur de Launay Bienassis, avecq tout pouvoir
pertinant quant à ce et a le d. sire d’Acigné promis rendre et meptre
entre les mains desdicts sire et dame de Couesquen les lettres, tiltres et
renseignements concernans et faisant mention des rentes debvoirs et
obéissances deues sur et par cause de la d. terre et appartenances de
Combour, et autres lettres faisant mention d’icelle. Et tout ce que dessus
l’ont les dictes partyes et chacune ainsy voullu et consenty, promis et
luré par leur serment et foy tenir et loyallement accomplir sur l’obliga¬
tion de tous et chacuns leurs biens présents et advenir sans aller ny
venir allencontre en manière que ce soit, ainsi y ont respectivement
Itenonczé et renonczent et au droiot de faire généralle renonciation non
valloir fors en temps qu’elle seroict expressément spécifiée et divisée,
mesme la d. dame Phelipes d’Acigné au droit Velleyen, a l’espitre Divi
Adriani, à l’autentique si qu& mulier et à tous aultres droictz faictz et
introduictz pour et en faveur des femmes luy donné à entendre
par nous notaires ce qui luy peut ayder ou nuyre, nous partant
de leurs communs consentements et requestes y ont par nous estez
jugéz et oondemnéz, jugeons et condempnons. Donné de ce tesmoing le
scel establys aux contractz de la dite court. Ce fuct faict et le gré prins
au lieu et manoir noble do la Varainne paroisse dudict Mesangé, en pré¬
sence de haute et puissante dame Jeanne du Plessix dame de la Bour-
gongnière, etc. compagne et espouze du dit sieur d’Acigné, et de nobles
hommes René Gaultier sieur de Chauvigner le dit Jean de Quelmé sieur
de Launay Bienassis, Pierre Tremblaye sieur de la Jousselinays, Raoul
de Goulayne, J. de la Tour, François Le Gras, sieur d’Herville, M* Guil¬
laume Le Large licencié en droict, prevost d’Ancenis et Gilles Bruneau
aussy licencié en droictz, séneschal d’Oudon, le seixiesme jour de juing
l’an mil cinq cent soixante et dix ; ainsin signé au registre : Jehan
d'Acigné, Jehan de Couesquen, Jehannedu Plessix, Phelippes d’Acigné,
Jehan de Quelmé, P. Tremblay, Raoul de Goullayne, François Le Gras,
Le Large, C. Bruneau, P. Gaultier, G. Bidon nottaire royal et Bruneau
aussy notaire royal vers lequel est demeuré ledict registre.
Par copie et transcrimpt collation fldellement faict à l'aultant prins
sur l’original de l'acocrd et transaction dont lé copye est cy dessus
escripte, faicte par nous, notaires royaux à Dinan sur la présentation
nous faicte de l’aultant dudit acord escript sur parchemyn, par escuyer
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COMBOUR BT SES SEIGNEURS
201
Jean Garnier sieur des Moulins porteur d'icelluy contract icelluy trans-
crimpt iuy déclaré pour seryir de copye aux seigneur et dame de Coues-
quen ou estre debvra. Paict par nostre dicte court soubz le scel d’icelle
ledict Micbcl Duchesne notaire avecques le seing du dict sieur des
Moulins ce septième jour de décembre mil cinq cent quatre vingt dix
neuff. Superligne Collation. Duchesne, J. Garnier, Jac Delaunay.
(A suivre)
Paul de la Bignb.
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GALERIE DES ILLUSTRATIONS BRETONNES
LE CARDINAL RICHARD
Le cardinal Richard était Breton, il a longtemps vécu en Bre¬
tagne, il a écrit la vie des saints bretons, il s’est toujours intéressé
aux œuvres et aux choses bretonnes : nous ne pouvons le lais¬
ser disparaître, sans lui rendre l’hommage rie vénération qu’il
mérite dans cetle Revue de Bretagne dont il fut, en passant, le
collaborateur et souvent le lecteur.
Le cardinal Richard fut d’abord le vicaire général de Mr Jac-
quemet, évêque de Nantes, le prélat le plus distingué que nous
ayons connu et l’un des plus grands évêques du XIX e siècle. Il
l’accompagnait ordinairement dans ses tournées. C’estalors que je
me souviens de l’avoir vu, pour lapremière fois, àune confirmation
paroissiale de campagne. J’étais enfant et je n’oublierai jamais
l'impression saisissante de cette figure de saint. Elle m’apparaît
encore haute et mince, dans sa maigreur d’ascète, avec le front
déjà incliné, les joues creuses, les yeux et la bouche imprégnés
d’une expression de piété intime et ce grand nez à la saint Charles
Borromée si caractéristique. Prêtre modèle, théologien savant et
sûr, l’abbé Richard était un administrateur remarquable, aussi
ferme que sage. Il fut formé à bonne école, car M* Jacquemet
était lui-même un gouverneur d’élite, et le diocèse de Nantes lui
doit d’être ce qu’il est encore aujourd’hui, l’un des plus régu¬
liers du monde. Ce dernier aurait voulu avoir son grand-vicaire
comme coadjuteur : aux démarches indirectes qu’il tenta, le gou¬
vernement du Second Empire qui n’aimait pas les têtes hautes
dans l’épiscopat, répondit qu'il ne tenait pas à un second
Jacquemet.
Lorsque l’abbé Richard fut nommé évêque de Belley, lorsque
le peuple le vit officier avec ce recueillement profond, cet air
apostolique, cette onction suave et douce qui rappelait saint
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LE CARDINAL RICHARD
20S
François de Sales, son patron, et donnaient à toute sa personne
un reflet céleste, il n’y eut qu’une voix pour dire : « C’est le curé
d'Ars, devenu évôque. * Il ne fit que passer et cependant, au té¬
moignage de M«* Luçon, vingt et trente ans après son départ,
il suffisait de prononcer le nom de M* Richard pour réveiller le
dévot souvenir des fidèles (t). Un siège d’honneur rappelait à
Paris où il devait exercer le pontificat comme coadjuteur du
cardinal Guibertet comme archevêque, pendant trente-trois ans,
en répandant toujours autour de lui ce même rayonnement de
sainteté. « On appelait le cardinal Guibert, le grand cardinal, et
le cardinal Richard, le saint cardinal », a dit M. l’abbé Odelio,
son vicaire général (2).
A Paris, comme à Belley et à Nantes, il était entouré de la
vénération populaire. Je l’ai vu traversant la place de 8aint-SuU
pice, après une cérémonie d'ordination ; les gens du peuple
accouraient pour le regarder : plusieurs se mettaient à genoux,
afin de recevoir sa bénédiction. Aussi humble sous la robe
rouge que sous la soutane noire, l’attitude recueillie, les mains
croisées, la tête courbée, l’air méditatif, il marchait visiblement
en la présence de Dieu, saris aucune curiosité de l’entourage:
c’était vraiment un ange sur terre, l’ange de l’Eglise de Paris.
Il ne faudrait pourtant pas s’imaginer Ià-de6sus que ce dévot
prélat ne fut pas un homme pratique et que, tout en vivant plus
au ciel que sur terre, il ne s'occupât point des choses humaines.
« Il possédait à fond la science de son état, écrit encore l’abbé
Odelin, M e Barboux ayant dû se mettre en rapport avec lui h
propos du legs Bernay, intéressant les fabriques du diocèse me
disait : « On m’avait représenté le cardinal comme un ascète
ignorant les choseg de ce monde, il connaît et traite les affaires
comme personne, et sait le droit ecclésiastique comme un jurit»
consulte. » C’est co qui faisait dire à M. Icard, supérieur général
de Saint-Sulpice : « Do tous les évêques de France, le cardinal
Richard est celui qui connaît le mieux son métier (B). » Il n’était
pas un grand politique, et cependant, à l’époque du ralliement
qui divisa les catholiques, au lieu de les rallier, et qu’il crut
devoir accepter par discipline ecclésiastique, il avait eu l’idée de
(1) Oraison funèbre du cardinal Richard, par S. E. le cardinal Lnçon. arche¬
vêque de Reims.
(2) Voir le Correspondant du 10 avril, p 4 *8.
(3) Voir le Correspondant cité déjà.
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204
RBVUE DE BRETAGNE
constituer VUnion de la France chrétienne; pour réunir bien plus
sûrement les catholiques sur le terrain religieux et légal, en
dehors des partis politiques. On tend à y revenir aujourd’hui,
sur un mot d’ordre de Pie X. Le cardinal Richard n'avait d’ail¬
leurs ni la force de caractère, ni la force de tem pérament qu’il
eût fallu pour devenir un chef de parti catholique en France
comme on en a vu en Allemagne. Ce n'était pas un saint Am¬
broise. Gela n’empêche qu’il sut résister plus énergiquement
que beaucoup d’autres et, dès la première heure, à la Loi de
séparation : « Cette organisation, disait-il, est une Constitution
laïque de l’Eglise : elle ne peut point passer, elle ne passera ja¬
mais. » Il avait le jugement trop droit pour s’y méprendre, &
l’encontre de tant d’autres évêques auxquels le Pape dut ouvrir
les yeux par sa foudroyante Encyclique. Il temporisait, il transi¬
geait jusqu’à l’extrême limite, mais il ne céda jamais sur les
questions doctrinales, ni sur les principes constitutifs de la Sainte
Eglise. Lorsque sa science théologique et sa conscience lui im¬
posaient une décision, rien ne pouvait le faire reculer : le Breton
reparaissait sous son doux entêtement, comme on l’a dit.
Le cardinal Richard était resté Breton de cœur : il n’oublia
jamais ses chers Nantais ; il les revoyait avec joie, il encoura¬
geait cordialement toutes les associations bretonnes de Paris; il
avait voulu donner une place privilégiée à sainte Anne et à saint
Yves dans l’église du Vœu National. Il saisissait avec empres¬
sement toutes les occasions de revenir au pays breton, pour les
grandes cérémonies religieuses, les pèlerinages, les couronne¬
ments de Vierges, les consécrations d’églises comme celle de
Saint-Anne d’Auray, toutes ces manifestations populaires où
résonnait le refrain de son pieux cantique : Catholique et Breton
toujoursl Le saint cardinal était là, dans son élément, en compa¬
gnie des saints bretons auxquels il ressemblait et qu’il a dû
rejoindre au Ciel, après avoir aimé Dieu comme eux, suivant sa
belle devise empruntée à la Bienheureuse Françoise d’Amboise :
Fautes sur toutes choses que Dieu soit le mieux aimé !
V u Hippolyte le Gouvello.
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SAINT-MARS-LA-J AILLE
ET SES ANCIENS SEIGNEURS
(Suite ').
LISTE SOMMAIRE
Des seigneurs de Saint-Mars-La-Jaille
1* Lis Seigneurs DE MARS, membres, pensons-nous, de la
maison de Vritz, (1070 à 1192 circa).
Xl’-Xll* siècle.
Gauscelin de Mars (1070, circa) (2).
Février de Mars (1105-1142).
Hugo, Dis de Février, id.
Vivien de Mars, frère de Février (1142).
Vivien de Marz (en 1183).
2» DE VER1S, ou DE VRITZ (1192-1245).
Nous les trouvons possédant des terres voisines de celles des
seigneurs de Mars à la môme époque. Une partie de ces terres
font partie également de la paroisse de Saint-Médard , ou Saint-
Mars-l' Olivier.
XU'-XllI » siècle.
Olivier II de Vritz, chevalier (1177 à 1192).
Olivier III de Vritz, son fils (vers 1200).
BEatrix, fille du précédent épouse de Geoffroy de Beaumortier.
Chotard de Vritz, chevalier (1212-1243-1245).
(i) Voir la Revue de septembre 1908. ,
(s) Toutes les dates entre parenthèses sont celles auxquelles nous avons
trouvé une mention du personnage en question, dans des documents de
l'époque, documents que nous citerons plus loin.
\
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206
REVUE DE BRETAGNE
3° DE LA JAILLE (1250 (cirea) à 1429).
« D'azur à la croix frettée et alaisée » ( sceau de 1196).
Les membres de cette maison entrent en possession de Saint-
Mars, soit par le mariage (Y Yves VU de la Jaille avec « Hortense»
qui serait de la maison de Vrifz (?) soit par le mariage de Yves
Vlll avec Marguerite dé Châteaubriant. La première hypothèse,
très vraisemblable, nous donnerait comme ayant possédé Sainl-
Mars-la-Jaille :
XI11* siècle
Yvon VII, dit des Moustiers (en 1201 j, épousa, avant 1220, Hor¬
tense (de-Vritz ?) et mourut vers 1244. Son fils :
Yvon VIII» (vi van t'en 1244-1248-1249) épousa, vers 1252, Margue¬
rite ou Marquise de Châteaubriant , fille de Geffroy et de Sybille.
Il vit encore en 1263.
Yvon IX db la Jaille, filsdu précédent, le]premier de samaison
mentionné, d’une façon certaine, comme seigneur de Saint-Mars,
en 1275, époque de son mariage avec Marthe de la Motte, mourut le
24 juin 1294. ,
Yvon X, son fils, seigneur de Saint-Mars et de la Jaille, épousa
Ysabeau de Coesmes , et mourut en 1299. Son fils,
XIV e siècle
Yvon XI, de la Jaille, mineur en 1300, sous la tutelle de son
oncle Briand (1322-1333) épousa, en 1317, Marguerite de Roche fort
et périt le 18 juin 1347, à ta bataille de la Roche-Derrien. Son fils,
Yvon XII, né en 1325, reconstruisit le château de Saint*Mara-la*
Jaille, entre 1360 et. 1371 II épousa Marie de Mathay, vers 1344.
Jean, ou Jehan de la Jaille (1395-1399-1404-1420-1429). Il mou¬
rut avant 1429, sans alliance, ou, tout au moins, sans postérité.
Sa nièce,
XP siècle
Marguerite de la Jaille, dernière héritière de la branche
aînée de sa maison, porte cette seigneurie dans celle delà Porte-
Verins par son mariage, en 1400, avec Hardouin II de la Porte,
chevalier, baron de Vérins.
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SAINT-MARS-LA-J AILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS
207
A» DE IA PORTE VEZIN8 (1420 h 1536).
XV • siècle
« De gueule* à un croissant montant d'hermines reeareelé dor ».
Hardouin II DR la Ports, baron de Veeins, époux de Margue¬
rite delà J aille, dame de la Haie, paroisse de Saint-Mars l’Oli¬
vier et de la Provostière en Bonnœuvre (1400*1400-1429), possède
Saint-Mars à dater de 1429.
Jean U oa la Ports, leur Dis, épouse, en 1435, Marie de Bieux,
d’où une seule fille, Béatrix, décédée sans hoirs, vers 1459.
François db la Ports, frère de Jean est, en 1478, seigneur de
Saint-Mars, et mourut vers et avant 1503,
XV/' siècle
J ban III db la Portb, son fils, lui succède à Saint-Mars avant
1513. Il épouse Jeanne Thomas d'Qrson , d’où une seule fille :
(1531-1533).
Marthe db la Ports, qui lui succède dans la possession de
Saint-Mars, et porte cette terre en la maison le Porc, par son
mariage, le 15 juin 1535, avec François le Pore seigneur de
TArchept.
5*. LE PORC DE LA PORTE — (1535 à 1596)
XV/* siècle
« Uor au sanglier de sable en furie » (sceau de 1429),
François lb Porc, seigneur de l’Archapt, baron de Charné,
connétable de Nantes, en 1549, époux de Marthe de la Porte, en
1535 (1548) d’où six enfants.
Jacques lb Porc db la Portb, son fils, lui succède. Il épousa :
1° en 1556, Marguerite-Claude-Anne de la Noue; 2° en 1578,
Louise de Maillé de Lathan, et mourut en 1585.
Marquisb lb Porc db la Portb, fille du second mariage de
Jacques le Pore, hérite de la terre de Saint-Mars et la porte dans
une autre maison par son mariage, en 1596, avec Claude de Bou-
rigan du Pi, seigneur d’Orvault.
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208
REVUE DE BRETAGNE
0« DE BOURIGAN DU PÉ (1596 à après 1040)
XV 111’ siècle
« De gueules à trois lionceaux (Targent ».
Claude de Bourigan du Pé, seigneur d’Orvault, seigneur de
Saint-Mars la Jaille, époux, en 1590, de Marquise Le Porc de la
Porte 1 1000-1606-1021).
Charles db Bourigan du Pi, leur 01s, baptisé en 1003, épousa,
en 1033, Prudence Boutin , et reçut, en 1032, la seigneurie de Saint-
Mars que sa mère posséda jusqu’à cette époque. Il vivait encore
en 1073.
Armand de Bourigan du Pt, fils de Charles, est héritier de
ses terres, dont celle de Saint-Mars (1090-1694). Il épousa Claude-
Louise Viau de la Chotardière.
T LE PETIT DE VERNO (1066-1061)
XVII»siècle
« De sable à la bande d’argent chargée d"un lion de gueules armé
et lampassé d’or. »
Henri Le Petit de Verno, marquis de la Chausserais, pos¬
sède, en 1066, la châtellenie de Saint-Mars de la Jaille (1661-
1675). Il la vendit, en 1601, à Claude de Santo-Domingo.
8* DE SANTO-DOMINGO (1661 à 1070 circa)
XVIP siècle
« D'azur à la bande d'or engoulée de deux tètes de dauphin de
même ».
Claude de Santo-Domingo, seigneur de Villeneuve, de Saint-
Mars-la-Jaille, de la Bouvraye, etc., épousa Marie de Rocheran-
Il était né vers 1623, et mourut le l 8r avril 16*3. Ce fut le 7 octobre
1661, qu’il acheta la châtellenie de Saint-Mars-la-Jaille, mais il la
revendit avant 1670 aux Constantin.
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SAINT-MARS-LA-JAI LLE KT SES ANCIENS SEIGNEURS
309
9* CONSTANTIN DE MONTRIOU (1670-1713)
XVII• siècle
« D'azur à un rocher d'or mouvant d'une mer d'argent. »
Jacques Constantin, 11* du nom, écuyer, seigneur d’Aulnay,
né en 1624, est, dès 1670, qualifié seigneur de Saint-Mars. Il
épousa Marie François, dont il eut seulement deux Allés. Jacques
mourut avant 1696, et sa femme décéda le 19 janvier 1705.
Marib-Anne-Gabribllb Constantin, Aile aînée des précédents,
porta la terre de Saint-Mars dans la maison Perron de la Fer-
ronnays par son mariage, le 23 mars 1697, avec Pierre-Jacques
Ferron, écuyer, seigneur de la Perronnays, en Calorguen, évêché
de Saint-Malo.
10* PERRON DE LA PERRONNAYS (1713 a nos jours)
XVIP siècle
« D'azur à six bille lies a’argent, 3, 2 et 1 , au chef de gueules,
chargé de trois annelets d'or » (Sceau 1371).
Pierre-Jacques Perron, écuyer, seigneur de la Perronnays,
en Calorguen, colonel d’un régiment d’infanterie, devient sei¬
gneur de Saint-Mars-la-Jaille, par son mariage, le 23 mars 1697,
avec Marie-Anne-Gabrielle Constantin. Ils possèdent cette sei¬
gneurie en 1713. Leur Als aîné,
XVIIP siècle
Pibrrb-Jacquks-Louis-Auguste Perron, marquis de la Fer-
ronnays, maréchal de camp, leur succède dans cette possession.
11 naquit ep 1699 et épousa, le 14 décembre 1722, Françoise-Renée
Le Clerc des Emereaux. Il mourut le ii février 1753; sa femme
lui survécut jusqu’en 1778.
Pibrrb-Jacqubs-François-Loui8-Aijguste Fbrron de la Perron¬
nays, leur Als et successeur, naquit en 1724, et épousa, le 28 jan¬
vier 1754, Charlotte-Jacqueline-Joseph de Marnay de Saint-André
de Vercel. Il mourut le 5 novembre 1786. De ce mariage naquit
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REVUS DB BRETAGNE
910
XIX‘ siècle
Pierre-Jacqubs-François-L ouis-JostPH- Auguste Fbrron,
comte de la Ferronnays, seigneur de Saint-Mars-la-Jadle, né en
1757, décédé le 9 juillet 1838. I! avait épousé Louise-Julie-Char¬
lotte de Lostange, qui mourut le 31 mars 1828. Ils laissaient une
fille :
Louise-Marib-Adélaïdb-Gabrielle Fbrron de la Ferronnays
qui hérita de la terre de Saint-Mars-Ia-Jaille, et épousa, en la
paroisse de ce nom, le 22 novembre 1825, Pierre-Jean-Baptiste
deGosset, colonel en retraite, chevalier de Saint-Louis, qui mou¬
rut le 14 août 1829. Sa femme lui survécut. Née en 1785, elle
mourut le22 avril 1856, sans postérité.
La terre de Saint-Mars échut alors à son neveu, le comte
Augustb-Pibrrb-Marib Fbrron de la Ferronnays, né à
Saint-Malo le 4 décembre 1777, mort à Rome, le 17 Janvier 1842.
Il fut ministre sou9 Charles X et ambassadeur en Danemark
(1817), en Russie (1819-1827) et à Rome (1830).
J
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SAINT-MARS-LA-J AILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS
911
NOTICES HISTORIQUES ET GÉNÉALOGIQUES
Sui» les Maisons dont un ou plusieurs membres ont
possédé la châtellenie de Saint-Mars-La-Jaille
MAISON DE VRITZ
Le Ôef de Mars semble avoir été un membre de la*seigneurie
de Vritz, en latin Veris. Toujours est-il que les seigneurs de ce
nom en deviennent possesseurs dès la fin du XII 9 siècle. La
châtellenie de Vritz, considérée comme châtellenie d’ancien¬
neté (1), relevait de la seigneurie de Cornuaille, de la châtelle¬
nie de la Motte et Chap^lle-Glain (2) et, par celle-ci, de la baron¬
nie d’Ancenis. Elle avait droit de haute, moyenne et basse jus¬
tice. La châtellenie de Vritz comprenait le territoire de la paroisse
de ce nom, et une partie de celle de Saint-Mars. C’est, croyons-
nous, à un Olivier, seigneur de Vritz qu elle dut son nom de
Saint-Médard de l'Olivier ( 3). La maison de Vritz est fort ancienne.
Ouviba 1 db Vaiz, chevalier, seigneur dudit lieu, fut présent
à une donation de Geoffroy II Rorgon, seigneur de Candé, à
l’abbaye de Saint-Nicolas d’Angers (vers 1589 à 109(3) (4). Gérard ,
vers 1133, investit de l'Eglise d p Vritz, Robert, abbé de Toussaint
d’Angers (5).
Olivibr II db Vritz, chevalier, seigneur dudit lieu, fitàl’ab"
baye de Melleray, entre 1177 et 1192, Geoffroy de Beaumont étant
(i) Généalogie de la maison de V Esperonnière.
(a) La chapelle de la Motte : glén , mot breton pris dans le sens de motte,
morceau de terre. (Grégoire de Rostrenen : Dictionnaire français celtique, art.
Motte, p. iÔ7 tome II, éd. de i 834 ). Capella Glen 1387 (cart. Roto).
( 3 ) Sanlo-Medardo-Loliver , document de 12 43 , dont nous parlerons plus
loin (Arch. de la Loire Inferieure, H, 76). Le nom de la paroisse changera,
ainsi que nous le verrons, en même temps que celui des possesseurs du
château de Saint-Mars, quand celui-ci passera aux seigneurs de la Jaille, au
X 1 II« siècle.
( 4 ) Ce seigneur de Candé, Geoffroy Rorgon, est celui qui, de concert avec
Rainaud d’Iré, fortifia le château de Candé, vers 1080-1090. Isabeau de la
Guérche en était dame en 1100.
( 5 ) Bulletin de la Société Archéologique de Nantes, IX, 196.
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212
REVUE DE BRETAGNE
abbé, plusieurs donations et aumônes. L’abbaye avait été fondée
en 1132 (1).
Olivier avait pour épouse Bèatrix , qui, avant 1199, fit don à la
môme abbaye d'une métairie, sise près le Loroux-Bottereau. Il
figure aussi parmi les témoins de l’acte de diverses donations
faites aux moines de Marmoutiers, pour la fondation du prieuré
de Ghamptoceaux, par GeofTroy Crespin, seigneur de Champto-
ceaux (2).
Du mariage d’Olivier et de Béatrix naquirent deux fils :
1° Olivier de Vritz, chevalier, seigneur dudit lieu, confirme
les donations de son père à l'abbaye de Melleray, et donne à
celle-ci une rente de XX sous d’or, à prélever annuellement et à
perpétuité sur les péages de Saint-Médard-Lolivier, donation
confirmée par sa fille unique Béatrix, femme de Godfroy, ou
Geffroy, de Beaumortier, qui abandonne elle-même à la Melleray
tout ce qui lui appartient sur les péages et droits dé passage de
Saint-Médard-Lolivier (3) vers 1200.
2° Chotàrd de Vritz, chevalier, seigneur dudit lieu, vivait
dans la première moitié du XIII e siècle, il reçut, en 1212, en do¬
nation de Guillaume de Thouars, seigneur de Gandé et de Ghal-
lain (1207-1244) une rente annuelle de CGC sous sur la terre de
Challain, pour lui et ses héritiers (4).
En 1243, il confirme les donations faites par ses prédécesseurs
à l’abbaye de Melleray, et, en particulier, par un acte spécial,
il transforme le don, fait par son frère aîné, Olivier de Vriz et la
fille de ce dernier, Béatrix, des péages et droits de passage de
Saint-Médard-Lolivier, en une rente annuelle et perpétuelle de
six livres en monnaie courante (5). En 1245. il eut quelques dé¬
mêlés avec le prieur de Roche-Mentru (6) sur les terres duquel
(i) Cariulaire de la Meilleraye.
(а) Dom Morice, Preuves, tome I, 384 . Titres de Marmoutiers.
( 3 ) Cariulaire de la Melleray. Cette abbaye fut fondée en n 3 a et l'église
du monastère consacrée en n 83 (Dom Lobineau). Taillandier fixe cette
fondation au a8 juillet n 45 .
( 4 ) Dom Morice, Preuves , t. I. col. 8ao.
( 5 ) Archives de la Loire-Inférieure, H. 75 (Copie du XVII e siècle). Voir
aux pièces justificatives ; et Archives de la Saulaie.
(б) Eochementru ( Rocha-Ermentrivi ). (Arch de la Loire-Inférieure), prieuré
dépendant alors de l’abbaye de Toussaint d'Angers. Plus tard paroisse,
actuellement simple village de la commune du Pin. — Rocha-Mentrud
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SAINT-MARS-LA-J AILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS
213
il revendiquait, à tort, la haute et basse justice et des redevances
en vertu desquelles il avait saisi des meubles et valeurs appar¬
tenant au prieuré. Par une déclaration, Chotard reconnut qu'en
ce faisant il avait commis une usurpation et que le prieuré était
exempt de toute redevance envers lui. II se désistait, en consé¬
quence, de toute prétention (1).
Nous trouvons encore comme seigneurs de Vritz :
Nicolas de Vriz , en 1366, Simon de Vritz , en 1378, et Himbault de
Vriz en 1419; ce dernier, écuyer, figure dans la revue de Lan¬
celot de Maleret, écuyer, et de treize autres écuyers de sa com¬
pagnie, reçue à Carcassonne, le 29 mars 1419 (2).
Commme les seigneurs de Vritz ne sont pas inscrits dans les
rôles des anciennes Réformations de Bretagne, de 1448 à 1513, il
faut en conclure que cette maison s’éteignit au commencement
du XV* siècle (3).
Comment la terre de Saint-Mars passa-t-elle à la maison de
la Jaille? Deux hypothèses sont ici admissibles. Ou la femme de
Yvon VII de la Jaille, désignée sous le prénom d* « Hortense »
était une de Vritz , ou cette terre vint aux de la Jaille par l'inter¬
médiaire des Chateaubriand, comme dous le verrons plus loin.
Nous n'avons pu établir d’une façon précise cette transmission
qui s'opéra vers le milieu du XIII e siècle.
MAISON DE LA JAILLe\4).
« D'azur à la croix frettée et alaisée (sceau de 1196) (5) — « Un
lion léopardé » (en 1202) — « D'or au léopard lionné de gueules ,
accompagné de cinq coquilles d'azur » (sceau de 1300) (6). %
XIV* siècle (de Lesquen et Mollat). Du breton : Er men trivi , en français, la
pierre qui tremble, pierre branlante, ou men ireuzi , pierre percée.
(i) V. Archives de la Loire-Inferieure, H. 217.
(а) ColL ClairambaalU vol. LXIX, pièce 62, parch. original.
( 3 ) Une partie des indications sur cette maison nous ont été aimablement
fournies par M. le marquis de l’Esperonnière.
( 4 ) Le chapitre que nous consacrons à cette illustre et très ancienne mai¬
son a pour base une notice, qu’a bien voulu nous communiquer M. le mar¬
quis de Brisay, résumé d’une généalogie, aussi intéressante que remarqua¬
blement complète, qu’il prépare en ce moment. Nous exprimons ici à M. de
Brisay, en même temps que notre admiration pour son beau travail, toute
notre reconnaissance pour sa bienveillante et précieuse collaboration au nôtre.
( 5 ) Dom Morice, Preuves , I, 727 Croisade de Syrie faite par Yvon VIL
(б) Potier de Courcy, Armorial de Bretagne .
Octobre 1908 it
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214
llBVUE DE BRETAGNE
Cette maison remonte à une origine très ancienne. Yves de
Creil, fonctionnaire de la Cour des Carlovingiens à Compiègne,
reçut, vers le milieu du X 0 siècle, l'investiture des comtés du
Perche (Belième) et d'Alençon, confirmée à son fils par le duc de
Normandie, Richard II et le roi Lothaire. Marié à Godchilde,* il
eut trois fils :
1° Guillaume , comte héréditaire de Belième et d'Alençon ;
2* Avesgaud de Belième , évêque du Mans (995 f 1035).
I. — 3° Yves ou Yvon 1 « Yvo , Yvonis » qui figure comme témoin
d’une donation faite à l’église Saint-Vincent du Mans, en 995, par
l’évêque Avesgaud son frère (1).
D’après de nombreux auteurs, cet Yvon n’est autre que celui
qui reçut, entre 1000 et 1010, la mission d'élever sur un coude de
la Mayenne, une forteresse dont la circonvallation apparaît en¬
core, laquelle prit le nom de Gallica , Gallia, en langue vulgaire
la Jaille , ou maison du Franc, en mémoire de l'origine de son
fondateur (2).
Yvon I er eut deux fils connus :
1° Renaud I « Rinaldus viielicet Yvonis » (3) a Rainaiii filii
Yvonis » (4) à qui Foulques Nerra confia, entre 1010 et 1020 l’a¬
chèvement de la forteresse commencée par Gontier, villicus ,
receveur des finances du comte, sur la rive droite de la Mayenne.
Dès 1020, Renaud porte le titre de seigneur de Châ eaugontier (5)
et sa descendance s'y maintient peniant trois siècles. Renaud
était mort en 1061.
2° Yvon, à qili Renaud, son frère aîné, laisse la forteresse de
la Jaille, qui demeure fief relevant en parage de la seigneurie
de Ch&teaugontier (6).
IL — Yvon 11, seigneur de la Jaille, apparaît dans plusieurs
actes de confirmation de dons de Foulques Nerra aux abbayes
i) Histoire du Perche, par Bry de la Clergerie, t. II, Ch. VII et Dom
Piolin, Histoire de Véglise du Mans.
(а) V. Le Père Anselme, Ménage, Bry de Ja Clergerie, etc...
( 3 ) Cortulaire de Saint*Aubin d'Angers.
(4) Cartulaire du Ronceray d’Angers.
( 5 ) Dom Housseau, t. n, n ü 384 .
(б) Aveux du AT V siècle.
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SAINT-MARS-LA-J AILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS
*15
angevines, par Geoffroy Martel, successeur de ce comte, entre
1035 et 1040 (i).
On donne comme fils à Yvon II :
III. — 1° Yvon qui suit, 2° Geoffroy /, seigneur de Segré en 1080
et de la Jaiiie en 1100 déclaré fils d’Yvon de la Jaille et père
d'un autre Yvon (2) ; — 3° Framond ; — 4° Guy , chevalier de Ro¬
bert de Bellème (3) ; — 5° Corbin , vassal de Candé et du Lion
d’Angers ; — 6° Béliarde , abbesse de Ronceray de 1002 à 1073.
IV. — Yvon III, seigneur de la Jaille et en partie de Segré, at¬
teste plusieurs dons de Geoffroy le Barbu, de 1052 à 1069 (4) et
prend part à la i" croisade, en 1097, et au siège de Jérusalem (5).
Il mourut dans cette expédition en 1100.
V. — Yvon IV, seigneur de la Jaille et de Segré, en 1102, joua
un rôle à la cour du comte Foulques le Rechin, et fut, jusqu’en
1120, un des grands bienfaiteurs des abbayes d’Angers et de celle
de Nyoiseau, dont U confirma la fondation et posa la première
pierre, avec son fils Geoffroy qui suit. Yvon IV avait, croit-on,
épousé Mathilde de Craon, d’où :
1° Geoffroy, 2° Normand, témoin de plusieurs actes des sires
de Candé et du Lion (6); — 3° Robert , possessionné à Segré, ou
dans les environs, marié à Julienne ; — 4° Guichart; marié à
Laure de Chaheigne, fondateur de la branche loudunoise de la
maison de la Jaille ; — 5° Aremberge, mariée à Philippe de Sau-
coigni; — 6° Adélaïde, dite de Craon , troisième abbesse de Nyoi¬
seau (1158-1183).
(A suivre)
J. Bàudry.
(i) Archives d'Anjou , par Marcbegay, t. III, p. i 63 . — Dom Housseau,
t. II, n° 466 .
(а) Dom Hous. t. XIII, p. 9676. Cari. Saint-Nicolas d'Angers , 1060-1070.
( 3 ) Témoin d’une charte de Robert de Bellesme, en faveur de Marmou-
tiers ( Cartulaire de .1 iarmouiiers, t. II, fol. 3 o 3 - 3 o 4 .)
(4) Cartulaires de la Trinité de Vendôme , Saint-Nicolas, Saint-Aubin , le
Ronceray. Dom Hous. t. II, 6 i 5 , 65 o, 660 , etc.
( 5 ) Arch. d'Anjou , par Marcheguay, t. III, p. a 16 : « serviebat cum centum
militibus ».
(б) Cari, de Saint-Nicolas et du Ronceray Sa fille Richilde était religieuse
en çe monastère et fut prieure de Chauvon en 1164.
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NOTICES ET COMPTES-RENDUS
SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES BRETONS ET
DE L’HISTOIRE DE BRETAGNE
Séance du 9 septembre 1908
Présidence de M. le V te DE CALAN, Président.
. A l’occasion du Congrès de l’Association Bretonne à Fougères,
la Société des Bibliophiles Bretons a tenu une séance, dans la
salle des fêtes de la mairie de Fougères, le mercredi 9 septembre
1908, à 11 heures du matin.
Etaient présents : le V te de Calan, l’abbé Corbière, le O® de
Laigue, le C to Lanjuinais, M. Joiion des Longrais, le capitaine
Morel, le chanoine Peyron, M. Plihon, le baron Gaëtan de
Wismes.
ETAT DES PUBLICATIONS
Après avoir rappelé en quelques mots le but poursuivi par la .
Société des Bibliophiles Bretons et avoir signalé le vif intérêt
des derniers ouvrages parus : Journal inédit d'un député de Vordre
de la Noblesse aux États de Bretagne pendant la Régence (1717-1 724 ),
— Livre de comptes de Claude de la Landelle (1558-1556)^ — Les
relations du pouvoir central et de la Province de Bretagne dans la
, seconde moitié du règne de Louis XIV; correspondance des contrô¬
leurs généraux avec la Province de Bretagne ( 1689-1715), — Cro-
nicques et Yotaires des Bretons par Pierre Le Baud , publiées d'après
la première rédaction inédite , tome /, — M. le Président dit que le
tome I des Documents inédits sur les Etats de Bretagne au XVI e siècle
est sous presse et sera distribué à la fin de l’année et que l'édi-
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NOTICES ET COMPTES-RENDUS
217
tion du tome II suivra rapidement. Il annonce aussi que les ou¬
vrages suivants sont en préparation : Procès-verbaux inédits des
Etats de la Ligue , par M. Joüon des Longrais ; — Version inédite
du poème sur le Combat des Trente, — La Noblesse bretonne ; rèfor-
mations et montres , tome II, par le C u de Laigue.
ADMISSIONS
Sont élus à l'unanimité membres de la Société :
Le comte Louis de Calan, à Saint-Brieuc, présenté par le V 1 "
Charles de Calan et le comte de Laigue ;
La comtesse de Palys, au château de Clays-Palÿs (Ille-et-Vi-
^aine), présentée par les mêmes ;
L’abbé Corbière, 7, rue Cassette, à Paris, présenté par les
mêmes ;
Le capitaine Paul Morel, villa Rochecreuse par Rochecorbon
(Indre-et-Loire), présenté par les mêmes;
M. Albert Durand de la Béduaudière, à Fougères, présenté
par les mêmes ;
M. Prosper Hémon, conseiller de préfecture, à Saint-Brieuc,
présenté par le V u Charles de Calan et M. Trévédy ;
Le comte de Lariboisière, sénateur d'Ille-et-Vilaine, au châ¬
teau de Monthorin en Louvigné-du-Désert (Ille-et-Vilaine),
présenté par le C u Lanjuinais, député du Morbihan, et le C^ Le
Gonidec de Traissan, député d’Ille-et-Vilaine.
M. le général Audren de Kerdrel, château du Brossais en St-
Gravé (Morbihan),présenté par le V 16 de Calan et le C te de Laigue.
COMMUNICATIONS ET EXHIBITIONS
M. Joüon des Longrais dit que Fougères n’offre presque aucun
intérêt sous le rapport bibliophilique ; il ne croit pas que l’impri¬
merie y ait été pratiquée avant 1783 ; cette petite ville se trou¬
vait trop près de Rennes qui possédait les privilèges. A la Révo¬
lution, Fougères profita de la liberté; M. Joüon des Longrais
exhibe une plaquette rare intitulée : Rapport (sic) du Comité de
Constitution, etc., imprimée à Fougères, chez Vanier, en 1791 ;
la typographie en est remarquable. Notre collègue signale d’autres
pièces du même genre qui ont dû être imprimées au même lieu
et il cite, comme édité sûrement à Fougères, un Annuaire coüte-
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*18
REVUE DE BRETAGNE
nant un « calendrier catholique, apostolique et romain pour
Tan V », qui, fait des plus curieux, ne mentionne que les fêtes
des saints ; un remède contre la rage est donné dans cet Annuaire.
En résumé, l’imprimerie n’a jamais été florissante à Fougères.
Le poète René Le Pays a résidé dans cette petite cité et on peut
croire qu’il y est né ; M. Joüon des Longrais exhibe un fort joli
petit volume : c’est la 2* édition des Amitiés,amour s et amourettes ;
on ne s’explique guère, dit notre collègue, le succès de ces poésies
vides et banales.
M. Plihon croit être en droit d’affirmer que Le Pays est né à
Fougères en 1632 ; il exhibe Les nouvelles œuvres de M. Le Pays ,
ouvrage rare, édité à Amsterdam et s’annexant aux Elzevier.
M. Plihon annonce que la publication des Registres paroissiaux
du diocèse de Saint-Brieuc va commencer.
M. l’abbé Corbière, en traversant Saint-Brieuc, a remarqué
chez un antiquaire de belles éditions anciennes de la Bible, de
Virgile, etc.
La séance est levée à 11 h. 1/2.
Le Secrétaire adjoint ,
Baron Gaétan de Wismes.
Je répare un trop long oubli en signalant, comme il convient de
l’être, à l'attention de tous nos lecteurs le dernier et charmant
livre de Madame N. Dondel du Faouëdic qui a pour titre : Mélan¬
ges. Au Jardin. Loteries et Jeux. Voyages . (Rennes, imprimerie F.
Simon, 1907). Ce livre est un précieux recueil de choses agréables
et utiles sur des sujets variés ; et l’auteur se garde bien d’imiter
Fontenelle qui refermait sa main pleine de vérités ; elle ouvre toute
grande cette main et répand de par le monde, pour notre plaisir
et notre profit, des « vérités », que lui communique l’expérience,
ou que lui dicte le souvenir. « Au Jardin », c’est toute une botanique
et, mieux qu’un langage, des fleurs, car à côté des fleurs, les fruits,
les plantes, les arbres eux-mêmes, racontent poétiquement leur
histoire et leurs légendes. Les jeux viennent ensuite, tous les jeux,
de la vieille loterie, du classique jeu de paume, des amusements si
gracieusement dénommés de la jeunesse d’autrefois, aux sports les
plus réputés, tennis et foot-ball , polo et diabolo , de la jeunesse d’au*
jourd'hui. Les cartes ont, naturellement, les honneurs, et je ne sais
pas de traité pies complet (même celui de L. Boiteau. Les cartes à. jouer
et la Cartomancie) que celui que leur consacre, en plus de 100pages,
l’auteur de tant d’aimables ouvrages. Mais une surprise nous attend
à la fin du livre : la publication de trois récits de voyages : ceux de
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NOTICES ET COMPTES-RENDUS
219
M w Le Serrec, de Kervily, à nie Bourbon, en Bretagne el en Nor¬
mandie ; celui de M m « Le Faouëdic en Algérie. Comment on voyageait
en 1820, en 1833; comment on voyage en 1904: voilà ce que nous
apprenons en des pages alertes marquées, de part et d’autre, au coin
de l’esprit français et du bon sens breton. Les impressions rapportées
par l’ancienne voyageuse du pays de Paul et Virginie ont un délicieux
parfum du temps jadis ; dirai-je que celles, plus modernes de
« Trois mois en Algérie », ont un charme analogue ? Ce ne sera que
rendre justice à la partie finale du livre, et au livre tout entier.
A peine ai-je pu acquitter, vis-à-vis de l’auteur du Folk-Lore de
France , la dette de la rédaction de la Revue de Bretagne, qu’un nouveau
livre m’arrive signé de l’infatigable travailleur breton, M. Paul
Sébillot. Ce livre bien curieux : « Le Paganisme contemporain chez
les peuples celto-latins. (Paris, Octave Doin, 1908) », inaugure presque
une nouvelle Encyclopédie scientifique. Il retrace à grand renfort de
menus faits, de documents puisés à des sources sûres, la persistance
des croyances ou des superstitions païennes dans notre civilisation
issue du Christianisme. Ces croyances se sont, la plupart du temps,
juxtaposées ou adaptées à un nouvel état de choses ; il était intéressant
de constater que, même transformées, elles subsistent et que le
christianisme ne les a pas extirpées de l’àme paysanne. Comme
toujours. M. Sébillot a pris le plus grand nombre de ses exemples en
Bretagne, pays essentiellement fidèle aux traditions ; on s’en assurera
en lisant le livre savamment étudié, agréablement écrit, en parcourant
l’Index bibliographique, la Table des auteurs et des matières qui le
complètent. Trois parties, La Vie humaine. Les Constructions et les
Travaux, Les Forces de la nature , un certain nombre de subdivisions,
parmi lesquelles Venfance, le mariage, la mort , la maison , la culture , les
astres , les eaux , la terre , donnent lieu aux plus intéressantes disser¬
tations, indiquant l’économie de l’ouvrage et l’esprit de méthode qui
a présidé à ses recherches. Au chapitre du mariage, M. Sébillot a
omis bien des détails, notamment ceux qui touchent à la manière de
prononcer le « oui » sacramentel ; mais il a, pris soin de nous dire lui-
même que ses « Paganismes » sont comme un abrégé, un livre de
synthèse. Louons-le de nous avoir, sous un petit volume, rappelé ou
appris tant de choses, et de les avoir exprimées, parfois avec un peu
de scepticisme mais toujours avec une entière bonne foi.
Monsieur L. Michaud d’Humiac est Breton et nous a montré dans
un fort beau Roi Grallon qu’il se souvient volontiers de son origine.
J’ai donc grand plaisir à le féliciter ici du succès qu’il a récemment
obtenu, en faisant jouer sur le Théâtre de la Nature de Champigny,
son conte en deux actes en vers, Le Roi charmant ou la chevauchée loin¬
taine (édité à la Bibliothèque Générale d’Édition, 1908).
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*2 20
BEVUE DE BRETAGNE
Le thème du prince aventureux, qui s on va poursuivre quelque
belle chimère et revient, désabusé, vieilli, méconnaissable, pour se
voir rendre par üne fée bienfaisante la jeunesse et l'amour, ce thème
cher aux imaginations généreuses, est-il bien nouveau ? Je ne sais ;
mais l’auteur ayant fait de son prince un lépreux, que guérit le baiser
d'une femme, sa fiancée, a trouvé là de quoi rajeunir tous les vieux
thèmes du monde ; il a trouvé aussi de beaux accents dans cette
prière du lépreux :
C'est donc vous qui gardez la Pitié prisonnière.
Et ceux qui font le Bien sont donc vos ennemis !
Non, j’ai tort, pardonnez ! Je viens d’un cœur soumis,
Seigneur, vous adresser une suprême prière...
Lépreux, chez les vivants je n’ai plus droit de vivre
Et je suis mort au monde et suis encor vivant !
Accordez, ô mon Dieu, la mort à votre enfant : *
Quelle vienne achever son œuvre et me délivre 1
Le « conte » de M. Michaud d’Humiac a rencontré de bons inter¬
prètes, et c’est dans un délicieux cadre, par un bel après-midi d’été,
que le public en a goûté la poétique saveur.
Je regrette de ne pouvoir m’attarder avec les trois dernières bro¬
chures que m’envoie le Baron Gaëtan de Wismes : un très suggestif
Procès-verbal de la visite des commissaires de la municipalité au
couvent des Carmélites de Nantes (en 1790) ; le compte-rendu, qu’on a
lu, ici-même, des fêtes du Cinquantenaire de la Revue de Bretagne ;
l’allocution d’entrée du président de la Société Académique de Nantes
(20 janvier 1908). La docte Société qui, elle, est centenaire, a eu de bien
distingués présidents : elle n’en a pas eu de plus digne que le Baron
Gaëtan de Wismes. Notre ami nous le prouve dans son allocution , où
revit l’esprit de son excellent père, et nous le prouvera, en organisant
l’an prochain un autre centenaire qui nous est cher, à lui, à Domi¬
nique Caillé, à moi-même, celui de la douce et mélancolique muse
Nantaise, Elisa Mercœur.
En parlant de poésie, je remplis un devoir agréable, celui de recom¬
mander aux Bretons épris de vers, la nef — pardon, la revue c Les
Argonautes », qui cingle vers le Jardin des Hespérides, montée par
un bon pilote de chez nous, M. Camille Lemercier d’Erm. Cette revue
mensuelle de poésie ne publie que de 1 inédit ; elle a déjà fait brillam¬
ment ses preuves et ne demande qu'à s'affirmer encore.
V tc de Gourcuff.
Le Gérant : F. CHEVALIER.
Vannes. — Imprimerie LAFOLYE Frères, 2, place des Lices.
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REVUES BRETONNES
L'Hermine : 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 fr.
Le numéro 1 fr. 25. Les abonnements partent du 20 octobre.
Directeur: Louis Tiercelin; àParamé (Ille-et-Vilaine).
Les Annales de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an 10 fr.
Union postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Rennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14" an* Mensuel, 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux, 29, rue Belle-Fon¬
taine, Lorient.
Bulletin de la commission diocésaine d'architecture et d'archéo¬
logie du diocèse de Quimper et de Léon : 6 e ann. Tous les deux
mois. 1 an 5 fr. Quimper.
La Revue Morbihannaise : 11" ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. Buléon, V u de la Grancière, E. Sageret. Chez Lafolye, Vannes.
La Paroisse Bretonne de Paris : 9* ann. Mensuel, 1 an, 2fr. 25.
Directeur : M. l ’abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris (VI e ari).
La Jeune Bretagne: 5* ann. mensuel. 1 an, 2 fr. pour la Bre¬
tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d’études et d'ac¬
tion sociales. Rennes, 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz : 8* année. Tous les mois. 1 an 3 fr. Les abonne¬
ments partent du 1 er janvier. S’adresser à M. Cardinal, recteur de
Saint-Vougay, par Plouzévédé (Finistère),et pour les abonnements
à M. Caron, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretoned Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4 e année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du Cherche-Midi, Paris.
Revue du Pays d'Aleth . 4" année, mensuel. 1 an, 3 tr. Direw
teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pays d’Arvor : 2® année, 1 an, 5 fr. Directeur *. Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux,25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Revue du Traditionnisme. — Rev. intern. du folk-lore — mens
1 an, 10 fr. N°, 1 fr. -- Directeur : M. de Beaurepaire-Froment
Paris, 60, quai des Orfèvres.
Revue du Bas-Poitou, 20 e année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr
N° 2 fr. 50. — D* M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L’Anjou historique. — 7 e ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. D m
M. l’abbé Uzureau, aumônier, à Angers. Edit* : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires, 22* ann. mens. 1 an, 15 ti.
N° 1 fr. 50. Direct. M. Paul Sébillot, 80, boulev. St-Marcel, Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
La Vendée historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11" année. —Edit, sur papier fort, 6 fr. 50; édit,
ord. 5 fr. — D r Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Revue de l’Anjou, 57" année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
V te de Mazières-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Paris
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CHEMINS : ©£'TÊR DE L'OUEST.
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J IN NOÏtMANDll ET EN BRrfAfiKii./
x * , -, r '■
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Âü aoment-des Yicanoea^t.des départs pour la Campagne et les
Raios de Mér, la Compagnie de l’Ouqs^ qiîi dessert tokie la Nor-
m%Jtdie et une grande partie de la Bretagne, a l'UonneuWde appeler '
* MM. tes Voyageurs que, pour leur faoiiiterobûii 4 r une viilégia-/
ture, elle.ma en vente, au peu de 0 lr. 50,'dinwlBB b’bliolhéquM dp
ses gafes, v dans ses^bureÿux.ih* yîlje elles principales egitàçs^de
voyages-de Paris, un Guide fil uijü& de son réseau.
Ge,Guide de plus déN3fiO pa^.< 'illustré de lâft.gravures, contient
les renseignements les plus utiles (Description des^sltes lieux
dexcursion delà Normandie etde la Bretagne-Z- PriôcipauAoi'pVes
des triine - Tableau dés durées —partes postales A- -.Cartes
cyclistes du littoral de la Manchet-^Pfans des' principales villes —
Liste d’HOtels, Restaurants; etc;..).' .. .
.. 11 est également adressé franco à do«üoRe ' contre.J^nroi-4e sa
valeur, • en timbres-poste, au Service de la Publicité,—£Q me de
Home, à Paris. --
CHEMIN DE FER D'ORLÉANS
^ - - * J
\
Au 1" juillet, la Compagnie d'Orléans a réalisé les améliorations
suivantes : ^
Les treins Rapides « Bains de mer » circulant quatre fois par
semaine entre Parie et Quimper et vice-versi ont lieu tou» tes
jours pendant la>ériode du I« juillet au .14 octobre indus
Le premier part de PàrU-Quai-dOrsay k V b. Il soir et arrive '
Vannes à 6 h. 4 matin. ;
lia second part de Vannes à 10 h. 19 soir et arrive à/Paris-Oaal-
d'Orsay à 7 h. 12 matin. - „ • 8 yua *
Le trajn Express du matin de Nantes s'urïa-Bretagiw est rétabli
comme ciiaque été; il part .de Nantes à 6 h. 15 matin ati lieu de
5 h. 27 et arrive & Vannes à 8 b. 40, à Auray à 9 h. 2, &- îjofient a
9 b. 46, à Concarneau à il h. 17. à Quimper àJGh.frc, à PoKt-PAbbé
à 11 ti. 49, à' Douarnenez à midi 1, et à Landerneau'* l b. 2* aoir
[.A triai n OlYinihliQ xrana ni- rln r a _i . _ „
Le, train Omnibus venant de Loriept »rrb*nt k panne, à R h 47
°ir «st retardé d’environ 2 heures, II part de Lofmntà 7b\in'' tt ^i.
l’Auray A 8 h. 15 et arrive i Vannes à 8 h. 4} eJip.' \j lr ’
soir
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et de Vendée ^ Historique de l'Ouest
RÉUNIES
KEYVE XTEWITEULX.
—
de l’ESTOURBEILLON, Directif
C“ René db LAI GUE, Hêdacleur en chef
MM - B‘ L A v Ncfe - ■-
c‘LEUZIOU AU GRANClfeRE. pour le MorbLn.^^C RAJSOn'ou
CLEUZIOU. pour ... Co.rs-du-Nord. _ Ouv,„ GOURCUPP Jour Par“
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VANNES
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LAFOLYE FRERES
ÉDITEURS
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MDCCCVJlJ
PARIS
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libraire-éditeur
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NANTERRE
M. LE DAULT
LIBRAIRIE ■'BRETONNE
76, Rue Saint-Germain
f ) L '
s .idre-v.-r pour la Rédaction et l’envoi des manuscrits à M. le O* R, vr tm. I AJQÛE
pLces'des K ‘' ,U " ’ ^ ««• hW* frères’
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SOMMAIRE
I. — Attentats des Penlhièvre contre te duc Jean V (1420-1422)
(suite) — J. Trévédy .221
II. — Combour et ses Seigneurs (fin). — Paul de la Bignb. 249
III. — Saint-Mars-la-J aille et ses Anciens Seigneurs (suite). —
J. Baudry .257
IV. — Bibliographie . 265
CONDITIONS D’ABONNEMENT
France, un an.12 fr.
Etranger, —.15 —
On s'abonne soit chez M le comte de Laigue, château de
Bahurel, par Redon, soit chez M. Lafolye, imprimeur à Vannes.
Les abonnements partent du l #r janvier ou du I e * juillet de
l’année en cours. — Il n'est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont offerts aux auteurs.
Nota. — La Direction et la Rédaction de la Revue de Bretagne ne
sauraient être aucunement responsables des théories ou opinions
émises dans les articles qui y sont insérés, cette responsabilité
incombant tout entière à leurs seuls auteurs.
Il sera rendu compte de tout ouvrage dauteur breton ou inté¬
ressant la Bretagne, dont un exemplaire aura été adressé au Rédacteur
en chef de la Revue.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
CONTRE LE DUC JEAN V
(1420 1422»)
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LA VENUE DE JEAN DE PENTHIÈVRE, SIRE DE LAIGLE,
EN BRETAGNE (2)
Passons au second fait : la venue en Bretagne de Jean de
Penthièvre, seigneur de Laigle, pour rencontrer le duc Jean V
à l'abbaye de Beauport.
Qu’il me soit permis d’étudier ce second fait avec quelques
détails : il est moins cpnnu que le premier, ce qui n'a rien de
surprenant. Nos premiers historiens Le Baud et Bouchard ne
l'ont pas su : d’Argentré l'a confondu avec l’attentat de 1420 (3).
Lobineau l’a brièvement conté, Morice encore plus brièvement(4).
Daru qui, le plus souvent, résume D. Morice, n’a pas lu apparem¬
ment la demi-page de cet historien : du moins n’en tient-il aucun
(1) Voir la Revue de septembre 1908.
ERRATUM, Page 114 , remplacer la note 1 par ce qui suit : Robert de Dinan,
3* fils de Cbarles de Dinan et dp Jeanne de Beaumanoir, fille de Jean le maré¬
chal chef des Trente et de sa seconde femme, Marguerite de Rohan, fille
d'Alain VII, qui devint la seconde femme de Clisson. »
Ce n'est pas, comme il a été dit, Robert de Dinan que Clisson chargea de por¬
ter au Roi son épée de connétable : c'est Robert de Beaumanoir, frère consan¬
guin de Jeanne de Beaumanoir, né du premier mariage du maréchal. (Voir co¬
dicille de Clisson, 6 février 1406). (1407 n. st.) Moric-, Pr. II, 782.
(3) Rist. livre X, chap. XX, il donne l'arrêt du IG février dont nous avons
donné un extrait plus haut (p. 83). Aussitôt après, chap. XXI, il écrit : « Cette
accusation (qui finit parla condamnation des Penthièvre) fut faite en 1424 (1425
n. st.) — car lors il fallait neuf des faux (faute d'impression) défauts... Fina¬
lement, après longues poursuites et le procès ayant été fait par les évêques de
Hennes, Dol et Saint-Malo à un moine de Beauport nommé Jean Boucher et à
quelques abbés et clercs qui axaient conspiré cette prise (du duc en 1420) in¬
tervint l'arrêt susdit de 1424 (1425 n. st.) » Du reste pas un mot de la venue du
sire de Laigle en Bretagne. Voilà bien la confusion entre les deux attentats. Nous
ne trouvons aucune trace des informations faites à Rennes, Dol et Saint-Malo.
(1) Lobineau. Hist. p. 555. Morice, llist. I, p. 485.
Novembre 1908 J7
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232
REVUE DE BRETAGNE
compte (1). La Borderie, exact comme d’ordinaire, a dû passer
sur certains détails que 3on histoire générale ne comportait pas;
mais qui peuvent trouver leur place dans une monographie. Il
m’est permis d’ajouter qu’il n’a pas fait usage d’une pièce encore
inédite et du plus haut intérêt que je citerai plus loin (2).
Avant d’entrer dans le récit de cette affaire, il faut répondre à
deux questions :
Voici la première : quelle est la date certaine de la venue de
sire de Laigle en Bretagne?
Lobineau et Morice qui le copie ont placé l’entreprise du sire
de Laigle, à la fia de l'année 1420 (3). Erreur certaine et difficile
à comprendre de leur pirt puisque eux-mâmes ont fourni la
preuve de l’erreur.
Lobineau nous apprend que Jean V, tardivement instruit de
l'affaire, prescrivit une information en janvier 1424.11 cite, il
complète sur quelques points une pièce intitulée « déposition
d’Alain Taillart», publiée par Morice (4). Cette pièce n’est pas da-
(1) J’ai donné plus haut (p. 79) une preuve de l'inexactitude de Daru surl’his-
toire de ce temps.
(2) La Borderie, Hist. p. 234-238. L’historien mentionne (p.236 note 9 de la page
235) une pièce d’information « jusqu’à présent inédite » existant aux Archives
de la Loire-Inférieure, datée du H mai 14.4. 11 y en a d’autres notamment une
du 22 mars 1424 (n. et.),‘et une autre datée du 9 avril 14:3 (vieuxst.). E. 7 6.
(3) Aujourd'hui ce nom s’écrit Taillard. .J’écris Taillart, forme du XV« siècle.
Morice. Pr. II. 1001-1003. Arch. Loire-lut., 15. 76. Morice place cette pièce
(sans date) entre Relation de la prise du duc... (p. 908-lOOt) et capitulation de
Guingamp, 5 mars 1470 (n. st). Or ces deux pièces sont antérieures de plus de
22 mois à la date que la déposition assigne à la venue de Jean de Penthièvre en
Bretagne, et de près de quatre ans à l'information ordonnés par le duc en jan¬
vier 1424 (n. st.), d’après Lobineau et d’après Morice lui-même. Hist. II, Catalogue
des Evêques et abbés... p. CXXXV1.
(4) Lobineau ( Hist ., p. 555-556), Morice (Hist. I. p. 48?) marquent la date après
le règlement signé par le duc à Quimper le 1 er décembre 1 420, et l’entrevue du
duc et de son frère Richemont à Pontorson.
M. Blanchard, l'érudit éditeur des Actes de Jean V, a cru pouvoir placer a
date de cette entrevue en octobre. T. IV, Introduction. Itinéraire, p. CXXVI.
L'entrevue est postérieure. En effet Richemont accompagna le roi d’Angleterre
au siège de Melun qui capitula le 17 novembre 1424, et il suivit probablement
le roi à Paris et à Rouen C'est seulement après cette date que Richemont pnt
obtenir un congé et venir en Nor nandie. 11 y r-çut la visite de chevaliers
bretons avant de recevoir celle de son frère. (M. Oosneau. Le connétable de Rû
ehemont, p. 58-59). 11 n’y a pas de place pour tous ces faits entre le 17 no¬
vembre et le l #r décembre. L’entrevue des deux frères est donc du mois de dé¬
cembre entre le l* 1- et le 14, ou bien entre le 16 et le 26. Nous voyons Jean V à
Quimper le l", et à Vannes, les 14 et 16, 26, ‘28 et 29 décembre.
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ATTENTATS DE PENTHIÈVRE
223
tée ; elle est nécessairement postérieure, mais de peu de temps,
à Tordre d’informer. Or Alain Taillart dit que « le sire de Laigle
résolut son voyage en Bretagne quatre jours après Pâques, il y
a deux ans ». C’est se référer à Pâques 1422. Cette année, le di¬
manche de Pâques tombait le 12 avril (1).
Mais voici une pièce de la mè ne information ou d’une infor¬
mation presque simultanée : c’est la déposition de Maurice Tail¬
lart, père d’Alain. 11 dit qu’il accompagnait le sire de Laigle près
de Beauport, en mai 1422 . Il ne peut faire erreur; et voilà une
date bien établie.
La Borderie a sans hésitation adopté cette date et sur la seule
information d’Alain Taillart, car il n'a pas lu la déposition de
Maurice Taillart.
Dirai-je que l’auteur de Goudelin, contredisant Lobineau et
Morice, a placé l’expédition du sire de Laigle en 1420 ; mais avant
l’enlèvement de Jean V ? Cet événement étant du 13 février,
l’autre attentat serait du mois de janvier.
L’auteur se contredit quand il écrit que le sire de Laigle se
promettait de surprendre le duc allant faire ses Pâques à Beau-
port (2). Cette année, Pâques tombait le 9 avril. Placer l’entre¬
prise du sire de Laigle au temps de Pâques, c’est la mettre en
avril. Or le duc Jean V arrêté le 13 février était au temps de
Pâques détenu à Saint-Jean-d’Angély (3).
J’ajoute : l’entreprise du sire de Laigle manqua. Si elle eût été
du mois de janvier 1420, comment les Penthièvre, un mois après
cet échec, auraient-ils osé risquer l’enlèvement du duc ?
Mais seconde question : Que venait faire le^ire de Laigle en
Bretagne? Alain Taillart a donné la réponse : « trouver le duc et
le tuer sur place à Beauport. »
Quand on lit cette phrase, le premier sentiment est la surprise
et presque l’incrédulité.
(1) Les dates des informations gardées à Nantes nous donnent la date ap.
proximative de la déposition d'Alain Taillart. — Voici ces datas : 22 mars 1424
(n.st.), commission à fin d'information, — 9 avril 1423 (n. st), (Pâques venant
cette année le 23 avril), déposition de Maurice Taillard, — 11 mai 1424, la pièce
citée par la Borderie.
(2) Revue de Bretagne. Mars, 1909, p. 132. L’auteur aurait-il emprunté cette
date aux Anciens évêchés de Bretagne , t. LI, 2* partie, p. 214? Les auteurs
placentce fait en 1419 (1420 n. st.) avant Pâques qui était le 7 avril, et le duc
était arrêté depuis le 13 février.
(3) Actes de Jean V . Itinéraire. lntroduction t p. CXXV.
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224
REVUE DE BRETAGNE
« Est-ce possible? me dit un érudit. En 1420, la comtesse de Pen-
thièvre n'a pas cru pouvoir faire le sire de Laigle complice de la
félonie de ses frères. Il est vrai qu’un jour dans la prison de Châ¬
teauceaux, il a paru devant Jean V, avec son frère Olivier, dans
un appareil formidable, l’épée nue en main ; mais c’était
une feinte; ils ne voulaient que faire peur au duc pour lui
arracher l’ordre de lever le siège de Lamballe. Il est vrai encore
que le sire de Laigle a combattu l’armée ducale assiégeant sa
mère dans Châteauceaux. Pouvait-il faire autrement sans man¬
quer à la piété filiale? Mais il a réprouvé l'attentat de ses frères ;
et avec quels égards il a ramené le duc de Cüsson h l’armée bre¬
tonne devant Châteauceaux ! Aussi Jean V lui rendant justice ne
l’a pas traité comme ses frères : il l’a chargé de rédiger « l’a¬
mende honorable » que les Penthièvre feront au duc à la séance
des Etats; mais, tandis que ses frères auront la honte de com¬
paraître en personne aux Etats, le sire de Laigle pourra s’y faire
représenter.
« Pourquoi donc, en 1422, le sire de Laigle ce « sage, ce mo¬
déré (1), courant risque de sa liberté, bien plus, de sa vie, est-il
venu en Bretagne? Ne serait-ce pas dans l’intérêt de son jeune
frère Guillaume, resté comme otage aux mains du duc parla
faute de ses frères et de sa mère ? Ne vient-il pas pour s’empa¬
rer de Jean V qu’il gardera comme otage de Guillaume? Heureux
s’il peut un jour dire au duc : « Rendez-nous mon frère et nous
vous rendrons la liberté ! »
Voilà ce que nous voudrions accepter pour l’honneur d’un
vaillant homme qui va s’illustrer au service de la cause française.
Par malheur ce n’est pas possible. Après Alain Taillart, un autre
témoin, son père, fait sur ce point une déposition identique.
La Borderie,qui n’a lu que la première déposition, a cru sans
hésiter au projet homicide du sire de Laigle, et même il a donné
l'explication de sa coupable entreprise. Il écrit :
« Ce sage, ce modéré (Jean de Laigle) qui avait laissé les autres
s’embarquer sans lui dans cette galère (l’entreprise de 1420), une
fois la partie perdue, il entreprit de la regagner à lui tout seul,
sans avoir plus de scrupule que ses frères sur le choix des
moyens » (2).
(t) Ces expressions, nous le verrons tout à l’heure, sont de La Borderie.
(2) La Borderie, Hist . IV, p. 235.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRÉ
235
Et plus loin quand o la partie est perdue » de nouveau, l'his-
torien écrit :
« Le sire de Laigle ne voulait point enlever Jean V, il était
plus radical. Il voulait l'attendre à l’abbaye de Beauport et à
sou passage le tuer, puis, dans le trouble causé par cette mort,
déployer la bannière de Penthièvre, appeler à lui tous les amis
de sa maison ; et il espérait, sous l'épouvante causée par ce coup
tragique, par ce soulèvement inattendu, que la Bretagne serait
toute entière entraînée dans le mouvement, le parti de Montfort
terrifié réduit à l’impuissance, le triomphe des Penthièvre as¬
suré. Ce plan, quoique fort audacieux, pouvait être justifié par
l’évènement. Mais à une condition : c'est que le chef de l’entre¬
prise — sitôt le coup fait, le duc tué — aurait de suite sous sa
main une troupe d’élite, un bataillon intrépide pour donner le
branle à la Bretagne et déterminer par une action rapide l'en¬
traînement qui ferait le succès... (i) »
Pour concevoir de telles espérances, il aurait fallu que le sire
de Laigle eût oublié ce qu'il avait vu en 1420.
Le 13 février, le duc est fait prisonnier; le 23, toute la Bre¬
tagne est soulevée contre les Penthièvre.
A la nouvelle de l’enlèvement de Jean V, « il y eut par tous
lieux, dit Le Baud, grand effroy et grand murmure à l’encontre du
comte de Penthièvre, de sa mère, de ses frères, de ses alliés (2). »
En 1422, l’assassinat du duc excitera un bien autre « murmure »
contre le sire de Laigle.
Combien les circonstances sont moins favorables aux Pen¬
thièvre en 1422, qu'en 1420 !
En 1420, la Bretagne a été surprise au sein d’une paix pro¬
fonde, mais elle s’est tout de suite ressaisie. En 1422, elle est par
avance unie et comme organisée contre les Penthièvre. La ligue
des 103 seigneurs unis au duc subsiste : les compagnies retrou¬
veront leurs chefs de 1420 ; et, s’il faut un chef suprême, les
Bretons armés l'auront. Ce sera Richard, frère duduc, qui était
prisonnier avec lui en 14*20; ce sera même le comte de Riche-
mont.
Le roi d'Angleterre le refusa en 1420; mais il attend la signa¬
ture du duc et de ses barons au traité deTroyes, il laissera aller
(!) La Borderie IV, p. ‘237. ^
(l) Le Baud, Ilist. de Uretagne, p. 454.
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226
REVUE DE BRETAGNE
Richemont (i) ; Richemont est en France, au premier appel, il
viendra (2).
Ajoutons que, en 1420, les Penthièvre avaient l’approbation
du dauphin ; il les a abandonnés, bien plus, il a puni la félonie
qu’il avait encouragée. Mais, s’il avait approuvé l’emprisonne¬
ment du duc son beau-frère, approuverait-il le coup de dague
ou de poignard qui ferait sa sœur veuve? Et puis comment
irait-il s’aliéner les Bretons, au moment où résistant au duc ils
refusent de signer le traité de Troyes ?
Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons croire que le sire de
Laigle se flattât de saisir la Bretagne pour son frère ; et nous
cherchons ailleurs la cause qui a pu le déterminer à se faire le
meurtrier de Jean V.
Or voici un fait antérieur de peu de temps à la venue du
sire de Laigle en Bretagne et sur lequel nous appelons l’at¬
tention.
En septembre 1420, les Penthièvre, au lieu de comparaître aux
Etats, avaient fui de Bretagne. Un an plus tard, débarrassé de
ses félons adversaires, le duc ne semblait plus y penser, pas
môme pour faire prononcer contre eux le forban et une con¬
damnation définitive. La comtesse de Penthièvre se tenait au
château d’Essé en Limousin (3), voyant ses fils comme elle-
même hors des atteintes de la justice de Bretagne. Le sire de
Laigle avait retrouvé sa place dans la maison du dauphin. Le
comte de Penthièvre avait pris le chemin de sa seigneurie d'A-
vesnes en Haynault (4). Mais, comme on va voir, il n’y parvint
pas sans encombre.
Olivier avait, on ne sait pour quelle cause, ordonné à ses offi¬
ciers de prendre et garder en prison quelques vassaux du mar-
(1) Jean V trompé encore une fois par le dauphin se rapprochait de l'Angle¬
terre. Le 27 juin 1422, il allait envoyer des ambassadeurs chargés de ratifier le
traité de Troyes (du 21 mars 1420). La ratification se fit le 8 octobre 1422; mais
la Bretagne ne suivit pas le duc et resta fidèle à l'aUiance française.
(2) Depuis le mois de janvier, Kichemont encore prisonnier était avec Henri V
au siège de Meaux qui se rendit le 2 mai. Le 10 mai, Kichemont était à Paris. —
M. Cosneau, Richemont, p. 64. — Au mois de juin 1422. Kichemont eut un congé
pour venir en Bretagne, et c’est en Bretagne qu'il apprit la mort d’Henri V.
(M, Cosneau, p. 67).
(3) Essé, aujourd’hui arrondissement de Conflans (Charente), était de la vi¬
comté de Limoges.
(4) Avesnes, aujourd’hui chef-lieu de sous-préfecture du Nord, n’appartint
définitivement à la France que depuis 1659 (traité des Pyrénées).
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
227
quis de Bade en Haynault. Le marquis protesta et n'obtenant
rien il s’empara d’Olivier au passage du Rhin et l’emprisonna (i).
La détention durait depuis plusieurs mois quand, vers la fin
de 1421, Jean V en fut informé. Il conçut alors ou peut-être on
lui suggéra l’idée — très malheureuse, comme on le verra — de
« racheter » Olivier du marquis de Bade : c’est-à-dire de payer
la rançon d'Olivier, même une grosse somme; non pour le
rendre à la liberté, mais pour le faire ramener captif en Bre¬
tagne, le faire juger et condamner.
Le 4 janvier 1422, Jean V donnait des ordres pour l'exécution
de ce projet. Il envoyait en « Flandre, Haynault et Brabant » trois
gentilshommes qu'il qualifie « chevaliers, chambellans, écuyers, »
accompagnés de troU hérauts; plus tard, quelques autres les
rejoindront; enfin le duc enverra son procureur général lui-
méme, Guillaume Preczart. Le choix de ce légiste montre qu'il
s'agit moins de prendre Olivier que de négocier sa remise aux
officiers bretons. Ce qui démontre encore mieux le caractère de
cette expédition, c’est le total de la somme que le duc y consacre :
trente-sept mille écus d’or, environ 1,754,000 francs de notre
monnaie. Le voyage des officiers du duc ne pouvait coûter si
cher : il s’agit bien d’une rançon à payer (2).
(1) D’Argentré (Hist. Ed. de 1582, f° 585 r°.) et Lobiae&a (Hist. p. 556) ont conté
avec quelques divergences ces aventures du comte de Penthièvre et l'expédition
des Bretons en Haynault. Mais, le récit du fait principal est le même chez les
deux auteurs.
, (2) Morice, Pr. Il, 1100. — « Assurance donnée par le duc à desofficiers envoyés
dans les Pays-Bas pour arrêter Olivier. » Le mot arrêter estjnsufflsant. Le texte
dit « pour faire la poursuite et racheter Olivier, s'il était pris ou détenu... »
Le départ successif des « quelques autres » et du procureur-général sont
appris par Lobineau. — Hist. p. 556.
Ces chiffres résultent de la pièce Assurance pour la somme de 25.000 écus
d'or;—et des indications de Lobineau, List. p. 556 pour deux autres sommes.
L'écu d’or créé par Charles VI (1384) valait encore (en 1422) 23 sous. La livre
était comme toujours de 20 sous. Je remène les écus à la livre, pour ramener
la valeur des livres à notre monnaie actuelle. Leber (1845) approuvé par La Bor-
derie pour l'époque où nous sommes évalue la livre à 41 t r. 25 de nos jours. Voici
le compte abrégé :
5.000 écus d'or —
b.lbOff-X par *1,25 =
237.187
7.000
id. =
8.050
— =
331.543
25.000
id. =
28.750
— =
1.185.037
Totaux 37.000
id. =
42.550
—
1.754.567
Les 5.C00 écus emportés par les trois gentilshommes. Les 7.000 par Guillaume
Preczart; les25.000, crédit ouvert chez des banquiers de Bruges. Assurance et
Lobineau. Hist. 556.
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828
REVUE DE BRETAGNE
La première condition du succès était le secret. 11 fut mal
gardé. Sur ces entrefaites, le marquis de Bade consentit à rece-
voird’OIivierune rançon de30,000écusd’or(un million,423,OOOfr.).
Dès lors, il s’agissait d’arrêter le comte de Penthièvre. Il allait
intervertir les rôles : il arrêta quelques Bretons ; et les autres ne
durent leur salut qu’à la fuite. Cette opération si mal conduite coûta
au duc 20,500 écus d’or, soit 950,000 de nos francs actuels (1).
La comtesse dut apprendre à peu près dans le même temps la
mise en liberté d’Olivier et les efforts faits par Jean V pour s'eu
emparer. Qu’on se figure sa colère I Bile appelle au secours le
sire de Laigle. Il faut venger son frère et en même temps le sau¬
ver de nouvelles poursuites de Jean V.
Elle a trouvé le moyen d’assurer ce double résultat : mettre le
duc à mort. Mère imprudente, disons-mieux, folle de colère, elle
ne songe pas à son plus jeune dis, Guillaume, otage en Bretagne,
et Jean de Laigle ne songe pas au péril qu’il peut faire courir à
son frère i
Mais quand et comment aborder le duc pour le frapper à coup
sûr? Au moins faut-il attendre une occasion favorable. Elle va
se présenter, comme nous le verrons tout à l’heure; et, le 16
avril, quatre jours après Pâques, le sire de Laigle prend la ré¬
solution « d’aller faire un tour en Bretagne ».
Nos trois historiens Lobineau, Morice, La Borderie ont conté
cette affaire d’après la seule déposition d’Alain Taillart impri¬
mée par Morice avec des lacunes que Lobineau a remplies sur
quelques points. Grâce aux communications d’obligeants éru¬
dits, je pourrai compléter la déposition d’Alain Taillart par celle
de son père Maurice.
Je m’en tiendrai d’abord à la déposition d'Alain. A ce pro¬
pos, voici quelques observations préliminaires qui trouvent ici
leur place.
En tête de la pièce intitulée : déposition d'Alain Taillart,
D. Morice a écrit : « Alain Taillart fut arrêté et mis entre les
mains du duc auquel il déclara... » ce que nous lisons plus loin.
Mais ce que nous lisons ce n’est pas la déclaration même faite
(1) Morice, Pr. Il, 1138. Arrêté de compte, 12 juin 1423.
20.500 écus d’or = 23.075 yf* à 41,25 = 950.000 francs.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
22$
devant le duc : c’est cette déclaration reproduite par Alain Tail-
lart dans une déposition reçue pardes juges ecclésiastiques selon
les formes usitées à cette époque. Nous lisons en effet qu’Alain
a été « reçu comme témoin et qu’il a prêté serment, ayant été
absous en ce qui concerne la déposition à faire (i) ».
Qu’est-ce à dire? Voici : devant le duc, Alain a reconnu qu’il
accompagnait le sire de Laigle venu en Bretagne pour tuer le
duc. De Laigle est donc coupable de tentative de meurtre.
Ce fait prouvé le sire de Laigle est infâme , c’est-à-di^e ne peut
être entendu comme témoin. Alain, son complice, efet infâme
comme lui. Mais cette infâmeté (comme on disait alors) n’est
pas absolue : les juges peuvent en accorder l’ exemption, quand
il y a intérêt à recevoir la déposition (2). C’est ce qui fut fait
pour Alain Taillart.
Sa déposition devant le juge est donc la reproduction exacte
de la déclaration passée devant le duc : c’est pourquoi cette dé¬
position, au moins pour cette partie, est écrite en français (3).
Dès le début, une sorte de protestation écrite en latin a de quoi
surprendre: Alain dit :
« Très illustre prince et seigneur Jean, est par la grâce de
Dieu duc de Bretagne : je l’ai su dès que j’ai eu la connaissance
et c’est de notoriété ; après ses ancêtres et depuis trente ans
environ (4), il est le vrai duc, et ses pères furent ducs de Bre¬
tagne avant lui. »
Pourquoi cette déclaration ? Elle semble une sorte d'amende
honorable faite pour amadouer les juges, et, Alain Taillart peut
l’espérer, le duc lui en tiendra compte.
La famille noble Taillart était possessionnée dans plusieurs
paroisses du Goello, notamment Plouagat, Bringolo, Goudelin,
(1) « Testis recep tua, jar&tus, absolutus quoad actum deponendum. »
(t) C’est le chapitre (article 155) de la T.-A.-C. V. Sauvageau. t.il, p. 124. « Nul
infâme trouvé ou prouvé par la cour ne doit être témoin en nulle cause... et nul
ne doit être réfuté infâme, tant qu’il soit trouvé et jugé par cour, ou prouvé
publiquement... Tous gens qui sont prouvez de trahison, de meurtre,... etc., sont
infâmes. »
Ainsi avant la condamnation prononcée, il suffit de la preuve résultant de
notoriété encore mieux de l'aveu (comme ici) pour que l'infamie soit encourue.
(3) «« Deposuit prout et quemadmodum alias in quadam alla sua dépositions
verbis gallicanis redacta. »
(4) Trente ans, c’est un peu trop, Jean V n’hérita le duché que le l #r novembre
1399. En 1424, il était dans La 24 e année de son règne.
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230
REVUE DE BRETAGNE
Gommenech (i). Dans sa déposition Alain Taillart se dit né à
Gommenech, avoir bientôt dix-huit ans, être fils de Maurice
et de Jeanne Boschier. Il dit que sa mère est sœur de frère
Jean Boschier, religieux à Beauport depuis six ans, et nièce
d'autre Jean Boschier, naguère abbé de Beauport (2).
Alain dira plus loin que son père fut écuyer d’Olivier de Blois,
que lui-même le servait comme page (3), que l’un et l’autre étaient
présents à l’enlèvement du duc; que, Olivier partant pour le
Haynault, Alain ne put le suivre parce qu’il était malade ; qu’il
resta avec son père auprès de la comtesse de Penthièvre; que
lorsque Jean de Penthièvre quitta sa mère, il emmena Alain avec
son père et que l’un et l’autre le servirent depuis ; qu’ils étaient
avec le sire de Laig e au château d’Essé quand celui-ci prit, le
16 avril 1422 « la résolution de faire un tour en Bretagne » ; enfin
il nous dira plus loin que le sire de Laigle y venait pour tuer
Jean V.
Mais l’entreprise était hasardeuse. La comtesse et son fils
pensèrent que le duc lui-même fournirait une occasion favorable
à leur projet dans un de ses fréquents voyages à travers le duché,
voyages où il se complaisait à marcher presque sans escorte et
accessible à tous. Nul doute que la comtesse et son fils ne se soient
renseignés auprès de quelque partisan dévoué ou auprès des
« espions » qu'ils entretenaient en Bretagne. C’est ainsi qu’ils
apprirent que le duc devait partir de Vannes après Pâques
(12 avril) pour aller à Dinan. et de Dinan à l’abbaye de Beauport
près de Paimpol au fond du Goello (4).
Voilà l’occasion attendue : le sire de Laigle ne la laissera pas
(1) Sur la situation de Plouagat, Goudelin, Gommenech, ci-dessus, p. 77. Bria-
golo, au canton de Plouagat, est situé entre les communes de Plouagat et Gou¬
delin. On trouve en Gommenech un lieu nommé Kerello, qui appartenait h la
famille. La famille existe encore sous le nom de TailUzrd.
(2) Dans le texte latin : Olim abbas , autrefois abbé. Nous verrons Jean Bos¬
chier l’abbé arrêté et mis en prison. Son petit-neveu n'est interrogé qu’aprèa
l'emprisonnement de l'abbé.
(3) Dans le texte « famulus et mango. * Ce dernier mot, du grec magganon ,
qui veut dire /frrd, était employé par les Romains au sens de marchand d'es¬
claves qui les fardait ; de revendeur , qui pare du vieux pour en faire du neuf ;
— de maquignon qui dissimule ou fait disparaître les défauts des chevaux mis
en vente. — Au Moyen-Age le mot mango détourné de son sens étymologique
est pris au sens de page . Est-ce en signe de protestation en faveur des pages que
nos dictionnaires latins modernes traduisent page par puer honorarius : tra¬
duction exacte du mot enfant d'honneur employé au XVI* et XVII* siècles?
(4) Beauport au bord de la mer, commune de Kérity, canton de Paimpol.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
231
échapper. Pas un lieu de Bretagne n’est plus propice que Beau-
port à l’exécution de son dessein. Nous verrons plus loin pour¬
quoi.
Sa résolution prise, le sire de Laigle rassemble son monde. Il
réduit sa troupe le plus possibln : elle ne sera, son chef compris,
que de quarante hommes, savoir trente-six écuyers ou hommes
d’armes, au nombre desquels Maurice Taillart, le page Alain,
Taillart, un valet et un valet de cheveu* (1).
De ces trente-six écuyers, quinze sont nommés par Alain
Taillart. Presque tous ces noms sont Bretons et la plupart sont
duPenthièvre. Tous sont « des gens du sire de Laigle », c’est-à-
dire de la maison de Penthièvre ; ils sont « hommes de fait »,
c’est-à-dire hommes d’action, déterminés, et sur lesquels leur
chef peut compter.
Mais ces compagnons n’ont pas une importance égale. Ainsi
Alain Taillart nous montre Thébaud de La Goublaye et Roland
du Gouray, comme étant du « conseil secret » du sire de Laigle.
Il semble que Alain de la Houssaye ait eu la môme préroga-
(>) Voici les noms que nous fournit Alain Taillart. Je ne les range pas dans
Tordre où il les mentionne ; mais selon leurs lieux d’origine présumés :
!. Thébaud de la Goublaye. Saint-Alban, seigneurie de Lamballe (A).
2. Roland du Gouray. du Gouray Jugon, autrefois de Penthièvre.
3. Alain de la Houssaye, peut-être de Gael.
4. Maurice Taillart, Plouagat et Bringolo en Gœlle (B).
5. Philippe de Triac, de Plurien, Lamballe. Pléneuf seig 1 * de Lamballe (C)
6. Jehan de la Haye. Plougasnou, Morlaix.
7. Philippe de la Goublaye, Saint-Alban (Lamballe).
8. Olivier des Landes, Châtelaudren (Goello).
9 Jehan Martin, Broons ou Plouagat en Goello.
10. Geoffroy Bouexel, PI ai n tel, Quintin.
11. Thébaud du Tenou, Le Teil, Quintin.
12. Bertrand de Saint-Jehan, Saint-Ma Ion.
13 Thébaud Con&n, famille inconnue.
14. Frillaye —
15. Rouvray —
16. Alain Taillart, page. V. ci-dessus p. 112.
17. Conan Boschier, valet.
18. Lorme ou Lorens, valet de chevaux.
(A) Servait avec Jean de Penthièvre sous le Dauphin en 1418-1419, est dit alors
écnyer et lieutenant-général de Saintonge. Moriee, Pr. II, 987. \
(B) Ecuyer d’Olivier en 1420. V. ci-dessus, p. 112.
(C) Ecuyer d'Olivier en 1420. V, ci-dessus, p. 112.
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232
REVUE DE BRETAGNE
tive (l). Gomim i^es deux premiers, d’après Alain Taillart, il ne
quitte pas de Laigie : il le suit dans les châteaux où celui-ci
reçoit l’hospitalité, tandis que le reste de la troupe se cache dans
les bois des environs.
Une question. Tous ces compagnons savent-ils le projet ho¬
micide de leur chef? On peut lejcroire, puisque le page l’a su.
Quelques-uns du moins ont dû recevoir une confidence entière :
ce sont les membres * du conseil secret ». Il semble môme que
pour le sire de Laigie il y avait absolue nécessité de déclarer net¬
tement son projeté tous ses hommes. Il lui faut un engagement
formel de chacun d’eux. Qu’adviendrait-il si, à la rencontre du
duc et de son escorte, quelques-uns croyant à un simple enlè¬
vement hésitaient à frapper ou môme se retiraient?
Quel motif a pu engager tous ces hommes dans une entreprise
aussi téméraire qu’elle est criminelle? Est-ce une aveugle fidé¬
lité aux Penthièvre, fidélité persistant après leur félonie de 1420?
Est-ce l’appât d’une large récom pense ?
Quoi qu’il en soit, ils ont accepté un rude service. Nous avons
dit que le sire de Laigie avait réduit sa troupe autant que faire
se pouvait. Ce n’est pas tout : la plupart de ses compagnons sont
accoutumés à ôtre servis : or, ils n’ont pour eux tous que deux
valets et un page ; ils devront se servir eux-mêmes et soigner
leurs chevaux. Leur bagage est le plus léger possible : une cotte
d’armes, une épée et une dague, plus « un sac à l’arçon de la
selle pour mettre victuailles ». Chacun d’eux est couvert d’un
tabar y manteau de couleur brune qui le cache tout entier.
Parvenus à la frontière bretonne, ils auront à faire à travers le
duché cinquante lieues à vol d’oiseau, et autant pour le retour.
Pour que quarante hommes passent sans attirer l’attention, que
de précautions leur .^ont commandées ! Ils ne marcheront quu la
nuit; le jour ils se tiendront cachés dans les bois ; « quelques-uns
( ) A propos de Alain de La Houssaye, Lobineau écrit : « Si cet Alain de La
« Houssaye est le même que le sieur de la Houssaye qui était des seigneurs ligués
« pour faire la guerre aux Penthièvre, on ne peut assez détester sa peifldie. »
Hist. p. 155. — Quelle apparence y a-t-il? Il n’est pas non plus Alain, chevalier,
avant 1404, marié à Marguerite de Alontauban, fils de Eustache de La Houssaye,
un des quatre maréchaux chargés de la résistance à la France en 1379.
Une fois Alain Taillart dit : a Ne furent au conseil que Goublaye, Gouray
et La Haye. » S’agit-il de Jehan de La Haye (n»6)? C'est douteux. 11 s’agit pro¬
bablement de La Houssaye .
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ATTENTATS DBS PENTHIÈVRE
233
seulement iront chercher des victuailles qu'ils ne paieront pas,
se disant gendarmes du duc (1). »
Or, marchant de nuit, môme par une nuit claire, et de-
vant faite environ 40 kil. entre le crépuscule du soir et celui
du matin (huit heures du soir — quatre heures du matin au
plus tard), il leur faut suivre non les chemins creux mais les
grandes routes : plusieurs voient passer les quarante noirs ta-
bars, personne ne les reconnaît, quelques-uns peut-être croient
voir des ombres. Le sire de Laigle, semble-t-il, ne se révélera
qu’à quelques fidèles dont il est sûr, et seulement dans le Pen-
thièvre (2).
Son parti pris le 16 avril, le sire de Laigle a eu besoin de
quelques jours non seulement pour réunir sa troupe ; mais
aussi pour avertir quelques fidèles aux environs de Beauport,
et pour s’assurer d’un ancien barbier de son frère Olivier,
nommé Jean d’Auvilliers, beau parleur, rusé et non moins
audacieux, qui lui servira d’éclaireur et lui sera d’un grand
secours.
Enfin il part ; mais il y a soixante lieues à vol d’oiseau d’Essô
au point voisin de Ghâteaubriant, où il compte passer la fron¬
tière bretonne. Il n’a pu entrer en Bretagne avant les premiers
jours de mai. Le moment est propice. La lune sort du pre¬
mier quartier, et la pleine lune, dont les conjurés ont besoin,
commencera le 8 du mois (3).
Autre circonstance favorable. Du point où il allait entrer en
Bretagne jusqu'au terme, l’abbaye de Beauport, le sire de Laigle
trouvait ouverte devant lui une route en ligne très directe ; c’était
une suite de voies romaines qui toutes ont été étudiées, dont
plusieurs sont visibles encore, et qui, il y a bientôt cinq siècles,
pouvaient être praticables.
(1) Ce trait est à remarquer. Etait-ce donc un droit pour les gendarmes du
duc de réquisitionner des vivres sur leur route?
(?) Nous le verrons pourtant se faire reconnaître d’un abbé de l’ancien Pen
thièvre mais près du Penthièvre.
(3) Le dimanche de Pâques est lo dimanche qui suit le 14* jour de la lune pas.
cale,c’est-à-dire le jour de la pleine lune. En 1422, cette pleine lune, arriva le 9
avril jeudi. Pâques arriva le 12. La pleine lune finit le lb. Le dernier quartier
suivit jusqu'au 22 ; — la nouvelle lune commença le 23 pour finir le 30 ; le pre¬
mier quartier suivit jusqu’au 7 mai ; et la pleine lune de mai commença le 8. —
C’est à ce moment que la troupe entrait en Bretagne. — A cette époque de l’an¬
née, il y a huit heures et demie entre le coucher et le lever du soleil.
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234
REVUE DE BRETAGNE
Les conjurés suivront à peu près deux fois la même route à
l'aller et au retour, sauf qu’au retour fuyant au plus vite ils se
garderont de deux crochets qu’ils ont faits à l’aller. Alain Taillart
n’a pas eu la pensée d’indiquer toutes les étapes de la route sui¬
vie; mais, à l’aller, comme au retour, en contant certaines cir¬
constances, il a signalé plusieurs étapes. De ces deux listes
d’étapes nous allons composer une liste unique qui nous donnera
d’une manière certaine les jalons de la route suivie à l’aller et
au retour.
Nous tracerons cet itinéraire de la frontière bretonne vers
Chàteaubriant à Goudelin en Goello, près de Lanvollon (arron¬
dissement de Saint-Brieuc).
A l’aller, je marquerai par un astérisque les lieux d’étapes
qu’Alain Taillart a mentionnés au retour :
Voici les lieux qui jalonnent la route.
A l'aller : IV Bois deTeillay ; 2** forêt de Brécilien ; 3°* forêt de
Boquen ; 4°* Bois près de Saint-Brieuc ; 5° Goudelin.
Au retour : i° Gommenech (près de Goudelin) ; 2° Bois près de
Saint-Brieuc; 3° forêt de Brécilien ; 4* Bois de Teillay.
J’arrête le tracé de cet itinéraire à Goudelin, les faits qui se
sont passés sur cette route devant faire la première partie de
mon récit.
Suivons les conjurés marchant sur les voies romaines d'An¬
gers à Goudelin.
1° A Angers, iis prendront une voie qui les amène à la fron¬
tière de Bretagne près de Saint-Julien de Vouvantes, passant
près de Chàteaubriant, au bois de Teillay (aujourd’hui canton
de Bain, Ille-et-Vilaine), traversant la Vilaine vers Pléchatel
(même canton) et atteignant Guer (Morbihan). — Cette voie ro¬
maine est bien connue aujourd’hui sous le nom d * Angers à Coz -
Yaudet (1).
(1) Kerviler (Armorique et Bretagne. T. l* r , t. 1, Réseaux des Voies Romaines,
p. 228 et 2^9-70, n° 1S. Voie de Coz-Yaudet à Angers. L’érudit auteur montre cette
▼oie s'embranchant non loin de Guer sur une voie de Coz-Yaudet à Nantes. Cette
▼oie venant de Coz-Yaudet p;ir la Koche-IVrrien et Gumgainp (n° i4) s'écarte
sur la gauche de la direction de Beaugort. CVst pourquoi le sire de Laigle arrivé
près de l'embranchement par la voie d'Angers à Coz-Yaudet jusqu’à Guer, ne
continue pas à suivre la voie de Coz-Yaudet; mais prend d'autres voies directes
vers Beauport. Nous les indiquons.
i
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
235
2* A Guer, les conjurés quitteront cette voie pour en prendre
une autre montant au nord et traversant la forôt de Brécilien
(aujourd’hui de Paimpont), voie romaine tracée sous le nom de
Corseul à la Roche-Bernard (i).
Qu'ils continuent à suivre cette voie par Gafll, elle les conduira
à Saint-Méen sur la voie de Rennes à Carhaix, et ils marcheront
sur cette voie 15 kil. à l'Ouest jusqu’à Merdrignac. Ils auront
ainsi suivi les deux côtés d’un triangle. Nul doute qu'en sortant
dé Brécilien ils n’aient pris à Goncoret un chemin qui par Mau-
ron les a conduits droit à Merdrignac. Ils ont ainsi épargné 15
ou 20 kil. de route. Ce raccourci importe.
3° A Merdrignac, ils trouveront la grande voie de Rennes à
Carhaix et la suivront environ 5 kilomètres (2).
4° A ce point, ils prendront à droite une voie allant par Mon-
contour et Saint-Brieuc vers Coz-Yaudet , et qui les conduira au
voisinage de Beauport (3).
5° Mais, à 6 kil. de cet embranchement, la voie qu’ils suivent
est coupée par une grande voie passant du Sud-Ouest au Nord-
Est. C’est la voie de Vannes à Corseul. Ils prendront cette voie
sur leur droite, vers l’Est, s'écartant de leur route pour aller au
bois de l'abbaye de Boquen (4).
6° Ils auront à revenir sur leurs pas quelques kilomètres ; et,
un embranchement, qui semble une voie de Corseul à Carhaix,
les ramènera au point dit aujourd'hui La Hutte à l'Anguille , sur
la route allant à Moncontour, qu'ils avaient quittée pour aller à
Boquen (5).
7* De Moncontour, la voie montait au Nord vers Saint-Brieuc
et côtoyait le bois de Plédran (canton Sud-Ouest de St-Brieuc).
Vers ce point, en Yfllniac, la voie coupait une voie allant de
(1) Du Mottay, Recherches sur les Voies des Côtes-du-Nord , p. 104-108. La
voie venant de Corseul passe à Caulnes (gare), Saint-Méen, près de Oaél et de
Concoret (p. 108).
(2) Du Mottay, p. 63, 76.
(3) Voie venant du fond de la baie de Saint-Brieuc et que j’ai indiquée d'après
des documents certains ( Voie romaine d'Yffiniac à Vannes, Association bre¬
tonne, 1^07.
(4) Voie de Corseul à Vannes. Du Mottay, p. 16. Pourquoi ce crochet? Nous
le (lirons bientôt.
(5) Au sud-ouest du bois de Boquen, la voie venant de Corseul se bifurque:
une branche descend vers le sud-ouest (Vannes) voie de Corseùl à Vannes.
L’autre continue en ligne droite vers un point culminant dit aujourd'hui Hutte
à l'Anguille et passe sur les landes du Méné (Voie de Corseul à Carhaix ).
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236
REVUE DE BRETAGNE
l'Est à l'Ouest (de Corseul à Carhaix ou de Carhaixd Alet (i), et
continuant vers le Nord-Ouest passait à l’Ouest de St-Brieuc au
village dit aujourd’hui Beaulieu ; là, prenant ia direction de Lan-
vollon,elle atteignait à 25 kilomètres de Saint-Brieuc, des bois au
voisinage d’un château dit Goudelin, à 30 kilomètres environ de
l’abbaye de Beauport (2).
Telle est de proche en proche la route que les conjurés avaient
à suivre, et qu’ils ont suivie sans encombre. Comme on le voit,
sauf au raccourci entre Concoret et Merdrignac, ils ont cons¬
tamment marché snr d’anciennes voies romaines, où nous pou¬
vons les suivre comme pas à pas.
Il nous faut maintenant dire les incidents de leur voyage de¬
puis l'entrée en Bretagne jusqu’à Goudelin.
Comme il entrait en Bretagne, le sire de Laigle vit venir à lu i
Jean d’Auvilliers, l'ancien barbier d’Olivier (3); il va lui confier
tout de suite une importante mission. « Peut-être sous prétexte
d’une négociation ; mais en réalité pour s'informer au vrai de la
roule du duc et du nombre de son escorte (4) », le sire de Laigle
envoie le barbier aux renseignements. A qui le dépêche-t-il? A
celui qui peut le mieux renseigner, au duc lui-même 1
Sans hésiter, le barbier accepte la mission et il saura la rem¬
plir. Il s’adresse au procureur général du duc, Guillaume Prec-
zart, le même qui avait requis contre les Penthièvre aux Etats
(t) Du Mottay. De Carhaix à Alet, p. 38 et suiv.
(?) Voie de Corseul à Coz-Yaudet. Kerviler Ta décrite sous le nom de Cher-
bourg à Vorganium pris pour l’Aber-Vrach au nord du Finistère; mais il la
conduit par la grève et Cesson, p. 253. Du Mottay y avait conduit la voie de Coz-
Yaudet à G es son, p. 137-163. J’ai pu indiquer un tracé bien certain d’Yffiniac à
Saint-Brieuc.
(3) Alain Taillart dit : « Le barbier venait de temps en temps parler au dit de
L’Aigle ; » et il met ces mots entre cc qu’il a dit de Teillay et ce qu’il va dire
de Boquen. Ce n’est pas placer la première visite du barbier sur la route entre
ces deux points. Lobineau (p. 537). semble placer là la mission donnée par d*
Laigle au barbier. M. de la Borderie, plus explicite, place cette mission à Bo¬
quen même (IV, f° 237). Or la troupe était là le sixième jour de sod entrée en
Bretagne. Le sire de Laigle avait besoin de renseignements avant de s’avancer
si loin. C’est pourquoi j’ai cru pouvoir placer la première entrevue du barbier
k l’entrée en Bretagne. '
(4) Lobineau, Hist. p. 355. C’est l’historien qui suppose une négociation. Au
nom de qui le barbier aurait-il eu à parler au duc ?
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
237
de 1420 ; et le procureur général le renvoie au duc à Dinan. Le
barbier interrogea-t-il le duc lui-même ? Toujours est-il que
revenant au sire de Laigle il pût lui rapporter l’assurance que
le duc allaita Beauport. Il aura pu lui dire aussi que, selon son
usage, Jean V est peu accompagné : un chambellan, un tréso¬
rier, un secrétaire, quelques écuyers et quelques valets.
Vers Candé, la troupe prend un soir la route de Châteaubriant :
elle évite cette place dangereuse pour elle puisqu’elle appartient
à Robert de Dinan, en même temps seigneur de Montafilan, un
des quatre capitaines généraux nommés en 1420 (l).
L’attentat des Penthièvre a déchaîné lt guerre au sein des
familles bretonnes, et des parents il a fait des ennemis. Nous
avons vu plus haut (2) Alain VIII de Rohan, mari de Béatrix de
Glisson chef suprême de la guerre contre sa belle-sœur Margue¬
rite et ses neveux de Penthièvre ; et Charles de Rohan frère
d’Alain VIII et son fils le comte de Porhoêt, gendre du duc, ca¬
pitaines généraux en Basse-Bretagne : en même temps, Jean
sire de Rieux et Robert de Dinan ont le même titre en Haute-
Bretagne ; or les Rieux sont alliés des Penthièvre ; et s’il n'y
a pas de parenté entre les Penthièvre et les Dinan, du moins
sont-ils unis par une sorte d’alliance et une véritable amitié.
Clisson, grand-père des Penthièvre, a épousé en secondes
noces Marguerite de Rohan veuve du maréchal de Beaumanoir;
celle-ci a marié sa fille Jeanne à Charles de Dinan; et elle est
ainsi grand’mère des Dinan. Or si Jeanne de Dinan a été mariée
avant Marguerite de Clisson (20 janvier 1388), plusieurs de leurs
nombreux enfants sont du même âge. On peut se figurer les
sept enfants de Jeanne de Beaumanoir et les six de la comtesse
de Penthièvre assis, comme frères et sœurs, à la table que pré¬
sident le grand-père des uns et la grand’môre des autres (3).
(1) 3* fils de Charles de Dinan et de Jeanne de Beaumanoir. 11 y avait cinq fils.
I/aîné Henri, mourut avant son père en 1403. Le 2 * Roland, succéda à son père
en octobre 1418 et mourut cinq mois après (13 mars 1419). Le 3* Robert lui
succéda et mourut en 1429. Le 4 1 2 3 * * 6 Bertrand maréchal de Bretagne, survécut jus¬
qu’au 21 mai 1444 à son b* frère Jacques mort le 30 avril précédent, et eut pour
unique héritière la fille de Jacques, Françoise de Dinan.
(2) Ci-dessus, p. 113 et 114.
(3) Les testaments de Marguerite de Rohan (lti décembre 1406) et de Clisson
(j février 1407, n. st.) permettent de supposer ces scènes de famille. (Morice,
Pr. U, 775, 779).
Novembre 1908. 18
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38
REVUE DE BRETAGNE
(
La bonne entente persista après la mort de Clisson survivant
à Marguerite de Rohan jusqu’au 23 avril 1407 (i)’. Le mois sui¬
vant (9 mai), Robert de Dinan procurait à la comtesse de Pen-
thièvre une grande joie. Elle ne se consolait pas de voir Mon-
contour, avec sa forteresse et ses 21 paroisses, détaché du
Penthièvre : Robert consentit à lui céder la châtellenie par
échange (2).
Mais les anciennes relations d’enfance, l’affection montrée aux
Dinan par le connétable, le service rendu par Robert, tout cela
est oublié ; et le 13 février 1420, jour de l'enlèvement de Jean V,
les deux plus jeunes frères de Dinan sont emprisonnés par
Olivier et Charles de Penthièvre (3).
Si par prudence le sire de Laigle évite la place-de Château-
briant, il espère bien approcher Robert de Dinan et s’en saisir.
11 a appris que Robert séjourne à quelques lieues à son château
deTeillay entouré d’un bois. C'est justement une des étapes de
la route de Beauport. Le sire de Laigle y passera trois ou quatre
jours guettant l'occasion de surprendre Robert. — Temps
perdu ! Le baron est à son château du Guildo (4), circonstance
heureuse pour lui et peut-être aussi pour les conjurés eux-
mêmes^
Robert de Dinan pouvait être un précieux otage ; mais com¬
bien dangereux! Le baron n’etait pas un mince personnage. Son
enlèvement eût fait grand bruit. Que la troupe soit signalée,
malheur à elle. La voie de Beauport et la voie du retour ne lui
seront-elles pas fermées? Même cet événement n’arrêtera-t-i]
pas le voyage de Jean V vers Beauport?
Les chevaux ont prjs du repos à Tcillay. La troupe se remet en
route ; dans la nuit, elle devra fournir une traite de 45 kilomètres.
Elle passe par Bain, Pléchâtel (pont sur la Vilaine), Lohéac,
(t) Marguerite mourut entre les dates de ces deux testaments. Clisson, testant
le S février 1407, dit sa femme décédée.
(2j Morice, Pr. Il, 790. Il est vrai que Moncontour ne restera pas au Pen¬
thièvre ; mais à la suite d'un acte o lieux auquel Robert fut absolument étranger.
(3) Nous avons vu Bertrand, le maréchal, arrêté avec le duc au pont de la
Divatte (ci-dessus, p. 112). Son jeune frère Jacques fut arrêté à Chàteauceaux où
il avait précédé le duc, et où la comtesse l’avait accueilli comme hôte.
Le Guildo,' château â l’embouchure de l'Arguenon dans la Manche (com¬
mune de Créhen,canton de PHncoet, arron dissement de Dinan). — C est au Guildo,
appartenant alors â Françoise de Dinan (nièce de Robert) que Gilles de Bretagne
fut arrêté (juin 1448).
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ATTENTATS DIS PENTHIÈVRE
2 39
Maure et marche vers Gaer. Mais, avant d’y atteindre, elle
quitte la voie qu’elle a suivie jusque là et qui marche au Nord-
Ouest vers Ploêrmel : et elle prend une voie allant au Nord par
la forêt de Brécilien, dite aujourd’hui de Paimpont.
Le lendemain soir, à la sortie de la forôt bien plus étendue
qu’aujourd’hui, vers Concoret, les conjurés quittent cette route
qui les conduirait à Saint-Méen et prennent à gauche (à l'Ouest)
par Mauron, pour atteindre Merdrignac, et la grande voie de
Rennes à Carhaix. Ils suivent cette voie 5 kilomètres ; puis
prennent à droite une voie allant au Nord vers Moncontour et
S&int-Brieuc ; cinq kilomètres plus loin, cette route coupe une
autre voi? venant du Sud-Ouest. La troupe prend cette voie sur
sa droite (au Nord-Est) ; et, à huit kilomètres, elle entre dans la
forôt de l’abbayède Boquen (1).
Arrivé là, le sire de Laigle se sent presqu’en Penthièvre. L’ab¬
baye n’a pas été fondée par les Penthièvre ; mais elle a été dotée
pir la première maison de ce nom ; elle est au fief de Jugon qui
'fut autrefois du premier comté de Penthièvre (2).
Le sire de Laigle envoie à l’abbaye, sans pourtant s’y montrer.
Compte-t-il que l’abbé Guillaume Grignon va venir lui offrir
l’hospitalité ou du moins le saluer et lui fournir les vivres dont
la troupe peut avoir besoin ?
* Désillusion 1 L’abbé ne sort paâ de l’abbaye. Il envoie un de
ses frères, Bertrand de Vaucouleurs, d’une noble famille dont le
berceau est dans le voisinage (3), saluer le sire de Laigle dans
le bois ; mais il n’est même pas question de victuailles.
Que conclure? Que par courtoisie, et peut être en souvenir des
bienfaits reçus des anciens ascendants des Penthièvre, l’abbé
a cru pouvoir se permettre de saluer leur descendant ; mais il se
tient sur la réserve : il est vieux, puisqu’il était abbé quarante
ans auparavant; il est étranger aux Penthièvre ; et il ne se sou-
(t) Commune de Plénée-Jugon (canton de Jugon, arrondissement de Dinan),
abbaye de Tordre de Clteauz fondée en 1137 par Olivier de Dinan.
(2) Jugon était du premier Penthièvre; quand Jean 111 reconstitua le comté en
1317, pour son frère Ouy, il eut soin de se réserver Jugon à cause de son châ¬
teau ; mais Charles de Blois, comme duc de Bretagne, enleva Jugon en 1342 ; et
Jugon lui resta fidèle jusqu’après sa mort. Ce souvenir pouvait encourager la
démarche de Jean de Blois.
(3) L’ancien château de Vaucouleurs, dont cette famille prit le nom, est en
la commune de Trélivan (canton ouest de Dinan).
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*240
REVUE DE BRETAGNE
cie pas de se compromettre avec ses frères pour un Penthièvre
en ce moment poursuivi par la justice ducale (1).
Après ce froid accueil et la nuit venue, les quarante reprirent
leur route de la veille ; et, à sept kil. environ, ils trouvèrent un
embranchement qui les ramena à la route de Moncontour,
à moins de deux kil. du point où ils l’avaient quittée la veille
pour aller au bois de Boquen. Ils avaient ainsi allongé leur
route de quinze kilomètres. Pour quel motif? C’est ce que nous
ne voyons pas.
A seize kil. de cet embranchement, la troupe passe, non sans
précaution, devant la place-forte de Moncontour qui fut autrefois
du Penthièvre et qui est maintenant au duc.
Si te sire de Laigle a passé en vue de Moncontour et par une
nuit claire, avec quels regrets il a fixé ses regards sur la puis¬
sante forteresse couronnant une colline abrupte !
« A quoi, se dit-il, pensait mon aïeul Charles de Blois, quand il
détacha Moncontour du Penthièvre pour le donner à Beaumanoir
et & sa femme Marguerite de Rohan ? Devenue veuve, celle-ci
épousa mon grand-père Clisson. C’est à Moncontour que, sort»
de la prison de Vannes, en 1387, le connétable se retira; c’est à
Moncontour que, en 1393, surpris par une brusque attaque de
Jean IV, il trouva un sûr asile. Le connétable disait « ma ville
de Moncontour » appartenant à sa femme. Un jour, ma mère a
pu le dire plus justement que son père. En 1407, un échange
passé avec Robert de Dinan la fit avec mon frère Olivier maî¬
tresse de Moncontour ; et l’année suivante, chose à peine croyable,
le duc, en vertu d’un acte frauduleux, la dépossédait par la vio¬
lence ! ».
(1) Guillaume Grignon était abbé dès 1381. 11 signa comme abbé au second
traité de Guérande (1381). 11 mourut le 16 avril 1434.
Morice. Hist. II. Catalogue des abbés , p. CX. L. II. — CX. L. III.
On lit : Anciens évêchés de Bretagne , t. III. 2 * partie, p. 214.
« On ne saurait déterminer la nature des rapports qu’il (Guillaume Grignon)
eut avec le sire de Penthièvre (lisez Jean) dans la lutte que celui-ci entama
contre Jean V ; mais nous lisons dans une enquête... qu’en ,1419, (lire 1422)
lorsque le seigneur de Laigle marchait secrètement pour enlever le duc : « Etant
au bois de Boquen, Morice Taillard (lire Alain) page d’Olivier de Blois, « vint
(lire ouit) dire que le frère Bertrand de Vaucouleurs avait parlé au seigneur de
l’Aigle, dans cestuy bois. « Nous retrouverons un fait analogue à. Beauport. »
Les rapports de l’abbé avec le sire de Laigle sont ainsi clairement exposés.
En ce qui concerne Beauport, nous verrons que l’attitude de l’abbé fut toute
autre. Sur Beauport. Anciens évêchés , t. IV. p. 30-32.
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ATTENTATS DES PENTH1EVRE
241
Voilà d’irritants souvenirs 1
Vingt kil. après Moncontour, la troupe parvint à un bois sur
la gauche de la route, et elle s’y arrêta. Ce bois est dit aujour¬
d’hui bois de Plédran (t).
Alain Taillart n’a pas signalé d’étape entre Boquen et Goude-
lin. Or, entre ces deux points, nous ne pouvons compter moins
de 73 kil. à faire dans une nuit. Cest trop : il fallait trouver une
station dans un bois voisin de la route. Nous n’hésitons pas à
indiquer le bois de Plédran qui est à 19 kil. de. Moncontour et à
environ 42 de Boquen. La dernière étape de Plédran à Goudelin
sera de 30 kil.
Au retour, Alain Taillart signale un arrêt de la troupe pen¬
dant une journée « dans un bois auprès de Saint-Brieuc ». Ce
ne peut être encore que le bois de Plédran (2).
Le soir même, la troupe longea vers l'Ouest la ville de Saint-
Brieuc, et passant au village dit aujourd’hui Beaulieu (à deux
kilomètres) prit la route dite au moyen-âge de Saint-Brieuc à
Lanvollon : avant d’arriver à cette ville, les conjurés quittant la
route prirent à gauche, et passant la rivière de Leff entrèrent
dans un bois voisin du château de Goudelin.
Ici la scène change. Pour venir de Teillay à Goudelin, le sire de
Laigie se sentant en pays ennemi, a fait une extrême diligence :
il amis seulement quatre nuits à faire environ 137 kilomètres.
Il va employer le même temps pour aller de Goudelin à Beauport.
Pourquoi? C’est que la troupe a trop devancé le duc : elle arrive
trop tôt. Son arrivée à Beauport ne va-t-elle pas attirer l’atten-
(1) Plédran (commune du canton sud de Saint-Brieuc, à six kilomètres) est
connu par son camp vitrifié. Le bois de Plédran est au nord-est du bourg sur la
limite d’Yffiniac au bord de la route de Saint-Brieuc à Moncontour qui a pris la
place de la voie romaine jalonnée à Ylftmac par les noms La Barre , La Bessière
(Boissière). Lachapelle Saint-Laurent des Sept-Saints (autrefois des Sept-Saints
de Bretagne) touche le bois qui, au XV« siècle sans doute plus étendu qu’aujour-
d’hui, pouvait être traversé par la route.
(?) M. de la Borderie a, comme nous, reconnu la nécpssité d’une étape entre
Boquen et Goudelin. Il a écrit : « La troupe s’arrêta probablement dans la forêt
de Qu in tin, aujourd’hui de Lorges. » (T. IV, p, ? 37). Ce n’est pas probable. La
forêt de Lorges en sa partie la plus voisine, en Plainte!, de la route de Moncon¬
tour à Siint-Brieuc est à, 10 kilomètres à, gauche.
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REVUE DE BRBTAGNE
242
tion ? Le sire de Laigle, avant de pousser plus loin, n’altendrait-
il pas quelque message à Goudelin ou aux environs ?
Le récit d’Alain Taillart autorise toutes ces suppositions; mais
les lenteurs du sire de Laigle ont une autre-'cause qu’un autre
témoin nous révèle. Le sire de Laigle jugea, ou ses « adhérents »
jugèrent sa troupe de quarante hommes insuffisante : la troupe
va donc être plus que dédoublée : or* pour.assembler ce con¬
tingent, il faut quelques jours.
Sur la route de Goudelin à Beau port, voici le récit d’Alain
Taillart :
a Us furent au bois de Godelin et aux tailles près l’hôtel Go*
delin où vinrent devers eux parler audit seigneur de Laigle Guil¬
laume Godelin , d’où fut envoyé à ceux demeurés au bois grande
quantité de provisions : le seigneur y séjourna un jour.
« Le seigneur partit, la nuit commençant, et alla à l’hôtel
Holland Péan où il arriva au point du jour : Guillaume de Per-
rien(t) et Thomas de Chef : du-bois vinrent saluer ceuxqui étaient
au bois. Thébaud de la Goublaye, Houssaye et Gouray allèrent
chez M ire Rolland, et de là on apporte à foison vivres et pro¬
visions.
« De là le sieur alla au bois près Gomenec, où il y a château
de grande apparence ; il y alla avec Goublaye, Houssaie et Gou¬
ray, et y couchèrent une nuit; et pour le reste (les hommes
restés au bois) Conan Boucher et Lorens allèrent au fourrage et
apportèrent à grande foison, vins, vivres et autres provisions.
De là allèrent toute la nuit, vers l’abbaye de Beauport et arri¬
vèrent en un bois nommé Ploezeuc. »
Arrêtons-nous un instant.
Il nous faut relever une interversion dans l’ordre des deux
stations de la troupe indiquées à Gommenech et à « l’hôtel de
Rolland de Péan, » c’est-à-dire le château de la Roche-Jagu.
Goudelin a pour limitrophe au nord Gommenech ; et la Roche-
Jagu est en la commune de Ploëzal contigüe à Pontrieux au nord.
Gommenech est séparé de Pontrieux par les trois communes de
Trévérec, le Faouët et Quimper-Guézenec.
La troupe a nécessairement passé par Gommenech avant
d’arriver au château de ! a Roche-Jagu. Alain Taillart a par
(O Un des deux Guillaume de Perrien qui, avec Guillaume de Goudelin, dé¬
fendaient Guingamp, en 1420. Ci-dessus, p. 77.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
243
erreur de tn érooire nommé la Roche-Jagu au lieu de Gomme
nech et réciproquement (1).
Voici donc la route suivie parla troupe de Laigle. De Gou-
delin elle passa à Gommenech (5 kilomètres), dont le château
était alors au vicomte de PommeriNle-vicomte, de son nom du
Chastelier (2) ; puis prenant par Trévérec, elle retrouva la voie
romaine qu'elle avait quittée pour venir à Goudelin ; et, suivant
cette voie par le Paouôt et Guimper-Guézennec, elle passa le
Trieux à Pontrieux ; et arriva à Ploëzal et à la Roche-Jagu
(12 kilomètres de Gommenech).
De là au bois de Plouezec on peut compter la môme distance;
mais il y avait à passer le Trieux, et le Leff non loin du con¬
fluent: il n’y avait pas de pont au-dessous de Pontrieux; de là
pour la troupe la nécessité de revenir sur ses pas pour passer
le Trieux puis le Leff au-dessus de leur confluent, au pied du
château de Prinandour (3). Ainsi s’explique que le trajet de la
Roche-Jagu au bois de Plouézec ait pris toute une nuit.
(1) Alain T&illart dit à propos de Gommenech « château de grande apparence. »
Ce signalement est bien plus vrai de la Roche-Jagu. Le château de Gommenech
a disparu, sans laisser de trace, comme celui de Goudelin. Celui de la Roche-
Jagu avait une toute autre importance : la seigneurie signalée au livre des Oit»
de 1294, avait haute justice et un château-fort, elle fut érigée en bannière en
1441 (D. Morice, Pr. 1563-64). Ogée écrit â ce propos (T. II, p. 313) : « Pierre 11
« érigea cette seigneurie en bannière, le 24 mai 1451, et en baronnie l’an.... en
« faveur d'un nommé Péan. » (Souligné). L'érection en baronnie est une pure
imagination. i.e péjoratif (comme disent les grammairiens) le nommé ne laissera
pas deviner qu’il s’agit de Jean Péan, chambellan du duc, fils de Rolland
Péan, dont nous allons parler, chevalier , qui. en 1437, prête serment au duo avec
les nobles du Goello (Morice, II, 1308;.
(2) On a écrit que le château appartenait, en 1500, aux du Chastel (Jollivet,
Côtes-du-Nord, 1, p. 182). 11 n’a passé aux du Chastel qu’en 1523. Non» allons
trouver Jean du Chastellier et son héritier Vincent.
(3) Un mot sur Frinandour (écrit aussi mais mal Fniandour), en Quimper
Guézennec, canton de Pontrieux.—Ogée (11. p. 427) dit que ce château « apparte¬
nait, en 1393, au duc Jean IV, quand il fut assiégé par Clisson. » Si Clisson a pris
co château au cours de cette guerre civile, il n’était pas au due. Il a passé des
Avaugour aux Kergorlay, puis par mariage de Jeanne (de la branche aînée) avec
Raoul VIII de Montfort-Gael (1383), puis aux Laval par le mariage de Jean de
Montfort (1405) avec Anne héritière de Laval et Vitré, Jean de Montfort se ma¬
riant à la condition de prendre les nom et armes de Laval. Après la mort de
son beau-père Guy XII (1412) il prit le nom de Guy XIII ; il mourut en 1413 ; il
laissait trois fils : Guy XIV (premier comte de Laval, 1429), André dit le maréchal
de Lohéac, Louis, gouverneur de Gênes, maître des eaux et forêts de France,
qui fut en Bretagne seigneur de Châtillon en Vendelais, Comper et Frinandour .
Ce sire de Châteaubriant, qu’Ogée dit seigneur de Frinandour en 1512, est
Guy XVI de Laval, cousin et héritier de Guy XV fila de Guy XIV et de sa second»
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244
REVUE DE BRETAGNE
Arrivée ainsi sans encombre au bois de Plouézec la troupe
est au but : Beauport est à trois kilomètres.
Cette petite rectification faite, combien la déposition d'Alain
Taillart, bien qu'elle soit incomplète, comme nous verrons, est
instructive !
Elle nous prouve que le sire de Laigle était annoncé et atten¬
du à Goudelin, à Gommenech, à la Roche-Jagu. Tout est prêt
sur ces trois points pour nourrir et largement une troupe de
quarante hommes. Ce n'est pas tout : les gentilshommes du voi¬
sinage restés attachés aux Penthiôvre, môme après leur félonie
de 1420, viennent saluer le sire de Laigle ; et nous le voyons
accueilli dans les trois châteaux qu'il trouve sur sa route.
Voici, supposons-nous, ce qui se sera fait. Le sire de Laigle a
dans cette partie du Goello un correspondant tout indiqué : c’est
Guillaume de Goudelin. Nous l'avons vu, en 1420, à Guingamp
s'obstinant à maintenir son droit de choisir entre le duc son
souverain seigneur ou les Penthièvre ses seigneurs proches. Il
est prisonnier, puis condamné à une peine corporelle et à la
confiscation de ses biens. Mais le duc lui a fait grâce de la peine
et l’a laissé en possession de ses seigneuries (1),.
Moins de deux ans plus tard, Goudelin ne songe plus à la
clémence de Jeaa V. Son zèle pour les Penthièvre même félons
l'emporte : il se charge d’avertir les amis des Penthièvre habi¬
tant le voisinage. Il appelle Guillaume de Perrien, qui vient de
Plouagat ou de Trédarzec ; Thomas de Chef-du-Bois, venant de
Pommerit-Jaudy ; Rolland Péan, de Ploezal, et un autre que
nous nommerons tout à l'heure.
Quand on étudie cet itinéraire sur une carte un peu détaillée,
on s'étonne au premier abord que le sire de Laigle partant de
Goudelin n'ait pas, repassant le Leff, pris la route directe de Beau-
port par Lanvollon.
Il a dû éviter cette route par prudence. Lanvollon était le chef-
lieu d'une des trois châtellenies du Goëllo récemment confisqué.
Le sire de Laigle pouvait y rencontrer quelque officier ducal.
Mais, quand il part de Gommenech, pourquoi ne pas passer le
femme Françoise de Dinan, baronne de Châteaubriant. Dès la fin du XIV* siècle,
Frinandour n'était plus la résidence de ses seigneurs ; mais était encore place de
guerre. — V. Mélanges d’Hist. etd’arch. bretonne, t. Il, p. 115. « Mobilier d'un
château breton >» (Frinandour).
(I) Actes de Jean F, n* 1528, t. VI, p. 88-89. Ci-dessus, p. 77 et 91.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
5'i5
LefT, entrer sur la rive gauche dans la paroisse deLannebert, puis
traverser les paroisses de Tréméven, Lanloup et Kerity pour ar¬
river au bois de Plouezec ? Voilà une route bien plus courte (tout
au plus 20 kilomètres), et praticable, puisque le duc, le sire de
Laigle y compte bien, va la prendre.
Voici peut-être la raison qui a déterminé le sire de Laigie: c’est
que en Tréméven est le château de Coetmen. N’y aurait-il pas
quelque danger à passer dans son voisinage ? En 1420, le vicomte
Jean de Coetmen s’est armé contre les Penthièvre. Il a, des pre¬
miers, juré la ligue des 163 seigneurs. Il est chambellan et fidèle
au duc (1). Il entretient une garnison à son château ; il peut ras¬
sembler ses hommes. Il est prudent de l’éviter.
Reprenons la déposition d’Alain Taillart.., « Ils arrivèrent au
bois nommé Ploezeuc, où l'abbé de Beauport vint tôt après ac¬
compagné de son neveu frère Jehan Boschier qui salua le dit
de Laigle ; et s’en allèrent ensemble avec Goublaye, Houssaye et
Gouray à cheval et Thébaud Conan et Moricp Tailla r t à pied, et
turent apportés vivres en abondance de l’abbaye au bois. De
Laigle y demeura trois ou quatre jours et les y furent voir Pré-
gent de Quenechriou et autres. L'intention de l’Aigle était que le
duc allât à cette abbaye et que, s’il y fût allé, il l’eût tué sur la
place.. » (2)
Nous nous demandions plus haut pourquoi le sire de Laigle
avait cru trouver à Beauport un lieu propice à l’exécution .de ce
dessein.
Nous ne trouverons pas la réponse à cette question dans cette
phrase extraite des Annales de Beauport : « Au milieu des
troubles et des déchirements de la Bretagne, l’abbé (Boschier)
attaché au Prince lui garda une entière fidelité. » Et l’auteur au¬
quel j'emprunte cette citation ajoute aussitôt : « Et, en effet, au
plus fort de la réaction, Jean V donna une éclatante marque de
satisfaction à l’abbé, en prenant l'abbaye sous sa sauvegarde
spéciale, en 1420 (3).
La sauvegarde, dont je n’ai pu voir les termes, avait-elle cette
(1 ) Mortce, Pr. II, 1060. — Chambellan !« r mai 1421. Pr. II, 1084.
( 2 ) L’auteur de Goudelin a omis cette phrase du récit de Taillart. Elle a
pourtant quelque intérêt puisqu’elle nous révèle le but du sire de Laigle.
(•>) Anciens étéchès de Bretagne, Beauport , t. IV, p.,31. — Note 3. « Inter
tumultuantis Hritanniae scissuras suo principi addictus fldem servavit inte-
gram. » Annales. I, 312.
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REVUE DE BRETAGNE
signification?... Mais si la fidélité de l'abbé avait été entière, en
1420, il nous faudra reconnaître qu'en 1422, elle était bien hési-
taate. Il est clair que, depuis 1420, l'abbé a été habilement « pra¬
tiqué », et selon toute apparence, il a été converti ou simplement
ramené aux Penthièvre : ce qui peut-être n’a pas été bien dif¬
ficile.
L’abbé Jean Boschier est d'une famille de Lamballe toute
dévouée aux Penthièvre ; parmi ses moines, il a un neveu de son
nom; Maurice Taillart, que le sire de Laigle amène avec lui, a
épousé une sœur de ce religieux; Allain Taillart, le page, est
leur fils. L'abbé serçt ainsi entouré de parents.
Il semble que l’abbé attendait le sire de Laigle. A peine celui-
ci est-il arrivé au bois de Plouézec que l'abbé vient le saluer avec
son neveu et remmène à l'abbaye avec ses conseillers privés. Il
n'est pas possible que là une explication n'ait pas eu lieu. A ce
moment, la procédure du forban est commencée, sinon finie,
contre les Penthièvre. Gomment et pourquoi le sire de Laigle
est-il au fond de la'Bretagne? Quels motifs peuvent expliquer
cette imprudence?
Le sire de Laigle ne révélera pas son projet à l'abbé qui en
aurait horreur. Il lui dira —^on l'a supposé et c’est vraisem¬
blable, — qu'il s'agit de s’emparer du duc, mais avec moins de
violence que la première fois (1).
Il semble que cette confidence appelle cette objection : « Vos
frères ont pu enlever le duc à la limite de la Bretagne et lui faire
passer cette limite ; mais que ferez-vous du duc si vous l'arrêtez
ici ? Prétendez-vous lui faire traverser toute la Bretagne pour
l'emmener encore en Anjou ou en Poitou ? Ce n’est pas possible. »
Faisant un retour sur lui-même, l’abbé n'aura-t-il pas rappelé
l'arrêt du 7 octobre 1420, ordonnant à tous sujets de saisir et
d’amener les Penthièvre fugitifs aux prisons du duc, ou du
moins de signaler leur retraite?
Le sire de Laigle aura répondu : « Mais cet ordre ne vous re¬
garde pas : en vertu de leur privilège, les clercs n'ont ni à prendre
ni à dénoncer les fugitifs. »
« — Soit, aura peut-être répondu l'abbé ; mais autre chose est de
ne pas vous dénoncer ou de vous accueillir à la tête d’une troupe
armée quand vous venez en ennemi du duc. La coutume inter-
(1) La Borderie, Hist. IV, p. 238.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
047
dit à moi clerc comme à tout sujet de vous « soutenir » et de me
faire ainsi votre complice (1). »
Que devait faire l’abbé ? s’il ne pouvait dissuader le sire de
Laigle de son dessein, et le déterminer au départ, il devait
sauvegarder sa responsab lité en lui refusant toute assis¬
tance.
Mais non : circonvenu, conseillé par ses proches, incité, disons
mieux — aveuglé par son dévoûment familial à la maison de
Penthièvre, il ne refusera pas l’hospitalité au sire de Laigle.
Celui-ci n’en demande pas davantage, il se charge du reste. Que
le duc entre à l'abbaye il « sera tué sur place ».
On a tenté d'innocenter Jean Boschier. « Rien dans la dépo¬
sition du page (Alain Taillart) n’établit que son oncle (grand-
oncle) ait trempé dans les projets de vengeance du fils de Mar¬
got de Clisson. L’entrevue de l’abbé avec le jeune seigneur de
Penthièvre avait pu avoir pour objet de chercher & dissuader
celui-ci de ses- coupables projets ; et ce fut peut-être par l'abbé
que le duc fut averti de ne pas se rendre à Beauport (2) ».
Non : et le duc Jean V a par avance démenti cette supposition :
en 1424, informé de ce qui s’était passé à Beauport, il fit pour¬
suivre et emprisonner l’abbé Boschier. Nous allons le voir plus
loin (3).
Le sire de Laigle passa trois ou quatre jours à Tabb.iye atten¬
dit anxieusement la venue du duc (4). Un messager arrive.
C’est un émissaire du barbier, sinon le barbier lui-même.
« Le duc ne viendra pas ! il a changé d'idée : il est parti pour
Vannes ! » (5)
Le coup estmanqué. Il faut fuir et au plus vite ! Le jour même,
la troupe est en route. Le soir, elle esté Goramenech (environ
25 kilomètres). Le sire de Laigle couche « au château avec Gou-
(1) V. ci-dessus, p. 124 ch. (article 110 delà T. A. Coutume : u Ne sont pas tenus
de dénoncer les malfaiteurs, leurs parents... « et aussi ne sont tenus à les
prendre les clercs par leur privilège, ni les accuser, et aussi ne les doivent-ils
pas soutenir. »
(2) Evêchés de Bretagne, t. IV. p 31.
(3) Les auteurs des Evêchés ne mentionnent pas cette poursuite signalée par
plusieurs, comme nous verrons.
(4) Trois ou quatre jours, d’après Alain Taillart; plus de dix jours, d'après un
antre témoin.
(b) Le 23, le duc signe un mandement à Ploërmel. Il lui fallait plusieurs jours
de Dinan àPloérmel. Lettres et Mandements, Itinéraire , p. CXXVI.
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H K VUE DE BRETAGNE
blaye, Houssaye çt Gouray, les autres restent au bois, où il y a
rivière (1). »
Passer cette nuit at| château de Gommenech, c’est s’obliger à
s’y cacher la journée du lendemain. Pourquoi ce retard ? Deux
raisons l’expliquent. Dans cette fin de journée, les chevaux ont
fait 25 kilomètres. Le bois de Plédran au-delà de Siint-Brieuc
est à 30 kilomètres. Gomment faire une première traite de 55 ki¬
lomètres, quand la nuit suivante, il faudra en fournir une autre
encore plus longue?
Ce motif suffit : en voici un autre. Il faut qu’en arrivant au bois
de Plédran, le matin, la troupe soit ravitaillée pour la journée,
pour l’étape de la nuit suivante et pour la journée qui suivra.
C’est pourquoi le sire de Laigle dépêche en avant Thébaut de
Tenou. Très sage précaution mais qui reste sans effet. Quand la
troupe arrive le matin au bois de Plédran pour y passer la
journée, Thébaud deTenou vient au devantd’elle ; mais il n’ap¬
porte rien, et « il leur faut fourrager pour avoir vivres ».
C’était prudence aux quarante compagnons de remplir les sacs
qui pendent à l’arçon des selles, car la nuit suivante, sans se
détourner, cette fois vers Boquen, la troupe fera au moins
60 kil. pour atteindre Brécilien. — Là le barbier arrive « et un
conseil est tenu où furent seulement Goublaye, Gouray et La
Haye (2) ». Est-ce un danger qui menace ?
Quoi qu’il en soit, la nuit suivante, la troupe passe au bois de
Teillay. Enfin elle entre en Anjou et va passer la Loire aux
Ponts de Cé où Laigle évite de se faire connaître.
De ce point, Alain Taillart jalonne ainsi la route suivie: Poi¬
tiers, Thors, La Rochefoucaud, Ussideuil ; ce qui ne veut pas dire
que ce long trajet ait été accompli en quatre journées.
A Ussideuil, Jean de Penthièvre retrouva sa mère. Quel fut
l’accueil qu’il en reçût? Alain Taillart ne le dit pas.
(A suivre). J. Trévédy/
Ancien président du tribunal de Quimper .
. (I) Peut-être la rivière de Lefl, plus probablement le ruisseau de Ros plus
voisin de Gommenech, qui tombe dcins le Lefl au pont de Traou-Goaziou.
La Borderie, Hist. de Bretagne, IV, p. 238, a écrit que le sire de Laigle à ton
retour passa par Goudelin. L’inadvertance est certaine : l'historien suit le récit
de Taillart qui a dit Gommenec.
L’auteur de Goudelin a écrit aussi : « Le sire de l’Aigle et ses complices re¬
vinrent par Goudelin. Guillaume de Coatmen (Goudelin) et Marie de Goudelin
(Treveznou) leur offrirent îi nouveau une généreuse hospitalité et les appro¬
visionnèrent encore ».
(2) Ou La Uoussaye. Ci-dessus, p. 231-232.
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COMBOURG ET SES SEIGNEURS
(Suite) (I)
Présentation d’un nouveau titulaire pour les Chapellenies
de la Madeleine de l’hôpital et du ghateau de Combour
PAR MaLO III e MARQUIS DE COETQUEN, COMTE DE COMBOUR.
14 JANVIER 1719.
Malo-Auguste, marquis de Coêt'quen, comte de Combourg, baron des
baronnies d’Aubigné et Bonnefontaine, seigneur chatel&in d’Uzel, La
Motte d’Onon, Gaugray, Godheust, Boulet, Plessis-l’Epine, Maletroit
sous Dol et autres lieux, lieutenant général des armées du Roy, corn-
mendant ses troupes dans les pais et duché de Bretagne et gouverneur
des ville et cbateau de Saint-Malo, Tour de Solidor, forts, ports, havres
et dépendances ; comme de toute ancienneté et possession immémo-
rialie, il nous appartient, ainsy qu’appartenoit à Nos Prédécesseurs le
droit prohibitif de patronage et de nomination aux chapellenies de la
Madeleine, de l’hôpital et du chateau de Combourg, à présent vac-
cantes par le décèz depuis peu arrivé de vénérable et discrette personne
René Hodé, dernier titulaire pacifique, aprèz avoir été deüement infor¬
mé des bonnes vie, mœurs, probité, suffisance et du zelle au service de
Dieu et de l’église, de vénérable et discrette personne mi re Jean Rufûn,
ancien prestre du diocèse de Saint-Malo, habitué en l’église de Com¬
bourg, au mesme diocèse, Nous vous présentons, Monsieur l’Illustris¬
sime et Rôvérendissime Evesque de Saint-Malo, le personne dudit Jean
Ruffin pour remplir et desservir lesdits bénéfices, et vous prions et en
votre absence Messieurs vos grands viquaires, sur notredit présention
et nomination, luy en vouloir expédier les lettres décollation et visa
sur ce nécessaire, à la charge audit Rufiin de résider pour faire le ser¬
vice divin, suivant les fondations de nos prédécesseurs, de prier Dieu
pour leurs âmes et pour notre prospérité et santé et d’entretenir deiie-
ment et en très bon état, nosdites chapelles, pour qu’il puisse jouir
pendant sa Vie des fruits et revenus temporels attacbèz auxdites cha¬
pelles, ainsy qu’ont joüy ses prédécesseurs titulaires desdites chapelles
aux mesmes conditions et en payant par luy les décimes et autres
(!) Voir la Revue d’octobre 1908.
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250
REVUE DE BRETAGNE
charges accoutumées, en foy de quoy nous luy avons donné les pré¬
sentes provisions signées de notre main, et contresignées par notre
secrétaire et sur icelles, fait apposer le sceau de nos armes. Donné en
notre hostel à Saint-Malo le quatorziesme jour de janvier mil sept cent
dix-neuf.
SEIGNEURS DE COMBOUR. — PREUVES
Textes concernant les seigneurs de Dol Combour
et de Dol Soligné
I. — Rivallon /* r , sa femme et ses enfants.
II. — 1037. « S. Rualendis Domiui de Dolo. (D. Morice Pr. I, 375)
(1063 à 1066). Ibid. 425, 426. 1 ’
Sous Conan 11 « Rivallonius homo militaris ex Britannià de Gastello
Combornio... assensu conjugis meæ Aremburgisac liberorum nostrorum
Guillelmi scil. et Johannis, Gelduini quoque atque Haduisiæ... ». A la
8uacription : «S. Inoguen sororisejus (Rivalloni) S. Gonani Comitis >,
sous Barthélémi abbé de Marmoutier de 1063 à 1084.
III. — Col. 427. Dans la charte de donation à Marmoutier de l'église
de Saint-üuen de la houôrie qui est du môme temps que la précédente
(règne de Conan 11) Rivallon mentionne « Conjugen Aremburgem, libe-
ros, Guilleimum Johem, Gilduinum, Gaufredum, Aduisiam nuncupatos».
i^Sur ce môme Rivallon I er cf. Preuves I., col. 383, 387, 394.
Guillaume , fils aîi}é de Rivallon l* r .
IV. — II se fit moine dans l’abbaye de Saint-Florent de Saumur dont
il fut abbé de 1070 à 1118. ( Gailia Christiana , t. ,XIV, col. 629 et 631).
Son éloge tiré des livres de l’abbaye de Saint-Florent, voir du Paz,p.5lO.
V. — En se faisant moine, donc avant 1070, il donna à Saint-Florent
du consentement de ses frères Jean et Gilduin deux mesures de terre
(te rr arum mansuras ), l'une in Comburno , l’autre in Lanno Riganno
Lanrigan et l'église de Plana Filicaria. Pleine Fougère. Dans ce texte,
du Paz p. 511, Guillaume est dit fils aîné de Rivallon I er . Ses frères le
disent premier dans l’ordre de succession, après le décès de leur père,
« in hereditatem successor primus ».
VI. — Saijit-Gilduin , mort en 1076.
« Extitit hic Sanctus (Gilduinus) in Armorico Dolensium pago... po-
tentissimo nominé Rudaleno progenitus qui etiam Capra Canuta fùit
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
251
cognominatus. Mater vero ejus in Aureliunensi pago de Puteacensium
dominorum nobilitate claram traditur duxisse originem... » Vita S 1
Gilduini , dans du Paz, p 501.
Ainsi Aremburge femme de Ruallen ou Rivallon I, dit Chèvre Chenue
et mère de Saint-Gilduin, était de la famille des seigneurs du Puiset.
« Puteacensium dominorum », au pays d’orléans.
VII. — Jean 1 * T , fils de Rivallon 7 e%r .
« Johannes dominus Dolensis » (D. M. Pr. I, 429).
(Avant 1083) « Abbas Guilleimus S. Florentii » fils de Rivallon I #r
u Johès et Oild. Fratres ejus... Cœpit Johannes Construere monasterium
S*Fiorentii (l) in villaMezvoit » ( Pr . I, 433) «Hoc ipsum Cornes Goffredus
fllius Comitis Eudonis (Geofroi Boterel) cum venisset ad colloquium
cum Gofredo comité Redonensi ('Geofroi Grenonat + 1083) in regione
quæ Plousna dicitur, petente Johanne, concessit. » (Pr. I, 434).
VIII. — « Johannes Dolensis Dominus, Rivalloni se dignum heredem
comprobans.... Testis Robertus abbas » (abbé de Marmoutier) « de
laïcis ipse D. Johannes Ignoguendis mater ejus (sic) Basiliauxore ejus...
Pr. I, col. 455.
lnoguen était la sœur de Rivallon I #r . Voir Dom Morice, Pr. I, col. 426;
cest par erreur qu’elle est dite (col. 455), mère de Jean l* r , il faut pro¬
bablement lire malertera qui voudrait dire tante.
IX. — 1086. Le duc Alain Fergent donne à St-Florent (de Saumur)
l’église de St-Florent sous Dol « rogatu et ammonitione Johannis Dole-
nais a quo ipsa res cœpit exordium » charte datée du 14 juillet 1086
(Ibid., 461).
X. — « Johannes Dolensis » témoin dans une autre charte de St-Flo¬
rent datée aussi de 1086 (Ibid., 463).
XI. — c Johannes dictus Dolensis, dominus Comburnii cartam
Rivalloni l filii Haimonis antecessoris nostri roborare volui : Conditor
noster... » répétition de la charte, col. 425, 426. Ibid., 480.
XII. — Rivallon 11, fils de Jean 7 er .
Charte datée de 1095. Donation à Marmoutier par Haimon fils, de
Main.... « Uxor ejus et... hoc concesserunt dominus suus Rivailonus
dominus Doli castri, filius Johannis archiepiscopi. Actum Anno ab
Incarnat. Dom. MXCV sub abbate Bernardo (abbé de Marmoutier) Xll anno
ordinationis ejus ». (D. Mor. Pr. I, 486).
(1) Prieuré de Saint-Florent «ous Dol aujourd’hui l'abbaye près Dol*
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REVUE DE BRETAGNE
XIII. — « Actum apud Fulgeriacum castrum (Fougères) iu præsentia
Radulphi domini illius eastri præsente Guillelmo de Dolo abbate Sancti
Florentii, Joanne fratre dicti* abbatis, præsente quoque Rivalono filio
prædicti Joannis de Dolo », du Paz, p. 512.
Gilduin, fils de Jean 1 er .
XIV. — Donation à Marmoutier « Gilduinus de Combornio Johannis
filius dédit... sicut pater ejus Johannes et Rivalionius avus ejus nobis
don avérant.... » Il promet de plus » ut faceretconcedere successori ejus
cui terram süam dimitteret ». (Pr., I, 455) ce qui semble indiquer qu’il
n'avait pas alors d’héritier direct et ce qui explique peut-être que son
successeur et fils Jean II ait été sous la tutelle de sa mère en 1137.
XV. — Autre donation faite « coram Giiduino domino ipsius castelli
(Combour) et hominibus suis ».Témoins : « Benedictus Aleti épis-
copus, teste Archiepiscopo Baldrico Dolensi ». Ibid., 455.
Benoit lut évêque d’Aleth vers 1090 à 1111, Baudry, archevêque deDol
de 1107 à 1130. Ces deux témoins n’ont pu se rencontrer que de 1107
à 1111.
XVI. — 1107-1130. Donation de la dîme de St-Boladre au Mont Saint-
Michel par un certain Guillaume, fils d’irfoi croisé, « iturus Jérusalem >»,
et confirmation — plus tard — par son frère Hervé. Témoins de cette
confirmation « S. Baldrici archiepiscopi.... S. Giiduini Dolensis ducis »
D. Mor., Pr., I, 522.
XVII. — Fondation de l’abbaye de la Vieuville par un Gilduin, filB
d'Haimon qui parlant des nouvelles donations faites par lui à la nou¬
velle abbaye dit : « Quam elemosynam dominus meus Gelduinus de
Dolo devote concessit... Anno Inc. Dom. MCXXXVII ». Ibid. 576.
Jean II , fils de Gilduin .
XVIII. — 1142 et 1145. c Ego Johannes filius Gelduini de Dolo atque
Noga mater mea dedimus ecclesiæ de Vetemilla.per manum domini
Gaufredi Dolensis archiepiscopi (1). Posteà verô, tratfsactis tribus
annis, donavimus eidem ecclesiæ forestam de Borgoth Anno ab Inc.
Dom. MCXLV. S. Johannis + Domini Dolensis S. Nogæ + matris ejus ».
D. M. Pr. I, 596, 597.
XIX. — « Johês dns Dolensis » ratifie la donation de l’église N.-D.
foite à Marmoutier par Thomas Boutier (Ibid. 567), confirmation posté-
(I) Geoffroi 1 er , Le Boux, archev. de Dol de 1130 à 1146 environ.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
253
rieure à la mort de Gilduin, seigneur de Combour qui vivait encore en
1137.
Abandon d'une injuste revendication touchant la dîme de Tramel.
D. Mor. Pr. I, col. 429.
XX. — Vers 1154, 1160 « Johannes dictus Dolensis, Comburnii Domi¬
nas, omnibus fidelibus s&lutem in Domino. » Il raconte qu'il a ouï dire
que Main, fils de Théoginet, avait donné à R&rthélémi,’ abbé de Mar-
motitier, les églises de Saint Martin de Cuguen et de Saint-Martin de
Nodl; que plus tard les moines mirent à Cuguen nn prêtre qu'ils pré¬
sentèrent à l'archevêque Baudri (1107-1130), Jean de Dol a vu de ses
yeux (qnæ sequuntur vid>), Hiimon prêtre de Cuguen se démettre de
cette église en présence de l'archevêque Hugues (inpræsentiu Hugo-
nü(l) archi)et reconnaître qu'elle appartenait aux moines. D. M. Pr. I,
492 et 665.
XXI. — 1147, Jean II, fils de Gilduin, « Johannes dominus Dolensis et
Noga mater ipsius... Johanne filio Gelduini de Dolo ». (D. Mor. Pr. I,
601).
XXII. — t Johês de Dolo cunctis hominibus suis de Gomburno et de
Dolo et de tota terra sua salutem ». {Ibid 611).
XXIII* - Mort de Jean II de Dol. « Anno 1162, mense Julio, Johannes
de Dol motuus est et dimisit terram et filiam suam in protectibne Ra-
dulphi de Filgeriis sed rex Anglorum (Henri II)accepit terram de manu
ejus. (Chronique de Robert du Mont dans D. M. Pr. ï, 131).
XXIV. — Anno 1164 « Richardus Cornes de Humière conestalus
Henrici Regis, convocatis baronibus Normaniæ et Britanniæ, mense
Augusto cepit castrum Combore in Britannia in manu Regis quod Ra-
dulphus de Fulgeriis habuerat post mortem Johannis de Dol ».Chron.
de Robert du Mont. (Ibid.)
-XXV. — Voir encore charte de « Joannes Dolensis dominus cum Noga
matre sua », non datée mais assez curieuse, dans du Paz, p. 519.
XXVI. — Yseult de Dol et Hascufle de Soligné.
Vers 1160-1162? Donation de dîmes faite à l’abbaye de la Vieuvillepar
Olivier de Plogonoit « in cfrstello de Comborn, coram Yselde filia Johan¬
nis de Dolo, uxore H. de Soligneio et coram Adam de Solign. nutritio
ejus. » D. Mor., Pr., I, 647.
XXVII. — Dom Morice, Pr., 1, 691 à 694. Douze chartes de donations,
faites pour la plupart à l’abbaye de la Vieuville par Hasculfe de Soligné
et* Yseult de Dol son épouse. Une seule de ces chartes, la seconde, est
datée de 1183, mais les autres semblent rapprochées de cette date.
(t) Hugues Le Roux archevêque de Dol (t 154-1160), témoin de cette charte*
Novembre t90S /p
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25^
REVUE DE BRETAGNE
Extraits des deux premières : « Ego H. de S. filius Johannis de Soit*
gneio, dominas Doiensis, et Iseult uxor mea et Dionysia soror ejusdem
8cil. filia Johannis de Dol » (Ibid. 691).
XXVIII. — 1183. Ego H. de Soligneio et Yseldis uxor mea, filia
Johannis de Dolo, î.otificamus nos dedisse...,.., ooncedentibus filiis nos-
tris Johanne, Radulfo et Gaufrido. Ann. a ine. Domini [Ibid. y 691)
MCLXXXIIl » 692. Curieuse explication de son sceau.
XXIX. — Voici une charte qui explique pourquoi les sires de Com-
bour se disaient, quoi qu'à tort, seigneurs de Doi : « Hasculpbus Dei
gratia Dominus Coraburnii et signifer Sancti Samsonis omnibus fldeli bus
salutem : Cum de jure Iseldis uxoris meæ pertineat, vacante sede
Dolensi, res regere ppntiftcales, et de terris et hominibus archiepiscopi
tanquam archiepiscopus disponere, ea quæ me concédante in præsentia
mea tiunt, tantum vigoris et roboris efflcacie et juris habentetita rata
sqnt dum vacat sedes, tanquam si coram archiepiscopo et eo concédante
fièrent. Undeuniversitati fidelium notificare curavi,..etc...D.Mor„ 1,693.
Jean 111 et ses enfants .
XXX et XXXI. — 1210. « Ego Johannes de Dolo filins H. de Soli¬
gneio.., » U confirme à l'abbaye de la Vieuville toutes les donations
laites par ses auteurs ou ses vassaux, « concédence », dit-il, « Aliônore
uxore meâ, Jelduino ûlio mao, Noga filia mea » Dom Morice, Pr. I,
18$5, 826.
XXXiI. — 1214. Autre donation au môme monastère par le môme
«Johannes de Dolo, concédante uxore mea. Alienor et omnibus here*
dibusmeis qui tune eraut * Ibid., ^26‘.
XXXIII. — 1226. Fondation de la ville de Saint-Aubin-du-Oormier,
par le duc de Bretagne Pierre de Dreux ; parmi les témoins « Jodoi-
nus(I) de Dolo ». D. M.) Pr. I, 854.
XXXIV. — 12-^9. « Jodoinus de Dolo miles » confirme les donations,
faites à l'abbaye du Tronchet par « Alanus filius Jordani aenescallu»
Doiensis fundator Beatæ Mariæ de Truncheto ». D. Mor. Pr. I. 864.
XXXV. — Joannes de Do o, domines Comburnii e, notifie que :
« Jodoinus filius meus primogenitus in extremis taborans », (étant à
toute extrémité, à l’article de la mort) veut fonder une chapellenie,
c'est-à-dire un service de messes en l'abbaye de la Vieuville pour le
repos de son àme et charge son père Jean de Dol de pourvoir à cette
fondation, ce que celui-ci a fait « cum assensu et voluntate André®
domini Vitréi et Aliénons serons ejus uxoris dicti Jodoini » D. Mor.,
P. I, 884 et 885.
(1) Jodoinus : Jodoin forme altérie de Godouin ou Giiduin.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
25&
Donc ee Qedouin qui d’après cet acte dut mourir en 1235 avait épousé
Alieuor de Vitré, soeur d’André III, baron de Vitré* et d'après les actes de
i210 à 1214, Jean III de Dol père de Jodoin avait pour femme une
autre Aliénor, dont on ne connaît pas le~nom de famille.
XXXVI. — Harcouet ou tfasculfe de Dol et Jean son frère en 1273.
Sentence du sénéchal de Dol (o'est-à-dire de l’évéque de Dol « contre
He8culfum de Dolis et Johannen fratrem ejus » neveux ou du jnoins
parents de « Gaufredi de Solligne dudum canonici Dolensis », pour
usurpations commises par eux au détriment du chapitre de Dol. D.
Morice Pr. I, 1089.
XXXVII. — Jeanne de Dol et Jean de Malestroit son fils. 1386. Ré-
gistredes Causes du parlement de Bretagne du lundi 14 mai 1386. « Le
sire et la dxme de Malestroit présentez contre la dame de Combour et
Jehan de Malestroit son fils en cause d'appeaux (d'appels) et ajour¬
nements » D. M. Pr. II, 513.
« Du mardi en suivant. Le terme d'entre Jehanne de Dot dame de
Combour et Jehan de Malestroit, chevalier fils d'icelle et chacun d'eux de
leur partie et les sire et dame de Malestroit et chacun de leur partie
estsuspendu jusques à demain ». Ibid. 514.
« Du samedi ensuivant » : A ce jour il est encore question de ce pro :
cès et notamment de la dite dame Jeanne de Dol. Ibid. II, 519.
SEIGNEURS DE COMBOUR. — PREUVES
Raimon vicomte de Dinan : Extrait d'acte n° i i, CondUor noster etc .
I. — Rivallon I e »* dit Chèvre Chenu seigneur de Combour : extraits 1,
2, 3, 6, 8, 11, 14.
Aremburge sa femme : extraits n 0f 2, 3, 6.
Inoguen sœur de Rivallon I #r : extraits 2, 8.
Enfants de Rivallon I er , Guillaume : extraits 2,~3, 4, 5, 13.
Jean : extraits 2, 3, 4, £.
Saint-Gilduin : extraits 2, 3, 4, 5, 6.
Geofroi : extrait 3.
Havoise : extraits 2, 3.
Berthe (du Paz, p. 500).
II. — Jean I e »* seigneur de Combour fils de Rivallon I er : extraits 7, 8,
9, 10, 11, 12, 13, 14.
Basilia sa femme : extrait 8.
III. — Rivallon II, seigneur de Combour flls de Jean I #r archevêque :
extraits 12, 13.
IV. — Gilduin seigneur de Combour flls de Jean I er : extraits 14, 15,
16, 17, 18, 27.
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REVUE DE BRETAGNE
Noga femme de Gilduin et mère de Jean II : extraits 18, 21, 25.
V. —• Jean II seignenr de Combonrâls de Gilduin : extraits 18, 19,20,
21, 22, 23, 24, 25.
VI. — Yseult de Dol dame de Cembour Allé de Jean II : extrait 26, 27,
28, 29.
Denise sœur d'iseult Aile de Jean II : extrait 27,
Hascnlphe de Soligné ou Subligni époux d’Uf ult de Dol seignenr de
Combonr par cette alliance : extraits 26, 27, 28,29.
Vil. — Jean III de Soligné Als dilseult et d’Asculfe : extrait 28.
Raoul et Geofroi ses frères : extrait 28.
{Fin). P. db la Bigne.
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SAINT-MARS-LA-J AILLE
ET SES ANCIENS SEIGNEURS
(Suite '). /
VI. — Geoffroy II, seigneur de la Jaille et de Segré, confirme,
en 1121, l’installation des moines de Saint-Nicolas à Segré et à
Sainte-Gemme, œuvre de son aïeul (2). Il abandonna ses flefs, en
1127, et fut prieur des Alleuds (1143) obédience de Saint-Aubin,
Il avait épousé Mendique ( Mendica) du Plessis d'où :
1° Knon qui suit;— 2° Foulques, seigneur de Segré; — &Aimery,
seigneur de Montreuil-sur-la-Maine (3); — 4° Pierre, qui consacra
son existence au service du Saint-Sépulcre.
VU. — Yvon V, seigneur de la Jaille, entre 1127 et 1155, Ht la
croisade, en 1146, avec le roi Louis. Partant d’Angers, avec ses
frères, Aimery et Pierre, avec Geoffroy Tendon et Renaud Le
Roux du Plessis-Macé, il emprunta 300 livres à l’évéque Ulger,
contre la cession de l’église de Saint-Martin-du-Bois, relevant de
son fief (1). Il figure dans les chartes de son époque, comme bien¬
faiteur de nombre d’églises, d hôpitaux et d’abbayes (5). De son
mariage avec Hehoige de Chdteaugontier il n’eut pas. d’enfants.
Son frère puîné,
VIII. — Foulques, seigneur de Segré d’abord, devint, en 1155
seigneur de La Jaille, et fit de graades largesses à l’abbaye de
Nyoiseau, dont l’abbesse était sa tante (6). Il épousa Agnès, fille
de Geslin de Saint-Michel, de qui il eut deux fils :
1° Yvon, seigneur de Saint-Vincent, près de Segré, mort sans
hoirs vers 1160 (7).
2 # Geoffroy qui suit.
Foulques se remaria, vers 1150, à Thiphaine, sa cousine ger¬
maine, fille de Guichard de La Jaille, et prit part aux difficultés
(i) Voir la Revue d’octobre igo 8 .
(а) « Goffredas filiut Yvoni de Jallia ». Dom Hous. XIII, g65a.)
(3) Où fut enterré son père Geoffroy, II, vers n5o, et lui-même en iiSi
(4) Dom Housseau, IV, 1726 .
(5) Doni Morice, Preuve», t. I, 604-710 711 - 723 - 730 .
( б ) Do.n Hous. IV, 1106 , n4i, t. V. i658, 180 g.
( 7 ) Dom Hous. V, 1883, t8o9 t. IV, n4i.
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REVUE DE BRETAGNE
survenues, vers 1162, entre Laure, sa belle-mère, et le prieur de
Montreuil (1). Chassé de Segré pour quelque rébellion, par le roi
Henri II, il se retira à Jérusalem et entra dans l’Ordre des Tem¬
pliers.
IX. — Geoffroy 111 , dit Téhel , second fils de Foulques et
d’Agnès, d’abord seigneur de Saint-Michel-du Bois, devint sei¬
gneur de La Jaille vers 1180, date probable du départ de son père
pour Jérusalem. Il assista à l’acquisition de l’église de la Pré-
vière (Piparia) près Pouancé, par l’évêque Raoul, d’Angers (1177-
1197J et s’en porta garant avec Robert de Craon et Barthéléndy de
Châteaugontier (2).
Marié à N . Tison , sœur de Tison de Craon, Geoffroy en eut des
biens dans le Craonnais dont, sans doute la terre des Moustiers,
au sujet de laquelle il eut de vives contestations avec l’abbé de
la Rdô (3)* De ce mariage :
1° Yvon, qui suit :
2° Pierre des Moustiers^ qui poursuivit la querelle de son père
avec l’&bbé de la Roô et dont l’un des fils, Yvon, deviendra plus
tard seigneur de La Jaille (4).
3° Geoffroy 9 dit Téhel, entré dans l’ordre du TeWplè.
4° GUerrif .
X. — Yvon VI, seigneur de La Jaille après Geoffroy III, jus¬
qu’en 1201, est un des plus hauts dignitaires de la cour Anjou-
Bretagne. Connu, depuis 1179, par sa présence auprès du comte
Geoffroy, il remplit de ses attestations et de ses actes, comme
ministre et conseiller intime de la duchesse Constance et de son
fils Arthur, les annnées 1185, 1190, 1192, 1196, 1198, 1201 (5). Il
fut également exécuteur testamentaire d’André de Varades, en
1196. Son sceau à cette époque est « d'azur à une croix freltée et
alaisée » (6) et n’a point été conservé par ses successeurs qui
(1) CaH. de Saint-Aubin d'Angers, publié par le comte de Broussillôn
t. II, p. i 54 .
(2) Archives d'Anjou , par Marchegay, t. Il, p. 77.
( 3 ) Cariulaire de la Roë , manuscrit.
( 4 ) Le second fils de Fierre des Moustiers est Geslin , seigneur de Saint-
Michel, gratifié de 10 livres dans le testament de Maurice de Craon, en
1190, et marié à Agnès Bourreau, mort avant 1226, laissant deux fils :
Alain et Raoul dont la fille épousa Guillaume de la Motte.
( 5 ) Doin Morice, Preuves , t. L r , 704, 710, 723, 711, 704, etc.
(6) Dom Morice, Preuves , 1 . 1 , 727.
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SAINT-MARS-Là-JAILLE et SBSJA.VCIENS SEIGNEURS 219
d' étalent pas ses descendants directs. Chevillard le marie avec
Anne de Vitré, dont il n’eut pas d'enfants (1).
XL — Yvon VII,dit des Moustiers, seigneur de La Jaille.en 1201,
était neveu et héritier d’Yvon VI (2). C’est lui qui fit la croisade ,de
1202 en Syrie, avec Etienne du Perche,RotrondeMonfort,etc.(3).
En 1220, avec sa femme Hortense, « Yvo de la Jale » fit un don
au prieuré des Grez, près Segré, et mourut peu avant 1244. C*est à
cette époque que La Jaille-sur-Mayenneprend le nom de la Jaille-
Yvon, sans doute pour la distinguer de la JaiUe-en-Noellet
récemment fondée (4).
D’après les titres de la maison de Châteaubriand, Augustin du
Paz donne à Yvon VII deux fils seulement. Selon le Cartulaire de
Saint-Serge, il en aurait eu quatre :
1° Foulques, seigneur de la Jaille-en-Noellet, près Segré, ohe-
valierde la bannière de Guillaume de Thouars, seigneur de
Candé, qui lui fit don, en 1212, en récompense de ses bons ser¬
vices d’une rente de 12 livres à toucher sur les péages de Candé (5).
Foulques avait épousé Pétronille de Chazé et mourut sans
enfants, avant 1234, comme le prouve un accord passé à cette
date entre Nicolas son frère et Guillaume Grifier, second mari de
Pétronille (fi) ; — 2° Geoffroy, clerc ; — 3° Philippe. Ces deux der¬
niers donnent leur consentement à la cession, aux moines, de
l’église de Combrée, en 1212 (7); — 3° Nicolas, qui fit de même,
puis, en 1234, passa un accord avec Pétronille de Chasé, ainsi
que nous venons de le dire. Marié (d’après Chevillard) è Huberte
de Beaumont, Nicolas serait le père de 1° Yvon qui suit; — 2*de
Jeanne, épouse de Beaudouin de Beauveau (8).
(i) Il figure en u 48 , dans un accord entre André de Vitré, père d’Anne,
et Guillaume de la Guerche. (Dom Morice, Preuves, t. I, ■jio) et dans une
charte du même André de Vitré à Jérusalem.
(а) Dom Morice, Preuves, t. I, 785 : « Yvone Monasteriis » en laoo.
( 3 ) Villehardouin, ch. aa, 3 o, 39 ; Bernard le trésorier, pp. a64, a 05 . Sa
femme Hortense ne serait-elle pas une fille, ou sœur d’Olivier de Vritz î
(4) Archives de la Mayenne, H, Registre de la Roii, 1 65.
( 5 ) « In chemino mea de Candeio » (Dom Morice, Preuves , I, 88a.)
(б) Dom Morice, Preuves, 1 , 88a. '
(7) Cartulaire de Saint-Serge, pp. n 3 et a 10. — D. Vuïlleville, français,
3 ig 3 i.
(8) Arrêt du Parlement, en i* 3 §.
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REVUE DE BRETAGNE
XII. — Yvon VIII, seigneur de la Jaille-Yvon, dès 1244, et de la
Jaille-en-NoelIet, après son père, apparaît, dès 1248, (avant la
Crtnsade) comme auteur d’une libéralité qu’il recouvre de son
sceau portant» Un lion passant » (1). Yvon VIII était, comme son
père, attaché au sire de Candé. Il suivit donc Geoffroy de Cha¬
teaubriand (2) à la croisade d’Egypte, fit montre devant Damiette»
en 1249 et rapporta de son voyage la coquille de pèlerin qu’il mit
en orle sur son écu.
Yvon VIII épousa, vers 1252, Marguerite ou Marquise (3) de
Châteaubriant , fille de Geoffroy et de Sibylle, dame de Pordic, et
renouvela un don fait à l’abbaye de Beauport par Mahaut, dame
de Pordic, aïeule de Marguerite (4). Il eut pour fils :
XIII. — Yvon IX, seigneur de la Jaille-Yvon, la Jaille-en-
Noellet, le Pordic et Saint-Mars. Yvon IX est le premier de sa
maison qui soit mentionné, d’une façon certaine, comme seigneur
de Saint-Mars. Cette qualité lui est attribuée dans son contrat de
mariage, en 1275, avec Marthe de la Motte (5), dame de Saint-
Michel, du Pin, etc. I! mourut le 24 juin 1294 (6) laissant : 1° Yvon
quisuit;—2°5nanf,seigneurde Saint-Michel, l’un des curateurs,
(i) Dom Hous. XIII, Saint-Nicolas, n° 9796.
(а) Geoffroi de Chàteaubriand avait succédé, comme seigneur de Candé,
à Guillaume de Tbouars, vers ia'* 3 . Celui-ci se trouvant sans postérité,
légua ses biens aux Chàteaubriand à condition qu’ils épouseraient ses
nièces, Aumure, aussi appelée Amaurice (Ugée, art. Chàteaubriand) et Bel-
leassez de Thouars (ia 43 ). Après le retour de la Croisade, Geoffroy de Châ-
teaubriand, père, veuf de Sibylle, dame de Pordic, épousa Aumure et
Geoffroy, son fils, épousa Belleassez. C’est ainsi que leur advint Candé, le
Lion d’Angers, Chanceaux, etc., et peut-être également Saint-Mars-l’Olivier,
qui, des Chàteaubriand. a pu passer aux de la Jaille ainsi que la seigneurie
de Pordic par le mariage d’Yvon VIII avec Marquise de Chàteaubriand.
( 3 ) On trouve les deux noms cités dans divers auteurs, et dans les titres
de cette époque : Chérin, Beauchet-Filleau, Dom Morice disent Marguerite ,
(Dom Morice, Preuves , I, 1137), et le texte de 1 abbaye de Beauport relatif
à une donation faite à cette abbaye par Mahaut de Guingamp, dame de
Pordic, confirmée en ia 63 par Yvon VIII, porte Marquise.
( 4 ) B. N . P. O. Chérin 52 . — Du Paz, Ménage, Beauchet-Filleau. —
Arch. départementales des Côtes-du-Nord , — Titres de rabbaye de Beauport .
( 5 ) Pièce citée dans une généalogie de la maison de La Motte-Baracé,
communiquée par l’auteur à M. de Brisay, et rappelée, avec l'alliance, par
M. l’abbé Bossebeuf dans son intéressant ouvrage sur le château du Coudray-
Montpensier, dépôt de précieuses archives. (Note de M. le Marquis de Brisay).
(б) Obituaire des Cordeliers d'Angers. Français, aa 45 o, p. 2Ï>q.
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SAÏNT-MARS-LA-J AILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS , 2Q1
en 1300, à la tutelle de sps neveux, Yvon , Briant et Raoul de la
Jaille ; acquéreur, en 1316, d’un bien près sa terre du Pin, .à
Ampoigné, mort sans hoirs.
XIV. — Yvon X, seigneur de la Jaille-Yvon, la Jaille-en-
Noôilet, Saint-Mars et Pordic, qui mourut en 1299, avait épousé
Ysabeau de Coesmes (1) d’où : 1* Yvon qui suit. —2° et 3° Briant et
Raoul , successivement seigneurs de Saint-Michel, dont le dernier
a fondé la branche de Saint-Michel.
XV. — Yvon XI, seigneur de la Jaille-Yvon, la Jaille-en-Noellet,
Saint-Mars et Pordic se trouve, en 1300, mineur sous la tutelle
de sa mère et de son oncle Briand (2), passant un accord avec
Geoffroy de Ghâteaubriand, au sujet de la succession de sa
bisaïeule Marguerite, accord scellé du sceau d’Ysabeau, parti au
premier de la Jaille « un lion avec six coquilles » et au second dë
Coesmes, qui est « six annelets J, £, i. » (3). Yvon XI est connu
par des aveux reçus en 1322, par le testament de Jean Le Bigot,
en 1333, etc. Il avait épousé, en 1317, Marguerite de Roche fort,
fille de Bonpbes de Rochefort, vicomte de Donges et de Marie
d’Ancenis. C'était, dit du Paz, un chevalier « fort adroit et
renommé ». Il fit la campagne de 1336 contre les Anglais et périt
à la bataille de la Roche-Derrien, le 13 juin 1347, avec son fils
Charles, âgé de quatorze ans (4). Du mariage d’Yvon XI et de Mar¬
guerite de Rochefort naquirent :
I e Yvon , qui suit. — 2° Charles , tué à la Roche-Derrien. —
3* Jean , tué à la bataille d’Auray (1364). — 4° Aliénor , mariée à
Olivier de la Lande. — 5° Isabeau, femme de Silvestre du Ghaf-
faut, vicomte de Nantes.
(i) Dom Morice, Preuves, I, 1137.
(a) Dom Morice, Preuves , I. 1187. « Accord entre le seigneur de Château -
briant et la dame de la Jaille » (i 3 oo).
( 3 ) Ibid .
( 4 ) A la bataille de la Roche-Derrien, Charles de Blois fut fait prisonnier
par les Anglais, et il y périt de nombreux seigneurs bretons, dont les prin¬
cipaux furent : les sires de Laval, de Montfort de Ghâteaubriand, de Derval,
de Rouge, de Quintin, de Rais, de Uieux, de Macliecoul, de Hostrenen, de
Lohéac, de la Roche, de la Jaille , Guillaume de Quintin, Geoffroy de
Tournemine et Thibaud du Boisbouexel, ainsi que plus de quatre mille
hommes d'armes. (Dom Morice, Itist. de Bretagne , t. I, f° 276).
Au sujet de ce seigneur, voir d’autre part : Le Château de la Jaille-Yvon
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REVUE DE BRETAGNE
XVI. — Yvon XII, seigneur de la Jaille-Yvon, la Jaille-en-
Noôllet, Saint-Mars, Pordic, était né en 1325. Il fit toute la cam¬
pagne contre les Anglais, à l'époque de la guerre de la succes¬
sion de Bretagne, où Blois et Montfort se disputaient le duché.
Les Anglais furent bientôt maîtres du pays qu’ils saccagèrent
durant plusieurs années (1). Sous les coups de ces envahisseurs
les forteresses de Saint-Mars et de la Jaille-en-Noëllet furent en¬
tièrement détruites. Mais après l’évacuation de l’Anjou (traité
de Brétigny, 1360), Yvon XII reconstruisit son château-fort de la
Jaille-en-Noôllet, dont les ruines, encore existantes, caracté¬
risent le XIV e siècle, et celui de Saint-Mars, dont l’architecture
militaire dut être particulièrement remarquable, car les histo¬
riens des siècles suivants le signalent comme une place très forte.
Cette circonstance s’explique en ce que cette forteresse, située
dans un lieu absolument plat, avait, pour principal moyen de
défense, l'immense marais qui l’entourait, et ne devait être
reliée à la terre ferme que par une chaussée amplement défen¬
due par de multiples travaux d'approche.
Ce château était, sans doute, très remarquable : une sorte de
merveille du genre, puisque son possesseur en est déclaré le sei¬
gneur, avec une particulière intention,s^mble-t-il, dans son témoi¬
gnage au procès de canonisation de Charles de Blois, en 1371 (2).
On peut considérer Yvon XII de la Jaille comme l’un des prin¬
cipaux capitaines de son temps dans l’Ouest de la France,
puisque J-an II, en accédant au trône, lui adressa en 1350 des
« lettres closes » pour l’avertir de se tenir prêt à prendre les
armes pour son service. Ceci se passait l'année de la surprise de
Loudun par les Anglo-Navarrais et de la reprise de cette ville
par les chevaliers angevins et tourangeaux.
Yvon XII épousa, vers 1344, Marie de Mathaz, dame du Bon-
chaud, dont il eut :
par A. Joubert ; — Dom Housseau,t. XVI, 34 1 ; —D. Vuilleville, franc, 3 1931 .
—fiourdigné, Chronique d Anjou et Maine ; Laroque, Traité des bans et arrière
bans de France .
( 1 ) Rimer raconte que le fort de la Roche d’Iré fut le centre de leurs
opérations.
(a) « NobilisvirD. Yvo de Jaiila miles Dominus dicti locl et Dominos
Castri sancli Mar$i y Nan. Dioc. etatis XLVI ann. deponit de Dominica de
Grangia quondam euxore Û. Pétri Broesbin militis defuncti sanata. » (Dom
Morice, Preuves , 11, col. 3i.)
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SAINT-MaRS-LA-JAILLE et ses anciens seigneurs
!• Yvon , qui suit. — 2° Charles , tué devant Saint-James. —
3* Marguerite , dame du Bouchaud, unie, 1° à Jean de ChA-
teaubriand , sans hoirs. — 2° à Hardouin I tr de la Porte , seigneur
de Yezins en 1363 — 4° Marie , femme de Pierre de Rostrenen . —
5° Réatrix . — 6° Jean, seigneur « de Saint-Mars et rfe fa JatV/e en
/a même paroisse » (1). \
Jean ou Jehan ob la Jaill», seigneur de Saint-Mars, est
connu en 1395 par des démêlés qu’il eut avec Jean de Roûg0
démêlés tranchés par jin arrêt du Parlement de Bretagne, en
1395 (2) ; en 1399, par sa descente en Angleterre. Il fut, en 1404,
maître d’hôtel du duc de Bretagne, et, de 1420 à 1429, employé aux
guerres et à la Garde de Bretagne appointé sur les comptes de
Jean Dronyou (3). Il passa, le 23 décembre 1399, un accord avec
Jeanne de Guignen « pour son douaire(4). » Il mourut avant 1430.
XVII. — Yvon XIII, seigneur de la Jaille-Yvon de la Jaille-pO’’
Noëllet et de Pordic, se confond avec son pèredans les services de
guerre. On peut admettre, cependant, que c’est lui qui oomman-
dait, en second, la compagnie de Pierre de la Hunaudaie, dans la
célèbre campagne de Duguesclin en 1370 (5).
Yvon XIII mourut,.peu avant 1389, laissant, de son union avec
Jeanne de Guiguen : 1° Yvon qui suit. — 2° Charles , mort en 1392,
(i) Ce Jean de la Jaille dût naître tardivement, car il a vécu jusqu'en
i 4 ag. H e$t connu à la cour de Charles VI, comme seigneur de Saint-Mars,
portant an léopard dans sa bannière. Saint-Mars ne prit que vêts cette
époque le nom de Saint-Mars et la Jaille , formant alors deux fiefs distincts :
l'un paroissial, l'autre féodal, dans la même paroisse qui était encore dési¬
gnée sous son ancien nom de Saint-Mars roiivier , alors que le chÀteau
s'appelait déjà château de la Jaille. C’est de l’union de ces deux noms ;
Saint-Mars et la Jaille qu'est venu le nom définitif de la commune de
Saint - Mars-la - J ail le .
(a) Dom Morice : Preuves , II, 65 1. Ces difficultés ont trait à la tutelle,
de Jean de Rougé. Jehan de la Jaille fut condamné aux dépens. (Dom Mo¬
rice, Preuves , 11 , 687-683.)
( 3 ) Dom Lobineau ; le M‘ de Bayeux ; Dom Morice, Hreuvet , II, 1060-
1061, etc...
( 4 ) Du PaB : tiist. généalogique de plusieurs maisons de Bretagne .
( 5 ) Dom Morice, Preuves , I, i 646 . Monstre de Pierre 1 sire de ta Hunaudaie ,
Dom Morice écrit Eon pour Yvon.
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264
HEVUE DE BRETAGNE
— 3° Marguerite, mariée en 1400 au château de la Jaille (1) avec
Hardouinll de la Porte Vézins, fils de Hardouin l m et de Mar’
guerite de la Jaille , dame du Bouchaud, et par conséquent son
cousin germain, futur héritier des biens de la maison de la Jaille-
— 4° Aliènor , unie à Henri du Juch , bénéficiaire d’un don du duc
de Bretagne en 1424 (2).
XV11I. — Yvon XIV, seigneur de la Jaille-Yvon, la Jaille en
Noôllet, le Pordici en minorité, dès 1389, sous la tutelle de sa
mère, Jeanne de Guiguen, qui reçoit, à cette date, les aveux des
vassaux de la Jaille-Yvon, au nom de son fils (3), ainsi qu'en 1392.
Yvon XIV, mourut, avant 1395 non marié, et, par suite, ne lais¬
sant d’autre héritier que l’aînée de ses sœurs, Marguerite, femme
d’Hardouin II de la Porte, baron de Vezins.
Jeanne de Guiguen, leur mère, conserva en douaire la terre de
La Jaille-Yvon, dont elle portait le titre, aveccejuide Guiguen,
dans les actes de sa seconde union. Elle s'était, en effet, remariée,
peu après 1400, à Guillaume de la Lande , La Jaille-Yvoa fut en¬
suite acquise, avant 1450, par un gentilhomme poitevin, Guillau¬
me d’Orvines, dont les descendants la possédèrent jusqu'à la
Révolution.
Hardouin H de la Porte-Vezins devint possesseur de la terre
.de Saint-Mars-la-Jaille par sa femme qui l’eut en héritage à la
mort de son oncle Jean, fils de Yvon XII et de Marie de Mathaz,
héritage qui lui échut en 1429. Marguerite se trouvait par la
mort de ses frères, Yvon et Charles, seule et dernière héritière
de la branche aînée des sires de la Jaille. C’est ainsi qu'elle porta
les terre et seigneurie de Saint-Mars et de la Jaille en la maison
de la Porte-Vezins.
(A suivre.) J. Baudry.
(i) Le château de la Jaille, dont il est ici question, est* sans doute celui
de la Jaille*en-Noëllet, puisque la Jaille* Saint-Mars appartenait encore, en ce
moment, à Jeanne la Jaille, ci-dessus indiqué, qui ne mourut qu'en i 4 a 9 *
(a) Dom Morice, Preuves , II, 1196 : Compte de Jean Dronyou « A Dame
Aliènor de la Jaille, Dame du Juch, sur le rachat de Messire Jehan du Jucht
son fils , du 5 janvier m 24 , cent livres ».
( 3 ) Rememb. C. fol. 16, citation de M. A. Joubert.
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BIBLIOGRAPHIE
HISTOIRE
Chronique et Histoires des Bretons, par Pierre Le Baud,
publiées par le V 10 Ch. de la Lande de Calan. Tome I (Edition
de la Société des Bibliophiles Bretons , 4907).
Le sympathique et dévoué Président de la Société des Bibliophiles
Bretons est un des savants qui connaissent le mieux notre histoire
nationale et un des mieux placés pour en faire connaître les passages
ignorés et redresser les erreurs qui l’ont malheureusement déparée
jusqu’ici. Poursuivant l’œuvre des Lobineau, des Morice et des La
Borderie, on le trouve toujours sur la brèche, soit qu’il mène le bon
combat la plume à la main, soit qu’il communique ses découvertes
dans des conférences où il est passé maître incontesté. II lui a semblé
que, se trouvant « à l’honneur » dans la Société des Bibliophiles Bretons ,
il devait y être aussi t à la peine; et que la présidence ne pouvait être
pour lui une sinécure. C’est ainsi qu’il vient de publier pour ses
Bibliophiles la première rédaction inédite de l’Histoire de Bretagne par
Pierre Le Baud, avec des éclaircissemenst, des observations et des
notes qui font de cette publication l’œuvre la plus complète qu'il ait
donnée jusqu’ici. Pierre Le Baud est le plus ancien de nos historiens :
son histoire inédite date de 1480, précédant de 34 ans les Chroniques
d’Alain Bouchart; on peut juger par suite de l’intérêt qu’elle offre
pour les Bretons. Le tome I s’arrête à l’empereur Maxime (383) et
comprend 230 pages. M. de Calan y a versé les trésors d'une érudition
toujours sûre et bien guidée. Tous les dires de Le Baud sont analysés,
expliqués, réfutés dans des introductions et des observations qui pré¬
cèdent et suivent les chapitres du texte original et dont les principales
concernent la guerre de Troie, l'élément armoricain dans Gaufroi de
Monmouth et les Romans de la Table Ronde, les origines bretonnes
d’après les triades galloises, Jules César en Grande Bretagne, ld
légende de Maxime, etc. — Nous attendons avec impatience le tome IL
Les Relations du Pouvoir Central et de la Province de
Bretagne dans la seconde moitié du règne de Louis XIV-
Correspondance des Contrôleurs Généraux avec la Pro¬
vince de Bretagne, 1689-1715, publiée par J. Letaconnoux*
(Edition de la Société des Bibliophiles Bretons , 1907).
Oû connaît mal les relations qui ont existé entre la Bretagne et le
Ministère à la fin du règne de Louis XIV, parce que cette période a
été peu étudiée jusqu’ici. M. Letaconnoux a eu l’heureuse idée de
dépouiller consciencieusement la Correspondance du Contrôle Général
qui existe aux Archives Nationales, entre 1689 et 1715 ; puis il a publié
ou résumé celles des pièces qui lui ont paru avoir quelque intérêt
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2«6
REVUE DE BRETAGNE
pour la Bretagne. On verra avec quel absolutisme le ministre Colbert
savait faire plier les Etats de Bretagne à ses volontés, et on sera heu¬
reux de constater les résistances de ceux-ci.
La Bretagne et les Bretons au xvi® siècle, par le V to Ch.
<ta la Lande de Calan {Rennes, Bahon-Rault, 1908).
Je viens de lire en son entier avec infiniment de plaisir la reproduc¬
tion fidèle des Conférences que fit M. de Calan il y a quelques aonées
à la Faculté des Lettres de Rennes quand TUniversité de cette ville
le chargea d’y professer le cours libre d'Histoire de Bretagne. Suc¬
cédant dans cette chaire à notre si regretté maître Arthur de la Borderie,
le jeune et brillant conférencier pouvait craindre de ne pas avoir un
auditoire aussi nombreux et aussi choisi que son devancier. 11 n’en
fut rien. Dès la première leçon, le public Rennais, qui avait répondu
avec empressement à son appel, fut conquis, et, pendant 5 ans, M de
Calan put constater que son succès alla toujours en s'accentuant.
Aussi, cédant aux instances de ses amis, a-t-il bien voulu écrire ses
Conférences et les livrer à l’impression. Depuis le mariage de la
Duchesse Anne avec Charles VIII (6 décembre 1491), jusqu'à la fin do
jtVI® siècle, les événements qui se sont écoulés en Bretagne sont
passés en revue ; et, comme il s’agit d'une des périodes les plus
mouvementées de notre histoire, période qui comprend l'union de la
Bretagne à la France, le règne de la Reine Anne, les découvertes des
navigateurs en Amérique, le Protestantisme et la Ligue, on jugera aisé-
inent comment le nouvel ouvrage de M. de Calan a conquis aussi
Vite la faveur du public.
Etudes et Documents sur l’Histoire de Bretagne (XIIP-
XVI* siècles) par l’abbé G. Mollat (Paris, Champion. 1907).
Prix : 6 fr. — Prix de faveur pour les abonnés de la Bevaede
Bretagne ; 5 fr. net et franco.
M. l’abbé Mollat, ayant été amené à faire des recherches dans 1a Bi¬
bliothèque et les Archives du Vatican, a eu la bonne inspiration de
copier au passage les pièces inédites concernant le pays breton qui
lui tombaient sous la main. Il les a traduites, exposées et annotées,
èt en a composé un recueil très intéressant qui apporte une contribu¬
tion importante à l’histoire générale et locale de Bretagne. Les docu¬
ments en question (dont on trouvera la table aux annonces du présent
fascicule de la Revue de Bretagne ), au nombre de 32, sont datés des
XIII®, XIV®, XV« et XVI e siècles, (la plupart, du XIV e ) et l'auteur les
a fait suivre d'une table alphabétique des noms de personnes et d*
lieux cités qui simplifiera singulièrement les recherches. M. l’abbé
Mollat me pardonnera quelques petites critiques qui ne sont pas pour
diminuer la valeur de ses Etudes et Documenta. Au lieu de« SanctiTre*
mori de Brahes * (p. 188), il faut lire « Sancti Tremori de Kerahea »
(Carhaix), — « Capella beate Marie de la Bouetardaye » (p. 205) au
diocèse de Saint-Malo, n est certainement pas N.D. de laBouhourdalc
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BIBLIOGRAPHIE
247
en Saint* Dofnineuc, mais sûrement la chapelle du manoir de U Bou»
tardaye en Pipriac. - Pages 218 et 219 « Baz » n’est pas Batz (ivoire-
inférieure) mais une mauvaise lecture ou forma dé" Bain (Bains, Ille* -
et-Vilaine) ; « Brinium» n’est pas Brains (Morbihan) vu qu’il ny a pas
de Brama dans ce département, mais bien Brain (Ille-et*»Vilaine i
« Longam » est Langon (Ille-et-Vilaine) ; « Villam sançti Guiduali »
n’est sûrement pas Saint Thual ou Saint Tugdual mais bien Saint
Gudwal. maintenant Locoal( Morbihan); « Villam sancti Cagoti i n’est
pas Saint Cado (Morbihan) mais jSaint Gorgon (même département)
dont la forme ancienne est Saint Coco ou Gogo ; « More » ne peut être
Maure(Ule-et-Vilaine), mais Mouais (Loire-Inférieure) autrefois : Moe.
Les Litres de Saint Patrice, apôtre de l’Irlande. Intro¬
duction, traduction et notes, par Georges Dottin, professeur
à l’Université de Rennes. (Paris, Bloud, 1908).
i
Le culte de saint Patrice n’est guère répandu ches nous, mais
plusieurs de ses disciples y sont vénérés. Sa vie doit donc nous inté**
resser doublement. Parmi les documents sur lesquels elle s’établit, il
en est deux « dont on a aucune raison de suspecter l'authenticité »
(p. 3), et qui sont l’oeuvre du saint : il s’agit de la Cqr/wsûm de aa ini
Patrice et de VEpître à Coroticus. Le premier de ces livres contient le
récit de l’apostolat de l’Irlande ; le second est une accusation contre
les soldats de Coroticus et leurs malversations. De plus, trois courtes
phrases sont également attribuées à Patrice ainsi qu’une prière en
gaélique. « Deux des dits de saint Patrice semblent authentiques ;
quant à la prière, elle est en tout état de cause d*une haute antiquité »
(p. 4). M. Dottin a traduit et annoté ces précieux vestiges et les a fait
suivre d’une hymne du IX* siècle. Ces traductions, leurs notes et les
détails fournis sur l'Irlande au V* siècle, sur l'histoire et la légende
de saint Patrice, font de son petit livre l’une des meilleures études
qui soient d’hagiographie celtique. *
Un Bataillon de Volontaires (Troisième Bataillon de
JMaine-et-Loire, 1792-1796), par Xavier de Pétigny. (Angers,
Germain et Grassin, 1908).
C’est la monographie complète, d’après une source provenant d’un
fonds particulier, d’un bataillon de gardes nationaux volontaires
formé en 1792 et qui combattit contre la Chouannerie en Bretagne.
L’auteur explique son mode de recrutement, son organisation, ses
qualités etses défauts, et donne de nombreux renseignements sur ses
officiers, ses sous-officiers, leur instruction, leur habillement, leur
solde. Ce qui nous touche plus particulièrement c’est le récit des opé¬
rations de ce bataillon dans nos départements bretons notamment
à ï\ochefort-en-Terre (démolition du château), Vannes, Nantes,
Malestroit, Redon. Belle-lsle, Concarneau, Rennes» Dinan. Ce livra
jette un jour nouveau sur l’histoire des bataillons volontaires de la,
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REVUE DE BRETAGNE
première République et sur celle des guerres de l’Ouest, histoires qui
jusqu’ici, dit l'auteur, ont été dénaturées. Il apporte donc un précieux
appointé ce que nous savons de l’époque révolutionnaire en Bretagne.
Annales de la Marine Nantaise (Des origines a 1830), par
Paul Legrand (Nantes, Héron, 1908). Prix : 4 fr.
La revue Pays d'Arvor a pris à Nantes une importance considérable.
Grâce au dévouement de ses directeurs qui ont su s’entourer d'une
pléiade d’excellents écrivains, tous animés du plus pur esprit breton,
il est devenu Pun des organes attitrés de notre régionalisme provin¬
cial. L’un de ces principaux rédacteurs, M. Paul Legrand, à l’occasion
de la grande Semaine Nautique dont les fêtes ont eu lieu au mois
d’août dernier, a réuni des documents inédits sur l’histoire de la
Marine Nantaise et publié un beau volume, imprimé et illustré avec
luxe qui fait grand honneur à son auteur et au Pays d'Arvor. L’un et
l’autre méritent les félicitations de nos lecteurs qui n’hésiteront certai¬
nement pas à enrichir leur bibliothèque des Annales de la Marine
Nantaise .
Une Seigneurie du Porhoet. Tregranteur, les origines'
et le domaine, par le V le Hervé du Halgouet (Rennes,
Simon, 1907).
. Notre excellent ami et collaborateur, le V te Hervé du Halgouet, pour¬
suivant les recherches qu’il a commencées sur le Porhoët, nous donne
sous ce titre l’histoire d’une seigneurie de cet important Comté. Tré*
granteur appartint successivement aux familles de Tréganteur,
de Quélen, Bonin de la Villebouquais et de Poulpiquet du Halgouet.
M. du Halgouet a dressé les tableaux généalogiques de ces diverses
familles et écrit l’histoire de chacune d’elles Le tout est terminé par
une description du domaine seigneurial et des différentes terres qui
en firent partie et par une carte explicative. Je ne saurais assez faire
l’éloge du nouveau travail de M.du Halgouet : clair, intéressant, il est
écrit dans un style d’où la sécheresse est bannie. On le lit avec infi¬
niment de plaisir, mais on le lit le crayon à la main, car, à tout
instant, on se trouve en présence de trouvailles à noter.
Baronnie de la Hunaudaye et Châtellenies de Montafi-
lant , Plancoet et Monbran , par Je M is de Bellevue.
(Rennes, Simon, 1908).
Excellente monographie de ces quatre grandes seigneuries du
pays de Lamballe dans laquelle on trouvera, avec des renseignements
sur chacune d’elles, les généalogies des familles qui les ont possédées.
Elle est présentée avec la netteté qui caractérise les études historiques
de l’auteur.
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BIBLIOGRAPHIE
269
DRAME ET POÉSIE
Nominoé, drame en cinq actes, en vers, par Louis Tiercelin.
(Paris, Lemerre, 1906). Prix : 5 fr.
L'éminent directeur de Y Hermine voudra bien me pardonner d'avoir
mis tant de temps à rendre compte de son Nominoé . J'arrive certaine,
ment bon dernier dans la liste des chroniqueurs qui ont parlé de ce
drame, l’un des plus poignants qui ait été jamais écrits par une plume
bretonne. Mais j’ai voulu le lire et le relire plusieurs fois afin de me
faire à son égard une opinion bien personnelle. A différentes reprises
j’ai commencé des notices où j’exprimais des critiques : j’ai tout dé¬
chiré et je m’avoue vaincu. Nominoé est magnifique,sincèrement breton-
profondément vrai ; le rôle du héros est tracé de main de maître, dans
une unité de caractère qui ne se dément pas un instant. Que dire du
style ? C’est du pur Tiercelin. Vers riches, souples, atteignant souvent
les hauteurs cornéliennes.Je ne reproche qu’une chose à l’auteur:
pourquoi a-t-il hésité à appeler SaiQt Conwoïon par son nom ? Je sais /
qu’il lui a répugné de mettre en scène un personnage que i’£glise a
placé sur ses autels. Mais je ne comprends pas ce scrupule que pour ma
part je trouve exagéré. Comme je voudrais voir jouer cette belle pièce
sur nos scènes bretonnes ! Hélas ! je crains bien que Nominoé n’ait pas
encore été représenté. Est-il donc injouable ? Le nombre des person¬
nages est-il trop considérable? N’en croyez rien ; mais le mouvement
breton n’est pas encore assez fort pour imposer le patriotisme dans nos
théâtres, et voilà pourquoi Nominoé restera dans la coulisse pendant
quelque temps. Espérons qu’il en sortira le jour où l’on dressera sur
l’une des places de Redon la statue du fondateur de l'indépendance bre¬
tonne, du vainqueur de Ballon, qui inspira à Tiercelin l’un des meil¬
leurs drames de notre début de siècle.
Sous les Brumes du Temps, par Louis Tiercelin, (Paris,
Lemerre, 4907). Prix : 3 fr. 50.
Des sombres pages de l’histoire de Bretagne passons aux bonheurs
calmes de la famille. Sous les Brumes du Temps , c’est le carnet du
penseur breton, c’est le livre de grand-père, c’est un bouquet cueilli
pour des amis, c’est enfin une ode à la patrie. On ne saurait assez
exprimer le charme qui émane du nouveau livre de M. Tiercelin,
charme pénétrant qui souvent amène les larmes aux yeux, charme
captivant qui empêche de le fermer quand on l’a commencé. Mes
pages préférées sont celles où l’auteur détaille si finement les premières
syllabes balbutiées par sa petite-fille et où il tremble quand elle
essaie ses premiers pas. C’est tout bonnement délicieux, et je sais
bien des personnes qui ne se lassent de méditer ces vers de Tiercelin,
modèle des aïeuls, des Chrétiens et des Bretons. f
Novembre f 90 S £0
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270
RE VU fi DE BRETAGNE
Le Rêve du Lycéen, par O. de Gourcuff (Nantes, imprimerie
de Nantes Mondain , 1908J.
M. de Gourcuff a fait jouer le mardi 2 juin, à la salle des fêtes du
« Journal », une saynète en un acte, en vers, à l'occasion du centenaire
du Lycée de Nantes. Il y a mis tout son esprit, tout son cœur et son
admirable talent de poète. L'ample moisson d'applaudissements qui
Font accueillie est le meilleur éloge qu’on puisse en faire.
LITTÉRATURE J
La Foi en Bretagne hier et aujourd’hui, par l'abbé Millon.
(Rennes, Plihon et Hommay, 1908). Prix : 4 fr.
La Foi en Bretagne est ce qu'on pouvait attendre de l’auteur cons¬
ciencieux et du styliste admirable qu’est M. l’abbé Millon. Ce serait
faire injure aux abonnés de la Revue de Bretagne que de leur présenter
l'ami toujours fidèle, des bons comme des mauvais jours, qui voulut
bien écrire pour eux pendant quelques années une chronique si re¬
marquée et que des occupations multiples, toutes dirigées vers l’ex¬
pansion de la Foi dans Famour de Bretagne l’empêchèrent seules de
continuer. Notre pays est avant tout et surtout un pays de croyants,
la Foi est entrée dans sa formation, elle a saturé son âme, pénétré
dans ses demeures, élevé ses églises, inspiré la construction de ses
monuments, organisé ses pèlerinages : la Bretagne et la Foi sont unies
par des liens que le temps ne saura briser Voilà ce que M. l’abbé Millon
a montré à ses compatriotes pour leur faire aimer encore plus cette
terre de granit où l’on déteste les traîtres. Son livre est l’œuvre d’un
apôtre enflammé. La Revue de Bretagne lui souhaite la continuation du
succès qui l’a salué à son apparition.
Passions Celtes, par Charles Le Goffic. (Paris, Nouvelle
Librairie Nationale, 1908).
Recueil de dix nouvelles plus dramatiques et plus curieuses les
unes que les autres où l’auteur a mis en pleine action le caractère
celte avec toutes ses qualités mais aussi tous ses défauts. Quelques-
unes d'entre elles — au fait, pourquoi ne pas dire la totalité? — sont
de purs chef-d’œuvre. Impossible de les lire sans émotion, soit que
l’auteur mette en scène la vengeance (le Marquis Bouge , Rozmor et TU -
Ouis) , la nostalgie du pays (Y Irlandaise), l’amour (Y Imagier) ,
l’amour conjugal (le Drap noir), l’amour maternel (Le Cœur de cirej, la
passion du braconnage (Plat de Carême), la peur des revenants (La
Maison des Mines). Décidément M. Le Goffic est actuellement, de tous
nos écrivains bretons, celui qui connaît le mieux le caractère de sa
race et sait le mieux le décrire.
Sous le Ciel gris, nouvelles bretonnes, par Simon Davau-
gour» (Paris, Bloud, 1907). Prix : 1 fr. Franco : 1 fr.20.
M. François Coppée qui a bien voulu écrire la préface de ces
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BIBLIOGRAPHIE
271
jolies nouvelles, si bretonnes de cœur et d’esprit, disait : v Combien
M. Simon Davaugour a raison de célébrer sa petite patrie : cela ne
fait aucun tort à la grande. 11 approuve comme moi, .j’en suis sûr,
cette excellente parole d’un félibre, de Félix Gras, si je ne me trompe :
« J’aime ma province plus que ta province. J’aime mon village plus
que ton village. J’aime la France plus que tout. » - Il est certain
qu’il est difficile d’aimer plus la Bretagne que ne le fait M. Davaugour.
Ses nouvelles, qui contiennent des illustrations parfaites, sont le
type du livre à offrir comme prix dans les écoles. A ce titre et à bien
d’autres encore, nous le recommandons à nos amis.
L’abbé Guérande, par Joseph Brydon. (Paris, Tassel, 44, rue
Monge, 1908). Prix : 3 fr.
L'Abbé Guérande est à classer parmi les œuvres fortes et bien suivies
de ces derniers temps. Le sujet est loin d’en être banal. Çà et là les
descriptions de Nantes et de Pornic enferment l’œuvre dans un cadre
de grand coloris. Mais ce qui me frappe surtout,c’est la grande justesse
des caractères et la façon toute naturelle avec laquelle M. Brydon les
a tracés. Guérande est on ne peut plus sympathique. La mort du
jeune Desmares, une scène tragique des plus poignantes ; le mariage
de sa sœur, une idylle que les circonstances rendent presque dou¬
loureuse. M me Guérande, M œc Desmares sont vécues. Mais... il y a un
mais. Que devient le pauvre Abbé ? A-t-il caché son chagrin dans un
cloître? Est-il-mort ? Tout cela manque un peu de conclusion.
Iannik a l’Exposition de 1900, par J. Brélivet. (Paris, chez
l’auteur, 2, place du Louvre, 1901). Prix : 3fr.50.
Elle est bien amusante cette suite d’aventures arrivées au groupe
breton dont fait partie Iannik pendant une visite à Paris lors de la
dernière exposition Gageons que les uns et les autres ne désireront
plus quitter leur pays de Bretagne pour courir les grandes villes. Le
mariage du héros avec sa douce fiancée Marie-Jeanne nous laisse sur
une gracieuse impression de bonheur calme et durable auquel nous
avons aspiré tant que nous lisions ce livre agité. Le parallèle que M.
Brélivet a voulu établir entre les dangers, les bruits et les embarras
de la capitale et la tranquillité du sol natal, du sol de chez nous, est
vivement sentie. La Revue de Bretagne n’hésite pas à faire tous ses
compliments à l’auteur.
Les Littératures Provinciales, par Charles-Brun. (Paris,
Bloud). Prix : 1 fr. Franco : 1 fr. 20.
M. Charles-Brun dont les régionalistes ont pu à maintes reprises
apprécier la compétence sur tout ce qui regarde la lutte librement
engagée contre la centralisation et toutes ses manifestations, nou s
fait un joli tableau du renouveau des littératures provinciales et
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272
fcKVUE DE BRETAGNE
montre qu’elles peuvent, sinon surpasser, du moins égaler la littérature
parisienne. L’ouvrage se clôt sur une esquisse de géographie littéraire
de la France par M. de Beaurepaire-Froment.
Histoire Critique de la Renaissance mêridionare au xix*
siècle, par J. Aurouze, docteur ès-lettres. La Pédagogie Ré-
gionaliste. (Avignon, Seguin, 1907). Prix : 7 fr. 50. Pour les
abonnés de la Revue de Bretagne : 5 fr.
Nos langues, où le bruit de nos grèves domine,
Ne vibrent-elles pas, comte, du même son,
Ainsi que deux métaux, nés dans la même mine,
Rendent l’accord à l’unisson !
Tels sont les jolis vers que M. Aurouze a placés en tête de l’exem¬
plaire de sa Pédagogie régionaliste qu’il m’a envoyé. Les aspirations
du provençal sont les mêmes que celles du breton, et les deux langues
ont droit au même respect; les moyens de conserver l'une, sont les
mêmes queceux desauver l’autre. Voilà pourquoi, nous autresBretons,
nous avons tout à gagner à lire la Pédagogie régionaliste et faire notre
profit de ses instructions. M. Aurouze n’est pas un séparatiste ; il est
excellent français, mais il aime sa petite patrie la Provence et a voulu
montrer aux Provençaux, comme aux habitants des autres pays qui
composent la France, la nécessité d’apprendre le passé, lés coutumes,
les traditions de la terre où ils sont nés, la nécessité aussi d’apprendre
le français à l’aide de la langue que parlaient leurs mères. On le voit»
la Pédagogie régionaliste de M. Aurouze est à propager en Bretagne ; je
sais qu’elle y est déjà connue. A nos amis de la méditer et de la ré¬
pandre autour d’eux.
LANGUE BRETONNE
Grammaire bretonne du dialecte de Tréguier, par l’abbé L.
Le Clerc (St-Brieuc, Prud’homme ; et chez l’auteur, à l’insti¬
tution Notre-Dame de Guingamp, 1908). Prix : 2 fr. 50. F 0 2 75.
M. l’abbé Le Clerc, à qui nous devions déjà Ma Beaj Jeruza -
4m, écrit dans un breton des plus purs et qui est devenu classique,
vient de rendre à ses compatriotes du Trégor un service inappréciable.
Marchant sur les traces de MM. les abbés Guillevic et Le Goff qui ont
ouvert lé chemin pour le breton de Vannes, et adoptant leur méthode
et leur plan, le distingué professeur fait paraître une grammaire
du dialecte de Tréguier dont la clarté et la concision transfor¬
ment en passe-temps charmant les débuts jadis si rébarbatifs de
l’étude de la langue bretonne. Bientôt paraîtront les exercices sur la
grammaire, et, dans un avenir très rapproché, lesTrégorrois n'auront
plus rien à envier aux Vannetais. Voilà de la belle et bonne besogne,
et je suis heureux de constater que les prêtres de Bretagne élèvent
sans bruit des monuments durables et merveilleux à la langue de
leur patrie.
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BIBLIOGRAPHIE
273
Vocabulaire Breton-Français et Français-Breton du dia¬
lecte de Vannes, par MM. les abbés A. Guillevic et P. Le
Goff (Vannes, Lafolye, 4907).
Je veux revenir sur ce vocabulaire qui est la perfection du genre.
Depuis qu’il a vu le jour j'ai eu maintes fois l'occasion de m’en servir
et j’ai pu m’assurer qu’il n'existe pas de meilleur ouvrage pour la
confection d’un thème ou la préparation d’un sermon en breton van-
netais. Je suis convaincu que tous les ecclésiastiques du pays de
Vannes et tous ceux qui ont occasion de s’y servir de notre idiome
national ont en main ce précieux petit livre, ce véritable modèle. Avec
la Grammaire et les Exercices des mêmes auteurs, il forme un tout
qu’aucune école primaire vraiment bretonne ne peut se dispenser de
posséder.
Bombard Kerne. Jabadao ha Kaniri ? par Prosper Proux.
(Guingamp, Le Goffic, 1866).
La Revue de Bretagne a déjà annoncé que M. Maurice Le Dault,
l’aimable directeur de la Librairie Bretonne (76, rue Saint-Germain, à
Nanterre, Seine) s’était rendu acquéreur de tous les exemplaires
encore à vendre des Bombard Kerne , Jabadao ha Kaniri de Prosper
Proux. Ces jolies pièces, avec traduction française en regard, datant
de 1866, sont restées aussi fraîches qu’il y a 40 ans et elles méritent
toujours les appréciations élogieuses qu’en firent alors La Villemarqué
et Luzel quand ils les déclarèrent a d’une originalité, d’une justesse et
d une vérité que les vrais connaisseurs ne peuvent trop admirer » et
« d’un mérite hors ligne ». Or La Villemarqué et Luzel s’y con¬
naissaient.
A LIRE
Un livre d'histoire , par André Oheix (Vannes, Lafolye, 1908), excellent
compte rendu critique des Mélanges d'histoire bretonne de F. Lot.
Premier inventaire des Lettres imprimées de Dom Mabillon , par A. J.
Corbierrc, archiviste sigillographe. (Paris, chez l’auteur, 7 rue Cas¬
sette). Dressé à l'occasion du 200 e anniversaire de la mort de Mabillon
par un prêtre qui se dispose à écrire la vie « du religieux le plus
humble et le plus savant du règne de Louis XIV », et souhaite que
les archivistes lui communiquent ce qu’ils possèdent sur ce sujet.
Les Prisons du Mont Saint-Michel, par Etienne Dupont (Nantes,
Durance, 1908). L’auteur qui connaît supérieurement le Mont Saint-
Michel dont il a fait la bibliographie générale, retrace ici l’histoire
des Prisons de la célèbre abbaye depuis le temps du cardinal
La Balue jusqu’à celui des prisonniers politiques du XIX e siècle. Il
montre le peu de véracité des légendes qui ont couru sur leur compte.
Lamballe . Pays de Lamballe du IV t au XllP siècle, par H. J.-L., recteur
de Tréméven (Saint-Brieuc, Prudhomme, 1908). Monographie sur le
Pays de Lamballe lue au Congrès de l’Association Bretonne en 1907.
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274
R K VU R DE BRETAGNE
Saint Melaine est-il né à Plélauff ; origine d'une tradition , par A. Oheix
(Nantes, Durance, 1908). C'est le 5 e article d une suite d'études hagio¬
graphiques commencée en 1900. M. Oheix y démontre que saint
Melaine est bien né à Brain-sur-Vilaine et non à Plélauff.
Histoire de Notre-Dame de Rostrenen et de son pèlerinage par J. Baudry,
(Vannes, Lafolye, 1908). Etude historique et bretonne que nos amis
ont lue et appréciée à juste titre ici même.
Nous avons reçu du baron G. de Wismes le récit du Cinquantaire de
la Revue de Bretagne et du Trentième anniversaire de la Société des Biblio¬
philes Bretons, qu’on a pu lire dans la Revue de Bretagne ; — Chez les
Carmélites de Nantes , visite des commissaires de la municipalité pour
l’application de la loi du 14 octobre 1790, avec des notes nobiliaires et
autres très intéressantes ; — enfin l’allocution charmante prononcée
par l’auteur lors de sa prise de possession de la présidence de la Société
Académique de Nantes le 20 janvier 1908.
La Bretagne à travers les âges (Vannes, Lafolye, 1901), épopée historique
en onze tableaux par MM. de L’hommeau et A. delà Bigne, avec illus¬
trations, musique et arguments. A faire jouer par des enfants et tout
à fait de nature à développer le sentiment breton
Bruyères pourpres et ajoncs <Tor par Joseph Angot (Nantes, édition
du Pays d’Arvor) légende bien écrite et bien « celtique ».
Jules Verne , (Amiens, Yvert et Tellier, 1908). Discours de réception
prononcé à la séance du 10 février 1908 par M. Ch. Lemire À l’Aca¬
démie des Lettres, Sciences et Arts d’Amiens, et qui est un éloge élo¬
quent et juste de notre grand compatriote.
Documents sur le F . Marlinien du Lude , avec des extraits de ses lettres
(1759-1830) parle P. Ubald d’Alençon. Notice biographique sur un
frère lai capucin correspondant de La Mennais.
Autour du raçhat de l'Ouest et de Brest Transatlantique , par Jean Cho-
leau (Lorient, édition du Pays Breton , 73, rue du Morbihan, 1908).
Examen du pour et du contre dans la question du rachat intégral ou
partiel de la Compagnie de l’Ouest, et celle de l'établissement d’un
port transatlantique à Brest. L’auteur conclut naturellement et avec
infiniment de justesse contre le rachat et pour le port.
La Séparation de VEglise et de VEtat dans un grand diocèse (1800-1802),
par F. Uzureau, directeur de Y Anjou Historique (Sueur Charruzy, Arras
Paris, 41, rue de Vaugirard). Bonne étude angevine de notre éminent
confrère et ami.
A lire enfin, de Y. Morvran Goblet, dans le Bulletin de TUnion des
Associations des anciens élèves des écoles supérieures de commerce (n° du
5 mai I908t un article sur les possibilités du Commerce franco-irlandais;
— et dans la Revue (ancienne Revue des Revues) 15 septembre et l* r oc¬
tobre, une étude très remarquée sur la Littérature Celtique au XX* siècle
en grande et petite Bretagne et en Irlande. C’est sérieux et approfondi.
L’examen est très complet et la conclusion encourageante pour l’avenir.
M. Y Morvan Goblet est un des Bretons qui portent le plus haut le
glorieux drapeau d’Arvor. Honneur à lui.
R. DS Laigüe.
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Librairie Honoré CHAMPION, Éditeur
5, quai Malaquals, PARIS.
Abbé MOLLAT
ETUDES ET DOCUMENTS
SUR L’HISTOIRE DE RRETAGNE
(xm*-xvi e siècle)
Fort volume in-8° de 300 pages.6 fr.
Prix de faveur pour les abonnés à la Revue de Bretagne : 5 fr. net et franco
TABLE DES MATIÈRES
I. — Les démêlés de Guillaume Ouvrouin, évêque de Rennes, et de
Jean II, vicomte de Beaumont (1341 1313). 3-21
II. — La date du martyre des saints Donatien et Rogatien . . . 21-29
III. — Le règlement de la succession de Jean II, duc de Bretagne,
en faveur de la Terre Sainte (1305-1324).. 30-42
IV. — Le testament d’Arthur II et son exécution (1313-1327). . , 42-46
V. — Mariages à la cour de Bretagne (1329-1331). 46-51
VI. — Le mausolée d'Isabelle de Castille, duchesse de Bretagne, à
l’abbaye de Prières. 51-53
VII. — Le chancelier de Bretagne Mathieu Le Bart (1317-1352) . . 54-55
VIII. — Une tragique visite pastorale de l'évêque de Nantes au
prieuré de Saint-Nicolas-de-Redon (1317-1318). 56-62
IX. — La fondation des Carmes à Nantes (1318-1347) ..... 62-68
X. — L’évêque de Nantes et le droit de procuration à la fin du
XIV-siècle. # . . 68-80
XI. — Institution d’un pénitencier breton dans la basilique de
Saint-Pierre-de-Rome (22 novembre 1421). 81-83
XII. — Tentative d’échange entre l'abbaye de Sainte-Croix de
Quimperlé et le duc Jean 111 au sujet de Belle-lsle-en-Mer
(1328-1329). 84-89
XIII. — Les fondations pieuses d’Olivier de Montauban et de
Julienne de Tournemine à la Gacilly (1317-1320). 89-90
XIV. — Confirmation d’une charte instituant une prébende dans
la cathédrale de Dol. . 91-94
XV. — Union à la mense épiscopale de Rennes des paroisses de
Parigny, Noyal-sur-Seiche, Argentré et Saint-Georges-de-Rein-
tembault (21 mai 1329) ... 94-97
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276
REVUE DE BRETAGNE
XVI. — Compétition de Guillaume de Trébiguet et de Guillaume
le Roux au siège abbatial de Saint-Sauveur-de-Redon (1393*1397). 97-105
XVil. — Chronologie des abbés de Redon au XIV* siècle. . . . 105-125
XV11I. — La captivité de Jean de Bretagne, comte de Richemont,
en Ecosse (1322-1324). 125-129
XIX. — La fondation du couvent des Augustins à Lamballe
(7 juillet 1317).129-131
XX. — Les deux chartes des évêques Guillaume et Durand en
faveur du chapitre de la cathédrale de Nantes (1276-1287) . . . 131-146
XXI. — Transaction passée entre Girard V Chabot, sire de Retz, et
Robert Paynel, évêque de Nantes, au sujet du rachat d'une rente
de soixante livres tournois (1358-13t;3). . . 146-155
XXII. — Constitution de Grégoire XI en faveur du chapitre de la
• cathédrale de Nantes (21 décembre 1373). . . 156-157
XXIII. — Une cabale & l'abbaye de Saint • Sulpice-des-Bois
(1321-1323).\...157-167
XXIV. — Les approvisionnements de la cour pontificale dans les
provinces de l’Ouest et du Nord de la France sous Grégoire XI. 168-171
XXV. — La fondation des Dominicain' à Guérande (140i-1409). . 172-174
XXVI. — La reconstruction du campanile de Saint-Aubin de Gué¬
rande (1515). 175-177
XXVil. — L’envoi d’une ambassade bretonne à Benoit XIII en 1407. 177-184
XXV11I. — Les désastres de la Guerre de Cent-Ans en Bretagne. 184-217
XXIX. — Grégoire XI vidime une bulle de Grégoire X en faveur de
l'abbaye de Saint-Sauveur-de-Redon (31 mars 1372). 217-221
XXX. — L’aumônerie du Roset au diocèse de Nantes (1314-1321) . 221-223
XXXI. — Le temple de Clisson et l’aumône de la Comtesse (2 mars
1321). 223-224
XXXII. — La perception de l’annate dans le diocèse de Nantes . 22Î-239
Table alphabétique des noms de lieux et de personnes. 241-252
Table des matières.,. 253-254
Le Gérant ; F. Chevalier.
Vannes. — Imprimerie LAFOLYE Frères, 2, place des Lices.
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/
REVUES BRETONNES
L’Hermine: 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 ir.
Le numéro 1 fr. 25. Les abonnements partent du 20 octobre.
Directeur : Louis Tiercelin, à Paramé (Ille-et-Vilaine).
Les Annales de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an 10 fr.
Union postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Rennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14 e an a Mensuel, 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux, 29, rue Belle-Fon¬
taine, Lorient.
Bulletin de la commission diocésaine d’architecture et d’archéo¬
logie du diocèse de Quimper et de Léon : 6 e ann. Tous les deux
mois. 1 an 5 fr. Quimper.
La Revue Morbihannaise : 11 e ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. Buléon, V 1 ® de la Grancière. E. Sageret. Chez Lafolye, Vannes.
La Paroisse Bretonne de Paris : 9* ann. Mensuel, 1 an, 2fr. 25.
Directeur : M. l'abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris (VI e ar l ).
La Jeune Bretagne: 5 e ann mensuel, 1 an, 2 fr. pour la Bre¬
tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d’études et d’ac¬
tion sociales. Rennes, 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz: 8* année. Tous les mois. 1 an 3 fr. Les abonne¬
ments partent du 1 er janvier. S’adresser à M. Cardinal, recteur de
Saint-Vougay, par Plouzévédé (Finistère),et pour les abonnements
à M. Caroff, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretoned Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4 e année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du Cherche-Midi, Paris.
Revue du Pays d’Aleth : 4 e année, mensuel. 1 an, 3 tr. Direc
teur : Jules llaize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pays d’Arvor : 2 e année, 1 an, 5 fr. Directeur : Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux,25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Revue du Traditionnisme. — Rev. intern. du folk-lore — mens
1 an, 10 fr. N°, 1 fr. -- Directeur : M. de Beaurepaire-Froment
Paris, 60, quai des Orfèvres.
Revue du Bas-Poitou, 20 e année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr
N° 2 fr. 50. — D r M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L’Anjou historique — 7 e ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. D m
M. l’abbé Uzureau, aumônier, à Angers. Edit f : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires. 2*2® ann. mens. 1 an, 15 il.
N° 1 fr. 50. Direct . M. Paul Sébillot, 80, boulev. St-Marcel, Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
La Vendée historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11® année. — Edit, sur papier fort, 6 fr. 50 ; édit,
ord. 5 fr. — D r Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Revue de l’Anjou, 57® année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
V ,e de Mazières-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Paris
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VOYAGE CIRCULAIRE EN
La Compagnie des Chemins de fer de l’Ouest fait délivrer/toi
l'année par ses gares et bureau 5 .de Ville de Paris, des billets 4 f<ex 0 i
sion de l r *' et d^ 2 e classes, valables 30 jours, auVprix réde
65 francs en classe et 50 francs en 2 * classe
Permettant de faire le tour de la presqu’île bretonne. \
M Àma • mm •' ft XV mm r* On î I \ if A ) A O A 1 %■» f .1 f-k TVi n n *1.1 D î T
lItinéraire : Rennes, Saint-Malo-Saint-Servan, Dinard-Saint-Enogat,
)inlim Saint-Brieuc, Guingamp, Lanuion, Morlaix, RoScolT, Brest,
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Imper, Douarnenez, Pont-Tabbé, Concarneau, Lorient, Auray. 2*~'
iberon, Vannes, Savenay, Le Croîsiç, Guérande, Saint-Nazaire,
ont-Chàteau, Redon, Rennes. —--
Ces billets peuvent être prolongés trois fois d’une pwpd^'de
10 jours moyennant le paiement, pour chaque prolongation, d’un
supplément de 10 % du .prix primitif.
ILest délivré, en méqie lémps que le billet circulaire, un billet de
parcours complémentaire permettant de rejoindre Titinéraire du f \
voyage circulaire et comportant une réduction de 40 ü , 0 sur les prix l !
du tarif général. v ’
La meme réduction est accordée à l'excursionniste après Taccom-
plissement du voyage circulaire, pour rentrer à son point detlépart
ou se rendre sur toute autre gare des réseaux de l’Ouest et d’Orléans.
CHEMIN DE FEU DORLËANS
STATIONS THERMALES ET HIVERNALES *
des Pyrénées, du Golfe de Gascogne et du Roussillon
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Bain9, Amélie-les-Bains, Banyuls-sur-Mer, etc.
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Billets d’aller et retour individuels pour les stations thermales
et hivernales, délivrés toute Tannée de toutes les gares du réseau, : * J
valables 33 jours avec faculté de prolongation et comportint une
réduction de 25 % en i rc classe et de 20 °fL .-en 2 e et 3 e clàsfeer.
Billets d’aller et retour de famille pour les stations thermales C
qt hivernales, délivrés toute l’année de toutes les stations du réseau /
sous condition d’un minimum de parcours de 30Q.Kilomètres aller.^et
retour, réduction de 20 à 40 °/ 0 suivant le nombre de per;ortnes,
validité 33 jours avec faculté de prolongation. A y
Billets d’excursion délivrés toute l'année au départ de Paris
avec 3 itinéraires dilïerents, via Bordeaux ou Toulouse, permettant
de visiter Bordeaux, Arcachon, Dax, Bayonne (Biarritz), sPau, |
Lourdes, Luchon, etc., validité 30 jours avec faculté de prolongation. ,
Prix, T r et 3' itinéraires : l n classe, 164 fr. 50 ; 2 * classe. 123 fr. — *
Prix, 2 e itinéraire : l ro classe, 163 fr. 50 ; 2 e classe, 122 fr. 50.
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Vanne*. — impriincrfe L^joWe frèrev z, nkïce des Lices.
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IvirtY : 24 T§ 4 ^Sêrf«. — 7 * Année
r -Z—~ DÉCEMBRE 1908 . Tome XL
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de Bretagne
REVUE \ \ ^.REVUE
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M" >k 'VESTOUHSE1 LLON>«fwfeM r'^ ) ;< \ '
C- RkKi ra LAÏQUE, Ktâaaür ~t* ïb*f ' .' V/y N
KBYÙE MENSUELLE*
cr m di LAiGUô, :nma*î* ** cUf V/
Le V'* CkaRLEb 'Ufe CÀLAN, S^CE<f4ir* régional pour l'ile-et-Vilaine. — RejJé
\ •BLANCH ARDpOur la Loirc-Infcrkurt.—Le Chanoine PEYRON.pour le Finistère.^ Vy >
•BLANCH ARDpOur la Loirc-Infcrkurt.—Le Chanoine PEYRON.pour le Finistère^
— ÀVENEAÛ ie la GRANCtè&E, pour le Morbihan. — Alain RAISON ou/}
CLEUZiQlf, pour 2e* Côte»-4urNord. — Olivier de GOURCUFF, nour Pari*/
y ^//
Z , \ ' ( Z \ J
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VANNES-
1 PARIS
u honore: Champion
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LAPOLYE^ FRERES \ ■ /. : ~ * -,
y' ' Z , ^ .*' * 5, Qind Malk«$n!fc y i
... .ÉDIT84IKS ~ * " C - * __ NÀNTERftÉJy )
- V v ^ M.\LE JDàULT^-'
/V \fv . P J ac « de* Lice» y V, 76 , Rue àûnt-Gétmain
A/ \\ ' " • ' / MDCCCV1U* v > x V v \ • /,
' _ i: çCV/ \ \ V
VÇ ‘ ; ^’a&reérfc*/]pourHa Rôp action et l’et^ppi des manuscrits à M. le\> ^
v_‘. ’ * A^Wte^n de BahufXj, tyir Redon ; pou^i’^DMiNiSTRAiiON, Ircres- ,, V/
*~ pladbS x <fes^Lices, Venivs^. ; C - " ^ U)
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SOMMAIRE
I. — Le Congrès Breton de 1908 . — R. L.277
II. — Mélanges historiques (suite). — XXI. Le Roi Henri d'Angle¬
terre et la Bretagne . — XXII. Le Roi Richard et la
Bretagne . — V u Ch. de la Lande de Calan. . . 292
III. — Contes de GrandMères (suite). — A. D. Roazoün. . . . 310
IV. — Saint-Mar s-la-J aille et ses Anciens Seigneurs (suite). —
J. Baudry .313
V. — Note .— Albert Travers .330
VI. — Table semestriel .331
CONDITIONS D’ABONNEMENT
France, un an.12 fr.
Etranger, —.15 —
On s'abonne soit chez M. le comte de Laigub, château de
Bahurel, par Redon, soit chez M. Lafolye, imprimeur à Vannes.
Les abonnements partent du l #r janvier ou du 1«* juillet de
Tannée en cours. — Il n’est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont offerts aux auteurs.
Nota. — La Direction et la Rédaction de la Revue de Bretagne ne
sauraient être aucunement responsables des théories ou opinions
émises dans les articles qui y sont insérés, cette responsabilité
incombant tout entière à leurs seuls auteurs.
%
Il sera rendu compte de tout ouvrage dauteur breton ou inté¬
ressant la Bretagne , dont un exemplaire aura été adressé au Rédacteur
en chef de la Revue .
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LE CONGRES BRETON DE 1908
Ainsi que nous le souhaitions, le Congrès de 1908 pourra mar¬
quer dans les fastes de ïAssociation Bretonne, car il a laissé
derrière lui tous ceux de ces dernières années ta
tance des mémoires qui ont été apportés que par
ït par l’impor-_
celle des HH
AVIS
Les Abonnements à la Revue de Bretagne
expirant avec le présent fascicule, nous vous
prions de vouloir bien réserver bon accueil à
la traite qui sera présentée courant Janvier,
pour le renouvellement de l'abonnement, pour
l’année 1909.
lotuituA puiuuiu uuiuuu, neveu ue Liiiariemagne, si 1 on s en
rapporte au texte d’Eginhard, aurait pu être préposé aux routes
de Bretagne sur les Marches.
Décembre lifOg. 2f
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SOMMAIRE
Le Congrès Breton de 1908. — R. L.
Mélan ges historiqu es (suit e). — XXI. Le Roi Henri d'Angle¬
terre et la Bretagne. — XXII. Le Roi Richard et la
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Google
277
LE CONGRÈS BRETON DE 1908
Ainsi que nous le souhaitions, le Congrès de 1908 pourra mar¬
quer dans les fastes de l'Association Bretonne, car il a laissé
derrière lui tous ceux de ces dernières années tant par l’impor¬
tance des mémoires qui ont été apportés que par celle des déci¬
sions qui ont été prises. La vieille Association s’est lancée dans
une voie toute nouvelle et plus active, conforme d’ailleurs à ses
traditions et à l’esprit qui animait ses fondateurs. Aussi croyons-
nous intéresser nos lecteurs en leur donnant un compte-rendu
fidèle et détaillé des neuf séances qui composèrent le Congrès
de Fougères. Laissant de côté les discours prononcés aux séances
d’ouverture et de clôture et le résultat des élections, nous nous
en tiendrons exclusivement aux travaux de la section d'Histoire
et d’Archéologie qui rentrent dans le cadre de la Revue de Bre¬
tagne et nous essaierons de dégager la physionomie particulière
qui caractérisa chacune des réunions du Congrès.
La présidence de la Section avait été confiée à l’éminent doyen
de la Faculté des Lettres de Rennes qui, avec une bonne grâce
charmante et une compétence hors ligne en a dirigé presque tous
les travaux. Aussi, quand le samedi matin, M. le comte Lanjui-
nais remercia M. Loth de son dévouement et de son amabilité,
l'assistance. entière témoigna par ses applaudissements qu’elle
s’associait de tout cœur aux paroles du Directeur général de
Y Association.
Première Séance du lundi 7 septembre
M. le V le Le Boutbillbr étudie les voies romaines au pays de
Fougères, notamment celles d’Avranches à Angers,d’Avranches
vers Bordeaux, d’Avranches à Nantes, le Chemin des Sauniers
enfin le Chemin Chasles qui, d’après les paysans, conduit à,
Rennes et s’appelait au ^4oyen-Age, d’après une ancienne charte
de l’Abbaye de Savigny, Rua Caroli Magni ou Rua Redonensis .
Le fameux paladin Roland, neveu de Charlemagne, si l'on s’en
rapporte au texte d’Eginhard, aurait pu être préposé aux routes
de Bretagne sur les Marches.
Décembre fü08.
f
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278
REVUE DE BRETAGNE
MM. LB Go MT B DS LaIOUB, JoÜON DBS LONGRAIS et le VlGOMTB
db Calan parlent, à ce propos, du souvenir laissé par Roland en
Bretagne. M. de Calan fait remarquer que les Bretons jouent un
rôle important dans le roman d'Aspremont et que la Chanson de
Roland a été probablement composée — c’était du moins l'idée
de Gaston Paris — dans le pays ga'lo d’Ille-et-Vilaine.
M. ls Comtb Lanjuinais demande si les petits camps ro¬
mains que l’on rencontre fréquemment en Bretagne n’auraient
pas fait l’office de blockhaus ?
M. lb Viqomtb Lb Boutbiller. — Ils ont dû servir à ramasser
des chariots ou des outils.
M. l'Abbé Millon. — Il y en a pourtant de très considérables
qui ont dû avoir pour destination un but de défense.
M. Loth. — Tous ces « camps » ne sont pas romains.
M. Loth remercie M. le Vicomte Le Bouteiller de son remar¬
quable et consciencieux travail qui ne manquera pas d’ôtre Tua
des plus beaux ornements du Bulletin de cette année.
M. l’Abbé Corbibrrb expose son intention de créer un réper¬
toire d'Archéologie pour la Bretagne. Il va commencer la partie
qui concernera l’Ille-et-Vilaine.
M. l’Abbé Bossard a la parole pour un examen des lieux-dits
au pays de Coglais. Les Celtes furent sans doute les pramiers à
donner des noms aux lieux : les rivières, les montagnes furent
les premières nommées. Sous Auguste, d’après d’Arbois de
Jubainville, de collective la propriété devint individuelle et les
domaines reçurent les noms de leurs propriétaires. En ce qui
nous concerne, Coglais vient de Culiacencis pagus. L’orateur
donne plusieurs autres étymologies et fait remarquer qu’à la
suite des exactions financières romaines une partie de notre
département fut dépeuplé et surnommé Désert . Les Bretons se
sont très peu répandus dans le pays de Fougères : à peine relève-
t-OQ quelques-unes des traces de leur passage.
M. Loth, après avoir remercié M. l'abbé Bossard, conteste
une partie des étymologies de celui-ci. Les mots Beuvron et
Nançon ne sont pas des mots composés dans lesquels on voudrait
direeaw; on devant être considéré seulement comme un suffixe.
De même il ne faut pas décomposer Couesnon en Coet-Non sous
prétexte que Vicenonia doit être décomposé en Vice et Noniat
car il est prouvé aujourd'hui qu^, dans le nom de la Vilaine,
onia est un simple suffixe ajouté à la racine Wuikinnos, nom
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LE CONGRÈS BRETON DE 1908
279
propre qui signifie : Celui qui combat. — De môme, Chalonge
vient de Calumuia et non de Colonia ; Masure , de tnansura et
non de mensura qui a fait mesure .
Seconde Séance.
M. Bahon-Rault, Téditeur bien connu, annonce qu'il va
publier des notices sur les Saints de Bretagne. M. le comte
de Laigue et plusieurs autres érudits bretons se chargent de les
écrire. La souscription est ouverte. On vulgarisera l’œuvre en en
donnant des extraits à très bon marché pour les écoles et les
catéchismes. Les notices pourront ôtre traduites en breton.
M. I’Abbé Millon fait l’éloge de l’éditeur et des auteurs. Il est
persuadé de la réussite de cette œuvre essentiellement bretonne
et absolument nécessaire.
M. le Marquis de l'Estourbbillon, après s’ôtre déclaré par¬
tisan de ces Notices, démontre combien il est triste de voir que
les Saints Bretons soient aussi peu connus.
M. le Vicomte de Calan s'excuse de détruire encore une
légende en parlant de Raoul de Fougères, mais c’esbpour venger
ce personnage des imputations qui le représentent comme un
brouillon changeant continuellement de parti. La campagne de
1154 où il aurait soutenu Eudon de Porhoôt est une pure fable ;
il n’eut donc pas à changer d’opinion pour défendre en 1156
Conan IV dont les prétentions au Duché étaient tout aussi jus¬
tifiées que celles d’Eudon. Si-en 1164 et 1166 il combattit le Roi
d’Angleterre, c’était pour soutenir une thèse juridique dont
Henry II reconnut plus tard le bien fondé lorsqu'elle lui fut
avantageuse, et s’il combattit le môme prince en 1173, ce fut afin
que la Bretagne obtînt le plus tôt possible un souverain spécial
en la personne du jeune Geoffroy. Ses actes sont donc parfaite¬
ment cohérents et s’expliquent tout naturellement.
M. Loth demande si les sympathies de Raoul de Fougères pour
Conan IV n'auraient pas eu pmr cause ce fait que le premier
avait des domaines importants en Angleterre et subissait par suite
l’influence anglaise. A la bataille d'Hastings, le tiers de l’armée
conquérante était breton, et les Bretons acceptèrent facilement
la sazeraireté anglo-normande d’abord nominale puis effective.
M. le Vicomte de Calan répond que cette raison qui est réelle
n’est pourtant pas suffisante, car Hervé de Léon, par exemple,
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REVUE DE BRETAGNE
qui possédait lui aussi des biens en Angleterre s’est posé en
adversaire du Roi Henry II dès que celui-ci a voulu exercer son
autorité en Bretagne.
M. Loth félicite l’orateur de la belle page d’histoire qu'il vient
d’exposer.
M. lh Vicomte Le Boutbillkr retrace l’histoire de l’église
Saint-Sulpice de Fougères. Le premier sanctuaire, dit-il, établi
sur notre territoire fut la chapelle Sainte-Marie dont ou ignore
l’emplacement. Un autre la remplaça après 1166. Saint-Sulpice
fut fondé vers 1060 par Méen II pour subvenir aux besoins
spirituels de la population qui allait toujours en augmentant. La
statue de Notre-Dame des Marais, qui se trouvait dans l’antique
chapelle Sainte-Marie, fut retrouvée parmi les décombres des
ruines de 1166 et déposée dans l’église.
M. Loth remercie M. Le Bouteiller.
M. l’Abbé Mathurin a adressé au Congrès une étude sur les
croix de la campagne en Ille-et-Vilaine, où l'on retrouve toutes
les qualités d’historien et d’écrivain qui caractérisent le savant
collaborateur de la Semaine Religieuse de Rennes où il a remplacé
le si regretté chanoine Guillotin de Çorson.
M. Loth parle de la renaissance de la langue bretonne. Mal¬
heureusement le peuple breton n’a plus conscience de son
histoire. Il est indispensable de sauver la première et de pro¬
pager la seconde. A ce propos, l'histoire de Bretagne en 20 pages
de M. le Vicomte de Calan est excellente à divulguer dans les
écoles et les milieux populaires.
Première Séance du marui 8 septembre.
M. le comte us Laigub, qui a déjà publié les Réforraations et
les Montres de l'Evêché de Vaones, fait connaître que la suite de
cet ouvrage va concerner l’Evêché de Rennes. Il en extrait ce qui
concerne les faubourgs de Fougères qui dépendaient de Lecousse
et de Laignelet. Malheureusement ces deux paroisses n’ont été
réformées qu’en 1513 comme d’ailleurs leurs voisines.
M. le vicomte ob Calan. L’absence de réformation au XV*
siècle dans le pays de Fougères ne viendrait-il pas de ce que le
duc d’Alençon aurait refusé de laisser percevoir le fouage dans
sa seigneurie ? A remarquer que l’exemption des louages obtenue
par les bourgeois de Fougères après le siège de 1449 s’étendait
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LE CONGRÈS BRETON DE 1908
281
aux biens qu’ils possédaient en dehors de la ville proprement
dite.
A l’occasion de la communication deM. le comte de Laigue, ce
dernier et MM. Loth, Bossard et Corbibrre signalent les singu¬
larités qui frappent les noms de famille aux pays français et
bretonnant.
M. le vicomte Le Boutbiller donne des notes sur les diffé¬
rentes époque où furent faites les constructions du château de
Fougères et montre les caractères présentés par chacune d’elles.
Plusieurs membres du Congrès demandent que les communi¬
cations de M. Le Bouteiller soient publiées au Bulletin, au besoin
à l'exclusion de toutes autres, étant donné leur intérêt,leur valeur
et l’immense travail qu elles lui ont coûté.
M. le comte Lanjuinai8. La question sera examinée avec la
plus grande faveur par le bureau.
M. le vigomte DE Calan prend la parole sur le roman de Mé -
lusine . Ce roman, dont il ne nous est parvenu qu’une version en
prose de la fin du XIV # siècle due à un nommé Jehan d’Arras, lui
parait avoir été composé en trois fois. Une première rédaction, à
laquelle il faut attribuer les épisodes qui se passent dans les lies
Britanniques,aurait été faite en Angleterre par un écrivain anglo-
breton. Les Armoricains en auraient eu connaissance soit quand
ils se réfugièrent au X e siècle auprès d’Athelstane, soit quand ils
suivirent Guillaume le Conquérant au XI e , et c’est ainsi qu’ils au¬
raient rapporté dans leur pays la légende de Merlusine. C’est là
qu’au XIII e un trouvère breton, désireux de flatter la famille
poitevine de Lusignan, devenue bretonne par un mariage, eut
l’idéè de décomposer Merlusine en mère Lusine et d’en faire la
mère de tous les Lusignaa ; à moins que ce soit un trouvère
poitevin aux gages des Lusignan qui, ayant accompagné ses
maîtres en Bretagne, y entendit conter la légende et eut l’idée de
la leur appliquer. Il est d’ailleurs curieux que Métusine, femme
de Raymond de Lusignan dans le roman, y a la réputation d'une
grande bâtisseuse et que Jeanne de Fougères, femme historique
de Hugues de Lusignan, a, dans l’histoire, la même réputation.
— Enfin une troisième rédaction aurait été composée à la fin du
XIV e siècle pour flatter la famille de Luxembourg en la faisant
descendre aussi de Merlusine .
Répondant à une question de M. le vicomte Le Bouteiller, M. le
vicomte de Calan dit qu’il n’est lait aucune allusion dans le ro*
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REVUE DE BRETAGNE
man de Mélttsine au pays de Fougères ; toutes les allusions se
rapportent aux pays de Vannes et de Nantes, mais il ne faut pas
oublier que les Lusignan ont possédé le Porhoêt, ce serait donc
plutôt dans ces parages qu'il faudrait chercher l’auteur de la ré'
daction armoricaine.
M. Loth croit très vraisemblable l’opinion de M. de Calan ;
il pense cependant que, d’une façon générale, les légendes bre¬
tonnes insulaires étaient déjà connues des Bretons lorsqu’ils
émigrèrent en Armorique, et que c'est beaucoup plus à l’époque
de Guillaume le Conquérant qu’à celle d’Athelstane qu'ils ont
rajeuni ces premiers souvenirs. Il ajoute que Ton a tort de croire
parfois que la population bretonne a été exterminée dans l’Ile
de Bretagne par les Anglo-Saxons. Il est sûr qu’un peu partout
(en laissant de côté les parties restées celtiques jusqu’au X e siècle
et plus tard, quelques-unes jusqu’à nos jours : Galles, Cornwal,
royaume de Strat Clyde, etc ), notamment en Wessex, les Bre¬
tons vaincus se sont fondus avec les Anglo-Saxons. J’ai prouvé,
dit-il, qu’en Sommersetshire notamment, les deux langues bre¬
tonne et saxonne étaient toutes les deux parlées à la fin du VII*
siècle et sans doute encore au VIII e (Revue Celtique : Le Breton
en Sommerset). Les Bretons émigrés en Armorique furent nom¬
breux,mais je ne suis pas du tout partisan de la théorie incompa¬
tible avec les faits qui suppose l'Armorique à peu près déserte
à l’arrivée des Bretons. Le zèle chrétien de ces derniers et le pa¬
ganisme farouche des Anglo-Saxons ont dû contribuer à donner
à la lutte entre ces deux peuples une particulière âpreté. Mais, en
dehors de toute question de religion, ce fut pour les Bretons un
combat pour l’existence en tant que nation, et, pour les maîtres
du sol, la dépossession et l’esclavage en perspective.
Seconde Seance
M. le vicomte de Calan traite la question du Protestantisme
au pays de Fougères. Il expose que, si de tous les départements
bretons, l’Ille-et-Vilaine est celui où les protestants firent le plus
d'adeptes dans hs hautes classes, l'arrondissement de Fougères
figure, avec ceux de Saint-Malo et de Montfort, parmi les pays
où ils en firent le moins. Les conversions furent dues presque
toujours soit à l’influence des grandes familles sur les gentils¬
hommes qui vivaient dans leur intimité, soit à l'hostilité des
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LB CONGRES BRETON DE 1908
. 283
magistrats contre les juridictions ecclésiastiques qui leur a fait
voir avec sympathie un christianisme supprimant la hiérarchie,
les évêques, et par suite les tribunaux ecclésiastiques.
M. Loth adresse ses félicitations à l'orateur et donne la parole
à M. Lefas.
M. Lffas, député de Fougères, entretient le congrès des dé¬
couvertes de trésors et montre combien il serait utile d’intéresser
davantage l’inventeur du trésor sans léser toutefois les droits
du propriétaire. Cette causerie charmante et pleine de verve du
sympathique député a recueilli une ample moisson d'applau¬
dissements.
M. lb comte db Laïque revient sur la question. M. Lefas ayant
cité les trésors récemment découverts à Pipriac et à Limoges
(trésor des Templiers), il déclare que le premier était très im¬
portant. La Revue Numismatique en parle en ces termes : « A la
Tenille, près Pipriac (arrond 1 de Bedon, Ille-et-Vilaine), section
G., dite de Y Alleu, parcelle n° 2057 du cadastre, en juin 1008, en
élargissant un chemin, les ouvriers onj, découvert un vase de
terre qui a été brisé. Il contenait environ 600 monnaies de billon,
dont 464 examinées par M. Paul Banéat. Parmi ces dernières,
361 appartiennent à la série armoricaine, avec le sanglier à
gauche sous l’androcéphale à gauche ; 8 de ces pièces présentent
sur le sanglier une sorte de globule en relief qui le cache presque
entièrement et qui rappelle un peu un buste humain tourné à
gauche ; deux pièces, sans le globule, du même diamètre que
les autres, ont été frappées avec des coins sensiblement plus
petits. 91 exemplaires ont l’androcéphale à droite, et au-dessous
un homme couché à droite (je pense qu’il s’agit de pièces ana¬
logues à celles de la série attribuée aux Diablintes par Hucher)-
Cinq pièces portent une roue à quatre rayons sous le cheval,
2 ont un sanglier à droite sous l’androcéphale à droite. On a si¬
gnalé? pièces d'or comme faisant partie du trésor; et, en effet,
il y en avait une avec la main sous lé cheval, qui doit être un
statère d’or bas des Pictones. La présence de cette pièce en
Armorique ne doit pas nous étonner, car on a déjà fait des trou¬
vailles du même genre au nord de la Loire ; un exemplaire se
trouvait dans le dépôt de Sens*de-Bretagne,dans le nord de l'Ille-
et-Vilaine (Voy. mon Traité des M. Gaul y p. 2Ô6J. Le trésor de
Pipriac est certainement un de ceux dont une étude complète
est souhaitable. »
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REVUE DK BRETAGNE
M. Loth faitalors remarquer l’intérêt qu’offrent les pièces trou¬
vées à Pipriac,dans un pays ayant fait partie, très voisin en tout
cas,du territoiredesVénètes donton neconnaîtpasles monnaies.
Il souhaiterait qu’une question fût posée, àlaChambre des Dépu¬
tés, à M.le Ministre de l’Instruction Publique pour que des Instruc¬
tions fussent données dans les écoles primaires afin d’empêcher
la perte totale ou partielle forcée de telles trouvailles.
Après quelques observations de M. le baron de Wismbs
qui signale les efforts de M. le marquis de Montaigu pour sau¬
ver les objets découverts chez nous.
M. Jouon des Longrais retrace l’histoire de Fougères pen¬
dant la Ligue. Cette ville, presque seule ligueuse dans l’évêché
de Rennes, resta jusqu’à la fin fidèle au duc de Mercœur ; et
l’orateur discute et résout les multiples petits problèmes qui se
présentent au long de cette page si mouvementée et si troublée
du passé de l’antique cité que l’Association Bretonne a choisie
pour en faire en 1908 le siège de ses Assises. Beaucoup de dé¬
tails inédits donnent à cette communication remarquable beau¬
coup d’entrain et de bonne humeur. M. Jouon des Longrais est
vivement félicité par M. Loth.
Première Séance du mercredi 9 septembre.
M. le vicomte Alain du Cleuziou rappelle les cérémonies du
couronnement des ducs de Bretagne à Rennes : veillée à Saint-
Pierre, procession depuis le logis, cérémonie à la cathédrale, etc.
Le tout d'après le Pontifical et d’Argentré.
M. Loth remercie M. du Cleuziou. Puis MM. le vicomte de
Villers et le vicomte de Calan présententquelques observations.
D’Argentré s’est inspiré du Pontifical dont a parlé M. du Cleu¬
ziou.
M. le vicomte du Halqoubt communique une élude des plus
curieuses sur les Carillons et Roues de Fortune en Bretagne. Css
roues, dont l’usage remonte aux R jmains, étaient des instru¬
ments destinés à signaler aux fidèles certaines parties des céré¬
monies de l’Eglise. Depuis on leur a attaché des pratiques
superstitieuses malgré le Clergé, et on a fini par les appeler
« Roues de Fortune ». Elles disparaissent actuellement et c’est à
peine si l’on peut en compter deux ou trois encore chez nous.
M. le vicomte du Haloouût, à qui l’on doit plusieurs ouvrages
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LE CONGRÈS BRETON DE 19*8
285
sur le comté de Porhoët et ses seigneuries, a obtenu un vif
succès et on l’a félicité chaleureusement.
M. Annb-Duportal a trouvé dans les archives du château de
Montmuran, aujourd’hui perdues et dispersées, quelques pièces
qui jettent un jour tout nouveau sur la vie à la campagne vers
la fin du XVl a siècle. 11 leur a joint des notes et des explications
qu’il lit au Congrès.
Après avoir exprimé au dernier orateur les remerciements du
bureau.
M. Loth fait une véritable Conférence sur l'orioine, le déve¬
loppement ET LE RECUL DU BRETON ARMORICAIN. A quel groupe
appartient cet idiome ? Tous les celtistes compétents sont
d’accord pour*afllrmer que le breton a été importé par les émi¬
grations d outre-mer : c'est aussi l’avis de dom Lobineau et de
La Borderie. Au moment de ces émigrations, on ne parlait en
Armorique comme dans le reste de la (iaule romaine (en excep¬
tant les langues des envahisseurs germains), qu’une seule
langue : le roman, ou, si l'on veut, le latin en évolution régulière-
Le roman a continué à être parlé exclusivement dans les parties
qui n’ont pas été envahies par les Bretons avant le milieu du
IX • siècle. 11 a été parlé concurremment avec le breton, langue
des émigrants insulaires, dans le reste de l'Armorique, plus ou
moins longtemps. — Je le répète, dit M. Loth, au moment de
l’arrivée des Bretons ea Armorique tout y était roman : on n’y
parlait plus la langue gauloise-, c’est prouvé par les noms de
lieux. Mais quel rapport y a-t-il entre le breton et le gaulois ?
C’est ce qu’on ignore. Le calendrier de Coligny et deux inscrip¬
tions des Deux-Sèvres sur plomb (si elles étaient gauloises)
prouveraient que le gaulois était très éloigné du breton.
La ligne de démarcation du roman et du breton au IX 4 siècle
donnée par Aurélien de Courson sur sa carte est erronée : elle
n’indique en effet aucun Ilot roman dans la partie bretonne. En
étudiant les noms de lieux et le cadastre des différentes com¬
munes, je crois pouvoir dès maintenant rectifier celte ligne : elle
part de la Loire à l’e3tde Congés en l’englobant, laisse à droite
Savenay, Nozay en englobant Blain, le Qâvre, traverse Marsac,
Luzinger en passant entre Conquereuil et Jans, laisse un peu à
droite Bain, Poligné, Pléchâtel. Bourg des Comptes, Laillé, Pon-
tréan, Bruz, Moigoé, le Rheu, l’Hermitage, Parthenay, Gavezé,
Vignoc; traverse Langouet, Saiat-Gondran, Saint-Sympho'ien,
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REVUE DE BRETAGNE
Guipel, Bazouge-sous-Hédé, Marcillé-Raoul, Noyal-sous-Ba*
zouges (en les laissant à droite), Cuguen ; laisse un peu à droite
Trans, Plaine-Fougères, SaiDs et va aboutir à la mer, à l’est de
Roz-sur-Couesnon. Il ne faudrait pas croire toutefois qu’il n’y
ait pas eu des Bretons à l'est de cette ligne. Après les conquêtes
de Nomenoé et Erispoé, les Bretons s’établissent dans les zones
françaises du Nantais et du Rennais, surtout sur les frontières
où ils fondent de puissantes seigneuries et où ils nous appa¬
raissent entourés de gens de leur langue : c’est ce que La Bor-
derie a parfaitement mis en lumière dans sa Géographie féodale
de la Bretagne.
Maintenant, pourquoi la langue bretonne a-t-elle reculé aussi
brusquement du X* aux XI*-XII* siècle ? On n’a répondu à cette
question que par des hypothèses en l’air. Il faut évidemment re¬
pousser la solution proposée par La Borderie et d’autres d’après
lesquels ce recul serait dû à la conquête normande du X * siècle.
C'est une erreur. Une partie importante de la population émigra
en Angleterre et en France : tous ne revinrent pas évidemment.
Mais ce fut surtout l’élément guerrier et riche qui fut amoindri :
les pauperes Britanni, le peuple resta sous la domination étran¬
gère. Il est invraisemblable que même la partie de la population
qui avait émigré et qui était revenue eût oublié sa langue natio¬
nale et rapporté le français en une espace de temps très court. Il
faut ajouter que les chefs émigrèrent plutôt en Angleterre; quant
aux pduperes Britanni, si leur langue s’était modifiée, c’est qu’ils
auraient appris un peu de normand. — Non. Dans la zone qui,
du X* aux XII’-XIII* siècle, perdit le breton,le roman n’avait pas
dû cesser d’être parlé. L’élément breton par la domination nor¬
mande y futaffaibli au profil de l'élément roman. Une autre cause
d’affaiblissement plus importante peut être, c'est la conquête du
pays français de Rennes et de Nantes : les chefs bretons s'y éta¬
blirent et se francisèrent.
Un simple coup d’œil jeté sur la carte de la zone bretonnante
du IX* siècle nous montre, dans l’intérieur de cette zone, des
paroisses dont le nom a subi l’évolution romane et française ,
quoique la langue bretonne y fût en partie parlée. Ce sont juste¬
ment aujourd'hui des paroisses où l’on parle français. Il y avait
donc là une population de langue romane puis française au
milieu de la population de langue bretonne. M. Loth appuie ses
affirmations par une foule d’exemples et termine sa conférence
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LE CONGRÈS BRETON DE 1908
287
en donnant la ligne de démarcation entre la zone mixte romano-
bretonne et la zone bretonnante pure : il la fait -partir de Saint-
Nazaire, passer par le territoire de Saint André-des-Eaux, Fa
Chapelle-des-Marais, Nivillac, entre Limerzel et Caden, en»ro
Questembert et Malansac, par les terres de Pluherlin, Aloiac,
Samt-Guydmard, Sérent, Lizio, Saint-Servant, Guégon, lantillac,
Pleugriff t, Rohan, Saint-Samson, Saint-Barnabé, la Prénessaye,
la Motte, Uzel, l’H^rmitage, Saint-Brandan, Plaine Hau*e, Saint-
Donan, Plerneuf, Tremuson, Tréméloir, puis passer entre Jré-
gomeur et Pordic et aboutir à la mer un peu à l’est de Binic.
La Revue de Bretagne a voulu s’étendre longuement sur cette
conférence car, à elle seule, elle constitue tout un chapitre de
l’Histoire de Bretagne.
Seconde Séance.
M. l’Abbé Corbierre lit des lettres inédites de dom Mabillon
à dom Du Chemin, prieur de Notre-Dame de Vitré, à dom Lepel-
letier, etc. On seit que c orn Lepelletier composa un Dictionnaire
de la lai gue bretonne : dom Mabillon eut recours à lui pour
obtenir des éclaircissements sur les mots bretons qui figuraient
dans les chartes consultées pour les Acta Sanctorum Ordinis
Sancti Benedicti .
M. le Comte Le Gonidrg, président de la séance, remercie
chaleureusement M. l’abbé Gorbierre de son intéressante com¬
munication.
M. le Comte de Laïque fait observer que M. l’abbé Corbierre,
un ancien élève du collège de Redon, a publié un recueil choisi
de pensées de dom Mabillon qui montre que le savant béné¬
dictin ne travaillait que pour la gloire de Dieu.
M. Plihon donne un aperçu des fastes de l’imprimerie à Fou¬
gères laquelle ne date réellement que du XIX e siècle.
M. Le fa s fait remarquer que le premier ouvrage sur des
usages locaux départementaux fut imprimé en 1839 à Fougères.
M. l’Abbé Corbierre souhaite que les bibliothèques publiques
se procurent les livres imprimés dans les localités mômes.
MM. Plihon et le Baron de Wismes montrent quelques livres
sortis des presses fougeraises.
M. le Comte Le Gonidec dit que l’aperçu donné par M. Plihon
avivement intéressé le Congrès.
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REVUE DE BRETAGNE
M. Lbfas conte l’histoire d'une ancienne croix de la paroisse
de Chasné, aujourd'hui disparue, mais au pied de laquelle on
trouva des squelettes enterrés dans des sarcophages de brique.
Cette croix qui n’était pas éloignée d’une voie romaine, avoisinait
un champ appelé la Madeleine .
Il résulte de la discussion qui s’ouvre au sujet de la commu¬
nication de M. Lefas qu’on dut se trouver en présence d’un
ancien cimetière de lépreux ou de pestiférés.
M. le Comte de Laïque* explique à ce propos les rapports qui
ont existé entre les Minihis et les Madeleines , les premiers
ayant été, au pays bretonnant, des lieux d’asiles et les secondes,
des refuges de lépreux substitués souvent aux Minihis .
M. le Comte Le Gonidec se fait l’écho de toute l’assistance en
félicitant M. Lefas.
Première Séance du vendredi li septembre.
M.. Trévédy, — dont la mort vient de plonger dans le deuil
le monde littéraire breton — a envoyé un mémoire sur trois
duchesses de Bretagne : Catherine de Luxembourg, lsabeau
d’Ecosse et Françoise d’Amboise. Ce mémoire, l'un des derniers
travaux qu’aura écrits lé consciencieux auteur, est frappé au
coin de la meilleure érudition.
M. l’Abbé Hbluet, qui n'a pu aussi lui assister au Congrès,
s’y est fait remplacer par une notice sur Pontrieux et ses
processions.
M. le Comte Le Gonidec regrette que ces deux auteurs n'aient
pu lire eux-mèmes leurs communications, puis il fournit des
détails sur Pontrieux et ses environs qu’il connaît particulière¬
ment.
M. le Baron de Wismbs produit et commente l’inventaire de
la succession mobilière de Charles Le Pennec de Boisjolan
(1701-1702),qui donne des renseignement sur la situation d’une
grande famille guérandaise au début du XVIII e siècle. — Il
annonce que M. Pied est en train de faire la table générale de
la Revue de Bretagne qui comprendra depuis la fondation
52 années.
Hélas, depuis le Coogrès, M. Pied a lui aussi rendu son âme à
Dieu !
MM. le Comte Le Gonidec, le Comte de Laïque et Jouon des
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LE CONGRÈS BRETON DE 1908
289
Longraib ajoutent quelques observations au point de vue de la
lenteur de confection de l’inventaire LePenStec et en soulignent
les parties les plus curieuses.
M. Jouon des Lonorais, qui sait si bien l’histoire des Etats de
Bretagne, raconte avec beaucoup de détails les assises qui se
tinrent à Fougères en 1653. Les diverses tenues des Etats sont
en général mal connues et Ton ne saurait assez encourager les
chercheurs bretons à suivre l’exemple de M. Joüon des Longrais
en nous en faisant connaître les côtés oubliés.
Sbcondb Séance.
M. le Comte Le Gonidec parle d’une ancienne chanson :
Le Confiteor, écrite pendant la Révolution contre les prôtres
jureurs et qui est attribuée à l’abbé Stévan de Saint-Martin de
Vitré, mort vers 1825 ; il la tient de sa vieille bonne qui était née
8 ans avant la Terreur. À la demande de M. le comte Lanjuinais,
M. Lè Gonidec veut bien en chanter un couplet. Une autre
chanson satirique de la même époque célèbre l'infaillibilité du
Pape dans des termes à peu près identiques à ceux qu’employa
plus tard le Concile du Vatican.
M. le Vicomte'Le Bouteiller cite une autre chanson patrio¬
tique dirigée aussi contre les prêtres jureurs sur l’air de la
« bonne aventure », ainsi qu’un Supplément du Catéchisme de
Trois Etoiles contre les mêmes prêtres constitutionnels qui, on
le voit, étaient loin d’être populaires.
M. le Comte Lanjuinais remercie les deux orateurs.
M. le Vicomte de Calan expose, en ce qùi concerne l’Ille-et-
Vilaine, le résultat des recherches entreprises par lui, de concert
avec M. le comte de Laïque sur les raisons qui ont dicté le choix
des patrons des paroisses bretonnes. Il y a évidemment parmi eux
des saints locaux objets d'un patronage spécial dans les endroits
où ils ont vécu ; mais il y a aussi des saints de l’Église univer¬
selle. Or, en étudiantla façondontles différentes dévotions se sont
succédé, on peut suivre la répercussion qu’elles ont eue dans
notre pays. A l’époque des persécutions, c’est saint Etienne,
premier martyr, qu’on propose à la vénération des fidèles. Au
V* siècle un commencement de dévotion à la Sainte Vierge est
l’écho des grands conciles d’Ephèse et de Chalcédoine. Au
VI® siècle, le culte de saint Pierre a pour but d’affirmer l'unité de
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REVUE DE BRETAGNE
i
l’Eglise catholique en présence de la multiplicité des royaumes
barbares créés sur les ruines de l’Empire Romain. Au IX* siècle
le cuite du Saint-Sauveur, au XI e siècle celui de la Sainte Tri¬
nité ont pour but l’affirmation des grands mystères de la Ré¬
demption et de la Sainte Trinité. Enfin, à partir du XII e siècle, le
culte prédominant est celui de la Sainte Vierge.
Répondant à une question de M. le comte Le Gonideg, M. de
Calan estime que la dévotion à la Sainte Croix est contemporaine
des grands pèlerinages du XI e siècle en Terre Sainte. En ce qui
concerne saint Martin, il faut, suivant l’opinion de M. Maître,
restituer à saint Martin de Vertou beaucoup de paroisses aujour
d'hui dédiées à saint Marlin de Tours. Or la dévotion à saint Martin
de Vertou a été installée par les moines des abbayes fondées par
ce saint, c’est-à-dire aux VII e et VIII e siècle ; et la dévotion à saint
Martin de Tours n’a été propagée en Bretagne que parles moines
de Marmoutier lorsqu’ils sont venus dans ce pays c’est-à-dire
à partir du XI e siècle.
M. le Comte le Gonideg demande s’il n’est pas exact qu’on ait
substitué saint Pierre à des saints bretons.
M. le Comte de Laigue. Le fait a été affirmé mais on n'a
apporté à l’appui de cette assertion aucune preuve sérieuse.
M. le Vicomte Alain du Cleuziou fait remarquer que les
saints bretons ont placé les églises qu’ils fondaient sous le vo¬
cable de saints de l’Église universelle.
M. le CoMtb de Laïque fait un rapport sur les curiosités à
visiter au bourg de Langon (Ille-et-Vilaine) : temple de Vénus
devenue chapelle de saint Vener puis de sainte Agathe, encore
debout avec sa peinture païenne représentant Vénus sortant de
l'eau ; — monument mégalithique dit les Demoiselles de Langon ;
— l'église romane dans laquelle on a trouvé une fresque de la
môme époque ; — chapiteau romain ; — sarcophages mérovin¬
giens, etc.
Sur la proposition de M. le comte LanjuinaiS le Congrès vote
un vœu en faveur de la démolition d’une partie de la Digue du
Mont Saint-Michel.
M. l'abbé Corbierre a bien vojIu se charger de faire le
compte-rendu de l’excursipn de jeudi au Mont Saint-Michel. Il
s'acquitte de cette tâche avec une éloquence et un esprit qui lui
valent des bravos unanimes.
M. le Vicomte Le Bouteillbr observe, à ce propos, que, d'après
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LE CONGRES BRETON DE 1908
291
M. l’architecte du Mont Saint-Michel, ce mont vu du dehors
avant l'incendie de 1152 avait exactement l’apparence qu’on lui
voit sur la tapisserie de Bayeux. Il en résulterait que cette
tapisserie serait antérieure à cette date et que les images qu’elle
nous donne de Dinan et de Dol entre autres auraient chances
d’être exactes.
A la séance de clôture MM. le Comte de Laïque, le Comte de
la Riboisièrb, l’Abbé Corbierrb s’occupent de l'état des anciennes
croix bretonnes éparses dans la campagne. Puis Y Association
Bretonne décide d’accorder son patronage officiel au concours
que va ouvrir la Jeunesse Catholique Bretonne en vue d'améliorer
dans un sens vraiment national le répertoire de thé&tre des
groupes catholiques et patronages bretons.
Avant de clore le Congrès, M. le Comte Lanjuinais déclare
que les Assises de 1909 auront lieu à Ploërmel. Oq y célébrera
le sixième centenaire de l’organisation des Etats de Bretagne
qui justement fut réglée dans cette ville en 1309 par l’adjonctiOQ
des membres du Tiers aux représentants du Clergé et de la
Noblesse.
La Revue de Bretagne engage vivement tous ses amis à se
donner rendez-vous en foule à Ploërmel au mois de septembre
prochain dans un grand élan de patriotisme breton.
R. L.
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MÉLANGES HISTORIQUES
(Suite) (1)
» «a ï s» —
XXI. — Le Roi Henri II d’Angleterre et la Bretagne
Les événements qui, dans la seconde moitié du XII* siècle, mo¬
difièrent si profondément les destinées de la Bretagne ont été
jugés de façons très différentes par les historiens anciens et par
les historiens modernes. Les premiers ont raconté la substitution
qui se produisit alors d’une dynastie angevine à une dynastie
bretonne sans s’émouvoir outre mesure de cette substitution, tan¬
dis que les seconds y ont vu une calamité nationale, le recul du
génie celtique, un pas décisif dans la voie odieuse de la franci¬
sation. Cette conception romantique remonte en droite ligne à
Augustin Thierry. C’est à son école que beaucoup de nos histo¬
riens modernes ont appris à s’enthousiasmer en l'honneur d’in-
i urgés transformés par eux en patriotes irréductibles, en cham¬
pions jamais lassés de la défense nationale, tandis qu’ils prodi¬
guent les épithètes flétrissantes au duc Conan IV, « ce lâche et
« imbécile prince qui livra sans coup férir la Bretagne au joug
« anglais », dont « l’histoire n’a pas assez châtié le crime en appli¬
quant au coupable l’épithète de Conan le petit » alors que, « c’est
« Conan le traître, Conan le Judas qu’il faut dire, puisque l'âme
< et le corps de son peuple qu’il avait charge et mission dedé-
« fendre au péril de sa vie.il les livra au pire ennemi de ce peuple
« et à un affreux tyran. « Conan IV a-t-il en réalité « vendu son
pays, y a-t-il « peu de traits aussi ignobles dans l’histoire» ?
Pour apprécier de façon équitable l’acte de Conan IV, il faut
tenir compte de la situation réelle de la Bretagne à cette époque.
Depuis près de deux siècles notre pays subissait de façon plus ou
moins directe l’influence des ducs de Normandie, et quoique les
(I) Voir la Rtvue d’octobre 1908 .
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MÉLANGES HISTORIQUES
203
prétentions de ces derniers prissent leur point d’appui dahs un
fait matériellement faux, la prétendue cession de la Bretagne faite
par le roi Charles le Simple au duc Rollon, les princes normands
avaient réussi à imposer en fait leur suzeraineté aux comtes de
Rennes et à faire reconnaître cet état de choses par les rois de
France. Pendant un temps les princes bretons avaient pu espérer
échapper aux conséquences de cette suzeraineté en s’appuyant
sur les comtes d’Anjou : mais, au milieu du XII e siècle, un prince
angevin se trouva, par une série d’événements, réunir entre ses
mains près de la moitié de la France, Normandie, Maine, Anjou;
Touraine, Poitou, Guyenne et Gascogne, et joindre à ces posses¬
sions la souveraineté de l’Angleterre. Comment veut-on que le
comte de Bretagne essayât d’engager contre un prince aussi puis¬
sant une lutte nécessairement inégale? Il a cherché à négocier
au mieux des intérêts de son pays en mariant sa fille à l’un des
fils d’Henri II ; il ne sacrifiait pas l’indépendance de la Bretagne,
il n’en faisait point une province de l’État angevin ; en tous cas, il
ne la livrait pas aux Anglais, alors gouvernés par des rois fran¬
çais et par une aristocratie française. Mieux encore que la
duchesse Anne, il tirait le moins mauvais parti possible d’une
situation difficile. Il y a donc vraiment trop de sévérité dans le
jugement que portent sur Conan IV nos plus récents histo¬
riens bretons.
Il y a de môme quelque partialité dans l’appréciation unifor¬
mément élogieuse de l’attitude des vicomtes de Léon vis-à-vis de
Henri II et de son fils Geofroi. Certes, je ne veux pas entreprendre
la réhabilitation du monarque anglais dont les grandes qualités
administratives ne feront jamais oublier les vices, et si c’était
uniquement contre lui que les vicimtes de Léon avaient levé
l’étendafd de la révolte, on pourrait peut-être saluer en eux de
magnanimes insurgés ; mais quand on les voit combattre Geofroi,
c’est-à-dire leur souverain légitime, devenu très breton de cœur et
nullement inféodé à la polilique de son père, on conclut tout natu¬
rellement que ces prélendus patriotes ne sont, comme* le disent
les chroniqueurs contemporains, que des esprits turbulents et
agités, impatients de toute autorité, quelle qu’elle soit, régulière
ou irrégulière, honnête ou tyrannique.
Acôté de cette appréciation d’ensemble,il est un certainnombre
de points de détail sur lesquels,après un examen minititux, il ne
m’est pas possible d’accepter les conclusions de l'érudition mo*
Décembre 1908 ît
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294
REVUE DE BRETAGNE
derne. Nos historiens me paraissent avoir é’é induits pn erreur
par la confiance exagérée qu’ils ont accordée aux récils de Pierre
Le Baud. Or il faut se défier de ce chroniqueur. Il lui arrive de se
tromper de temps en temps sur la date de3 événements ; il place
par exempte en 1147 la mort de Gonan III, qui est en réalité de 1148,
en 1159 la mort de Geofroi d'Anjou, qui est de 1158, de sorte que,
lorsqu'il est le seul garant de l'exactitude d’une date, il est impru¬
dent de s'y fier aveuglément.
De plus, il existe dans ses récits des erreurs manifestes ou des
invraisemblances qui ne nous permettent pas de les accepter
sans discussion. Lo sque par exemple, il fait jouer un rôle à
André de Vitré dans les événements de 1154, alors qu'André ne
devint seigneur de Vitré qu'en 1173, il est évident que cette
mention inexacte est due au désir de flatter les seigneurs de
Vitré dont Le Baud ôtait l’historiographe, mais nous voici en
même temps prévenus contre l'historicité de toute cette partie de
la narration. Lorsque Le Baud parle en 1156 des opérations mili¬
taires qui ont eu lieu autour de Montfort-sur-Meu, quelques
lignes après avoir fait ressortir toute l’importance du rôle de
Robert de Montfort, si l’on vient à remarquer que ce personnage,
que Le Baud prend pour un seigneur breton, est un baron nor¬
mand, seigneur de Montfort-sur-Risle, le rôle militaire de la
ville de Montfort-sur-Meu nous paraît là encore inventé pour
grossir le rôle des seigneurs de Vitré, possesseurs au XV® siècle
de Montfort-sur-Meu.
Reprenons maintenant sous le bénéfice de ces observations le
récit des événements qui s’écoulèrent entre l’expulsion de Hoël
et la mort ae Henri II (1156-1189).
C’est seulement en 1156 et non deux ans plus tôt, comme tous
nos historiens l’ont répété d'après Le Baud, que Gonan IV fit son
apparition sur la scène politique. Le silence de Robert deTorigni
est déjà un premier argument contre le fait de cette prétendue
campagne de 1154 ; le rôle manifestement inventé que Le Baud
y fait jouer à André de Vitré en est un second ; enfin si l'on
s’explique la volte-face qui, dans l’opinion commune, fit après la
mort de Jean de Dol abandonner à Raoul de Fougères le parti de
Conan IV pour celui d’Eudon, on ne s'explique pas du tout
pourquoi après avoir soutenu le vicomte de Porhoêt en 1154, il
l’aurait abandonné en 1156 sur les conseils de son beau-frère
Raoul de Montfort, faisant preuve ainsi d’une versatilité
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MÉLANGES HISTORIQUES
29S
peu vraisembluble. Il est donc probable que la oampagne
de 1154 doit dire reléguée dans le domaine des fables et
que c'est seulement en 1156 que les Bretons furent appelés à
se prononcer entre les deux compétiteurs. Que Jean de Dol ait
à ce moment soutenu Ëudon, cela est certain, puisque Robert
de Torigni le dit formellement: qu’Alain de Dinan ait suivi le
même parti, cela est possible, quoique Le Baud soit le seul à le
dire ; mais qu'il faille ajouter à ces deux noms celui de Hervé de
Léon, cela ne me paraît guère vraisemblable, puisque six ou
sept ans après, Conan IV soutenait énergiquement ce seigneur
contre son voisin le vicomte du Faou, ce qui ne se compren¬
drait pas s’il ne s'agissait d'un ancien partisan; Hervé de Léon
ne me paraît avoir pris le parti d'Eudon que lorsque plus tard
un mariage unit les intérêts des deux familles.
C’est donc en 1156 que Conan quitta l’Angleterre, où il avait
été élevé dans le comté paternel de Richemont, pour faire valoir
ses prétentions sur la Bretagne. D'où lui venaient ces préten¬
tions ? Le Baud, qui mentionne à ce moment la mort de Berte,
s’imagine évidemment que Conan s’est jugé appelé par le décès
de sa mère à recueillir sa succession ; mais nous savons, par
deux chartes de 1158, que Berte vivait encore à cette époque. Le
Baud s’est donc trompé sur la date de la mort de cette princesse,
et il faut chercher un autre motif aux réclamations de Conan IV.
Ce qui parait le plus probable, c’est qu'il venait d’atteindre à ce
moment sa majorité féodale et que nombre de Bretons jugeaient
à cette époque que les femmes, aptes à transmettre un flef,.
étaient inaptes à le gouverner, du moment où elles avaient un
héritier masculin en âge de les remplacer; car il semble bien
qu’à la fin du XII e siècle on en ait jugé pour Constance et pour
Artur comme beaucoup en jugèrent au milieu de ce siècle pour
Barte et pour Conan IV. Des événements de la campagne de
1156, que nous savons par une charte de l’abbaye de Montfort
avoir été inaugurée au mois de septembre (1), un seul est attesté
par les chroniques contemporaines et par conséquent certain, la
prise de Rennes par Conan. Comme je l'ai dit, la mention de
Montfort semble une pure invention ; de môme ce qui est dit de
Hédé et de Montmuran est un calque de la campagne de 1168 et
doit être rayé de la liste des faits historiques.
( 1 ) Morice, Preuves , tome I, col. 618 .
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29c
RBVUE DE BRETAGNE
Je passe sur les événements de 1158 que tous nos historiens
modernes racontent exactement d'après Robert de Torigni,
négligeant avec raison les embellissements que Le Baud a cru
bon d’ajouter à cette partie de son récit ;et après avoir mentionné
la campagne faite en 1159 par le roi Henri contre le comte de
Toulouse, campagne dans laquelle le contingent breton figure
dans son armée comme il y figurait en 1151, j’arrive au récit des
démêlés entre le vicomte de Léon et le vicomte du Faou. Guil¬
laume le Breton, le seul chroniqueur qui nous en parle, leur
assigne la date de 11(13, laquelle a été adoptée par Dom Morice ;
mais il faut observer que ces démêlés sont antérieurs è la grande
famine qui désola la Bretagne, laquelle aurait eu lieu en 1162,
suivant le témoignage concordant des chroniqueurs de Quim-
perlé, de Rhuys et de Penpont. Il est donc probable qu’il faut
corriger la chronologie de Guillaume le Breton, laquelle d’ail¬
leurs est souvent fautive et placer la guerre féodale du vicomte
de Léon et du vicomte du Faou en 1162.
Une affaire de plus grave conséquence fut le conflit de législa¬
tion qui mit alors le roi Henri II aux prises avec Raoul de Fou¬
gères. En droit féodal, notamment en droit normand, le suzerain
était de droit le tuteur de tous les mineurs possesseurs de fiefs ;
Henri II, suzerain de la Bretagne, se considérait donc comme le
suzerain de tous les seigneurs bretons ; or il ne semble pas que
ceux-ci aient eu la même conception, puisque en 1162 Jean de
Dol, ne laissant en mourant qu’une fille mineure, en confia la
tutelle à Raoul de Fougères, et que celui-ci, tout en s’inclinant à
demi devant les prétentions royales, prétendit garder l’adminis¬
tration d’une partie des biens qui lui avaient été confiés. Henri II
ne s’appropriait d’ailleurs probablement c*tte thèse juridique
que pour les besoins de sa cause, car en 1186 lorsque son Ois
Geofroi mourut, ne laissant qu’une fille en bas âge, et que le roi
de France réclama la tutelle de cette enfant, Henri II la lui refusa
niant ainsi les droits du seigneur supérieur qu’il affirmait vis-
à-vis de la fille de Jean de Dol,soit qu’il prétendit agir vis à-vUde
sa petite-fille comme proche parent ou comme seigneur immédiat.
Or, en 1164, les prétentions de Henri II ne violaient pas seule¬
ment la volonté d’un défunt, elles lésaient les droits de Conan
IV, seigneur immédiat de l’héritière de Dol et comme tel beau¬
coup plus qualifié que Henri II pour réclamer la tutelle féodale de
la jeune fille, du moment où*on l’enlevait à celui que son père
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MÉLANGES HISTORIQUES
297
avait choisi. Aussi je me demaude si nos historiens modernes
ont été bien inspirés en supposant que Gonan IV soutint Henri II
dans les campagnes de 1164 et de 1166 et s’il ne serait pas plus
naturel de supposer que Conan soutint dans cette circonstance
son ancien ami. On s’expliquerait ainsi que le roi d’Angleterre
vainqueur ait imposé à un vassal, sur la fidélité duquel il ne
pouvait plus compter, la convention matrimoniale de 1166 qui
mettait la Bretagne à sa merci.
De cette convention matrimoniale de 1166 stipulant les flan*
çailies de Constance de Bretagne et de Geofroi d’Anjou* je ne
dirai qu'un mot, c’est que nos historiens l'interprètent comme
une abdication de Conan IV, lequel d’après eux n'aurait conservé
que le comté de Guingamp. C’est évidemment ce que semblent
dire les chroniqueurs, mais il suffit d’étudier les chartes de cette
époque pour se convaincre qu’une pareille interprétation est
inexacte. Non seulement Conan conserve le titre de duc de
Bretagne dans la charte de fondation de l'abbaye de Carnoôt,
laquelle est au plus tôt de 1168, ainsi que dans une charte de 1170
en faveur du mont Saint-Michel, mais la fondation de Carnoôt
en plein pays cornouaillais indique que l'autorité de Conan
continuait à s'exercer en dehors des limites du comte de Guin¬
gamp. Dès lors, ne faudrait-il pas entendre le texte de Robert de
Torigni en ce sens que Conan abandonna à sa fille la plus
grande partie de ses domaines, se réservant le droit de disposer
du comté de Guingamp en faveur des autres enfants qu’il
pourrait avoir dans l’avenir ?
Nos historiens empruntent à la chronique de Robert de
Torigni le récit des événements de 1167 et de 1168, et je n’ai par
conséquent aucune observation à présenter à ce sujet. Mais
après avoir raconté l’entrevue de Montmirail (6 janvier 1169)
entre les rois de France et d’Angleterre, ils ajoutent que Rolfand
de Dinan refusa d’abord de reconnaître pour souverain le roi
Henri II, mais que celui-ci ayant pris et détruit le château de
Lehon, le baron fut obligé de se soumettre. Le point de départ de
ce récit se trouve dans deux phrases du Chronicon Britannicum
qui, sous l’année 1169, s’exprime ainsi : Castrum Leonense ruit.
Concordia. inter Angliæ regem et Rollandum Dinanensem
facta (lh On en a conclu naturellement que ces événements de
(1) Morice, Preuves, tomel, p. 104.
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REVUE DE BRETAGNE
1169 devaient 6tre postérieurs à l'entrevue de Montmirail.
Or, on n’a pas réfléchi que ces deux événements sont suivis
dans le Chronicon Britannicum de deux autres, une donation
faite par Hervé de Léon à l’abbaye de Saint-Mathieu, laquelle
est au plus tard de 1168, puisque ce seigneur mourat cette môme
année, et la mort de l’évôque Bernard de Nantes, qui eut lieu
dans les premiers jours de l’année 1169, suivant le coœput de
Robert de Torigni, qui commence l’année & Noël, c’est-à-dire
dans les derniers jours de l’année 1168, suivant notre usage
actuel de commencer l’année au 1 er janvier. Donc la chute du
ch&teau de Léon et la soumission de Rolland de Dinan ont eu
lieu en 1168, avant et non après l’entrevue de Montmirail.
Il n’est môme pas certain que la phrase « Castrum Leonense
mit *> ait le sens qu’on lui attribue. S’agit-il bien du château de
Lehon ? C’est évidemment l’orthographe adoptée par Le Baud
dans sa traduction de ce passage du Chronicon Britannicum'
mais ce dernier document, qui a appelé plus haut Lehonium la
localité de Lehon, près Dinan, réserve la forme Leonensis pour le
pays de Léon ? De plus, le mot mit indique-t-il une destruction
faite de main d’homme ou ne pourrait-il pas signifier une des¬
truction accidentelle? Le Baud dit simplement que le ch&teau de
Lehon chut, ce qui semble appuyer la seconde hypothèse.
La plupart de nos historiens modernes ont passé sous silence
l'importante série de mesures prises par Henri II en 1169 pour
rattacher étroitement la Bretagne à la Normandie : février 1169,
hommage prêté par Geofroi comme futur souverain de la Bre¬
tagne à son frère Henri, investi du duché de Normandie; mai 1169,
voyage de Geofroi à Rennes où il se fait reconnaître par les
Bretons; août 1169,réunion des barons bretons en Normandie à
la cour de Henri 11; décembre 1169, voyage de Henri II à Nantes.
De plus, ils placent en 1170 la campagne dirigée par Conan IV
contre le Vicomte de Léon. Sans doute, cette date nous est fournie
par la Chronique de Quimperlé ; mais Guillaume Le Breton,
écrivain plus ancien et par conséquent plus digne de foi, quoi¬
qu'il ne soit pas toujours exempt d’erreur, donne la date de 1169.
Les Chroniques Annaux placent l’événement en 1170 ; mais leur
témoignage n’a pas de valeur, car des deux événements qu’elles
racontent ensuite, le couronnement du jeune roi Henri et la
nomination de l’évôque Robert de Nantes, le premier est bien de
1170, mais le second est placé par Robert de Torigni aux environs
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MÉLANGES HISTORIQUES
299
de Noël 1170, c'est-à-dire suivant notre manière décompter aux
environs de Noël 1100(1).
Les autres événements qui sont censés s’être passés en 1170
ont encore moins lieu d'être rapportés à cette date* Le Baud a
admis sur le témoignage de la Chronique de Penpont et non,
comme on l’a dit, sur le témoignage de la Chronique de
Ruis , que cette année Henri II avait opéré la soumission de la
Bretagne, s'était emparé de Josselin et avait écrasé Eudon de
Porhoët. Or, comme je l’ai dit plus haut, il s’agit simplement ici
de la campagne de 1108, mal datée par un chroniqueur ignorant.
En tous cas, ces événements ne sauraient être de 1171, comme le
disent nos historiens modernes, puisque dans la Chronique de
Penpont ils sont antérieurs à la mort de saint Thomas de Can-
torbéry qui eut lieu à la (in de 1170. Si les Chroniques Annawe
les placent à cette date, après la mdrt de* Conan IV, c’est parce
que le compilateur de ces annales s’est imaginé qu’Eudon avait
succédé à Conan, et que, par conséquent, ces événements oh
Eudon jouait le principal rôle avaient dû se passer après la mort'
de Conan.
Le Baud attribue encore à l'année 1170 le récit d'une guerre
entre Eudon et Conan IV, qui se serait terminée par l’expulsion
du premier, et qui n’est en réalité qu’une pure invention desti¬
née à expliquer comment Eudon se trouvait en 1173 hors de
Bretagne. Le Baud prétend de plus avoir trouvé dans Robert de
Torigni l'indication d’un voyage de Henri II en Bretagne en 1170
dont on ne retrouve pas trace dans le texte de ce chroniqueur.
L’erreur de Le Baud s’explique probablement par un emprunt
plus ou moins direct à quelque chroniqueur d’Outre-Manche,
Les chroniqueurs anglais contemporains ne sont pas en effet
renseignés exactement sur les événements de Bretagne. Un
trouve par exemple dans Benoît de Peterborough qu’au débutde
1170, l’année anglaise commençant à Noël, comme je l'ai déjà
dit, « le roi Henri tint sa cour à Nantes en Bretagne le jour de
« Noô 1 , nue son fils Gaufroi, comte de Bretagne, fut là avec lui
a et qu’ils y donnèrent une fête solennelle ; après l’achèvement
« de laquelle le roi et son fils Gaufroi firent le tour des châteaux
« de Bretagne, recevant les féautés et les hommages lligentias)
(!) Robert de Torigni commence en eflet l’année à Noël, ce dont Le Baud ne
te doute pas.
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300
REVUE DE BRETAGNE
«r des comtes, des barons, et des hommes libres de Bretagne
* dont ils ne les avaient pas reçus précédemment. Alors donc le
« roi condamna (implacitavit) le comte Eudon et le dépouilla de
« presque toutes les dignités et possessions ( honor et potestas)
« qu’il avait précédemment en Bretagne.» Raoul de Dicet raconte
également qu’à Noël 1170 « le roi tint sa cour dans [la ville de
« Nantes, en présence des évêques et des barons de toute la
« Bretagne qui y jurèrent fidélité conjointement au roi et à son
u fils Gaufroi. » Or, il est attesté par Robert de Torigni que le
roi Henri célébra réellement 4 Nantes la fête de Noël 1169, sui¬
vant notre façon actuelle de compter, le voyage de Gaufroi en
Bretagne etles serments de fidélité qui lui furent prêtés sont anté¬
rieurs de plusieurs mois et se placent en réalité au mois de
mai 1169, la spoliation d'Eudon est de 116$, et les serments de
fidélité prêtés à Henri II par les Bretons le furent en 1166 (1).
Quoique les chroniqueurs anglais s’expriment de façon très
inexacte sur les circonstances qui amenèrent l’étàblissement
d'une dynastie angevine en Bretagne, il est cependant intéres¬
sant d'examiner ce qu'ils en disent, car ils nous donnent l'impres¬
sion que ces événements produisaient chez les sujets insulaires
du roi Henri. Guillaume de Newbridge paraît avoir pris l’année
1166, où furent conclues les fiançailles deGeofroiet de Constance,
comme l'année décisive pour la politique de Henri II, car c'est
très probablement à cette date qu’il écrit les lignes suivantes :
« Le roi Henri rêvait de faire de son fils Gaufroi le souverain de
« la Bretagne et cherchait à y parvenir par la force et par la ruse
« (artibus et viribus). Il avait déjà deux portes d’entrée toutes
« prêtes en cette province, la cité de Nantes et le château de Dol.
« Or il arriva que Conan, comte de Richemont, qui régnait sur
« la plus grande partie de la Bretagne, vint à mourir, laissant
« de la sœur du roi des Ecossais une fille unique pour héritière
« que le roi maria, encore non nubile, à son hls impubère, rédui-
« santen son pouvoir tous les droits de la jeune fille. Or il y avait
« en Bretagne certains nobles tellement riches et puissants qu'ils
« n'avaient jamais daigné se soumettre à l'autorité de personne.
(t) De même, Benoit de Peterborough s’est très probablement trompé lorsqu’en
parlant du partage de ses domaines fait par le roi Henri II vers la Saint-Laurent
(10 Août 1170j, il dit qu’il donna h. Gaufroi la Bretagne à tenir du roi de France,
puisque tous les chroniqueurs nous montrent au contraire que la grande préoc¬
cupation de Henri 11 était de rattacher la Bretagne à la Normandie.
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MÉLANGES HISTORIQUES
30!
« Depuis nombre d’années iis se faisaient la guerre par passion
« de dominer et par incapacité d'obéir (impatientia serviendi), et
« ils avaient tellement déchiré et affaibli cette province jadis
« illustre (præclara) que les campagnes les plus opulentes
« étaient changées en vastes solitudes. Les petites gens ( inferio -
« res) étant opprimés par les plus puissants et espérant un se-
« cours du roi des Anglais, se soumireat spontanément à son
« autorité. Celui-ci, leur prêtant son appui d’un esprit prompt et
« sans regarder à la dépense, soumit jusqu’aux chefs qui se
« croyaient jusque-là invincibles'par la grandeur de leurs forces
« et la nature de leurs domaines difficilement accessibles. S’em-
« parant ainsi rapidement de toute la Bretagne et chassant ou
« domptaot tous Tes perturbateurs, il y installa un tel ordre dans
« toutes ses parties ( ita disposuit atque composuit), que,le peuple
« vivant en paix, les déserts se changèrent peu à peu en terres
« fertiles. »
Si Guillaume de Newbridge s’imagine que Conan IV est mort
en 1166, parce qu'il lui a semblé impossible que, du vivant du
comte breton le roi Henri ait pu agir en souverain en Bretagne,
Raoul de Dicet a eu la même idée, mais en parlant de la mort du
comte breton à une époque plus récente, au moment de l'insur¬
rection que Henri II eut à réprimeren 1168. Voici en effet ce
qu’il dit à cette date : « Depuis que la petite Bretagne avait cessé
« d’être régie par des rois, deux comtes avaient commencé à y
« exercer leur autorité. Mais, comme tout pouvoir est toujours
« impatient de se sentir un rival, ils se faisaient souvent la guerre
« (sese variis sæpe dissensionibus afflixerunt ). Enfin, Conan ayant
« réuni les deux comtés par droit héréditaire, vint à mourir lais-
« sant pour héritière de la sœur du roi des Ecossais, une fille
a que le roi des Anglais maria à son fils G mfroi, et celui-ci s’ap-
« pliquant en parcourant la Bretagne à y faire régner la paix, se
« concilia les sympathies du clergé et du peuple de ce pays » (i).
Tous nos historiens ont emprunté à Robert de Torigni ce qu’il
dit de la mort de l’évêque Hamon et du comte Conan (2), mais ils
(t) Roger de Hoveden a inséré textuellement ce passage dans sa chronique à
la date de 1169, mais quoique la chronologie de Raoul de Dicet ne soit pas tou¬
jours exempte d’erreur, elle est cependant très supérieure à. celle de Roger de
Hoveden.
(‘?) 11 faut remarquer qu’ici encore Le Baud n’a pas compris la façon de comp-
ter de Robert de Torigni : il s’est imaginé que ces événements de janvier et
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Google
302
REVUE DE BRETAGNE
omettent de signaler trois faits très importants qui rentrent dans
le cadre des mesures dont j'ai parlé plus haut : la nomination à
la mort de Conan IV en 1171 comme sénéchal de Bretagne d’un
grand seigneur normand, Guillaume, fils de Hamon, la présence
en décembre 1171 de Geofroi et du sénéchal Guillaume à la pre¬
mière cour plénière du duc de Normandie ; la convocation en
septembre 1172 à Avranches d'une sorte de concile interprovin¬
cial où les évêques bretons siégèrent à côté des évêques nor¬
mands (1). En revanche ils s’imaginent qu’à la suite d’une
nouvelle campagne, Eudon firt encore chassé de Bretagne par
Henri lien 1172, quoique le silence des chroniqueurs contem¬
porains nous fasse douter de l’existence de cette campagne.
Sans doute la Chronique de Penpont et les Chroniques Annaux
mentionnent à cette date l’expulsion d’Eudon par Henri II, et il
est possible qu’il y ait une part de vérité dans ce que disent les
Chroniques Annaux , d’engagement9 pris envers Eudon en cas de
prédécès de Conan IV, quoique l’auteur de cette compilation se
discrédite lui-même en faisant d’Eudon le père, étalon le beau-
père de Conan, ce qui tendrait à faire croire que ces arrangements
n’existent que dans son imagination. En tous cas, il semble bien
qu’il ne s'agit là que d’une sentence de bannissement prononcée
en dt hors de loute guerre, relegatus est in exilium , dit la CAro-
nique dé Penpont, et que la date de 1171 convienne mieux à cet
événement que la date de 1172, puisque c’est en 1173 qu’eut lieu
d’après Robert deTorigni le retour d’Eudon, daté de 1174 par la
Chronique de Penpont , mais placé au milieu d’événements qui se
sont passés en 1173.
Je suis étonné que nos historiens n’aient pas fait ressortir
l’originalité de la révolte de 1173. Il ne s’agit pas ici de vassaux
qui s’insurgent contre leur suzerain. La prise d'armes a presque
un caractère national, non pas sans doute que le mouvement
février 1171 étaient postérieurs au 31 décembre 1171, suivant Posage breton en
vigueur au XVI* siècle. 11 faut remarquer également que la Chronique de Quim-
perlé place à tort la mort de Conan avant celle de Hamon.
(I) 11 n’y aurait même rien d’impossible, quoique Robert de Torigni n’en parle
pas, à ce que Henri II ait séjourné quelque peu en Bretagne en 1172, car Benoit
de Peterborough après avoir mentionné le débarquement du roi en Normandie
aux environs de l’Ascension, puis son voyage à Caen, nous le montre résidant
(faciens moram) en Bretagne, puis quelques temps après, vers la Saint-Mathieu
(21 septembre) revenant de Bretagne ; car rien ne vient contredire la possibilité
de ce voyage.
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MÉLANGES HISTORIQUES
303
soit universel, puisque Rolland de Dinan et André de Vitré par
exemple s'abstiennent d'y prendre part, mais parce que le but
des insurgés est dÿbliger le roi Henri à se dessaisir de l'admi¬
nistration du pays en faveur d'un duc national qui gouverne
avec des administrateurs nationaux; il s’agit d'en finir avec la
domination du roi angevin et des fonctionnaires normands. On
cette manifestation du sentiment national est tellement pnisfisurte
que Henri II est en réalité obligé de capituler, qu’il lui faut se
dessaisir d'une partie de ses pouvoirs en faveur de son fils
(Geofroi 1174), et abandonner la direction de l’administration
bretonne à un seigneur brpton jadis son adversaire, Rolland de
Dinan. Désormais, ceux des Bretons qui relèvent l’étendard de
la révolte ne sont plus des patriotes, ce sont des rebelles insurgés
contre un duc bretoff et contre un ministre breton ; passer sous
silence cette transformation des événements, c'est déformer
complètement l’histoire de cette période. Je sais bien que de
1175 à 1181 la situation de Geofroi est une situation indécise.
C'est lui qui .paraît dans toutes les affaires de Bretagne, mais il
n'agit en réalité que comme le lieutenant de son père, et quand
il a terminé le règlement des affaires urgentes, en 1175, 1177,
1179, il va retrouver son père et ses frères et tes accompagne en
Angleterre. Ce n'est qu’en 1181 que la célébration de son mariage
avec Constance en fait positivement un souverain breton.
Eudon de Porhoët était rentré de France en 1173 et s’était
remis ën possession de ses domaines, nous dit le chroniqueur
contemporain Robert deTorigni, qui ne mentionne aucun change¬
ment dans sa situation jusqu’à l’acte de 1175, par lequel Geofroi
réunit au domaine ducal les portions de ce domaine possédées
par Eudon. Il n’y eut donc de campagne dirigée contre Eudon
ni en 1173, ni en 1174, et il n’eût pas à reprendre deux fois de plus
le chemin de la France.
Y eut-il lutte ën 1175 entre Euion et Geofroi ? On ne peut le con¬
clure du texte de Robert de Torigni, mais il semble bien que lt s
termesemployés par Benoîlde Peterboroughappuientl’hypothèse
d’une résistance de la part du vicomte de Porhoët, car,après nous
avoir montré le roi Henri envoyant son fils en Bretagne avant
le9 fêtes de Pâques, il raconte que « Gaufroi, comte de Bretagne,
« détruisit les châteaux qui avaient été fortifiés contre son père»
« et fit beaucoup de maux aux hommes de ce pays qui avaient
« combattu son père nu temps de la guerre ». De la révolte de
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304
REVUE DE BRETAGNE
1177 je n'ai rien à dire, Robert de Torigni étant ici la source de
tous nos historiens ; quant à celle de 1179, je ferai simplement
remarquer qu’il n’est pas prouvé que ce soit Geofroi qui ait favo¬
risé le cadetau détriment de rainé, en réglant à son gré le partage
de la succession du vicomte de Léon, car on trouverait de pareil¬
les inégalités dans des partages amiables, dans celui qui eut lieu
après la mort du duc Geofroi I ou dans celui qui eut lieu après la
mort d’Eudon I de Porhoët.
La correction que M. Delisle a apportée à la chronologie de
Robert de Torigni en plaçant, d’après des documents authenti¬
ques, en 1181, le mariage de Geofroi et de Constance, que ce
chroniqueur met en 1180, doit être généralisée. L'événement n’est
pas mal placé, mais le point de départ de l’année 1181 a été dépla¬
cé par quelque copiste. Il suit de là que l’on peut donner posi¬
tivement la date de 1182 comme étant celle de la rupture entre le
roi Henri et Geofroi, et par conséquent de l'incendie de Rennes.
Il est enfin poss^le de préciser un peu plus qu'on ne l’a fait
* généralement la date des derniers rapports de Henri II aved les
Bretons. Son expédition de 1187 en Bretagne où il reprit Morlaix,
dont Hervé de Léon s’était emparé, non pas à la nouvelle de la
naissance d'Arthur, comme on l’a dit, mais à la nouvelle delà
mort de Geofroi, est postérieure au mois de septembre, date de
la réconciliation, du roi et de son fils Richard, laquelle eut lieu à
Angers. C’est ce que dit positivement Benoît de Peterborough.
Le vicomte de Léon ne garda d’ailleurs pas rancune au roi d'An¬
gleterre, car l’année suivante, à l’attaque de Mantes (septembre
1188J, son frère Guiomar et lui se distinguent parmi les plus
braves soldats de l'armée anglaise,pu témoignagne non suspect
de Guillaume le Br»-tm. Enfin, d’après Benoît de Peterborough»
c'est au mois de janvier 1189. après la Saint-Hilaire, que les Bre¬
tons se soulevèrent contre Henri II et se joignirent au roi Philippe
et au comte Richard, qui promirent de ne pas traiter sans eux.
XXII. — Le Roi Richard et la Bretagne
Nos historiens modernes se sont peu occupés des rapports du
roi Richard d'Angleterre et de la Bretagne. 11 eût cependant été
utile de faire remarquer que la politique de ce chevaleresque
personnage avait été identiqueà celle de son père, et que,comme
lui, il a prétendu à la fois exercer sur notre jeune duc Artur ses
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MÉLANGES HISTORIQUES
305
droits de tutelle et de suzeraineté. Aussitôt après son couronne¬
ment en 1189, il semble bien être venu à Nantes, comme dit Le
Baud, pour organiser l’administration du pays; pendant son
séjour en Terre-Sainte il se préoccupe sans doute de l'avenir de
son neveu, affirme en écrivant au pape (11 octobre 1190) qu’Artur
est son héritier et négocie pour lui un projet dè mariage avec
l’une des filles du roi Tancrède de Sicile (11 novembre 1190) ;
mais il oblige en même temps le roi de France Philippe-Auguste à
reconnaître que la Bretagne constitue un fief normand (mars
1191); si bien que, lorsque Philippe, revenu en France cherche à
s'entendre avec Jean, le frère de Richard, c’est à la fois contre
celui-ci et contre Artur, dont tous les droits sont sacrifiés, qu’est
dirigée l'alliance des deux princes.
C’est seulement en 1194 que Richard rentra en Angleterre: La
guerre qu’il eut à soutenir aussitôt contre le roi dé France l’oc¬
cupa pendant près de deux ans, et ce n’est qu’au début de 1196
qu’il pût s'occuper des affaires de Bretagne, où forcément pen¬
dant son absence son autorité avait en fait cessé d'être re¬
connue.
Nous possédons sur les dissentiments qui se produisirent alors
entre le roi Richard et les Bretons un certain nombre de rensei¬
gnements.
Quatre faits sont certains : l’emprisonnement de Constance,
le soulèvement des Bretons, le pillage de la Bretagne par l’armée
de Richard et la soumission des Bretons ; mais les dates de ces
diverses péripéties sont loin d’être fixées.
Tous nos historiens modernes sont d’accord pour placer en
1196 le début des hostilités, et l’emprisonnement de Constance
qui en fut le signa! ; ils suivent ainsi l’opinion des chroniqueurs
anglais contemporains, notamment de Roger, de Hdveden, et
rejettent la date de 1198 donnée par la chronique bretonne, dite
Chronique de Penpont, dont on connaît d'ailleurs le peu d’exac¬
titude chronologique ; comme le Chrontcon Britannicum a copié
la Chronique de Penpont, il n’y a lieu d’attacher aucune impor¬
tance au fait qu’elle reproduit la date de 1198, laquelle est d’ail¬
leurs en contradiction avec celle de 1196 que la même chronique
donne plus haut à un récit différent des mêmes événements.
Tous nos historiens admettent également le récit de Hoveden
relativement aux circonstances qui accompagnèrent l’emprison¬
nement de Constance et rejettent avec raison comme fabuleux
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306
REVUE DE BRETAGNE
les deux voyages que, d'après Le Baud, le roi Richard aurait
faits à ce moment eu Bretagne.
Après l’emprisonnement de Constance, Le Baud raconte que
les barons bretons se réunirent à Saint-Malo-de-Beignon et pro¬
clamèrent pour leur duc le jeune Artur. Il semble bien qu’il y
ait un écho de tes faits dans le récit de Guillaume de Newbridge
qui aous montre les grands seigneurs bretons, après avoir refusé
de reconnaître Richard comme tuteur de son neveu, emmenant
le jeune prince dans l’intérieur de la Bretagne. Certains érudits
intervertissent ici l’ordre des faits et placent rassemblée de
Saint-Malo-de-Beignon avant l’emprisonnement de Constance,
mais il n’est guère vraisemblable que les barons aient agi de la
sorte tant que leur duchesse était au milieu d’eux, tandis que
celte réunion est une réponse toute naturelle à l’emprisonnement
arbitraire de Constance par Richard. M. Trévédy (1) a essayé de
justifier cette interversion en faisant remarquer que Le Baud ne
donne pas le titre de vicomte à Alain de Rohan, dofct il signale la
présence à cette assemblée, ce qui indique, dit-il, que son père
vivait encore et que par conséquent la réunion de Saint-Malo de
Beignon est au plus tard de 11Ô5 ; mais cet argument, pour être
décisif, supposerait chez Le Beau une précision que ce chroni¬
queur est loin de posséder toujours. Parmi les autres seigneurs
dont la présence est mentionnée à la môme réunion se trouve un
Amaury de Montfort que M. Trévédy a pris pour un seigneur de
Montfort-sur-Meu. Il y a là une erreur certaine. Comme nous
l’apprend M. l’abbé Guillotin de Corson, le seigneur de Montfort
sur-Meu qui vivait à cette date s’appelait Guillaume. Il n’y avait
à ce moment qu’un seul Amaury de Montfort : c’était un baron
français, seigneur de Montfort l’Amaury près Paris. Aussi sa
présence en Bretagne est-elle assez inexplicable. De tous les
chroniqueurs contemporains, Roger de Hoveden est le seul qui
nous montre Artur, après l’échec des négociations engagées
pour obtenir la liberté de sa mère, envahissant les terres
du roi son oncle et y portant l’incendie. Je ne sais s'il faut
prendre cette assertion au pied de la lettre et je serais
plutôt tenté d’y voir une allusion à la guerre qui éclata
entre les Bretons partisans d’Artur et les Bretons partisans
(i) La Bataille contre les Anglais auprès de Garhaix ( H98 ) (Association
bretonne , année 1900). .
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MÉLANGES HISTORIQUES .,
307
de Richard, car pas plus en 1196 qu'au temps de Henri H, la
Bretagne n'était unanime dans sa résistance aux prétentions
des rois angevins. La prise et la destruction de Montfort par
Alain de Dinan me paraissent être un des épisodes de cette
guerre civile Je pense, avec M. Trévédy, que Le Baud a eu tort
de ranger Alain de Dinan parmi les partisans de Richard, puisque
Guillaume le Breton, auteur contemporain, nous montre ce
personnage luttant sous les murs d'Aumale à la fin de cette
môme année 1196 contre le roi d’Angleterre ; mais je ne saurais
partager l’opinion de cet éru iit lorsqu’il place en 1197 la destruc¬
tion de Montfort et qu’il prétend qu’Alain de Dinan ne ruina
cette ville que pour l'empêcher de tomber aux mains de Richard.
Ce qui a conduit M„ Trévédy à cette supposition un peu hasardée,
c’est qu'il a cru trouver dans Le Baud la preuve que le seigneur
de Montfort-sur-Meu était un partisan dévoué du jeune Artur.
Mais, comme je l'ai dit, le seigneur deMontfort-sur-Meu s’appelait
alors Guillaume et il n'y a pas de Guillaume de Montfort dans le
camp du duc de Bretagne. Oo y trouve un Amaury de Montfort,
mais c’est, comme je l'ai indiqué, un baron français ; on y trouve
également un Raoul de Montfort, mais celui-ci est en réalité un
seigneur de Gaôl. Il est donc beaucoup plus logique de conclure
que Guillaume tje Montfort suivait le parti du roi Richard.
Après avcir différé pendant quelque temps, le roi d'Angleterre
se décida à agir énergiquement contre la Bretagne, et à y
envoyer une armée que, d'après Roger de Hoveden, Guillaume
le Breton et Gervais dé Cantorbéry, il conduisait eu personne.
D’après les chroniqueurs anglais, les Bretons, consternés des
ravages que cette armée aurait exercée dans leur pays, se seraient
vus contraints de faire leur soumission et de replacer Artur sous
la tutelle de Richard. Seul, Guillaume le Breton prétend que le
roi d’Angleterre ne put triompher de la résistance bretonne,
mais il est probable que son patriotisme lui a fait dissimuler la
vérité, et tous les historiens modernes acceptent en gros le récit
des chroniqueurs anglais. Cependant, tandis que ceux-ci ne
parlent que d’une seule expédition anglaiseen Bretagne, nos his¬
toriens modernes en admettent deux: l’une dirigée par Richard,
l’autre par le routier Marcadé. M. de La Borderie place la pre¬
mière en 1196 et la seconde en 1197 ; M.Trévédy leur attribue res¬
pectivement les dates de 1197 et 1198. Cela tient à ce que M. Tré¬
védy croit que Richard ravagea la Bretagne la semaine sainte,
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REVUE DE BRETAGNE
comme semble le dire Guillaume le Breton ; il ne pourrait évidem¬
ment s’agir, en ce cas, que de la semaine sainte de 1197, 1 *s hos¬
tilités paraissant bien ne s’être engagées qu’après le 15 août 1196.
Mais il est certain, d’autre part, que la soumission des Bretons
eut lieu en 1197, comme le dit M. de la Borderie, et non en 1198
comme le dit M. Trévédy. Roger de Hoveden donne positivement
cette date et l’appuie de ce synchronisme qu’elle est contempo¬
raine de l’évolution qui porta les Flamands de l’alliance du roi de
France à celle du roi d’Angleterre, et si quelques chroniqueurs
contemporains, comme Guillaume de Newbridge par exemple,
adoptent une autre date, c’est pour placer la soumission des Bre¬
tons encore plus tôt, à la fin de 1196. Il n’y a donc aucune raison
de corriger les dates données par M. de la Borderie.
Mais il faut alors admettre que Guillaume le Breton a confondu
les deux expéditions des troupps anglaises en Bretagne. D'un
côté, en effet il place, comme^Je l’ai dit, les ravages de l’armée de
Richard pendant une semaine sainte qui ne peut être que celle
de 1197 ; de l’autre, il les raconte entre la surprise de Nonencourt
par Richard et le combat d'Aumale, deux événements qui au dire
de tous les chroniqueurs se placent en 1196. Guillaume le Breton
a donc attribué à l’armée de Richard des excès dont l’armée de
Marcadé doit porter la responsabilité. Celui-ci, qui guerroyait le
19 mai 1197 sur la frontière franco-normande contre l’évêque de
Beauvais, pouvait fort bien être en Bretagne, au mois d’avril, et
s’il y a été envoyé, comme le dit la Chronique de Penpont> après
la mort d’Alain de Dinan, c’est donc qqe celui-ci est mort au
plus tard au commencement de 1197, comme le dit M. l’abbé
Guillotin de Corson (1) et non en 1198 comme le dit M. Trévédy.
Or f nous savons, par Guillaume le Breton, qu’Alain de Dinan
se trouvait dans l’armée française lors du combat d’Aumale où
il eût la gloire de désarçonner le roi Richard, et que, de plus
il s’y trouvait en fugitif, le roi d’Angleterre l’ayant récemment
dépouillé de ses domaines patrimoniaux, (solum cui nuper avitum
Richardi injuste abstulerat violentia regis).
Mais si c’est en apprenant la mort d’Alain que Richard envoya
Marcadé en Bretagne, ne serait-ce pas qu’Alain venait de rentrer
dans son pays, d’y remporter quelques succès, par exemple de
prendre Montfort, et que sa mort paraissait au roi d’Angleterre
(!) Les Grandes Seigneuries de Uaute-Bretagve, tome II, page 35,
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MÉLANGES HISTORIQUES
309
avoir suffisamment affaibli son parti pour qu'il pût aisément en
triompher. Richard aurait donc confisqué les domaines d'Alain
de Dinan au moment où il se saisissait de la personne de Cons¬
tance, dont Alain avait été et était peut-être encore l’homme de
confiance, le sénéchal.
Ogée, parlant de Carmoôt dans son Dictionnaire de Bretagne,
place sur le territoire de cet’e commune la bataille livrée en 911
entre les païens d’une part, les duc» Richard et Robert de Tsu-
tre. Or dans cette mention MM. de Blois, Jollivetet Trévédy ont
vu un souvenir plus ou moins défiguré de la défaite de Marcadé
aux environs de Garhaix. 11 n'en est rien, et il suffit de se repor¬
ter aux chroniques du X e siècle pour voir que la bataille dont il
ici question n'est autre que la victoire remportée sur les North-
mands par les ducs Robert de France et Richard de Bourgogne
près de Carnutes (Chartres), dont Ogée a cru fort mal à propos
retrouver le nom dans Carmoôt.
Enfin Guillaume le Breton, après avoir raconté la dévastation
de la Bretagne par le roi Richard, ajoute que les Bretons ne vou¬
lurent jamais remettre Artur entre ses mains et qu'ils le con¬
fièrent au roi de France, lequel le fit élever à sa cour, avec son
fils Louis. Certains érudits en ont conclu qu’Artur avait été
remis aux mains de Philippe-Auguste, du vivant de Richard,
puis qu'il était revenu en Bretagne après la conclusion de la paix
et que sa mère l’avait confié une seconde fois en 1199 au roi de
France. Ces allées et venues d’Artur sont en elles-mêmes assez
invraisemblables; aucun document ne les atteste, et il semble
bien qu’Artur ne se rendit qu’une seule fois près du roi de
France et cela en 1199. Si Guillaume le Breton parle de cet évé¬
nement à une date plus ancienne, c’est parce qu'à cet endroit il
exquisse à l’avance la carrière du jeune prince, à la mort duquel
il fait même allusion dans les lignes qui suivent.
(A suivre.) V le Ch. db la Lande db Calan.
Décembre i908
t«
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CONTES DE GRAND MÈRES
(Suite) (1).
1UT0NNE EST MORTE
Il y avait une fois un raton et une ratoane qui demeuraient
dans une petite mai on au coin d’un champ. Raton partait tous
les matins pour son travail et Ratontle restait au logis pour faire
son ménage et sa cuisine.
Un soir que Raton rentrait chez lui, la journée faite, il trouva
sur son chemin un bel épi de blé. Ah ! la bonne affaire, se dit-il,
je vais le porter à Ra'oane qui le donnera à moudre au meunier
et nous fera une bonne bouillie.
Et Ratonne porta le blé uu meunier pour qu’il le fit moudre et 9
quand le blé fut moulu, elle emporta sa farine. Ça ne faisait pas
un bien gros tas, mais Raton et Ratonne n’étaient pas bien gros
non plus.
Le lendemain matin, Raton partit travailler comme d’habitude.
— «Tu m’appelleras dès que la bouillie sera cuite, dit-il à
Ratonne, pour qu’on la mange bien chaude » ; et Ratonne le lui
promit.
Une voisine prêta un bassin pour faire la bouillie. Ratonne la
démôla bien démêlée et, quand elle la trouva cuite, appela Raton
de toute ses forces. — Mais Raton n’entendait point.
Alors Ratonne, voulant se hausser pour que sa voix portât plus
loin, ne trouva rien de mieux que de grimper sur le bord du
bassin de bouillie. Le pied lui glissa, la voilà dans la bouillie...
Pendant ce temps-là Raton attendait toujours que sa Ratonne
l'appelât, comme elle l’avait promis. Voyant que le temps passait
et que rien ne venait, il se décida à rentrer pour ne pas risquer
de laisser refroidir son dîner.
(1) Voir la Revue de septembre 1908.
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CONTES DE GRAND'MÈRES
311
Bq arrivant à la maison il vit bien la bouillie toute prôte, mais
point de Ratonne.
— « Je vais toujours commencer à manger en l'attendant » *
se dit-il, mais comme il allait tremper sa cuiller dans le bassin,
H aperçut dedans le corps de la pauvre Ratonne.
— « Ah ! cria-t-il, Ratonne est morte ! »
— « Ratonne est morte, dit le balaiqui était dans un coin, alors
je vais balayer la place » ; et le balai se mit à balayer tout seul.
— « Que fais-tu là, dit la porte étonnée, et pourquoi balayes-
tu comme ça tout seul ? »
— « Tu ne sais donc pas, dit le balai, Ratonoe est morte.
Quand j'ai vu ça, je me suis mis à balayer. »
— « Eh bien, dit la porte, moi je vais me dégonter » ; et la
porte se mit à se dégonter pendant que le balai balayait.
Arrive une charrette traînée par deux grands bœufs noirs.
« Que fais-tu là, dit-elle à la porte, et pourquoi te dégontes-tu
comme cela ? »
— « Tu ne saisdpnc pas, dit la porte, Ratonne est morte, balai
qui balaye ; alors moi je me suis mise à me dégonter. »
— «Eh bien, dit la charrette, moi je vais m'en aller à reculoqs.»
Et la charrette de retourner d'où elle venait, entraînant après elle
les bœufs qui n'y comprenaient rien du tout.
Par là passa une bande d’enfants qui all»ient s'amuser. Ils
avaient chacun un joli petit potuau (i) qu'on leur avait donné.
Us furent bien étonnés de voir une charrette qui marchait en
arrière en traînant les bœufs après elle.
— « Que faites vous comme ça », lui dirent-ils ?
— « Vous ne savez donc pas, dit la charrette, Ratonne est
morte, balai qui balaye, la porte qui se dégonte, alors moi je me
suis mise à aller à reculons. »
— « Eh bien nous, dirent les enfants, nous allons casser nos
petits potuaux » ; et là dessus ils allèrent chercher des pierres
pour casser leurs petits potuaux.
Un femme passa par là avec une binelle pleine de pâte qu’elle
portait aü four.
— « Que faites-vous là, petits sots, dit-elle aux enfant?,
pourquoi cassez-vous ces jolis petits potuaux avec lesquels vous
pourriez bien vous amuser ? »
(1) Potuau, petit pot.
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312
REVUE DE BRETAGNE
— < Vous ne savez donc pas, dirent les enfants, Ratonne est
morte, balai qui balaye, la porte qui se dégonte, la charrette qui
yaàreculons; alors nous nous sommes mis à casser nos petits
potuaux. »
— « Eh bien, dit la bonne femme, moi je vais jeter ma pâte
au cochon » ; et elle s’en alla porter sa pâte au cochon.
Un homme passait par là.
— « Que faites vous là, ma bonne femme, dit-il ; êtes-vous
folle de jeter votre pâte au cochon au lieu d’en faire un bon
pain? »
— « Vous ne savez donc pas, dit la bonne femme, Ratonne est
morte, balai qui balaye, la porta qui se dégonte, la charrette qui
vaàreculons, les enfants qui cassent leurs petits potuaux...
alors moi je suis allée jeter ma pâte au cochon. »
— « Eh bien, dit l’homme, moi je vais aller abattre ma maison. »
Et il s’en alla abattre sa maison.
Et tout cela, mes enfants, parce que la pauvre Ratonne était
morte.
[A suivre.)
A. D. Roazoun.
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SAINT-MARS-LArJAILLE
ET SES ANCIENS SEIGNEURS
(Suite ').
DE LA PORTE-VEZINS
« De gueules à 1 croissant montant d'hermines, resarcelé
d’or » (21.
La maison de la Porte, « de Porta », possède, au moins dès le
XII* siècle, le fief et ch&teau fort de Vezins en Anjou. On trouve
parmi ses membres :
Gausbert de la Porte, (seigneur de Vezins) qui figure, en 1061,
parmi les témoins d’un accord passé entre Geoffroy le Barbu,
comte d’Anjou, et les moines de Saint-Florent-le-Vieil (3).
Hardouin de la Porte, croisé eu 1191(4); Jean de la Porte en
1224 (5) ; Gervais de la Porte en 1228 (6).
Beaudoum de la Porte, époux de Marie de Lusignan, dont la
fille, Barbe épousa, en 1335, Geoffroy d’Andigné (7).
Jean I” delà Porte, chevalier, que le lieutenant d’Anjou, Guil¬
laume de Craon, autorise, en 1357, à requérir les habitants de
Vézins « pour faire le guet et garde et restaurer son chastel,
ouquel a moult grant et belle forteresse (8) ».
Aucun de srs seigneurs n'a possédé Saint-Mars-la-Jaille, non
plus qu’ Hardouin , l* r du nom, marié, comme nous l’avons vu,
b. Marguerite de laJaille, dame du Bouchaud. Leur fils,
(i) Voir la Revue de novembre 1908.
(а) Célestin Port, Dictionnaire historique de Maine-et-Loire. Art. Vezins.
( 3 ) Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, année 1875, P. 397.
( 4 ) P. Potier de Courcy. Nobiliaire et Armorial de Bretagne.
( 5 ) Célestin Port, Dict. hist. de Maine-et-Loire. Art. Vezins.
(б) Ibid.
(7) Généalogie de la Maison de Saisy de Kerampuil (comtesse du Laz).
(8) Archives de Maine-et-Loire, C, io 5 , f. 43 .
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314
REVUE DE BRETAGNE
Hardouin II de la Porte, baron de Vezins, chevalier, devient
l’héritier de cette terre et châtellenie par son mariage, en 1400,
avec Marguerite de la Jaille sa cousine germaine, dame de la
Haie, paroisse de Saint-Mars-Lolivier et de la Provosti&re, en
Bonnoeuvre, fille de Yvon XIII de la Jaille et de Jeanne du
Guignen.
Héritière des possessions de son oncle, Jean de la Jaille, et des
autres biens de la branche aînée de sa maison, Marguerite ap¬
porta à la maison de la Porte, outre les terres nommées ci-des-
sus, la seigneurie de Saint-Mars-la-Jaille, celles de la Jaille en
Noellet et de Pordic, La Jaille-Yvon demeurait en douaire à
Jeanne de Guignen (1).
En 1409 (2) Hardouin II reçut pour sa femme les aveux des
vassaux de la Jaille parmi lesquels l’aveu de Jean de Quatre*
barbes, pour la terre de Bouillé, relevant de la châtellenie de la
Jaille-Yvon (3). Ils n’entrèrent toutefois en possession de la terre
de Saint-Mars qu’après la mort de Jean de la Jaille, en 1429 (4)-
Hardouin II et Marguerite laissaient deux fils, 1° Jean qui suit,
et 2° François de la Porte.
Jean II de la Porte, sire de Yézins et de la Jaille, en Anjou,
seigneur de Saint-Mars, de Montgrison et de la Sernière, pa¬
roisse de Saint-Médard, ou Saint-Mars de l’Olivier, baron du
Pordic et sieur de la Ville-Saliou en Pordic, etc. (5) épousa Afarie
de Rieux, huitième enfant du deuxième mariage de Jeanne de
Rochefort et d’Ancenis avec Jean II de Rieux. D’après du Paz ce
mariage eut lieu en 1435 (B) de Jean de la Porte et Marie de Rieux
naquit une seule fille, Béatrix , décédée vers 1459, sans postérité.
François de la Ports se trouva, en 1478, seigneur de Vezins
et de la Jaille, châtelain de Saint-Mars, dans la possession des¬
quelles seigneuries il était entré par suite du décès de la fille de
(i) Notice communiquée par M. le marquis deBrisay, sur la maison delà
Jaille.
(а) Archives de la Loire-Injérieure, E, 27a.
( 3 ) Bibliothèque Nationale, Mss. P. O, dossier Quatrebarbe,
( 4 ) Notice communiquée par M. le marquis de Brisay.
( 5 ) P. Potier de Courcy, Nob. et Arm. de Bretagne.
(б) Du Paz, Hist. généalogique de plusieurs maisons de Bretagne. Dans son
contrat de mariage. Jean de la Porte est gratifié des titres de seigneur de
Saint-Mars-la-Jaille, de la Jaille-Yvon et du Pordic.
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SAINT-MA RS-LA-J AILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS 315
son frère Jean mentionné ci-dessns. François mourut avant
1503 (1) son fils,
Jean III os la Porte, lui succéda en ses titres et possessions,
comme sire de Vezins, de la Porte, de la Jaille, baron de Pordic
et châtelain de Saint-Mars. Il en est seigneur en 1513 (2) assiste
en 1531 à la consécration de l'église paroissiale (3) et figure éga¬
lement en 1533 dans la liste des seigneurs relevant de la baron¬
nie d’Ancenis : « Jehan de la Porte et sa compagne, sieur et
dame de Saint-Mars et du Tremblay. » (4) Jean III de la Porte ne
conserva qu’une fllie de son mariage avec Jeanne-Thomas a’Or -
son , ce fut :
Marthe de la Porte, dame de Vézins, de la Jaille, de Pordic,
de Saint-Mars et autres lieux, héritière de la branche atnée des
delà Porte, qui épousa, par contrat du 15 juin 1535, « le mesme
jour que furent faites leurs fiançailles au château de la Jaille » (5).
François Le Porc , seigneur de f Archapt, paroissç de Homagné,
de Villeneuve, du Plessis de Casson, du Moulin de Nort, baron
de Charné et connétable de Nantes, en 1549 (6). Une des condi*
tions du contrat fut que les enfants qui naîtraient de cette union
joindraient, au nom et aux armes des Le Porc, le nom et les
armes de La Porte.
Les Le Porc portaient « d’or au sanglier de sable en furie
(sceau 1429) (7). Alias : « d'argent au porc de sable défendu et
clariné d'argent » (8).
(1) Archives de la Loire-Inférieure, E, 274. — Du Paz, Hist. généalogique
précitée.
(2) Archivés de la Loire - Inférieure , B, 21, f. i 3 .
( 3 ) Arch. delà Loire-Injérieure , G. 582. Un titre de cette époque le men¬
tionne comme seigneur temporel du lieu de Saint-Mars-de-la-Jailie.
( 4 ) Blancs-Manteaux, t. 47, p. 337.
( 5 ) Du Paz, Histoire généalogique précitée. Ce château de la Jaille ne
peut être autre que celui de Saint-Mars, puisque la Jaiile-Yvon n'avait pas
d’habitation, et que la Jaille en Noellet appartenait déjà aux d’Avoines.
(6) Archives de la Loire-Inférieure, série B, 1367 ; et Du Paz, Hist. généa¬
logique, etc.
(7) P. Potier de Courcy, Nob. et Armorial de Bretagne.
(8) C. Port, Dictionnaire généalogique et biographique de Maine-et-Loire .
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316
REVUE DE BRETAGNE
MAISON LS PORC DE LA PORTE
« D'or au sanglier de sable en furie » (sceau 1429), alias :
« Ecartelé de la Porte-Vezins, » alias : « Ecartelé au 1 du Porc ,
au 2 d'or à la fasce crenelée de gueules , qui est la Tour-Landry ;
au 3 de la Porte, au 4 de Rohan (1). »
Cette nouvelle branche naquit, ainsi que nous venons de le
voir, de la fusion des de la Porte Vezins et des Le Porc, par le
mariage de Marthe, héritière de la branche aînée des barons de
Vezins, avec François Le Porc, seigneur de l’Archapt. Ce ma¬
riage eut lieu le 15 juin 1535. François rendit aveu au baron
d’Ancenis pour sa terre de Saint-Mars de la Jaille, le 12 avril
1548 (2). François Le Porc et Marthe de la Porte eurent six en¬
fants : deux garçons et quatre filles dont l’une épousa Mathurin
de la Bruneterie, seigneur du Plessis de Gesté. L’alné des flls et
l’héritier de François fut :
Jacques Le Porc de la Porte, baron de Vezins, seigneur de
l’Archapt, de Villeneuve, du Plessis de Casson, du Moulin de
Nort, baron de Charné, et seigneur de Saint-Mars-la-Jaille (3). Il
épousa 1* le 17 juin 1556, Marguerite-Claudine-Anne de la Noue,
sœur du brave La Noue Bras-de-fer ; — 2° le 6 avril 1578, Louise
de Maillé de Lathan, veuve de Louis Legay. De son premier
mariage, Jacques Le Porc eut trois enfants :
René, dont nous raconterons la romanesque histoire ;
Judith , qui épousa Huger, seigneur de la Mancelière (4);
Isabeau qui eut, comme époux, Gilles de Romillé, seigneur de
Pontglou (5).
Du second mariage de Jacques, avec Louise de Maillé, na¬
quirent :
1" Jean, qui mourut sans postérité (6).
2° Marquise Le Porc de la Ports, qui porta la terre de Saint-
Mars-la-Jaille dans la maison Rourigan du Pé, par son mariage
(i) P. Potier de Courcy, Nobiliaire et Armorial de Bretagne.
(») Archives de la Loire-Inférieure, E, a6o.
( 3 ) Archives de la Loire-Inférieure, E, 683 .
(4) E. Bonnemère, Une Famille bretonne-angevine .
( 5 ) Ibid.
(6) Archives de la Loire-Inférieure, E, 683 .
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i
SAINT-MARS-LA-J AILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS 317
avec Claude de Bourigan du Pé, seigneua d’Orvault, de la Cha-
pelle-sur-Erdre, de la Gascherie et autres lieux (i).
Louise de Maillé de Lathan, devenue veuve de Jacques Le
Porc de la Porte, se remaria, ainsi que nous le verrons, pour la
troisième fois, avec Laurent de la Crilloire.
LE ROMAN DE RENÉ LE PORC DE LA PORTE
Jacques Le Porc, baron de Vezins, détestait sa première femme
et haïssait les enfants nés de cette union. Cette aimable disposi¬
tion lui inspira un jour le désir de se défaire au moins de ceux ~
ci. Il fit donc conduire ses deux filles, Isabeau et Judith, chez un
de ses fermiers de Bretagne, à qui il ordonna de les élever en
simples paysannes, en les habituant aux travaux des champs.
Elles vécurent ainsi, sous le chaume, jusqu’en 1573, époque de
la mort de leur mère. Nous verrons bientôt ce qui leur advint
par la suite.
Quant à leur frère René, son père l’envoya, dès l’âge de trois
ans, à la Rochebernard (près de Châteaudun) dam une de se3
terres. Après l’y avoir fait garder à vue pendant quelque temps,
il chargea, un jour, deux serviteurs dévoués à ses ordres d’aller
prendre l’enfant, sous prétexte de le conduire à son château du
Plessis-Casson, dans l’évêché de Nantes, puis de le perdre en
chemin, de l’égarer, de le faire disparaître, en un mot, d’une
manière quelconque... ou autrement...
Mais, malgré l’éloquence sonnante et trébuchante des argu¬
ments pleins de rondeur que le seigneur de la Porte avait su
mettre en œuvre pour les décider à agir, les deux domestiques,
reculèrent devant l’horreur d’une pareille mission et ramenèrent
secrètement le jeune enfant en Anjou, après avoir imaginé un
ngénieux stratagème pour faire croire au biron de Vezins qu’ils
avaient accompli ses ordres cruels.
S’étant donc arrêtés dans la petite ville des Rosiers, sur les
bords de ia Loire, ils firent dire à Jacques Le Porc que René,
saisi par une maladie subite, était décédé en cette ville, le 19 oc¬
tobre 1563. Us mirent ensuite une bûche dans la bière pour si¬
muler le corps de l’enfant, et le curé des Rosiers, ignorant ou
complice, célébra dignement les obsèques du jeune gentil-
(i) Archives de la Loire-Jnjérieure, E, 684.
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REVUE DE BRETAGNE
318 ’
homme, puis délivra aux deux serviteurs le certificat bien et
dûment signé de son décès et de son inhumation.
Cette pièce fut remise au baron de Vezins avec les vêtements
de son fils. Les domestiques, sauvés, par cette supercherie, des
représailles de leur terrible maître, remirent l’enfant entre les
mains d’un homme de confiance, en lui recommandant de ca¬
cher soigneusement à tous son nom et sa naissance. Ce brave
campagnard était fermier de la terre de l’Archapt, près de Fou¬
gères. Il prit grand soin de René qu’il fit passer aux yeux de
tout le monde pour un pauvre orphelin recueilli par charité.
Il va sans dire que Claudine de la Noue n’avait pas supporté
avec patience l’enlèvement de ses trois enfants, dont elle ignorait
absolument le sort. Ce rapt lui servit de motif pour rompre ou¬
vertement avec son époux. Elle le quitta donc et se retira près de
sa mère qui habitait alors le domaine de la Gascherie, non loin
de Nantes. Au bout de quelques anpées cependant, Claudine
revint à Vezins, où elle mourut en 1573, après une réconciliation
plus ou moins sincère avec le baron son mari.
Jacques Le Porc de la Porte, étant débarrassé de sa compagne,
résolut d’en finir aussi une bonne fois avec ses enfants. Il fit
donc enlever ses filles au fermier qui les avait élevées, les con¬
duisit i Cancaîe et s’apprêtait à les faire passer en Angleterre
(ou à les noyer au cours de la traversée) lorsqu’elles réussirent,
enfin, à faire connaître au procureur général du Parlement de
Bretagne l’cdieuse conduite de ce père dénaturé. Poursuivi en
conséquence, le baron de Vezins fut condamné, par arrêt, à
payer la pension de ses filles au couvent de Saint-Georges à
Rennes, où elles résidèrent jusqu’à leur mariage. Isabeau épousa
Gilles de Romillé, seigneur de Pontglou et Judith, Huger, sei¬
gneur de la Mancelière.
Le baron de Vezins, cependant, ayant conçu un vague soupçon
de l’existence de son fils René, le faisait rechercher de tous
côtés. René avait treize ans et vivait paisiblement chez le brave
fermier qui l’avait recueilli, quand un jour, en 1575 il fut mysté¬
rieusement enlevé à son tour par des inconnus, et remis à un
marchand qui le conduisit à Genève et le plaça, en qualité d’ap¬
prenti, chez un cordonnier de cette ville.
Après cette noble conduite, le baron de Vezins crut avoir
enfin fait maison nette tt table rase de sa première union et de
ses conséquences, et songea à se créer un nouveau foyer. Il
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SAINT-MARS-LA-J AILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS
319
épousa, le 6 avril 1578, Louise de Maillé , fille de Louis de Maillé
seigneur de Lathan, qui lui donna deux enfants, Jean et Mar¬
quise. L’histoire ne dit pas si cette union fut plus heureuse que
la précédente.
Quelques années se passèrent encore, pendant lesquelles le
jeune René fut considéré comme mort, ou, tout au moins,
comme bien définitivement perdu. Mais la Providence veillait
sur lui. L'enfant devait bientôt reparaître, grâce à l’un d^ ces
hasards étranges, plus fréquents dans le roman que dans la vie
réelle, et qui, cette fois se produisit. à propos de bottes.
Le vaillant et hardi capitaioe La Noue Bras-de-fer , au cours
d’une de ses pérégrinations à travers l’Europe, s’arrêta un jour à
Genève, et, entrant chez un cordonnier, se commanda une paire
de chaussures.
A quoi tient parfois une destinée ?... Ce cordonnier était préci¬
sément le patron du jeune René, et ce fut ce dernier qui, quelques
jours après, alla porter les bottes à son nouveau client. Or La Noue
n’avait jamais été bien persuadé de la soi-disant mort de son
neveu : il pensait qu’il devait encore exister quelque part, mais
où?... Frappé de la ressemblance extraordinaire qui existait, et
pour cause, entre le jeune cor Jonnier et le terrible Jacques Le
Porc, La Noue interroge l’enfant sur son pays, sa famille
et ses origines. René, sans se faire prier, raconte tout ce
que le temps n’a pu effacer de sa mémoire, touchant les événe¬
ments douloureux de son enfance agitée, et La Noue acquiert
ainsi la certitude qu’il se trouve bien en présence du fils de sa
malheureuse sœur.
Faisant immédiatement quitter à René ses habits misérables
et son métier de cordonnier, il l’attache à sa personne, le fait
instruire dans les lettres et le9 armes, et le garde près de lui, se
promettant bien, à la prochaine occasion, de le faire rentrer
dans ses droits.
A cet effet, il commence par présenter le jeune homme à du
Plessis-Gesté, époux de Marthe Le Porc delà Porte, sœur du
fameux Jacques, oncle, par conséquent, du jeune René qu’il
n’hésite pas à reconnaître comme étant son neveu
René se trouvait donc avoir pour protecteurs deux de ses
oncles, lorsque, le 28 décembre 1585, son père, le baron de
Vezins, rendit sa vilaine âme à Dieu.ou au diable qui, sans
doute, la guettait au passage.
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320
REVUE DE BRETAGNE
C’est alors que René, fort de l’appui de ses oncles, se présenta
devant la veuve de son père, Louise de Maillé, pour revendiquer
les privilèges attachés à sa qualité d’aîné de la famille. D’abord
traité d’imposteur, il ne fut môme pas reconnu par ses propres
sœurs, qui sacrifièrent la vérité à leurs intérêts, mais n’en pro¬
fitèrent pas longtemps car elles moururent toutes deux l’année
suivante, dans la môme semaine, et furent inhumées à Nantes
en l’église des Carmes.
Cependant, malgré toutes les difficultés qui surgissaient sur
ses pas, René, grâce à l’appui de ses oncles, et avec l’aide du
crédit de La Noue, réussit, enfin, à faire prévaloir ses droits. Il
dut pour cela supporter les frais d’un long procès qui ne dura
guère moins de quinze années, puisqu’il se termina seulement le
5 août 1600, par un arrêt du Parlement rétablissant René dans
tous les biens de son père. Ce procès avait coûté 100,000 livres
qui en vaudraient de nos jours 400.000 !.
Mais l’opinion publique, plus prompte à se prononcer que les
arrêts de la justice, s’était tout de suite montrée favorable à
René, qui, dès l’année 1589, le 10 juin, avait pu épouser noble
demoiselle Anne de Maillé de la Tour-Landry, fille de François
de Maillé de la Tour-Landry et de Diane de Rohan.
René rentra donc dans la possession de tous les biens des
barons de Vézins, sauf le château de ce nom, occupé par les pro¬
testants, à titre de place de sûreté, pendant près de trente ans.
Comme le château de Saint-Mars, il était du reste inhabitable,
ayant été ruiné à la suites des guerres de la Ligue (1). René et sa
jeune épouse se fixèrent au château de la Tour-Landry, qu’ils
firent rebâtir et où naquirent leurs enfants, parmi lesquels Fran¬
çois, Charlotte, André, Marthe, Madeleine, dont nous parlerons
tout-à-l’heure.
René Le Porc de la Porte, baron dr Vezins et de Pordic, sei¬
gneur de l’Archapt, de Villeneuve, du Plpssis de Casson, de la
Noue-Brioru et autres lieux, possédait, dans sa terre de Vezins,
une seigneurie importante, qualifiée, dès le XVI e siècle, de ba¬
ronnie, et plus tard de marquisat, et donnant la seigneurie des
paroisses de Vezins, Chantelou, Saint-Hilaire du-Boiset Nuaillé ;
(i) Voir plus loin Hiistoire de la prise du château de Saint-Mars, qui,
d'ailleurs, fut attribué en partage à Marquise Le Porc de la Porte, sa demi-
sœur.
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SAINT-MàRS-Là-JAILLE et ses anciens seigneurs
321
la présentation de cinq chapelles, droit de prévôté dans le bourg
de Vezins, haute, moyenne et basse justice. La mouvance rele¬
vait primitivement du château d’Angers, puis fut attribuée à la
baronnie de Viliers, pour le château et les droits honorifiques,
et, pour le reste, retenue en franc-alleu, puis concédée à Passa¬
vant. Au XVIII e siècle la baronnie (ou le marquisat) de Vézins
comprenait encore, outre de nombreux fiefs, vingt-trois métai¬
ries, trois moulins, trois étangs, une forêt de six à sept lieues
de tour, la seule du pays, et des revenus estimés, toutes charges,
payées d’une valeur de 15 à 10 mille livres (1).
René mourut en 1610, sans avoir pu entrer dans le manoir
patrimonial. Jamais il n’avait oublié les mauvais jours de sa
jeunesse, ni l'humble métier auquel il avait dû sa subsistance.
Le riche baron de Vezins avait fait exécuter, en argent, tous les
instruments de travail d’un cordonnier et, dans ses jours de
belle humeur, il les montrait à ses amis, ou s’en servait pour
produire un chef-d’œuvre (2).
Le 16 mars 1016, le prince de Condé accorda par lettres à la
dame de Vezins, veuve de René Le Porc de la Porte, qu’il quali¬
fie « comtesse » l’exemption du logement des gens de guerre,
pour son bourg et son château de la Tour-Landry. Eq 1622 seu¬
lement, le capitaine de la Ferrière, qui commandait le château
de Vezins, le remit, le 21 janvier aux mains de M. de Vendôme,
moyennant une somme de 18000 livres payée par la veuve de
René et son fils François qui, rentrés en leur demeure, se hâ¬
tèrent d'en faire abattre et raser toutes les fortifications,au grand
soulagemeut du pays, rançonné par les gens de guerre (3).
ANDRÉ LE PORC DE LA PORTE
Evêque de Saint-Brieuc
André Le Porc de la Porte de Vezins, second fils de René, fut
évêque de Saint-Brieuc. Né en 1593, et appelé, dès les premiers
jours de 1619, à l’évêché, il célébra sa première messe épiscopale
(i) C. Port. Dict. de Maine-et-Loire. — Ayrault, fie de la Noue. — Posquet
de Livonnière, Coixt. d'Anjou , t. u — Bodin, Angers , t. i, p. 207 . — Figuier,
llist. da Merveilleux , p. 117 . — Dict. des Merveilles de la Nature , i.nr, p. 35i-353.
(a) Jbid. Pocquet de Livonnière, C. Port. Dict, de Maine-et-Loire , etc.
(3) C. Port. Dict. de Maine-et-Loire , art. Vezins,
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S22
REVUS DE BRETAGNE
à Saint-Maurice d’Angers, le 30 mars de la môme année. Sa
consécration solennelle eut lieu en 1620. U publia des statuts en
1624, et appela, en 1625, les Ùusulines à Saint-Brieuc, où il les
installa. Pour leur instruction, il composa un ouvrage, resté
inachevé, sous ce titre : Pratique intérieure et journalière , tirée
du Cantique des Cantiques. En 1626, André Le Porc de la Porte fit
également venir en sa ville épiscopale, les religieuses Calvai-
riennes, mais il échoua devant toutes les résistances des fidèles,
et môme du clergé, dans sa tentative d’introduction des Pères
Minines. Il établit définitivement le rite romain dans son diocèse.
André mourut, le 22 juin 1632, par suite, dit-on, de l’ignorance
de ses médecins qui le laissèrent périr de faim.
Voyant venir sa dernière heure, André fit un testament par
lequel il léguait tous ses biens aux pauvres. Son corps fut inhu¬
mé dans la chapelle des Ursulines, d’où sa tombe a été, après
deux siècles, le 17 novembre 1833, transférée dans la cathédrale
de Saint-Brieuc. Sa statue y figure couchée, mitrée, les mains
jointes, le bras droit soutenant la crossse, l’écusson sculpté sur
la face du socle : écartelé au i , d'argent , au porc de sable défendu
d'argent et clariné d'argent ,qui est des Le Porc ; au 2, de gueules
à un croissant montant d'hermines resarcelé d'or , qui est de la
Porte ; au 3, de la Tour-Landry ; et au 4, de Rohan (1).
LES SECONDES NOCES DE LOUISE DE MAILLÉ
(1687)
A la mort de Jacques Le Porc, seigneur de Vézins, Louise
de Maillé sa veuve, demeura au château de Vézins dont elle
avait la possession, comme garde noble de ses deux enfants,
Jean et Marquise, car, en l’absence de René, Jean passait pour
l’aîné de la famille et le principal héritier des barons de Vézins,
seigneurs de l'Archapt, de Villeneuve, du Plessis-Casson, de
Saint-Mars, etc...
Louise de Maillé entretenait dans son château une forte gar¬
nison, à cause des terribles guerres de religion qui désolaient
alors le pays. Ve 2 insétait d'ailleurs une place très forte et pouvait
(i) Mémoires de la Soc. d’Agr. Sc. et Arts d'A., i858,p. ao5.— Louvet,iteuiie
d'Anjou , i855, p. 287 . - Ogée, Diftionnaire de Bretagne, art. Saint-Brieuc .
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SAINT-MARS-LA-J AILLE BT SES ANCIENS SEIGNEURS
323
braver plus d’une attaque. Un gentilhomme, dont les terres
touchaient celles de Louise de Maillé et qui, en ce moment,
guerroyait pour le roi de Navarre, Pierre Laurent seigneur de
la Crilloire, eut un jour la fantaisie d’arrondir ses domaines en
épousant la châtelaine de Vézins. Toutefois, comme il était très
mal vu dans le pays, il avait lieu de craindre que la veuve de
Jacques Le Porc, elle-même, repoussât ses avances. Aussi
résolut-il, non de lui proposer, mais de lui imposer ce nouvel
hymen. En ce temps de troubles et de guerre civile tous les
brigandages étaient faciles et les soudards des deux partis ne
sYn faisaient pas faute. Donc, sous divers prétextes, Laurent
introduisit dans la garnison et le personnel de service du
château de Vézins, un certain nombre de sicaires dévoués à
toutes ses volontés, prêts à toute besogne. Puis, quand il jugea
le moment propice à ses desseins, le 17 avril 1587, il vint lui-
même, avec une suite nombreuse, sous prétexte de faire à la
châtelaine une visite de bon voisinage. Une fois dans la place,
s’y trouvant en force, le sire de Oilloirê se saisit des clefs du
château, tue ou chasse tous ceux qui tentent quelque résistance,
et, le pistolet au poing, pénètre de plain pied dans la chambre
de la châtelaine, à qui il signifie qu'elle doit l'épouser sur l’heure/
Louise de Maillé, outrée de ces peu galants procédés, se récrie
sur la brusquerie de cette démarche et demande le temps de la
réflexion. La nuit lui est accordée pour réfléchir, mais comme le
lendemain elle persiste dans son refus, Laurent de la Crilloire,
qui n’a point de temps à perdre, la fait traîner de force dans la
chapelle du château et contraint le chapelain de Vézins à leur
donner, séance tenante, la bénédiction nuptiale.
Le nouvel époux s’établit alors en maître au château de Ve-
zins, mais quelques serviteurs fidèles de Louise de Maillé
avaient prévenu les parents et amis de celle-ci des violences et
de la captivité qu’elle subissait. Aussi s’apprêtaient-ils à venir
assiéger le château. D'autre part, Louise démontra au sire de
Crilloire que, tant qu’il la tiendrait ainsi prisonnière, leur ma.
riage^serait nul devant la loi, que, s’il voulait lui rendre sa liber¬
té, elle accéderait à ses désirs, en faisant régulariser au grand
jour cet hymen auquel il l'avait contrainte, que, donc, il avait
tout à gagner à faire de bon gré ce que, sans doute, il serait
obligé de faire de force, grâce à l’intervention des parents de la
veuve de Vézins. Pierre se rendit aux raisonnements de la rusée
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324
REVUE DZ BRETAGNE
châtelaine et la remit en liberté après onze jours de captivité.
Louise se retira à Angers et s’empressa de porter à la connais¬
sance de qui de droit une plainte relative aux violences dont
elle avait été l'objet, de la part du sire de Crilloire.
La justice se mit en mouvement, mais Laurent n’attendit pas
les conséquences de son enquête : il quitta Vezins à la hâte et
regagna l’armée du roi de Navarre, le futur Henri IV. Il ne devait
pas, néanmoins, échapper longtemps au châtiment mérité par
son odieuse conduite : pris dans une embuscade, il fut fait pri¬
sonnier et traduit devant le présidial d’Angers, qui le condamna
à avoir la tête tranchée. Cette exécution eut lieu le 7 mai 1588(1).
LES « MARIAGES » DU COMTE DE LA PORTE
Le terrible Jacques avait un frère puîné, Claude Le Porc de la
Porte, gentilhomme que sa qualité de cadet destinait, selon l’u¬
sage du temps aux fonctions ecclésiastiques. Mais sa mère,
Marthe de la Porte, dernière héritière de la branche aînée de sa
maison, ainsi qu’on l’a vu plus haut, fit à ce fils de considérables
donations, à charge de prendre le nom et les armes de la Porte.
Claude y consentit volontiers, se maria et eut, en 1630, un-fils,
Armand , connu sous le nom de chevalier, puis comtede la Porte,
etqui, au dire de Pocquet de Livonnière(2), devieqt bientôt» aussi
célèbre par ses mariages extraordinaires, que par sa naissance
et son rare mérite. »
Ce chevalier débuta pour avoir « de grandes privautés » avec
la Damoiselle Anne Legras, fille de Antoine Legras, écuyer, sei¬
gneur de Langardière, et ces « privautés furent suivies de la nais¬
sance d'un enfant ». Le sieur de Langardière poursuivit aussitôt
le chevalier pour crime de rapt et de séduction. Le jeune Armand
eut bien volontiers coupé court à toute difficulté, en épousant la
damoiselle, qui était fort belle, mais la comtesse de Vezins, sa
mère, s’y opposa formellement et l'en détourna. Elle prétendit
même retourner l'accusation en disant que son fils, qui était
(i) Pocquet de Livonnières, Coutumes d’Anjou , t. ii, col. 1149 . II existe
de ces faits une autre version relatant l’enlèvement de la jeune veuve par
Laurent de Crilloire, qui l'aurait fait marier de force par un prêtre, à la
chapelle du chateau de Crilloire. Mais la relation que nous reproduisons
semble la plus vraisemblable des deux.
(a) Pocquet de Livonnière, Coutumes d’Anjou, pages 11 34, ii 46 , 1169.
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SAINT-MARS-LA-J AILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS
325
aussi mineur, avait été séduit par les parents de la fille pour pro
curer à celle-ci une union avantageuse*
L’affaire fut réglée par un procès qui, comme tous les procès
de ce temps-là, dura longtemps et coûta fort cher. Commencé en
1656, il se termina le 20 août 1660 par un arrêté condamnant le
chevalier à une amende de 800 livres destinées à « aumôner le
pain aux prisonniers », et,de plus, au paiement de 12000livres à
la damoiselle de Langardière et de 8000 1 livres à son eofaot.
Chargé en outre de tous les dépens et contraint, par la détention
de sa personne, au paiement intégral de ces sommes, le pauvre
chevalier, qui ne les possédait pas, se préparait tristement à en¬
trer à la Conciergerie, lorsque « un monsieur de Lorme, qu’il ne
connaissait que de réputation », lui fit remettre 20 800 livres par
un de ses commis, avec ordre de n’en point prendre de reçu.
Pendant que la Providence des amoureux venait ainsi en aide
au chevalier,elle intervenait, sous une autre forme, en faveur de
la demoiselle de Langardière, qui, ayant arrondi sa dot aux dé¬
pens de son honneur, ne tarda pas à en trouver le placement.
« Elle épousa le sieur de Grand-Champ, gentilhomme de Nor¬
mandie », raconte Pocquet de Livonmèrequi ajoute: « Et parce
que la demoiselle Chabot, après l'arrêt rendu contre le sieur
Chevrier, que nous avons rapporté ci-devant, a aussi épousé le
sieur Duval de Rely, gentilhomme de Normandie, les filles de
l’Anjou ont cru quelque temps qu'elles pouvaient pécher impu¬
nément et qu’elles trouveraient en Normandie des réparateurs
de leur honneur. »
« En l’année 1660 — dit encore le jurisconsulte angevin — le
chevalier de la Porte, âgé alors de trente ans, robuste et bien fait,
donna dans la vue de dame Catherine Fouquet de la Varenne,
veuve du comte de Vertu, dont les mémoires du temps ne
parlent pas comme d'une dame d'une austère vertu. Elle était
alors &gée de soixante-douze ans. Pour plaire au chevalier de la
Porte et réparer l'inégalité des âges, elle fit deux choses : la
première de passer un contrat de mariage par lequel elle recon¬
nut que le chevalier lui avait apporté et mis en dépôt une somme
de 30,000 livres, et lui donnait tout ce que les coutumes de l'or¬
donnance lui permettaient de donner ; la seconde, qui ne se
trouve que dans les mémoires du temps, de lui faire voir une
cassette où il y avait 150,000 livres en or, avec offre de lui don¬
ner 10 louis d'or pour chacune de ses caresses. Il y eut ensuite
Décembre i 9 Q 8 H
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REVUE DE BRETAGNE
32é
un prétendu mariage célébré eatre eux, dans la chapelle de la
comtesse de Vertu, par un prêtre inconnu, dont on rapportait
un certificat., »
Mais la comtesse avait plusieurs enfants qui se nommaient:
les comtes d’Avaugour et de Goëslo, les demoiselles de Vertu,
de Clisson, de Chantocé et de Goëslo, et voyaient d’un fort mau¬
vais œil les clauses de ce contrat de mariage, pensant, non sans
quelque raison, que le chevalier aurait vite épuisé la fameuse
cassette, et que sa tendre épouse lui ferait ensuite des donations
qui consommeraient leur ruine.
Ils attaquèrent donc, devant le Parlement de Paris, le prétendu
mariage de leur mère et parvinrent à en faire prononcer la nullité
par défaut de forme « sauf aux parties à réitérer, si bon leur
semble, leur mariage devant le curé de leur paroisse et à faire
un nouveau contrat ». Mais le chevalier et son antique épouse
renoncèrent à... « réitérer » et les enfants de Catherine Pouquet
payèrent cette rupture au chevalier assez généreusement.
Celui-ci se plaisait ensuite à dire que cet hymen l’avait ample¬
ment dédommagé des frais occasionnés par son éphémère union
avec la damoiselle de Langardifere.
Le chevalier Armand se remaria deux fois encore : il épousa,
en 1622, demoiselle Catherine Boislève, fille de Henri Boislève,
seigneur de la Maurousière, qui refusa, pendant neuf ans, son
consentement au mariage de sa fille. Ici encore intervint le Par¬
lement qui, par arrêt du 19 août 1673, interdit ce mariage, puis,
par un autre arrêt rendu sur appel, l’autorisa le 17 juillet 1082.
Devenu veuf, il se maria une quatrième fois, et eut un fils,
Simon de la Porte Vezins, qui épousa Madeleine Laurent de
Crilloire.
Armand de la Porte mourut, vers 1720, à la Thibaudière, en
Juigné (1).
SAINT-MARS-LA-J AILLE PENDANT LA LIGUE
C'est vers 1561. dès le règae de Charles IX, que débutèrent les
terribles guerres de religion, qui, durant une si longue période,
devaient porter la ruine et la désolation dans les plus belles pro¬
vinces du royaume de France. Toutefois la Ligue proprement
(i) Pocquetde Livônnière, Coûtâmes d'Anjou , p. u34, n46, 1169 .
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SAINT-MARS-LA-JAILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS
327
dite ne se forma en Bretagne que vers 1589. Son caractère fut
d'abord bien franchement religieux, mais, ensuite, la lutte
contre les huguenots devint, pour la Bretagne, dont la popula¬
tion était demeurée en majorité catholique, le prétexte et l'occa¬
sion d’une lutte sérieuse contre la royauté française. Le duc de
Mercœur, Philippe-Emmanuel de Lorraine, plus tard baron
d’Ancenis, nommé par Henri III, en 1582, gouverneur de Bre¬
tagne, ne tarda pas à détourner à son profit le mouvement popu¬
laire, qui, soulevant la France entière, avait entraîné notre
province.
Au début des guerres de religion, le château fort de S&int-
Mçrs-la-JailIe appartenait au fameux Jacques Le Porc de la
Porte , époux de Claude de la Noue, sœur du brave La Noue
Bras-de-Fer, hardi capitaine, huguenot convaincu et seigneur
de la Gascherie, près la Chapelle-sur-Erdre. Jacques Le Porc, à
l’exemple de son beau-frère, embrassa-t-il avec ardeur la cause
du Béarnais?... Toujours est-il que le château de Saint-Mars-la-
Jaille tenait pour le roi, en 1599, quand le prince de Dombes,
gouverneur de Bretagne, y plaça une garnison royaliste (2).
Jacques Le Porc et sa famille habitaient alors leur château de
Vezins, en Anjou, et le capitaine de la garnison de Saint-Mars
fut le sieur de Lousche, au moins jusqu’aux débuts de 1591 (3).
A cette époque, ou peu après, la forteresse, longtemps assié¬
gée, tomba entre les mains des Ligueurs, car le duc de Mercœur,
par brevet du 15 mars 1591, nommait gouverneur de cçtte place
Claude Simon, écuyer, seigneur du Mortier-Garnier, de la Sau-
laye, de Vritz(4) qui, dès le mois suivant dut défendre son
propre château de la Saulaie contre l’attaque du comte de Ro'-
chepot qui s’en empara pour le roi, le feu ayant pris aux poudres
des assiégés.
(i) II acheta la baronnie d’Ancenis en i5g6.
(a) Guillotin de Corson, Les Grandes Seigneuries de HauterBretagne.
(3) Archives d'Ille-et-Vilaine, f. des Etats. 1. M cote A. Etat provisoire des
dépenses des garnisons royales dressé par M. Y. Choppin délégué des trésoriers
de l’extraordinaire des guerres :
« A la garnison de Saint-Mars-la-Jaille sous la charge du sieur de
Lousche, capitaine dudit château 970 écus a/3 pour 4 mois du i' r janvier au
3i mai à raison de 169 écus a/3 par mois. »
(4) Claude Simon avait acheté, le 11 avril i58a, la châtellenie de Vritz de
Etienne Hallay, époux de dame de Coëlquen. (Note de M. le marquis de CEs-
peronnière, propriétaire actuel de la Saulaye).
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328
REVUE DE BRETAGNE
La Saulaie, château situé dans la commune de Freigné, mais
aux portes de la ville de Candé, appartient aujourd’hui à la fa¬
mille de l’Esperonnière, par suite du mariage de la Allé unique
de Claude Simon, dit « le capitainè La Saulaie », Renée Simon,
qui épousa, en 1012, François de l'Etperonnière, fils A*Antoine,
seigneur du Pineau et de la Roche-Bardou).
Claude Simon, après la perte de la Saulaie, s’enferma avec ses
troupes au château de Saint-Mars-la-Jaille et défendit cette place
durant fort longtemps, contre les attaques réitérées des royaux»
tandis que ses soldats faisaient des courses jusqu’aux portes
d’Angers et entretenaient des communications avec tous les
ligueurs des environs.
• Désespérant de reprendre Saint-Mars par la force, les partisans
du Roi 'résolurent d’v parvenir par la ruse. Dans leurs rangs
marchaient deux jeunes et vaillants officiers, Tes frères Malaguet,
dont la mère habitait à la Leverie, maison noble située près de
là (1). Ils en avaient fait un petit quartier général de huguenots,
en relations permanentes avec les autres partisans du Roi. Les
Malaguet assemblèrent secrètement des troupes, dans la
demeure de leur mère, et, à la faveur des ténèbres de la nuit,
allèrent s’embusquer avec leurs soldats dans un champ couvert
de grands genôts, situé près du château.
C’était le 15 décembre 1595, un dimanche matin. Bientôt les
cloches du village appelèrent à l’office divin tous les habitants de
la paroisse, y compris les principaux chefs de la garnison et une
partie des soldats de la forteresse. C’était le moment attendu
pour la surprise projetée. Le plus jeune des Malaguet, déguisé
en fille, s’achemina vers le château, et, l’air éploré, fondant en
larmes, se présenta à l’entrée du pont-levis demandant è parler
au capitaine La Saulaye. Emu de l'expression désolée de cette
pauvre fille, qui, disait-elle, voulait implorer appui et justice,
contre des soldats qui maltraitaient son vieux père, la sentinelle
alla conférer avec le capitaine. La Saulaye répondit que « jamais
il n’avait fermé son cœur, ni sa porte, aux larmes d’une femme».
Ordre fut donc donné d’introduire la jeune fille. Deux soldats
déguisés en paysans venaient de la rejoindre. Sans défiance, la
sentinelle abattit alors le pont-levis pour leur donner entrée au
(i) Il s’y trouve est un champ appelé encore aujourd’hui «Champdes Hu¬
guenots » et un j>etU chemin portant le même nom « le chemin des Hu¬
guenots ».
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SA1NT-MARS-LA-JAILLB ET SES ANCIENS SEIGNEURS
329
château. Mais un cri retentit soudain, puis la détonation d'urte
arme à feu, et le corps inerte de l'infortuné soldat, la tête fra¬
cassée d'un coup de pistolet, fut précipité dans le fossé, tandis
que l’aîné des Malaguet, suivi de ses troupes, pénétrait à son
tour dans la forteresse. La Saulaye fut fait prisonnier, ainsi
qu’une partie de la garnison et la place fut soumise au Roi,
malgré les protestations du malheureux gouverneur. Celui-ci, en
effet, déclara que cette surprise n’était pas de bonne guerre,
attendu qu'il observait, en ce moment, la trêve conclue et publiée
entre le roi et le duc de Mercœur, et que, dans cette sécurité, il
avait cru pouvoir permettre à la plus grande partie de sa garnison
d'assister à la messe de la paroisse. « La raison du plus fort est
toujours la meilleure », et l’histoire nous apprend que le Conseil
de guerre, réuni à Rennes pour trancher ce différend, jugea
la Saulaie de bonne prise et déclara qu’il ne recouvrerait la
liberté que par échange, contre du Goût, demeuré prisonnier
après la prise de Blain dont il était gouverneur (i).
Trois ans après, la rançon de du Goût fut réduite à 4000 écus et
les héritiers de Claude Simon furent déchargés des représailles
du gouverneur de Blain, par l’article 28 du traité signé à Angers
entre Henri IV et la duchesse de Mercœur, le 20 mars 1598 (2).
Mais, dans l’intervalle, en 1597, le château de Saint-Mars avait
été repris parle duc de Mercœur(3). Les fortifications en furent
démolies par,ordre du roi, en 1618 (4), après ie rétablissement
définitif de la paix (5).
(i) Moreau. Histoire de la Ligue en Bretagne, II, ao5-ao6. — Maillard,
Hist. (TAneenis et de ses barons , p. 86.
(a) Ogée, Dictionnaire de Bretagne , notes de la deuxième édition
(3) Maillard, Hist. d'Ancenis et de ses barons.
(4) Revue historique de l'Ouest. Mémoires, II, 55a.
(5) Récemment un affaissement du terrain s'étant produit dans une allée,
située à gauche du château actuel de Saint-Mars-la-Jaille, fit découvrir un
reste de l'ancienne forteresse qui n'avait, sans doute, été rasée qu’au niveau
du sol.
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M. A. Travers nous communique, avec prière d’insérer, la note
suivante. Nous accédons à son désir, en faisant toutefois nos plus
expresses réserves sur la question d’histoire qui le met en désaccord
avec notre éminent et savant ami, M. Loth. doyen de la Faculté des
Lettres de Rennes. (N. D. L. R )
NOTE
A propos d'un article sur des questions d'histoire bre¬
tonne, paru dans le Bulletin de la Société Archéolo¬
gique d'Ille-et-Vilaine, (1908, l rc partie).
Je viens de lire dans le dernier bulletin de la Société Archéo -
logique <T Ille-et-Vilaine l’article de M. Loth sur mes deux
opuscules : « De la persistance de la langue celtique en Basse-
Bretagne et les Inscriptions Gauloises et\le Celtique de Basse-
Bretagne ».
Mon attention a été d'autant plus frappée par les critiques de
M. le doyen de la Faculté des Lettres de Rennes, qu’elles portent
sur des études qui m’intéressent vivement et dont les traits qui
m’ont été décochés ne me détourneront pas.
Le point de vue particulier domine toutefois beaucoup trop
dans l’analyse faite de mon travail, les questions d’histoire qui
ont donné lieu à cette controverse ne pouvant qu’être rabaissées
par une polémique personnelle.
Le champ où je me suis placé est plus vaste ;.le patriotisme
et la vérité historique peuvent s’y mouvoir facilement sans se
heurter. N’humilions pas les Bretons, en les excluant de la
famille Gauloise, et en leur donnant pour berceau les barques de
fuyards qui, n’ayant pas su défendre leur patrie, se seraient
emparé du .territoire d’autrui et auraient imposé leur langue à
ses habitants. Le bon sens, la philologie, la glorieuse histoire
de Bretagne, l’esprit de ses populations, les écrits de la plupart
de nos grands historiens tant Français que Bretons, tout contredit
de pareilles assertions, tout dément une si piteuse origine. Ma
thèse qui, sans nier l’hospitalité donnée aux Emigrés insulaires,
reconnaît les Bretons pour les vrais descendants des Gaulois-
Armoricains, a l’honneur de compter de sérieux partisans que
je suis heureux de remercier ici. Bretons de cœur et de langage,
ils ont conservé intacte leur foi dans la vieille race armoricaine,
et ils seront très surpris d’apprendre que leur esprit « a été
troublé par un appareil d’érudition » que l’auteur de l’article en
question a bien voulu m’accorder.
Mais je reprendrai mon sujet, aussitôt que mes “ loisirs ” me
rendront la chose possible, et me permettront de faire paraître
le travail que je prépare.
Presty 21 Novembre 1908 . Albert TRAVJSïlS,
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TABLE ANALYTIQUE ET ALPHABÉTIQUE
TOM K XXXIX — DEUXIÈME SEMESTRE
Baudry (J.). Saint-Mars-La-Jaille et ses anciens seigneurs. I Septembre. i4i.
— II. Octobre. 2o5. — III. Novembre. 257 — IV. Décembre. 3i3.
De La Bignb (Paul). Combouretses seigneurs. IV. Juillet. 9 . — V. Août. 57 .
— VI. Septembre. i 3 i. — VIL Octobre. 189 . — VIII. (Fin) Novembre.
a49.
De Calan (V te Charles). Mélanges historiques. XIII. La succession du duc
Geoflroi. Juillet. 28 . — XIV. Les abbés Félix de Huis et Teudon de
Redon. Juillet. 3a. — XV. Alain III et la Normandie. Juillet. 35. —
XVI. Les fausses chartes d'Alain Le Long. d'Alain Fergent et d’Eudon.
Août. 76 . — XVII. Les vassaux légendaires du Roi Salomon. Août. 81 .
— XVIII. Le Comte de Nantes Mathias II. Octobre. 179 . — XIX. Le
duc Hoel II. Octobre. 180 . — XX. La chronologie des Annales bre¬
tonnes. Octobre. i83. — XXL Le Roi Henri II d’Angleterre et la Bre¬
tagne. Décembre. 292 . — XXII. Le^Roi Richard et la Bretagne.
Décembre. 3o4.
Campion (L.). L'enceinte romaine d’Alet. Octobre. 1 65.
De Gourcuff (Vte Olivier). Mélanges , par Mme N. Dondel du Faouëdic; Le
Paganisme contemporain chez les peuples celto-latins, par Paul Sébillot ;
Le Roi Grallon, par L. Michaud d'Humiac ; Procès verbal de la visite
des commissaires de la Municipalité au Couvent des Carmélites de Nantes
en 1790 , parle baron G. de Wismes; Compte-rendu des Jêtes du Cinquan¬
tenaire de la Revue de Bretagne, par le même ; A llocution d’entrée de
M . le baron G. de Wismes à la Société Académique de Nantes (2o jan¬
vier 1908 ); — La revue « Les Argonautes ». Octobre.
Le Gouvello (Vte Hippolyte). Galerie des Illustrations bretonnes. Le cardi¬
nal Richard. Octobre. 202 .
De Laïque (Cte René). Le Congrès Breton de 1908 . Décembre. 277 . Cèro-
nique et Histoires des Bretons par Pierre Le Baud, par le Vte Ch. de
Calan ; Les Relations du Pouvoir central et de la Province de Bretagne
dans la seconde moitié du règne de Louis XIV , Correspondance des Con •
trôleurs Généraux avec la Province de Bretagne , i689-17I5, publié par
J. Letaconnoux; La Bretagne et les Bretons au XVI* siècle , par le Vte
Ch. de Calan ; Etudes et documents sur VHistoire de Bretagne (XIII 9 -
XIV 9 siècles) , par l'abbé G. Mollat;— Les Livres de Saint-Patrice, apôtre
de rIrlande. Introduction , traduction et notes par Georges Dottin ; Un
Bataillon de Volontaires ('Troisième bataillon de Maine-et-Loire, 1792-
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332
REVUE DE BRETAGNE
1796), par Xavier de Pétigny ; Annales de la Marine Nantaise, des ori-
gines à 1830, par Paul Legrand ; Une seigneurie du Porhoèt :Tregran -
teur, les origines et le domaine , par le Vte Hervé du Halgouet ; Baron -
nie de la Hunaudaye et Châtellenies de Montafllant, Plancoet et Monbran,
par le Marquis de Bellevue; Nominoë, par L. Tierce in ; Sous les Brames
du Temps , par L. Tiercelin ; Le Rêoe du Lycéen, par O. de Gourcufl ; La
Foi en Bretagne, hier et aujourd'hui, par l'abbé Millon ; Passions Celtes,
par Charles Le Goffic ; Sous le Ciel gris , par Simon Davaugour ; U Ab¬
bé Guérande , par Joseph Brydon; Iannick à l’Exposition en 1900 , par
J. Brélivet; Les Littératures Provinciales , par Charles-Brun ; Histoire
critique de la Renaissance Méridionale au XIX * siècle, par J. Aurouze ;
Grammaire bretonne du dialecte de Tréguier, par l’abbé L. Le Clerc;
Vocabulaire breion-Jrançais et Jrançais breton du dialecte de Vannes.
par les abbés A. Guillevic et P. Le GofT; Bombard Kerne, Jabadao ha
Kaniri , par Prosper Proux ; Un livre d'histoire , par André Oheix ; Pre¬
mier inventaire des Lettres imprimées de dom Mabillon, par A. J. Cor-
bierre ; Les Prisons du Al ont-Saint-Michel, par Etienne Dupont ; Lam-
balle, Pays de Lamballe du IV* au XIIP siècle, par H. J.-L. ; Saint -
Melaine est-il né à Plélauff? Origine d'une tradition par André Oheix;
Histoire de Notre-Dame de Roslrenen et de son pèlerinage, par J. Bau-
dry ; La Bretagne à travers les âges, par de Lhommeau et A. de la
Bigne ; Bruyères pourpres et A joncs d'or, par Joseph Angot ; Jules
Verne , par Lemire ; Documents sur le F Martinien du Lude, par le P.
Ubald d’Alençon ; Autour du rachat de l'Ouest et de Brest Transatlan¬
tique, par Jean Choleau ; La Séparation de l'Eglise et de l'Etat dans an
grand diocèse, par F. Uzureau ; Le Commerce franco-irlandais , par
Y. Morvran-Goblet ; La Littérature celtique au XX e siècle en Grande et
Petite Bretagne et en Irlande, par le même ; Cinquantenaire de la Revue
de Bretagne et Trentième anniversaire de la Société des Bibliophiles Bre¬
tons, par le baron G. de Wismes ; Chez les Carmélites de Nantes, par
le même ; Allocution prononcée par le baron de Wismes à la Société aca¬
démique de Nantes le 20 janvier 1908 en prenant possession du fauteuil
de la présidence.
Masseron (Alexandre). Anne de Bretagne au Folgoat. Août. 83.
Orain (Adolphe). Devant l’Atre. I. Juillet. 4a. — IL Fin. Août. g5.
Roazoun (A.-D.). Contes de grand’mères. I. Septembre. i59. — IL Décem¬
bre. 3io.
Travers (Albert). Note. Décembre. 33o.
TrAvédy (J ). Attentats des Penthièvre contre le duc Jean V fi4ao-14&a). II.
Septembre. 109 . — III. Novembre, aa-i.
Uzureau (F.). Un voyage en Bretagne ( 178 a). Juillet. 37 .
Chronique des Bibliophiles Bretons. Octobre.
Le Gérant : F. Chevalier.
Viennes. — Imprimerie LaFOLYE Frères, 2, place des Lices.
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La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
V u de Mazières-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Paris
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Ces billets peuvent être prolongés trois fois d‘une période de
10 jours moyennant le paiement, pour chaque prolongation, d’un
supplément de 10 °/o du prix primitif. \
Il est délivré, en môme temps que le billet circulaire, un billet de
parcours complémentaire permettant de rejoindre l’ttinéraire du
voyage circulaire et comportant une réduction de 40 sur les prix
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if
J
CHEMIN DE FER D ORLÉANS
^ —> 7/
FÊTE DE NOËL 1908
ET DU
PREMIER DE L’AN 1909 A
Leifr:
/
VALIDITE BXCWPTlONKrELLB-iJBS BILLET»-
AtLER et RETOUR
r r
AA
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\dernièr JraÜLdu X erc P&di 6 JanVtér, les Biliets-<Wter#T2fé/our T>rdi-
taires à prix TéduitsL cf^Hvrôs aux prix et v Conditions des Tarife
Ipéciaux V. n° 2 et 102> , '/ \ ' X ! |
Ces Billets .cfmferveronNçur durée normale ye vftiidHé,lo
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Goôgle_ y'I V
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